
Olivier Assayas (à droite sur la photo, donnant ses indications à Jérémie Renier) était à Strasbourg il y a quelques jours pour présenter son nouveau film, L’heure d’été (sortie le 5 mars). Un film où le flux est permanent : la bouffe, le vin, les cafés, les gens, les discours, les corps… Tout circule, tout le monde se croise dans une valse à quatre temps. Quatre saisons. Une vie. Un film simple et direct qui peut surprendre dans la filmographie d’Assayas. Un objet, finalement.
Olivier Assayas s’est prêté au jeu de la cinéphilie. Il nous livre ses impressions et/ou souvenirs des films suivants.
Irréversible (Gaspar Noé) : (silence)… Disons que je trouve que, en tout cas, Gaspar Noé a un talent plastique qui est… grand. Et très personnel. C’est rare, c’est très rare. La bande-son est très bien, elle a été faite par les Daft Punk si je ne me trompe pas (par Thomas Bangalter, l’un des deux Daft Punk, ndlr). Je dirai que la limite, alors que je trouve que Gaspar Noé a un talent dont on aimerait qu’il dépasse ça, c’est qu’il s’enferme dans une espèce de satisfaction de transgression en tant que fin en soi. Voilà, je trouve que la question de la transgression en tant que fin en soi est intéressante. Elle est intéressante en tant que chemin. Pour aller ailleurs.
La grande bouffe (Marco Ferreri) : J’ai adoré La grande bouffe à l’époque, je sais que c’est un film qui m’a vraiment fasciné. Hélas, je ne vais pas pouvoir vous en dire beaucoup plus parce que je ne l’ai pas revu depuis. C’est vraiment des souvenirs d’adolescence, collés à toutes sortes de sensations que sont les années 70 : l’adolescence, le lycée, la marginalité de l’époque et je serai curieux aujourd’hui de revoir ce film pour voir comment il s’est transformé.
Tout est pardonné (Mia Hansen-Løve) : Bon… C’est un film que j’ai vu évidemment plus récemment… (silence)… Moi, je suis très admiratif du film, je suis vraiment admiratif, de la façon dont Mia a imposé son regard personnel, sa vision à elle avec une autorité qui m’a étonné autant qu’elle a étonné tout le monde, enfin je crois. Au fond, quand on s’est connu, je pense qu’elle ne savait pas elle-même qu’elle voulait devenir cinéaste… L’idée même de faire un film lui semblait encore très abstraite. Puis un jour, elle a pris une caméra DV, elle a tourné un court métrage, elle me l’a montré et je lui ai dit que je trouvais ça vraiment bien. Vraiment bien. Mais bon, après il faut qu’il y ait un relais et le relais a été Humbert Balsan (producteur). Le film a été montré dans une sorte de festival de films d’étudiants. Humbert était dans le jury et il a vu le film. Il a dit à quelqu’un après la remise des prix qu’il avait découvert une cinéaste. J’étais assez soufflé par sa préscience… Parce que, de fait, le film était très beau, mais il faut pour le voir une qualité de regard, une qualité d’attention. Quand Mia m’a fait lire le scénario de Tout est pardonné, je lui ai dit : « écoute, c’est d’une précision diabolique, ça ne doit rien à personne que à toi. Franchement, je croise juste les doigts pour que ce film existe. » Et quand j’ai vu le film, ça m’a ému.
Invasion Los Angeles (John Carpenter) : Bon. John Carpenter est un très grand cinéaste, pour lequel j’ai une profonde admiration. À tous égards. C’est le premier cinéaste auquel j’ai eu l’impression de me rattacher quand j’ai voulu faire du cinéma. Quand j’ai commencé à faire mes premiers courts métrages, y’avait un film que j’admirais, c’était Assaut. C’était sorti beaucoup plus tard en France, je l’avais vu à Londres et ce film m’avait scié. C’est du cinéma qui a la même énergie que la musique que j’écoutais, plutôt du punk rock. J’ai trouvé ça chez lui, ou chez Cronenberg à l’époque de Rage ou de Frissons, ou chez Wes Craven. Cette école là du cinéma d’épouvante était juste, pertinente, dans l’époque. Invasion Los Angeles appartient à la période la plus forte de Carpenter. Il y a eu des hauts et des bas dans sa carrière mais c’est un grand cinéaste.
Propos recueillis par Romain Sublon
Mercredi 5 mars 2008 à 12: 21
C’set vraiment la classe les cinéphilies. On en veut toujours plus…