
Olivier Marchal et Olivia Bonamy (ici en photo, dans une scène avec Daniel Auteuil) étaient présents à Strasbourg pour présenter MR 73 (sortie le 12 mars). Après Gangsters et 36 quai des orfèvres, Olivier Marchal propose une nouvelle variation sur le monde des policiers, étroitement lié à celui des truands. Cette fois-ci, c’est l’histoire d’un flic (Daniel Auteuil) qui ne parvient pas à semer les fantômes d’un passé récent. Une jeune femme (Olivier Bonamy) fait appel à lui : l’assassin (joué par Philippe Nahon) de ses parents va sortir de prison.
On retrouve ce qui fait déjà la patte de Marchal : un cinéma qui sent la transpiration, âpre, hyper esthétique, jalonné de symboles significatifs (parfois lourds). Ce qui est intéressant avec ce cinéma, c’est son jusqu’au-boutisme. MR 73 appelle un sentiment radical, presque définitif, et quand bien même on voudrait y échapper, il est impossible de se défaire d’une fascination totale ou d’un rejet absolu. On aime ou on aime pas, c’est peut-être aussi simple que cela.
Olivier Marchal et Olivia Bonamy se sont prêtés au jeu des cinéphilies. Ils nous livrent leurs souvenirs et/ou impressions des films suivants.
Irréversible (Gaspar Noé)
Olivia Bonamy : Ca va être bref parce que je ne l’ai pas vu et… et… j’ai pas voulu le voir. Pas du tout parce que ça ne m’intéresssait pas, mais j’ai du mal avec les scènes d’extrêmes violences, de viol. Mais je le verrai peut-être, un jour.
Olivier Marchal : Vous tombez mal avec ce film parce que je ne l’ai pas vu non plus. Oui, alors… euh, y’a Philippe Nahon. Je suis comme Olivia, je n’ai pas du tout eu envie d’aller le voir et je pense que je ne le verrai jamais. Je fais des films où il y a une violence et j’essaie de la transcender, mes films sont lyriques. Mes sujets m’obligent à parler de la violence, mais cette violence mise en scène comme dans Irréversible ne m’intéresse pas. Dans les réactions des gens à Irréversible, il y avait un truc très parisien, genre “Monica Bellucci se fait sodomiser en live pendant dix minutes c’est extraordinaire”. C’est un côté du cinéma français que je déteste vraiment, parce que c’est gratuit, ça ne fait pas avancer le cinéma. Maintenant, l’impact du film, tant mieux ! C’est un bon réalisateur, mais ça me choque un peu. Bon, le lien avec MR 73, c’est Nahon, immense acteur, trogne incontournable du cinéma français, c’est un grand pro.
Mystic River (Clint Eastwood)
O.M : Tu ne l’as pas vu non plus ?
O.B : Si, si, je l’ai vu, mais… Il ne me reste pas grand chose de ce film. Ce n’est pas du tout celui que je préfère de Clint Eastwood. Je suis désolée, encore une fois, je saute mon tour. Joker!
O.M : Ce film m’a plongé dans une certaine mélancolie, dans la solitude et le côté désespéré et irréversible des choses, sans faire de jeu de mots avec le précédent film. La seule réserve que j’ai, c’est que, moi qui adore Sean Penn, je trouve que c’est l’une de ses plus mauvaises interprétations. Il en fait des tonnes. Par contre Kevin Bacon est un acteur remarquable, complètement sous-estimé. C’est un acteur avec qui j’espère un jour tourner. C’est un grand, grand, grand acteur.
O.B : Même dans Footloose ! (rires)
O.M : C’est un mec qui est très bon à chaque fois. Comme Alec Baldwin ou Jeff Bridges. On parle toujours des mêmes, De Niro, Pacino, qui ressassent l’Actor’s Studio et en font aujourd’hui des caisses. Voilà ce que je retiens de Mystic River : Kevin Bacon.
O.B : Comme dans MR 73, il y a des acteurs qu’on ne voit pas assez au cinéma, comme Gérald Laroche, Guy Lecluyse ou Catherine Marchal.
Les tontons flingueurs (Georges Lautner)
O.M : Bon d’abord, “Jojo” Lautner, c’est un super mec, qui a fait de très bons films. Bon c’est un mec que je connais alors je ne suis pas très objectif non plus ! Pour l’anecdote, quand j’avais présenté 36 quai des orfèvres au festival de Sarlat, c’était la première fois que je montrais le film en public, il faisait l’ouverture du festival, je suis dans un état de décomposition totale. Il y avait tous les acteurs et toute la presse. Je monte sur scène, je présente le film. Dans la salle, je repère le “Jojo” qui est au 3e rang, discrètement, je reconnais sa gueule et tout. Et là, je ne sais pas ce qui me prend, je dis : « Ecoutez, je voudrais dire qu’il y a un monsieur dans la salle, c’est aussi grâce à lui que je suis là à vous parler ce soir », puis je fonds en larme. Et là, il monte sur scène, me prend dans ses bras et on est devenu potes. Le mec, 80 piges, génial! Et ce que je retiens des Tontons, c’est la culture des seconds rôles et des gueules de cinéma ! C’est un cinéma qui ne se prenait pas au sérieux mais qui se fait sérieusement. Et puis les dialogues d’Audiard ! Moi je viens de cette culture du dialogue, je me casse le cul pour mes dialogues, après on aime ou on aime pas !..
O.B : C’est vrai qu’Olivier soigne ses mots comme il soigne ses images. Un acteur, à la lecture, sait si ça va être difficile ou pas. Il y a des dialogues dont on sait qu’ils seront difficiles à jouer. Et si ça coule tout seul, comme avec Olivier, c’est un vrai plaisir pour les acteurs.
Sonatine (Takeshi Kitano)
O.M : Alors, je ne l’ai pas vu, c’est la honte ! Je vais vous dire un truc, je suis totalement imperméable au cinéma asiatique. Totalement !
O.B : Oh c’est fou ça… Je ne savais pas !
O.M : Je ne peux pas voir les films asiatiques. J’ai essayé pourtant ! Infernals affairs, les fims de John Woo, Wong Kar Wai. Les réalisateurs asiatiques ne m’intéressent pas du tout.
O.B : Je ne l’ai pas vu Sonatine, ça m’embête un peu parce que je m’intéresse beaucoup au cinéma asiatique. Dernièrement j’ai beaucoup aimé The Host. Ce qui me marque chez Kitano, c’est que son cinéma est très noir et très humain.
Recueilli par Romain Sublon