Cinéphilie - Cheik A. Ndiaye -

Mec, si t’es costaud, réponds à L’appel des arènes (de Cheik A. Ndiaye)

Cheik A. Ndiaye (réalisateur) était à Strasbourg pour présenter son premier long métrage de fiction : L’appel des arènes (du 4 juin au 1er juillet au cinéma Odyssée à Strasbourg). Ce n’est pas si souvent qu’on a l’occasion de voir des films africains en salle, alors ça mérite d’être signalé.
L’appel des arènes se passe au Sénégal, dans le milieu de la lutte, sport national traditionnel ultra-populaire. À l’affiche, figurent notamment deux des stars de cette discipline, Mustapha Gueye le “Tigre de Fass” et Mohamed Ndao “Tyson” : en plus d’être physiquement très impressionnants, ils s’avèrent convaincants comme acteurs. L’appel des arènes est un film urbain, à la fois populaire et ambitieux puisqu’il s’agit de plaire aux fans du genre, tout en familiarisant ceux qui n’y connaissent rien avec les différents aspects de la lutte -spirituels, artistiques, techniques- sans occulter ce qui s’y rattache de moins noble -paris plus ou moins clandestins, violence… Il s’agit aussi de faire un portrait de la jeunesse Dakaroise. Ce n’est pas toujours maîtrisé, ça tire un peu en longueur, mais ça reste intéressant et globalement sympathique (l’adjectif du mois !).
Cheik A. Ndiaye, très fatigué et peut-être un peu stressé avant la projection publique de L’appel des arènes, nous livre ses souvenirs et impressions des films suivants.

Beau travail (Claire Denis) : J’ai vu… Non, je ne l’ai pas vu : je l’ai regardé un peu à la télé en zappant. Pourtant Claire Denis c’est une réalisatrice que j’aime, j’ai vu Chocolat, j’ai vu… Mais ce film-là, je ne l’ai pas vu.

Ali (Michael Mann) : When we were kings ? Moi j’ai vu When we were kings (ndlr : de Leon Gast) et aussi le film en noir et blanc, vieux, du photographe français, comment est-ce qu’il s’appelle encore ? (ndlr : probablement s’agit-il de Muhammad Ali, the greatest, de William Klein, Américain parisien)… Ali… J’ai quelques souvenirs du film. Pour moi c’est un film parlant de sport -la boxe- et en même temps parlant d’un personnage très célèbre, emblématique qui est Cassius Clay -Muhammad Ali. Et puis le combat s’est déroulé au Zaïre, le regard du réalisateur par rapport à toute l’ambiance du Zaïre quand cet événement se passait… Bon lui, il a écrit une fiction par rapport à ça et je trouvais qu’il l’avait bien transcrit et aussi le comédien campait très bien le rôle de Muhammad Ali - comment est-ce qu’il s’appelle ? Will Smith, oui. Il était vraiment… Je pense qu’il a eu un prix ? Voilà en gros. Moi, c’est vrai que dans la manière dont il a fait son film, ses choix, ça m’avait beaucoup plu et quand je préparai mon film, j’ai regardé beaucoup de films sur le sport. Mais j’ai beaucoup plus regardé ce documentaire… Et donc le fait de voir When we were kings ; et aussi la manière dont il a traité le film, qui est une fiction mais qui se rapproche beaucoup du documentaire et en même temps aussi, c’est vrai que bon, dans son style un peu Hollywoodien parce qu’il a les moyens de le faire : je trouvais que c’était vraiment bien.

Bamako (Abderrahmane Sissako) : Oui bon. Abderrahmane, j’ai toujours aimé ce qu’il a fait. C’est vrai que je me posais des questions : comment est-ce qu’il allait traiter un sujet politique, parce que d’habitude sa cinématographie n’était pas politique. Donc j’avais quelques petites appréhensions, mais quand j’ai vu le film, il a super bien… Disons qu’il a toujours gardé son style à lui et ça m’a beaucoup plu. Et puis effectivement, ce qu’il dénonçait tout le monde le sait ; j’adhère totalement à ce discours. J’avais des projets concernant le développement durable en documentaire -parce que je viens du documentaire- et ce film m’a beaucoup plu dans la forme comme dans le fond.

Orange mécanique (Stanley Kubrick) : J’adore. J’avais lu le bouquin. Le bouquin c’est formidable parce qu’ils ont un langage qui leur est propre. Je pense que j’ai lu d’abord le livre avant de voir le film de Kubrick. Et c’est vrai qu’il avait bien traduit. Et Kubrick c’est un réalisateur que j’adore. Je pense que j’ai vu tous ses films -il n’en a pas fait beaucoup ! Et en plus ce film traduit une époque et il est toujours d’actualité. Même si on dit maintenant qu’il est un peu daté, parce que quand il l’avait fait c’était quelque chose de révolutionnaire… Ce film figure sur ma liste, c’est clair.

Recueillis par Jenny Ulrich

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