Hollywood, cinéma et idéologie (de Régis Dubois)

Hollywood, cinéma et idéologie, un livre de Régis Dubois (aux éditions Sulliver)

Sur un sujet finalement assez commun, Régis Dubois ouvre des perspectives très intéressantes. Traiter de l’idéologie étasunienne sclérosant le cinéma mainstream hollywoodien n’est pas exactement un parti pris avant gardiste. Toutefois, Régis Dubois a la merveilleuse idée de départir son analyse de la fameuse politique des auteurs, si chère à la critique française depuis les années 50.

Le point de départ de son ouvrage, c’est une approche façon cultural studies, à l’anglo saxonne, démontrant qu’un film dans le système hollywoodien n’est pas l’oeuvre d’un homme, mais d’un groupe (social, culturel, historique). Sur cette base, il évoque la manière dont le cinéma classique, et néo-classique américain bercent ses spectateurs dans l’indolence du happy end, de l’optimisme forcené, et dans la glorification de l’individualisme.
A ce titre, l’analyse de Tarzan (Van Dyke, 1932) est proprement brillante dans son exposition du caractère Rousseauiste et impérialiste du personnage tel qu’il est mis en scène dans le Hollywood du Code Hays.

Régis Dubois lève ainsi le voile sur une certaine fascination pour l’âge d’or des studios. Et si tous ces films qui continuent de faire rêver véhiculaient une forme de propagande ? Pris avec le recul, le cinéma populaire des années 40 et 50 a conditionné en Europe tout un regard sur l’Amérique, et a fondé une fascination qui se perpétue toujours. Cette fascination est maintenant relayée par un cinéma néo-classique, initié par le conservatisme arrogant des années Reagan. Cette phase se poursuit aujourd’hui encore, et Régis Dubois n’omet pas de citer des oeuvres récentes, comme Saving Private Ryan (Steven Spielberg, 1997) ou Forrest Gump (Robert Zemeckis, 1994).

Ce que l’auteur élude, toutefois, c’est la parenthèse enchantée, à savoir le Nouvel Hollywood, né à la fin des années 60 et mort en 1980. Seul Raging Bull (Martin Scorsese, 1980) est abordé, rapidement, au titre de contre exemple dans le chapitre portant sur le film de boxe.
Mais le cinéma hollywoodien a connu bien d’autres exemples de récits nuancés et denses dans cette période. Ceux ci prenaient d’ailleurs le pas sur le courant classique et idéologique pendant une bonne décennie. Les années 80 et le retour en grâce de l’american dream auront eu raison de cette évolution.

Fait intéressant que ne relève pas l’auteur, on pourrait déceler aujourd’hui un retour à un discours cinématographique nuancé, et disposé à la réflexion. Bien sûr, il y a 300 (Snyder, 2007), mais le cinéma hollywoodien nous a aussi offert ces deux dernières années L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (Dominik, 2007), ou encore There will be blood (P.T Anderson, 2008).
Le premier est l’antithèse du western classique, assumant la violence et le meurtre au titre de fondement de la société américaine, faisant d’un pleutre son héros. Le second est une critique acerbe du capitalisme effrené, du rêve américain aveugle. Ces films (de studio) sont caractéristiques de leur temps, d’une conscience et d’un discours qui n’a rien de minoritaire. Ils sont un pas vers la mort du cinéma néo-classique américain et son idéologie figée depuis près d’un siècle.

Greg Lauert

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