Archive de la catégorie «Agitations»

Spider (court-métrage de Nash Edgerton)

Samedi 23 août 2008

Voici une petite “parenthèse” sur une découverte plutôt intéressante : le court métrage Spider. Avant de parler du film, il serait peut-être préférable de présenter un peu son jeune réalisateur : l’australien Nash Edgerton, au CV bien rempli.

Entre 18 et 20 ans, Edgerton débuta dans le cinéma en tant que cascadeur professionnel dans des films comme Street Fighter ou Power Rangers, le film (fallait bien commencer quelque part…) pour enchaîner avec Dark City, La Ligne rouge, la trilogie Matrix et récemment Solitaire. Parallèlement, il fit ses premières expériences en tant que réalisateur avec le court métrage Loaded en 1996. Mais c’est Deadline en 1997 qui lui permis de se faire un peu remarquer et de remporter un prix à Tropfest. Il réalisera ensuite quelques clips musicaux et d’autres courts métrages (dans lesquels il assurera presque à chaque fois la production, le montage, le rôle principal et la plupart des cascades). Il vient de réaliser son premier long-métrage : The Square.

Si Nash Edgerton est intéressant en tant que jeune réalisateur, c’est pour sa jolie maîtrise du plan séquence et de la cascade, son utilisation élégante du cinémascope, et la modération avec laquelle il utilise les paroles et la musique (principalement dans les courts Lucky et Spider). En voyant ses films, on pourrait peut-être lui reprocher de ne pas toujours être assez objectif, de s’attacher un peu trop à l’aspect technique et de livrer des twists quelques fois prévisibles, mais pour un réalisateur qui s’essaie, les résultats sont malgré tout prometteurs.

Et parmi ces résultats, il y a Spider. En partant d’une idée des plus simples (au volant d’une voiture, une femme fait la gueule à son copain parce que celui-ci lui fait des blagues qui vont souvent trop loin) et en faisant part d’une réelle sensibilité envers les personnages et les choses qu’elle croise, Edgerton parvient à livrer un regard intéressant sur la conséquence de leurs actes (pourtant si simples et naïfs) et de leurs intentions (parfois bonnes) et à livrer un final surprenant, à la fois drôle et triste, dans lequel il nous est offert un plan séquence qui stimule la curiosité.

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Introduction au cinéma de Guy Debord et de l’avant-garde situationniste (Antoine Coppola)

Vendredi 1 août 2008

Spécialiste du cinéma asiatique et du cinéma coréen en particulier, Antoine Coppola est également érudit en ce qui concerne les écrits et les films de Guy Debord et de ses compères situationnistes. Comme l’indique le long titre de ce livre, c’est à l’œuvre cinématographique de Debord que Coppola s’est consacré avec un courage certain. Il est en effet difficile d’avancer sereinement un avis ou une explication des œuvres de l’auteur de Réfutations de tous les jugements, tant élogieux qu’hostiles, qui ont été jusqu’ici portés sur le film « La Société du spectacle ».

On connaît depuis longtemps le mépris que Debord portait tant à ses contempteurs qu’à ses admirateurs, estimant que les uns et les autres, partie prenante ou aveuglés par cette fameuse « société du spectacle », ne comprenaient rien à son œuvre. Pourtant, en étudiant un par un les films du plus célèbre des situationnistes, l’auteur parvient à les mettre en perspective avec les thèmes les plus importants développés par l’homme qui a théorisé la société du spectacle. C’est peut-être parce qu’il reprend à son compte les principes énoncées par Debord tout au long de son œuvre littéraire et les utilise comme grille de lecture pour étudier les longs et les courts métrages du cinéaste. En admirateur exigeant du plus célèbre des théoriciens de l’ombre, Coppola se tient très près des concepts debordiens pour mettre en lumière la cohérence d’une œuvre, qui, malgré ses nombreux emprunts et détournements, se suffit à elle même.

On pourra juste reprocher le titre du livre à son auteur : cette introduction nécessite quand même une certaine familiarité avec les textes et les films de Debord pour pouvoir être pleinement appréciée.

 François-Xavier Taboni

DVD Twin Peaks (de David Lynch & Mark Frost)

Samedi 12 juillet 2008

/// Marcel Ramirez participe à la revue CUT. Il propose cet article sur Twin Peaks, la série la plus hallucinante ex-aequo avec Alf et le Cosby show. ///

Mais bon sang d’bois, QUI A TUE LAURA PALMER ?!

Oubliez Desperate Housewives, Heroes, Californication, ou Les oiseaux se cachent pour mourir (pardon maman…). Car la série ultime, Mesdames et Messieurs, c’est Twin Peaks !
J’en profite au passage pour m’insurger quelque peu : jamais dans CUT la revue, CUT le blog, CUT la radio, ou même CUT la boîte de production de film un peu olé-olé, je dis bien jamais, il n’a été question de l’incroyable série Twin Peaks, pourtant enfin sortie en DVD en France, en 2007. Incroyable, non ?! C’est donc à moi que reviennent l’honneur et le mérite de réparer cet affront fait aux deux créateurs de la série, Mark Frost et David Lynch.
On ne présente plus l’immense David Lynch, artiste protéiforme, et réalisateur souvent génial, dont peu de films ne sont pas cultes… Mark Frost, bien moins connu, est un scénariste de télévision, à qui l’on doit notamment la série Capitaine Furillo (Hill street blues, encore un truc que j’ai pas vu), et qui travaille aujourd’hui pour le cinéma : Les quatre fantastiques et le surfeur d’argent, c’est lui.
Twin Peaks, la série est née d’une hallucination collective à deux, subie par Lynch et Frost, alors qu’ils sirotaient un milkshake dans un Dinner à L.A. : ils ont vu, tous les deux, et en même temps, le corps sans vie d’une femme, enveloppé dans du plastique, et gisant sur les berges d’un lac… (Non, désolé, je ne sais pas à quoi était le milkshake.) À l’instar du superbe Sunset Boulevard de Billy Wilder (dont Lynch est très fan), tout allait donc commencer par une mort.
La morte, c’est Laura Palmer (et pas le Petit Gregory), d’où le slogan ultra usité par les producteurs de la série, dès le teaser de l’épisode pilote : Mais bon sang, «QUI A TUE LAURA PALMER ?!» (Promis, si vous êtes sage, je ne vous le dirai pas.)
Avec l’épisode pilote, certainement un des meilleurs, on entre donc immédiatement dans le vif du sujet : la découverte du cadavre de la jeune reine du lycée, Laura Palmer, met la petite ville de Twin Peaks en émoi. Peu de temps après, Ronette Pulaski, elle aussi originaire de la ville des pics jumeaux, est retrouvée violée et commotionnée. Comme elle est sortie des limites de l’état, l’enquête devient fédérale ; un agent du F.B.I. est envoyé, il se prénomme Dale Cooper. Tout cela semble bien banal ; et pourtant, Lynch et Frost vont frapper un grand coup, et même repousser les limites de la fiction sur petit écran, pas moins…

S’ils s’inspirent des séries policières, des soaps à la Dallas (où une allusion à Twin Peaks sera faite), ce sera pour mieux en détourner les codes, et créer un véritable univers propre à leur série. De plus, ils vont aussi très largement s’inspirer du cinéma, et piocher notamment chez Hitchcock (comme souvent dans les films de Lynch), chez Wilder, chez Preminger (le personnage de Laura est d’ailleurs un hommage non dissimulé au Laura de 1944), et même chez Cocteau (Le testament d’Orphée).
Ce mélange des genres va créer une atmosphère très particulière, jamais vue jusqu’alors, où se croiseront humour, terreur, poésie, étrange, ridicule, et visions oniriques.
Bien sûr, Lynch va réaliser le pilote et d’autres épisodes (les meilleurs), mais va devoir s’éloigner de “son bébé”, pour le tournage de Sailor et Lula. Ainsi, à partir de l’épisode 16, il ne suivra le processus d’écriture et de réalisation que de très loin, et clairement, son emprise sur la série baissera significativement.
Mais son amour pour Twin Peaks sera tel qu’il finira par revenir à Snoqualmie Falls (le véritable nom de la ville du tournage), pour mettre en scène le trentième et dernier épisode

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Hollywood, cinéma et idéologie (de Régis Dubois)

Dimanche 1 juin 2008

Hollywood, cinéma et idéologie, un livre de Régis Dubois (aux éditions Sulliver)

Sur un sujet finalement assez commun, Régis Dubois ouvre des perspectives très intéressantes. Traiter de l’idéologie étasunienne sclérosant le cinéma mainstream hollywoodien n’est pas exactement un parti pris avant gardiste. Toutefois, Régis Dubois a la merveilleuse idée de départir son analyse de la fameuse politique des auteurs, si chère à la critique française depuis les années 50.

Le point de départ de son ouvrage, c’est une approche façon cultural studies, à l’anglo saxonne, démontrant qu’un film dans le système hollywoodien n’est pas l’oeuvre d’un homme, mais d’un groupe (social, culturel, historique). Sur cette base, il évoque la manière dont le cinéma classique, et néo-classique américain bercent ses spectateurs dans l’indolence du happy end, de l’optimisme forcené, et dans la glorification de l’individualisme.
A ce titre, l’analyse de Tarzan (Van Dyke, 1932) est proprement brillante dans son exposition du caractère Rousseauiste et impérialiste du personnage tel qu’il est mis en scène dans le Hollywood du Code Hays.

Régis Dubois lève ainsi le voile sur une certaine fascination pour l’âge d’or des studios. Et si tous ces films qui continuent de faire rêver véhiculaient une forme de propagande ? Pris avec le recul, le cinéma populaire des années 40 et 50 a conditionné en Europe tout un regard sur l’Amérique, et a fondé une fascination qui se perpétue toujours. Cette fascination est maintenant relayée par un cinéma néo-classique, initié par le conservatisme arrogant des années Reagan. Cette phase se poursuit aujourd’hui encore, et Régis Dubois n’omet pas de citer des oeuvres récentes, comme Saving Private Ryan (Steven Spielberg, 1997) ou Forrest Gump (Robert Zemeckis, 1994).

Ce que l’auteur élude, toutefois, c’est la parenthèse enchantée, à savoir le Nouvel Hollywood, né à la fin des années 60 et mort en 1980. Seul Raging Bull (Martin Scorsese, 1980) est abordé, rapidement, au titre de contre exemple dans le chapitre portant sur le film de boxe.
Mais le cinéma hollywoodien a connu bien d’autres exemples de récits nuancés et denses dans cette période. Ceux ci prenaient d’ailleurs le pas sur le courant classique et idéologique pendant une bonne décennie. Les années 80 et le retour en grâce de l’american dream auront eu raison de cette évolution.

Fait intéressant que ne relève pas l’auteur, on pourrait déceler aujourd’hui un retour à un discours cinématographique nuancé, et disposé à la réflexion. Bien sûr, il y a 300 (Snyder, 2007), mais le cinéma hollywoodien nous a aussi offert ces deux dernières années L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (Dominik, 2007), ou encore There will be blood (P.T Anderson, 2008).
Le premier est l’antithèse du western classique, assumant la violence et le meurtre au titre de fondement de la société américaine, faisant d’un pleutre son héros. Le second est une critique acerbe du capitalisme effrené, du rêve américain aveugle. Ces films (de studio) sont caractéristiques de leur temps, d’une conscience et d’un discours qui n’a rien de minoritaire. Ils sont un pas vers la mort du cinéma néo-classique américain et son idéologie figée depuis près d’un siècle.

Greg Lauert

Ménageries - de Aurore Petit -

Mardi 27 mai 2008

Aurore Petit (dessinatrice, illustratrice et d’autres truc en “trice”) collabore à CUT depuis longtemps. Très, très longtemps… Une vieille de la vieille pour le dire avec élégance. Mais Aurore Petit n’a pas que CUT dans sa vie, aussi surprenant cela puisse-t-il paraitre.

Aurore a déjà signé les illustrations d’Ubu Roi (Ed. Petit à petit) et Contes Hébreux, un peuple du Moyen-Orient (Ed. Actes Sud junior). Il y a quelques jours, Ménageries (Ed. Thierry Magnier), son premier livre illustré, en tant qu’auteur, est paru. Et selon la formule consacrée, il est disponible dans toutes les bonnes librairies (ou presque).

Ménageries est livre illustré surprenant, où l’homme se confond avec l’animal, renouant ainsi avec ses origines. A moins que ce ne soit une projection du futur, avec la mutation pour point d’orgue. Les textes, courts, tendres et amusants, astucieusement intégrés, complètent des dessins d’un réalisme troublant. Destinée aux enfants, destinée aux adultes, à tous et à personne à la fois : la force de ce livre est peut-être là, dans sa capacité à échapper aux cases.

NOUNOURS : LE FILM et LE SITE

Lundi 3 décembre 2007

Nounours fait partie de cette catégorie un peu à part,

de ces films tournés en un instant sans écriture, sans prévoyance,

hop ! ça se déclenche et paf! c’est dans la boîte…

Nounours

Ainsi commence la gentille lettre aux spectateurs (nonchalants) de Benoit Legrand, jazzophage, cinephile, nouvellement cinéaste et accessoirement ami rencontré sur les bancs d´une fac Strasbourgeoise peu recommandable qui décida de poursuivre une carriere de galérien du 7e art.

Exilé a Lyon depuis, voici son premier film documentaire, 55 minutes de pur bonheur que meme Van der Keuken et Jean Rouch (ses références absolues en matiere de documentaire) s´en retournent dans leurs tombes, et qui bénéficie d´un joli site internet bien foutu avec en prime un extrait visionnable. Vous pouvez aussi consulter sa fiche film sur le site internet des Etats Generaux du Film Documentaire de Lussas.

Comment voir ce petit miracle, tourné sans aides ? Tres simple, il vous suffit d´aller sur le site et de télécharger… un bon de commande et de remplir un cheque pour une somme encore plus modique que pour le dernier Radiohead (bon, j´exagere un peu la…).

Pour finir, l´avis meme de Nounours (le héros) sur Nounours (le film) :

Moi en regardant le film j’ai trouvé ça touchant,

vivant, ça a réussi a blesser mon âme, à me faire pleurer.

Donc, n´oubliez pas : http://www.nounours-lefilm.com/

 

 

hi God!

Jeudi 6 septembre 2007

George Lucas l’avait imaginé en 1971 avec la sortie de son premier long-métrage THX1138; années 2000, ils l’ont fait. Eh oui, on peut désormais chatter en direct avec Dieu. 

Celui qui était l’Opium du peuple en notre cher vieu continent pendant de nombreux siècles est maintenant accessible, sans rendez vous, à toute heure de la journée ou de la nuit (parce que me direz vous, il y a des noctambules qui s’enchainent cigarettes sur cigarettes à leur bureau jusqu’au petit matin tout comme moi). Plus de prises de têtes. Pas même besoin de devoir écourter sa grasse mat’ du dimanche pour écouter les sermonts à la messe. Nul besoin de prier. Dans cette cité où tout n’est plus que consumérisme, où l’on doit tout avoir tout de suite et où les caissières du Auchan Hautepierre sont remplacées par des machines s’il vous plait; Dieu est in. Il a tourné la page. Il lui faut être partout tout le temps pour tout le monde (on dirait bien que Nicolas se prend un peu pour lui…”fermez la parenthèse de petite gaucho”). Et oui. Personnellement, je crois même que Dieu ecoute Justice du haut de son nuage. Si si! C’est froid, ça s’écoute très bien, mais c’est plutôt superficiel et puis il faut avoir du style pour être digne d’en écouter.  Bon je m’égare, et je sens bien que quelques uns d’entre vous trépignent d’impatience et souhaitent se repentiralors… je vous laisse le lien! Amen. 

http://www.titane.ca/concordia/dfar251/igod/main.html

KUBRICK´S NAPOLEON

Dimanche 2 septembre 2007

STANLEY KUBRICK´S NAPOLEON SCRIPT

Il y a quelques mois semaines, CUT consacrait un enieme passionnant dossier au plus surfait génie du cinéma, oui, vous l´avez deviné : Stanley Kubrick. Ca y est vous vous en souvenez ? Bon, sur le coup j´avais décliné ma participation au dossier, faute de trouver un angle intéréssant et pas rebattu ! Moi et les themes… Mais je suis sur que vous vous souvenez aussi qu´il était souvent fait référence au mythique film maudit de Kubrick, sa biographie avortée de Napoléon Bonaparte. Eh bien j´ai eu la chance de tomber quelques temps plus tard sur le scénario de son film. Evidemment, la deadline est passée depuis longtemps, mais grace a ce blog, je vais pouvoir rattraper mon retard, décortiquer ce script, et meme vous offrir en exclusivité la version Pdf pour les courageux qui aiment lire en anglais (voir plus haut).

Pour traiter la vie de Napoléon, de sa naissance jusqu´a sa mort, dans les limites imparties d´une production Hollywoodienne, Kubrick n´a pas d´autre choix que de recourrir a un narrateur. Sans etre envahissant, celui-ci donne les dates, introduit actions et personnages, et cede ici ou la la place a certains morceaux choisis et pertinents des mémoires et de la correspondance de l´Empereur en fonction de la période. Ces périodes sont délimitées précisément par des cartons. D´abord ENFANCE, ensuite 1789 - REVOLUTION, puis LA PREMIERE CAMPAGNE D´ITALIE / EGYPTE / COUP D´ETAT / EMPIRE / LA CHUTE / L´INVASION DE LA FRANCE / ELBE, et finalement SAINTE-HELENE. Mais rien ne dit que les titres eussent été conservés a l´ecran. Autre moyen extradiégétique employé par Kubrick : les cartes animées pour expliquer les marches des armées, les plans de batailles, les déplacements incessants des armees d´un bout a l´autre d´un continent.

Un point particulierement intéréssant est la place que le script donne aux femmes dans la vie de Napoléon. C´est le principal ressort dramatique qui va permettre a Kubrick de vraiment donner chair (si je puis dire) a son personnage. Les relations que le petit caporal entretient avec la gente féminine est plus importante que la politique, les batailles… Et sa relation avec Joséphine (je te trompe, tu me trompes, je te quitte, mais je t´aime encore…) constitue bel et bien un des fils rouge du film. Kubrick semble prendre un malin plaisir a dépeindre la luxure qui habite l´Empereur, comme un parallele a sa soif de conquete.

Evidemment, pas de Napoléon sans batailles ! Mais Kubrick ne vise pas a la surenchere. On ne compte que deux vraies batailles filmées de facon exhaustives dans le script. D´abord une bataille anonyme dans les plaines d´Italie contre les Autrichiens, et n´est en fait qu´une synthese, avec commentaires, de la tactique qui lui réussira pendant un temps. Et enfin, la derniere bataille : Waterloo. Sinon, Austerlitz se réduit a la débacle post-affrontement des Russes et aux négociations qui s´ensuivent. Quant a l´Espagne… Pas un mot, pas une ligne !

Du point de vue du personnage lui-meme, on passe de l´enfant maladif surprotégé par sa mere au solitaire qui doit faire avec les brimades de ses corélégionnaires de l´école militaire. Il devient ensuite un soldat qui attend son heure, a l´innocence maladive vis-a-vis des femmes, pour passer a un sous-officier dégouté par la populace et la pusillanimité des autorités. Il gagne ses galons cependant aupres des Révolutionnaires dissolus pour lesquels il n´a que mépris mais qui lui ouvrent leurs salons et leurs orgies. Sa rencontre avec Joséphine est décisive. Elle entretient en lui un feu qu´il transporte sur les champs de bataille d´Italie et d´Egypte. Se voyant trompé, il trahit la Révolution et organise un coup qui le porte au pouvoir, et mettent les hommes (et les femmes) a ses ordres. Cet appétit se révele fatal : plus dur sera la chute. Il est trompé a son tour et finit comme l´on sait. Il y a de nombreuses similitudes entre son parcours et celui de Barry Lyndon. Kubrick lie la destinee de son héros a ses relations avec les femmes, avec SA femme plus précisément, et c´est en commencant a singer les Empereurs et les Rois que Napoléon perd sa chance et sa bonne étoile, comme Barry Lyndon.

Sans que l´on puisse dire avec certitude quel genre de film Kubrick aurait tiré de ce script, on y retrouve cette sorte de sécheresse propre au vieux Stanley, cette absence de fioritures, mais un incessant travail pour taper la ou ca fait vrai, la ou ca fait sens. Il nous offre quelques scenes comme Napoleon et le Tsar qui prennent un sauna, Bonaparte jeune qui croit que la glace qui s´est formée dans son pichet est du verre, Murat qui enseigne la valse a Napoleon, Napoleon qui sort de table pour se taper une convive… La seule image un peu émotive et tire-larmes de tout le film ouvre en fait et termine le film. C´est celle d´un ours en peluche mentionné dans les bras de Napoléon bébé a la premiere ligne du script, et le script se termine avec le meme ours en peluche, apres sa mort, dans l´appartement de sa mere. La récurrence n´est pas innocente, et chacun y verra ce qu´il voudra.

Enfin, pour terminer ce tres/trop long article, mentionnons aussi les 6 dernieres pages du script, qui sont des notes de productions signees de la main meme de Kubrick. Il y analyse a l´intention de ses producteurs et des décideurs du studio, les frais, la longeur prévu du tournage (150 jours, soit 1mn30 de tournage par jour utile selon ses calculs), les localités envisagées pour le tournage (Italie et Yougoslavie), l´offre de l´armée Roumaine de mettre 30 000 a sa disposition, la difference de prix entre les tailleurs Roumains et les autres pour obtenir des costumes d´époques crédibles, ainsi que des spécifications pour le casting et d´autres détails techniques pour améliorer la qualité de la photographie, et de la couleur tout en réduisant les couts etc etc… Le tout fournit des indications tres interessantes sur comment on devait monter un tel blockbuster a cette époque.

Ces 6 pages ont un tres net gout de lettre de motivation. Quel dommage qu´elles ne se soient pas révélées assez convaincantes !

MIRANDA JULY´s BLOG

Lundi 18 juin 2007

Miranda July a écrit un recueil de nouvelles intitulé No One Belongs Here More Than You.

Elle a donc créée un site internet pour en assurer la promotion. Un site totalement artisanal et décalé qui a nécessité un budget faramineux : un marqueur, un frigidaire, et un appareil photo.

Pour le découvrir : http://noonebelongsheremorethanyou.com/

DAFT PUNK´S ELECTROMA

Jeudi 31 mai 2007

electroma.jpegAvec toutes ces acteurs et actrices qui se mettent a pousser la chansonnette, cela devait arriver tot ou tard. Il fallait que les musiciens eux aussi se mettent à faire du cinéma. Et qui mieux que les Daft Punk pour lancer la tendance ? Eux qui ont toujours collaborés avec les plus prestigieux réalisateurs de clips au monde. Ils en ont sans doute appris beaucoup, mais ils prouvent avec leur dernier joujou, ce film, qu’ils ont un sens du marketing et du buzz toujours aussi bien affûtés. Un seul cinéma, une seule journée de diffusion, le samedi, et une seule heure, à minuit, dans un cinéma a côté du Panthéon. Pourquoi minuit ? Parce que ca fait classe sans doute. Mais j’ai une autre théorie. Les apprentis réalisateurs sont conscients des limites de leur film, de son côté enfant gâté, et n’ont pas envie de l’envoyer dans la cour de recré se faire racketter par les racailles hollywoodiennes ou passer un savon par les premiers de la classe (pour filer la métaphore, les critiques seraient les professeurs). Pour vivre heureux , vivons cachés ! Il y a aussi un aspect album de famille très net. Davantage que la compile des meilleurs tubes du duo électro auquel on pouvait s’attendre, ce film est davantage un hommage appuyé à la musique, et pas seulement électronique, tout autant qu’à leurs réalisateurs favoris. Le pitch est simple : deux robots, dans un monde de robots, tentent de devenir humain… Ca vous semble court ? C’est encore trop long à écrire. Il n’y a pas plus de scénario que de dialogues. Ils s’en foutent. Il s’agit d’accumuler les scènes, de profiter du soleil de Californie, de la lumière du désert, et de laisser autant de place que nécessaire à la musique. Un étrange bâtard donc entre le vidéoclip et le long-métrage. Autant dire que le film a du mal à convier l’énergie et la pêche de leurs albums. Sans doute à cause des références cinématographiques : Kubrick bien sûr (mais tout le monde se réclame de lui, donc ca ne compte pas), Easy Rider (pour le côté road movie de deux marginaux), mais on pense aussi au Gerry de Gus Van Sant (deux hommes, le désert, un film), ou à Michelangelo Antonioni (jolie explosion d’un personnage, réminiscence peut-être de Zabriskie Point). En somme, une curiosité, une folie, creuse, mais d’une folle beauté plastique. A quand un film d’Air ?