Cinéphilie - Rémi Bezançon et Pio Marmaï -

“C’est dingue, cette photo, ici, avec ce fond violet, non c’est pas possible, vous en avez parlé avec ma femme!”

Rémi Bezançon (réalisateur : Ma vie en l’air) et Pio Marmaï (comédien) étaient à Strasbourg pour présenter Le premier jour du reste de ta vie (sortie le 23 juillet). Un père (Jacques Gamblin), une mère (Zabou Breitman), deux fils (Pio Marmaï et Marc-André Grondin) et une fille (Deborah François). Cinq membres d’une même famille qui, entre 1988 et 2000, vont chacun avoir leur jour important. Rémi Bezançon adapte discrètement ses choix cinématographiques à chacune de ces personnalités ; discrètement aussi, il glisse un petit supplément d’âme dans ce qui est en train de devenir le nouveau genre balisé à la mode : le film de famille.
Rémi Bezançon et Pio Marmaï réagissent aux films suivants…

Irréversible (Gaspar Noé) :
RB : C’est intéressant dans la construction. Même si ce n’est pas le premier à faire un film qui se passe complètement à l’envers en fait -puisqu’on commence par la fin, puis on remonte petit à petit… La construction m’a bien plu. C’était Jane Campion qui avait fait un film construit de la même manière avant -je ne sais plus le nom du film-, en partant vraiment de la fin puis en remontant… Je ne me souviens plus, mais c’était super. Gaspar Noé il fait pareil, il le fait de manière assez talentueuse… Après, je n’aime pas le film. Mais je le trouve talentueux.
PM : Moi je ne l’ai pas vu au cinéma, je l’ai vu en vidéo. De manière assez déconstruite, c’est-à-dire à la fois je regardais des plans qui étaient… Puis après j’accélérai certaines scènes qui me faisaient chier, donc, déjà en l’occurrence le rapport que je vais avoir est complètement tronqué : c’est tronqué ce que je vais raconter. Ouais, j’ai un rapport assez admiratif, en tout cas sur le parti pris pour le sujet qui est traité, pour la manière dont peut-être c’est filmé, pour les risques qui ont été pris par le metteur en scène et aussi par les acteurs. Après le fond du film lui-même, pour moi ça n’a pas grand intérêt au-delà de la performançouille un peu trash, je trouve que ça ne décolle pas.
RB : Voilà, c’est trop une performance. Le fait de faire tout en plan séquence -je ne sais plus, cinq ou six plans séquence ou plus… Ça n’a pas d’autre intérêt que ça, qu’un truc technique. Parce que ce que ça raconte… Pffff… Au secours…
PM : Je ne dirais pas au secours, je dirais… Non, ce sont des choses qui arrivent, il y a une dimension poétique, il y a aussi une dimension lyrique, mais après… Ça pourrait aller beaucoup plus loin dans l’éclatement de ce que ça propose, a priori.

Les 7 mercenaires (John Sturges) :
RB : Alors là, je vais commencer parce que Les 7 mercenaires je l’ai vu 85 fois…
PM : « C’est ma-gni-fiique »… Non, Les 7 mercenaires : je dois dire un classique… En même temps, je ne suis pas fan non plus, j’avouerai, du western, qui moi, relativement, m’ennuie -pour être poli. Parce que c’est un genre… C’est un film culte… Vas-y, je meublerai après sur ce que tu dis.
RB : Les 7 mercenaires, c’est pas un film exceptionnel en fait, il a un côté culte parce que c’est un film… Il représente le paradis perdu de l’enfance. Pour moi en tout cas. Aujourd’hui, je vais remater Les 7 mercenaires, je vais prendre du plaisir à réécouter des dialogues que je connais par cœur, parce que je l’ai vu, ce film, quand j’étais petit, plein de fois avec mes frères et puis voilà, c’est plus ça. C’est plus…
PM : Une référence…
RB : Oui, mais point de vue cinématographique, j’aime beaucoup les westerns, il y a des westerns que je trouve mille fois mieux… Des Rio Bravo, des Impitoyable plus près de nous…
PM : Des Bud Spencer !
RB : Bud Spencer, Terence Hill, ouais… Mais sinon, à part ça, les dialogues sont quand même très bons…
PM : Il y a de très bons dialogues. En tout cas, en tant que doubleur officiel de scènes des 7 mercenaires (ndlr : référence à son personnage Albert dans Le premier jour du reste de ta vie), c’est une vraie matière de blagues et de jeu bien.
RB: Mais il y avait aussi dans Ma vie en l’air des références aux 7 mercenaires en fait. À un moment donné, il (Yann) envoi Ludo voir un film de samouraïs qui dure 3h, où ils se battent sous la pluie dans la gadoue…
PM : C’est Les 7 samouraïs
RB : Bien sûr, un chef d’œuvre…
PM : Bien plus pointu que Les 7 mercenaires.
RB : Et quand Ludo revient beaucoup plus tôt que prévu en disant « non, mais je l’avais déjà vu, la même chose avec des cow-boys »… Bref, du coup reparler des 7 mercenaires dans mon deuxième film : je pense que j’en parlerai aussi dans mon troisième et après j’arrêterai.

Retour vers le futur (Robert Zemeckis) :
PM : Lequel ? Le premier ?
RB : Il n’y en a qu’UN. Chef-d’œuvre absolu.
PM : Vous n’avez pas de films de Romero ? Parce que moi, je peux plus réagir sur des films de Romero…
RB : Chef-d’œuvre, Retour vers le futur -tais-toi-, c’est un chef-d’œuvre que j’ai vu trois fois au cinéma quand il est sorti. Le cinéma des années 80, j’adore. Celui-là, c’est en plus un film scénaristiquement parfait. J’adore le voyage dans le temps, j’ai envie de faire un film sur le voyage dans le temps… Voilà : c’est un film brillantissime. C’est à la fois « Aventure », « Humour », il y a tout… Le film parfait. Ça ne prend pas une ride : on peut le revoir aujourd’hui, c’est un fabuleux film.
PM : Pffff. Ouais, c’est de l’entertainment, pas mal fait… Ouais c’est pas mal, mais moi je l’ai vu en fait, il n’y a pas tellement longtemps que ça, donc déjà -non, attend. On m’en avait beaucoup parlé, mon cousin avait le jeu vidéo et du coup, sans même l’avoir vu, je projetai un truc dans ce film…
RB : C’est vrai que c’est des films qui font partie de la nostalgie, etc. C’est des films que j’ai vus quand j’avais 13 ans.
PM : C’est vrai que si je repasse des films que j’ai vus quand j’avais 13 ans, j’ai un autre regard.
RB : J’ai une affection particulière pour ce genre de films. Et puis, c’est l’époque aussi où on allait au cinéma le samedi soir -moi, j’y allais avec mes frères-, c’est aussi tout ça. Cette époque de cinéma, c’était aussi une époque où il y avait des bons films qui sortaient toutes les semaines : on découvrait Spielberg, on découvrait plein de réalisateurs importants, fin des années 70, début des années 80…

Carrie (Brian de Palma) :
PM : Je crois que je ne l’ai pas vu.
RB : Regarde-le parce que c’est un film magnifique. J’adore Carrie. Ça a pris un coup de vieux terrible. Là pour le coup, tu vas pleurer en le voyant. Ça reste quand même puissant parce qu’il y a des scènes complètement anthologiques… C’est un film… Pourquoi vous me parlez de Carrie ? (ndlr : par rapport à la scène de perte de virginité dans Le premier jour du reste de ta vie). D’accord. C’est un film qui a pris un petit coup de vieux, mais qui est un énorme film par un très grand réalisateur qui est Brian de Palma, qui a fait des films très lourds de sens.

Last Days (Gus van Sant) :
RB : Pourquoi vous me parlez de ce film ?! C’est hallucinant. C’est hallucinant que vous me parliez de ce film parce que j’ai eu l’idée du Premier jour du reste de ta vie en allant voir Last days… Pour des raisons complètement abstraites… Mais c’est incroyable. Ça me… Ouais, c’est un peu La quatrième dimension. Ou alors vous avez parlé avec ma femme ? C’est fou, parce que en voyant Last days, il y a un plan -non, vous m’en parlez à cause de Kurt Cobain en fait -, il y a un plan fixe qui dure assez longtemps où il joue de la musique et où on s’éloigne, il y a un travelling arrière… Super beau plan où on le voit jouer de plein d’instruments et où on le voit un peu composer un morceau, un plan qui montre… C’est la première fois au cinéma, je trouve, qu’on voit un vrai truc sur la création artistique… Last days, c’est un très beau film, un peu comme Shining pour moi, sur les affres de la création. Et c’est marrant, parce que c’est en voyant ce film que j’ai eu envie de faire Le premier jour du reste de ta vie, de le construire comme ça. Et je ne sais pas pourquoi.

Un conte de noël (Arnaud Depleshin) :
RB : Je n’ai pas vu Un conte de noël. C’est vrai que c’est un film sur la famille aussi, mais d’après ce que j’ai compris, c’est vraiment l’opposé du Premier jour parce que, voilà : moi, je ne voulais pas parler des grosses névroses familiales. Ça ne m’intéresse pas. Moi je parle de toutes petites choses : je laisse à d’autres le soin de parler de ces choses beaucoup plus graves. Mais pour moi, quand dans la bande annonce, on a Catherine Deneuve qui dit à son fils, joué par Mathieu Amalric : « Je ne t’ai jamais aimé »… Voilà : une mère qui dit à son fils « je ne t’ai jamais aimé », ça n’existe pas dans la vie. Enfin, ça existe : une personne sur dix mille. Donc, ça ne m’intéresse pas. Enfin, en tout cas, par rapport à ce thème là, moi, ça ne m’intéresse pas de parler de ça. Ce qui m’intéresse c’est de parler de toutes petites choses… Je laisse les grosses névroses familiales à Arnaud. Que j’adore en plus. La sentinelle, j’adore ce film.

Supervixens (Russ Meyer) :
PM : EXCELLENT ! Et là, je vais me permettre de parler…
RB : C’est génial !
PM :… parce que Supervixens c’est un film…
RB : Hallucinant.
PM : Moi je suis totalement admiratif des B-movies des années 70. Autant parce que je suis biker -biker fou… Il y a eu un état esprit cinématographique sur l’érotisme, sur les zonards, sur les bikers… Tout ça est extrêmement lié. Aussi sur l’humour et politiquement, sur l’espèce de début du merchandising américain. En tout cas, je trouve que Supervixens, c’est un regard extrêmement pointu pour l’époque et qui même s’il est filmé de manière très hasardeuse, avec des acteurs plus ou moins douteux… On voit plus des nibards que des acteurs… En tout cas il y a un parti pris à la fois ludique, à la fois poétique -parce que je trouve que c’est des films qui dans leur côté trash sont assez poétiques…
RB : C’est surtout comique aujourd’hui…
PM : C’est extrêmement drôle…
RB : J’en ai vu un il n’y a pas longtemps, j’ai vu Faster, Pussicat ! Kill ! kill ! : c’est ultra drôle. Mais absolument pas érotique
PM : Si !
RB : Pour l’époque oui, mais aujourd’hui, ça fait doucement rigoler.
PM : Oui, mais il y a un truc qui est presque… Un peu fellinien, en tout cas dans le choix des acteurs… Des actrices, parce que je suis plutôt sensible aux actrices dans ce type de film. Et je t’avouerai que je me rappelle parfaitement de certaines scènes… En même temps, c’est construit un peu comme un film érotique : l’enchaînement de prémices, de scènes un peu érotiques… Ça me parle. C’est une sorte de film qui me plait bien. Avec les films de ROMERO !
RB : J’adore Romero aussi : Zombie, énorme film
PM : Moi, je suis fanatique des films gores et c’est vrai que pour moi, l’érotique soft… Il y a un vrai parallèle : dans les films de zombies il y a aussi une dimension érotique qui est omniprésente. Voilà.

Recueillis par Jenny Ulrich

3 Réponses vers «Cinéphilie - Rémi Bezançon et Pio Marmaï -»

  1. Pascale dit :

    Décidemment, les cinéphilies sont une grande et belle invention. Merci CUT!

  2. Ak Haut T de la Plak dit :

    C Klair !

  3. Charline Taboni dit :

    C’est le genre de film que j’aime. Question de génération certainement.
    bonjour à toute l’équipe de CUT

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