Archive de la catégorie «Cinéphilies»

Cinéphilies - Lambert Wilson et Vincent Garenq -

Mercredi 3 septembre 2008

—-Je te tiens, tu me tiens… Le premier qui rira tournera la suite.

Vincent Garenq (réalisateur) et Lambert Wilson (comédien) étaient à Strasbourg pour présenter Comme les autres (sortie le 3 septembre). L’histoire d’un homme (Lambert Wilson), très amoureux de son compagnon (Pascal Elbé), mais dont le désir de paternité va tout chambouler… Nous parlerons du film dans la prochaine émission de Cut la radio (mise en ligne le samedi 6 septembre à midi).
En attendant, Lambert Wilson et Vincent Garenq nous livrent leurs souvenirs et impressions des films suivants.

Irréversible (Gaspar Noé)
Lambert Wilson : Moi j’en ai vu une demi-heure et je n’ai pas pu continuer après parce qu’en fait, j’ai pressenti que le sujet était passionnant et la forme m’a fait dégueuler. Voilà, j’ai vraiment eu du mal. Je sais, je suis sûr, que c’est un bon film, mais je ne supporte plus, d’une certaine façon, de voir une certaine violence à l’écran et aussi, je n’aime pas les démonstrations trop visibles du travail de la caméra : ça me gonfle.
Vincent Garenq : C’est le même producteur que mon film…
LW : Woups, voilà un producteur avec lequel je ne travaillerai plus !
VG : Et pareil, je ne supporte pas la violence dans les films. Beaucoup de films misent sur l’esthétique de la violence : je trouve ça insupportable. Et vraiment, je ne me pose pas en moraliste, c’est… Je ne supporte pas ça, je ne comprends pas la fascination qu’ont les réalisateurs pour la violence. Alors je sais que le public aime ça, mais moi… J’ai arrêté au bout d’un quart d’heure : insupportable.

Jules et Jim (François Truffaut)
LW : Je l’ai découvert assez tard et… Je voudrais être dans le film. Je voudrais être en même temps dans l’époque du film et dans l’époque du tournage du film. J’ai chanté la chanson du film -parce que j’ai fait un hommage au cinéma français des années 30 à 60 : et, bien entendu, j’ai chanté Le tourbillon… En même temps quand je l’ai vu, j’étais un peu déçu parce qu’il était tellement précédé d’une réputation incroyable que je me suis dit « Ah bon ? C’est ça, Jules et Jim ? ». Et en même temps ça a un pouvoir qui a continué dans mon imagination. Curieusement, je l’ai vu au festival de Sarasota, donc assez tard, et j’avais voyagé dans l’avion avec Jeanne Moreau -c’était un hommage qui lui était rendu… Tout était mélangé… C’est un hymne à Jeanne Moreau… Et puis c’est une certaine jeunesse, celle de Truffaut lui-même qui est bouleversante -parce que après j’ai lu le livre de Toubiana… La vie de Truffaut s’est aussi mélangée au film dans mon esprit… C’est une sorte de grande nostalgie pour l’année du tournage, pour tout ça. Voilà.
VG : Moi, ce n’est pas mon film préféré de Truffaut -de loin. Je ne l’aime pas trop. Je ne l’aime pas en fait, ce film. Mais Truffaut, c’est mon père. C’est comme si c’était mon père. C’est vraiment le cinéaste qui m’a fait… Avec Woody Allen et Sautet, je crois que c’est les trois cinéastes qui m’ont donné… Enfin il y en a d’autres : il y a des films de Resnais qui sont absolument fabuleux, j’en ai plein d’autres, mais en tout cas, Truffaut, c’est un peu comme si c’était mon papa. C’est en m’identifiant à lui comme mon papa que j’ai eu envie de faire du cinéma. J’ai tout lu sur Truffaut, j’ai vu tous ses films… J’aurais bien aimé le croiser… Mais en 84 -il est mort en 84-, je devais avoir… 17 ans… J’avais peu de chance de le croiser…

La cage aux folles (Edouard Molinaro) :
VG : Alors là. La cage aux folles, c’est le premier film sur l’homoparentalité. Parce que Ugo Tognazzi et Michel Serrault sont ensemble et Ugo Tognazzi a eu un enfant avec une femme avant. C’est le premier type de famille homoparentale : 95% des familles homoparentales, c’est ce type de famille. Ce sont des homos qui se sont mis avec des femmes, qui ont eu des enfants et puis ils se sont rendus compte qu’en fait, ils étaient homos, etc. Ou le contraire : il y a des femmes aussi qui se marient avec des hommes et qui se rendent compte après qu’elles sont lesbiennes… Je sais que les homos n’aiment pas du tout ce film, mais l’air de rien, il y a quarante ans -ça date d’il y a trente ou quarante ans- il posait ça, ce film. Avec beaucoup de provocation, une vision de l’homosexualité un peu outrancière, mais il y avait quand même ça derrière et puis il y avait cette idée qu’à la fin tout le monde se travestit… Enfin, il est bien plus… J’ai une tendresse pour ce film : je ne dis pas que c’est un très bon film, mais il y avait une audace, dedans, je trouve.
LW : Très divertissant… Génialissime Michel Serrault parce que c’est quand même une performance extraordinaire… Je trouve cette vision des homosexuels absolument insupportable, mais en même temps je suis très bon public et c’est surtout le point de vue de l’acteur sur une performance qui est quand même absolument extraordinaire, de Serrault… Mais c’est vrai que le mélange de cette vision des homosexuels, associée aux années 70 avec tout ce que ça comporte d’un point de vue stylistique -qu’on trouve vraiment ringardissime maintenant-, ça rend le mélange extrêmement écoeurant. Mais j’ai beaucoup de sympathie pour, et Tognazzi et Serrault : ce sont vraiment de très grands acteurs.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

Cinéphilie - Safy Nebbou -

Lundi 11 août 2008

Désormais, Safy Nebbou pourra dire qu’il connaît les gens de CUT et ça, c’est plus la classe encore qu’Etienne Chatilliez ou Elsa Zylberstein.

Safy Nebbou (réalisateur : Le cou de la girafe, segment consacré à Bergman dans le film collectif Enfances) était à Strasbourg pour présenter son second long-métrage, L’empreinte de l’ange (sortie le 13 août). L’histoire d’une mère (Catherine Frot) obsédée par la fillette d’une autre femme (Sandrine Bonnaire)… Nous parlerons du film -dont une des ambitions est de lier dimension sociale et thriller psychologique- dans la prochaine émission Cut la radio (mise en ligne le dimanche 17 à midi).
En attendant, Safy Nebbou nous livre ses souvenirs et impressions des films suivants…

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Cinéphilie - Rémi Bezançon et Pio Marmaï -

Mardi 22 juillet 2008

“C’est dingue, cette photo, ici, avec ce fond violet, non c’est pas possible, vous en avez parlé avec ma femme!”

Rémi Bezançon (réalisateur : Ma vie en l’air) et Pio Marmaï (comédien) étaient à Strasbourg pour présenter Le premier jour du reste de ta vie (sortie le 23 juillet). Un père (Jacques Gamblin), une mère (Zabou Breitman), deux fils (Pio Marmaï et Marc-André Grondin) et une fille (Deborah François). Cinq membres d’une même famille qui, entre 1988 et 2000, vont chacun avoir leur jour important. Rémi Bezançon adapte discrètement ses choix cinématographiques à chacune de ces personnalités ; discrètement aussi, il glisse un petit supplément d’âme dans ce qui est en train de devenir le nouveau genre balisé à la mode : le film de famille.
Rémi Bezançon et Pio Marmaï réagissent aux films suivants…

Irréversible (Gaspar Noé) :
RB : C’est intéressant dans la construction. Même si ce n’est pas le premier à faire un film qui se passe complètement à l’envers en fait -puisqu’on commence par la fin, puis on remonte petit à petit… La construction m’a bien plu. C’était Jane Campion qui avait fait un film construit de la même manière avant -je ne sais plus le nom du film-, en partant vraiment de la fin puis en remontant… Je ne me souviens plus, mais c’était super. Gaspar Noé il fait pareil, il le fait de manière assez talentueuse… Après, je n’aime pas le film. Mais je le trouve talentueux.
PM : Moi je ne l’ai pas vu au cinéma, je l’ai vu en vidéo. De manière assez déconstruite, c’est-à-dire à la fois je regardais des plans qui étaient… Puis après j’accélérai certaines scènes qui me faisaient chier, donc, déjà en l’occurrence le rapport que je vais avoir est complètement tronqué : c’est tronqué ce que je vais raconter. Ouais, j’ai un rapport assez admiratif, en tout cas sur le parti pris pour le sujet qui est traité, pour la manière dont peut-être c’est filmé, pour les risques qui ont été pris par le metteur en scène et aussi par les acteurs. Après le fond du film lui-même, pour moi ça n’a pas grand intérêt au-delà de la performançouille un peu trash, je trouve que ça ne décolle pas.
RB : Voilà, c’est trop une performance. Le fait de faire tout en plan séquence -je ne sais plus, cinq ou six plans séquence ou plus… Ça n’a pas d’autre intérêt que ça, qu’un truc technique. Parce que ce que ça raconte… Pffff… Au secours…
PM : Je ne dirais pas au secours, je dirais… Non, ce sont des choses qui arrivent, il y a une dimension poétique, il y a aussi une dimension lyrique, mais après… Ça pourrait aller beaucoup plus loin dans l’éclatement de ce que ça propose, a priori.

Les 7 mercenaires (John Sturges) :
RB : Alors là, je vais commencer parce que Les 7 mercenaires je l’ai vu 85 fois…
PM : « C’est ma-gni-fiique »… Non, Les 7 mercenaires : je dois dire un classique… En même temps, je ne suis pas fan non plus, j’avouerai, du western, qui moi, relativement, m’ennuie -pour être poli. Parce que c’est un genre… C’est un film culte… Vas-y, je meublerai après sur ce que tu dis.
RB : Les 7 mercenaires, c’est pas un film exceptionnel en fait, il a un côté culte parce que c’est un film… Il représente le paradis perdu de l’enfance. Pour moi en tout cas. Aujourd’hui, je vais remater Les 7 mercenaires, je vais prendre du plaisir à réécouter des dialogues que je connais par cœur, parce que je l’ai vu, ce film, quand j’étais petit, plein de fois avec mes frères et puis voilà, c’est plus ça. C’est plus…
PM : Une référence…
RB : Oui, mais point de vue cinématographique, j’aime beaucoup les westerns, il y a des westerns que je trouve mille fois mieux… Des Rio Bravo, des Impitoyable plus près de nous…
PM : Des Bud Spencer !
RB : Bud Spencer, Terence Hill, ouais… Mais sinon, à part ça, les dialogues sont quand même très bons…
PM : Il y a de très bons dialogues. En tout cas, en tant que doubleur officiel de scènes des 7 mercenaires (ndlr : référence à son personnage Albert dans Le premier jour du reste de ta vie), c’est une vraie matière de blagues et de jeu bien.
RB: Mais il y avait aussi dans Ma vie en l’air des références aux 7 mercenaires en fait. À un moment donné, il (Yann) envoi Ludo voir un film de samouraïs qui dure 3h, où ils se battent sous la pluie dans la gadoue…
PM : C’est Les 7 samouraïs
RB : Bien sûr, un chef d’œuvre…
PM : Bien plus pointu que Les 7 mercenaires.
RB : Et quand Ludo revient beaucoup plus tôt que prévu en disant « non, mais je l’avais déjà vu, la même chose avec des cow-boys »… Bref, du coup reparler des 7 mercenaires dans mon deuxième film : je pense que j’en parlerai aussi dans mon troisième et après j’arrêterai.

Retour vers le futur (Robert Zemeckis) :
PM : Lequel ? Le premier ?
RB : Il n’y en a qu’UN. Chef-d’œuvre absolu.
PM : Vous n’avez pas de films de Romero ? Parce que moi, je peux plus réagir sur des films de Romero…
RB : Chef-d’œuvre, Retour vers le futur -tais-toi-, c’est un chef-d’œuvre que j’ai vu trois fois au cinéma quand il est sorti. Le cinéma des années 80, j’adore. Celui-là, c’est en plus un film scénaristiquement parfait. J’adore le voyage dans le temps, j’ai envie de faire un film sur le voyage dans le temps… Voilà : c’est un film brillantissime. C’est à la fois « Aventure », « Humour », il y a tout… Le film parfait. Ça ne prend pas une ride : on peut le revoir aujourd’hui, c’est un fabuleux film.
PM : Pffff. Ouais, c’est de l’entertainment, pas mal fait… Ouais c’est pas mal, mais moi je l’ai vu en fait, il n’y a pas tellement longtemps que ça, donc déjà -non, attend. On m’en avait beaucoup parlé, mon cousin avait le jeu vidéo et du coup, sans même l’avoir vu, je projetai un truc dans ce film…
RB : C’est vrai que c’est des films qui font partie de la nostalgie, etc. C’est des films que j’ai vus quand j’avais 13 ans.
PM : C’est vrai que si je repasse des films que j’ai vus quand j’avais 13 ans, j’ai un autre regard.
RB : J’ai une affection particulière pour ce genre de films. Et puis, c’est l’époque aussi où on allait au cinéma le samedi soir -moi, j’y allais avec mes frères-, c’est aussi tout ça. Cette époque de cinéma, c’était aussi une époque où il y avait des bons films qui sortaient toutes les semaines : on découvrait Spielberg, on découvrait plein de réalisateurs importants, fin des années 70, début des années 80…

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Cinéphilie - Shlomi Elkabetz -

Mercredi 2 juillet 2008

Non, Shlomi Elkabetz n’est pas graphiste. Il est le co-réalisateur, avec sa soeur Ronit, de Les sept jours (à l’affiche au cinéma).

Shlomi Elkabetz (réalisateur) était à Strasbourg pour présenter Les sept jours (sortie le 2 juillet 2008). Après Prendre femme, il signe là une seconde co-réalisation stimulante avec sa sœur Ronit Elkabetz : Israël 1991, une grande famille se retrouve enfermée dans une petite maison pendant sept jours pour respecter une -difficile !- coutume de deuil. Tendu, inventif, dur et drôle… Les spectateurs du festival strasbourgeois Shalom Europa, où Les sept jours était montré en avant-première, ont eu le plaisir de voir la volubile et lumineuse Ronit en salle, mais après elle a filé pour être à l’heure à son premier jour de tournage de son premier film français.
Shlomi Elkabetz est resté pour nous livrer ses impressions et/ou souvenirs des films suivants. (Propos traduits de l’anglais).

Irréversible (Gaspar Noé) : J’apprécie ce film. Je ne l’ai pas vu depuis longtemps. J’ai l’habitude de montrer la première scène à mes étudiants. Ce que j’aime dans ce film, c’est qu’il a aussi été tourné en plan séquence. Il y a différents points de vue, mais j’aime énormément la façon dont il crée des sensations. Pas dans la partie provocante, mais sa capacité à créer des impressions, des sensations juste par l’utilisation de la caméra, les mouvements de caméra, la façon de les intégrer à l’histoire… C’est un bon film.

I’m Josh Polonski brother (Raphael Nadjari) : C’est un film spécial. Ce que j’aime vraiment dans ce film, au-delà de l’histoire et tout le reste, c’est la façon dont il a été filmé. Il a été filmé en 8mm, sans budget, à New York, avec des acteurs formidables, par un réalisateur très talentueux et c’est un de ces films qui prouvent, encore une fois, que le cinéma n’est pas une question d’argent, mais une question de désir. Et c’est un art. Et l’art peut aussi bien ne rien coûter. J’aime ça dans ce film. Au-delà de ça, il est très bien fait.

Le parrain (Francis Ford Coppola) : Waouh, quelle liste… Le parrain… Je l’ai encore revu il y a deux jours. J’adore ce film. Je ne sais pas, Le parrain, c’est comme un aimant. Même si vous l’avez vu cent fois, vous allumez la télé et il passe : vous restez et vous regardez ! C’est probablement la plus extraordinaire création de personnages au cinéma, mais pas seulement. C’est un chef d’œuvre dans le sens où c’est un film tellement intelligent d’un côté, et d’un autre côté la personne la plus stupide du monde peut le regarder et apprécier l’histoire, comme une excellente histoire. Ça marche vraiment entre ces deux choses : la capacité de dire quelque chose de profondément intelligent en tant que réalisateur, d’utiliser le cinéma pour le dire de manière cachée et d’un autre côté, juste faire un film que tout le monde peut voir.

Fanny et Alexandre (Ingmar Bergman) : J’adore ce film. Qu’est -ce que je peux dire de Fanny et Alexandre ? Je l’adore. C’est l’un de mes cinq films préférés. J’aime la capacité de Bergman, dans ce film en particulier, sa capacité à dépeindre l’enfance comme un rêve. Jeter tout de qui arrive de bien, de mal et faire de ce rêve ce qu’il fait aujourd’hui -enfin avant qu’il meure : du cinéma.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

L’entretien « minuté » avec Shlomi Elkabetz est disponible sur le site des cinémas Star : cliquez ici

Cinéphilie - Ari Folman -

Lundi 23 juin 2008

Ari Folman (réalisateur) est venu présenter son film Valse avec Bachir (sortie le 25 juin 2008) à Strasbourg, dans le cadre du premier festival Shalom Europa au Star St Ex. Valse avec Bachir, présenté en sélection officielle cette année à Cannes, est un film marquant à bien des égards. Documentaire-dessiné factuel et onirique, il traite de la mémoire altérée, des traumatismes de guerre, de la chronologie des massacres de Sabra et Chatila… Un film mosaïque angoissant, somptueux et psychanalytique jusqu’à un final qui prête à discussion -et nous ne manquerons donc pas d’en discuter lors du prochain enregistrement de Cut la radio.
Ari Folman, tard le soir, nous livre ses souvenirs et impressions des films suivants. Concis et parfois pince-sans-rire.

Irréversible (Gaspar Noé) : Monica Bellucci est la plus belle femme sur terre. Et le film est brillant. Et c’est la meilleure performance de Vincent Cassel en tant qu’acteur.

Le jour des morts-vivants (George A. Romero) : Je ne l’ai pas vu. Je ne vois aucun film d’horreur : ils m’ennuient à mourir.

Redacted (Brian de Palma) : Son meilleur film. Je l’adore. C’est un film si différent, intelligent, brillant : je l’adore.

Apocalypse Now (Francis Ford Coppola) : Définitivement : le director’s cut. Les deux versions sont incomparables et les studios devraient avoir honte d’avoir coupé la famille Française et bien sûr la scène où Willard s’éloigne de l’hélicoptère pour donner un peu de temps et d’espace à ses soldats afin qu’ils puissent rester avec les filles. Parce qu’en termes d’écriture, en coupant cette scène, ils ont détruit le personnage de Willard. Ils ne lui laissent aucune rédemption.

Full metal jacket (Stanley Kubrick) : La scène avec le sniper, dans Full metal jacket, est la scène la plus juste, la plus ressemblante à ce qu’est vraiment la guerre qui ait jamais été tournée. La seconde partie du film.

Deap throat (Gerard Damiano) : C’est incroyable qu’on ait pu être intrigué par ce film. Dieu merci, l’industrie du porno sur internet s’est beaucoup améliorée…

Le voyage de Chihiro (Hayao Myazaki) : Le meilleur Myazaki probablement, mais je préfère Princesse Mononoke.

Fritz the cat (Ralph Bakshi) : La bande dessinée de Crumb est meilleure, bien meilleure que le film.

Recueillis par Jenny Ulrich

Pour en savoir plus sur Valse avec Bachir : la critique de F.X est à lire dans Cut la revue. L’entretien “minuté” avec Ari Folman est disponible sur le site des cinéma Star (juste après celle de Shlomi Elkabetz) :
Entretien “minuté”
Et le festival Shalom Europa c’est jusqu’au 27 juin :
Shalom Europa

Cinéphilie - Jaime Rosales -

Mercredi 11 juin 2008

Jaime Rosales, réalisateur barbu de La Soledad.

Jaime Rosales (réalisateur) est venu présenter son film La Soledad (pour écouter l’entretien minuté : cliquez ici) à Strasbourg (sortie le 11 juin). Il y emploie sa propre grammaire cinématographique qui passe notamment par des dispositifs, des partis pris nécessitants un certain temps pour trouver leur pleine mesure : le film fait 2h10 et c’est une durée justifié.
Jaime Rosales nous livre ses souvenirs et impressions des films suivants.

Sarabande (Ingmar Bergman) : Réaction cinéphilique ? J’ai des sentiments opposés par rapport à ce film. Quand je l’ai vu, j’ai eu une émotion très très forte. J’étais avec ma femme, on pleurait tous les deux. C’est quand même un film extraordinaire. Avec le temps -ce qui m’arrive souvent si j’ai une grande émotion, si vraiment je pense que j’ai vu un chef-d’œuvre dans l’immédiat : avec le temps, c’est un film qui m’abandonne un petit peu. Ça a été le cas. Je pense que ça peut reprendre de la valeur en moi, mais… C’est un film très maîtrisé, d’une très grande qualité dans tous les sens, mais je ne sais pas, ce n’est pas la même chose que ses films en cinéma peut-être : il y avait quelque chose du digital qui me déplait. En général, je n’aime pas les films en digital.

Lumière silencieuse (Carlos Reygadas) : C’est un copain. J’ai vu le montage préliminaire, j’étais à Cannes et je l’ai vu aussi en salle. C’est un très beau film. J’aime beaucoup. Je pense que Japon et Lumière silencieuse sont les deux films… J’aime passionnément la scène où il y a toute la famille qui se baigne là, dans une espèce de piscine naturelle, avec tous les enfants : c’est extrêmement bien filmé. C’est un film très courageux, très épique.

Le fabuleux destin d’Amélie Poulain (Jean-Pierre Jeunet) : Ouh-la ! Ça c’est un film que je déteste. C’est une honte ce film. Non-non. C’est du faux… Tout est faux. Ça ne raconte rien, ça ne raconte pas la France, ça n’est pas une histoire d’amour ; on voit le truc, on voit le mensonge de partout. C’est comme des feux d’artifices : elle est très mignonne, lui aussi il est très beau, mais tout est… C’est une honte, non-non-non, il ne faut pas voir ce film-là… Ce qui n’est pas honnête c’est de faire passer quelque chose de très faux et de très inintéressant pour une œuvre artistique originale, ça c’est inacceptable. Faire une romantic comedie comme There’s something about Mary (Mary à tout prix des frères Farrelly), pourquoi pas, il n’y a aucun problème : c’est des gens qui ne se prennent pas pour des intellectuels, qui font des films comme ça pour gagner de l’argent. En plus avec des idées, bon un type d’humour un peu grossier, mais je ne trouve pas ça malhonnête alors que j’ai des problèmes avec le destin d’Amélie machin.

Vertigo (Alfred Hitchcock) : Vertigo. C’est un film troublant sans doute. Je ne sais pas pourquoi les critiques cinéma adorent tellement ce film d’Hitchcock alors que parmi ses films il y en a d’autre qui me semblent à la même hauteur ou supérieurs. C’est un de ces films très cinéphiles dont je ne partage pas tellement la cinéphilie.

Recueillis par Jenny Ulrich

Cinéphilie - Cheik A. Ndiaye -

Lundi 9 juin 2008

Mec, si t’es costaud, réponds à L’appel des arènes (de Cheik A. Ndiaye)

Cheik A. Ndiaye (réalisateur) était à Strasbourg pour présenter son premier long métrage de fiction : L’appel des arènes (du 4 juin au 1er juillet au cinéma Odyssée à Strasbourg). Ce n’est pas si souvent qu’on a l’occasion de voir des films africains en salle, alors ça mérite d’être signalé.
L’appel des arènes se passe au Sénégal, dans le milieu de la lutte, sport national traditionnel ultra-populaire. À l’affiche, figurent notamment deux des stars de cette discipline, Mustapha Gueye le “Tigre de Fass” et Mohamed Ndao “Tyson” : en plus d’être physiquement très impressionnants, ils s’avèrent convaincants comme acteurs. L’appel des arènes est un film urbain, à la fois populaire et ambitieux puisqu’il s’agit de plaire aux fans du genre, tout en familiarisant ceux qui n’y connaissent rien avec les différents aspects de la lutte -spirituels, artistiques, techniques- sans occulter ce qui s’y rattache de moins noble -paris plus ou moins clandestins, violence… Il s’agit aussi de faire un portrait de la jeunesse Dakaroise. Ce n’est pas toujours maîtrisé, ça tire un peu en longueur, mais ça reste intéressant et globalement sympathique (l’adjectif du mois !).
Cheik A. Ndiaye, très fatigué et peut-être un peu stressé avant la projection publique de L’appel des arènes, nous livre ses souvenirs et impressions des films suivants.

Beau travail (Claire Denis) : J’ai vu… Non, je ne l’ai pas vu : je l’ai regardé un peu à la télé en zappant. Pourtant Claire Denis c’est une réalisatrice que j’aime, j’ai vu Chocolat, j’ai vu… Mais ce film-là, je ne l’ai pas vu.

Ali (Michael Mann) : When we were kings ? Moi j’ai vu When we were kings (ndlr : de Leon Gast) et aussi le film en noir et blanc, vieux, du photographe français, comment est-ce qu’il s’appelle encore ? (ndlr : probablement s’agit-il de Muhammad Ali, the greatest, de William Klein, Américain parisien)… Ali… J’ai quelques souvenirs du film. Pour moi c’est un film parlant de sport -la boxe- et en même temps parlant d’un personnage très célèbre, emblématique qui est Cassius Clay -Muhammad Ali. Et puis le combat s’est déroulé au Zaïre, le regard du réalisateur par rapport à toute l’ambiance du Zaïre quand cet événement se passait… Bon lui, il a écrit une fiction par rapport à ça et je trouvais qu’il l’avait bien transcrit et aussi le comédien campait très bien le rôle de Muhammad Ali - comment est-ce qu’il s’appelle ? Will Smith, oui. Il était vraiment… Je pense qu’il a eu un prix ? Voilà en gros. Moi, c’est vrai que dans la manière dont il a fait son film, ses choix, ça m’avait beaucoup plu et quand je préparai mon film, j’ai regardé beaucoup de films sur le sport. Mais j’ai beaucoup plus regardé ce documentaire… Et donc le fait de voir When we were kings ; et aussi la manière dont il a traité le film, qui est une fiction mais qui se rapproche beaucoup du documentaire et en même temps aussi, c’est vrai que bon, dans son style un peu Hollywoodien parce qu’il a les moyens de le faire : je trouvais que c’était vraiment bien.

Bamako (Abderrahmane Sissako) : Oui bon. Abderrahmane, j’ai toujours aimé ce qu’il a fait. C’est vrai que je me posais des questions : comment est-ce qu’il allait traiter un sujet politique, parce que d’habitude sa cinématographie n’était pas politique. Donc j’avais quelques petites appréhensions, mais quand j’ai vu le film, il a super bien… Disons qu’il a toujours gardé son style à lui et ça m’a beaucoup plu. Et puis effectivement, ce qu’il dénonçait tout le monde le sait ; j’adhère totalement à ce discours. J’avais des projets concernant le développement durable en documentaire -parce que je viens du documentaire- et ce film m’a beaucoup plu dans la forme comme dans le fond.

Orange mécanique (Stanley Kubrick) : J’adore. J’avais lu le bouquin. Le bouquin c’est formidable parce qu’ils ont un langage qui leur est propre. Je pense que j’ai lu d’abord le livre avant de voir le film de Kubrick. Et c’est vrai qu’il avait bien traduit. Et Kubrick c’est un réalisateur que j’adore. Je pense que j’ai vu tous ses films -il n’en a pas fait beaucoup ! Et en plus ce film traduit une époque et il est toujours d’actualité. Même si on dit maintenant qu’il est un peu daté, parce que quand il l’avait fait c’était quelque chose de révolutionnaire… Ce film figure sur ma liste, c’est clair.

Recueillis par Jenny Ulrich

Cinéphilie - Claus Drexel et Julien Courbey -

Samedi 7 juin 2008

Claus Drexel essaye d’étrangler Julien Courbey avec une bouteille de Coca-Cola. C’est clairement un acte politique visant à dénoncer l’impérialisme américain.

Claus Drexel (réalisateur) et Julien Courbey (comédien) sont venus présenter à Strasbourg Affaire de famille (sortie le 4 juin). On en parle dans Cut la radio -29, mais pour résumer : le film montre un père, une mère et leur fille aux prises avec le butin d’un casse commis dans un stade de foot mitoyen. Récit éclaté et référentiel qui peine un peu à démarrer, mais trouve son rythme dans sa deuxième (ou troisième) partie. Les réactions ? « Pas très excitant » pour certains, « sympathique » pour les autres.
Claus Drexel et Julien Courbey nous livrent leurs souvenirs et impressions des films suivants.

Irréversible (Gaspar Noé)
Claus Drexel : Irréversible à l’envers ça fait elbisrevèrrI…
Julien Courbey : Tu l’as vu ?
CD : Oui, bien sûr je l’ai vu. Je connais un peu Gaspar, enfin je le connais : on s’était vus dans des festivals il y a longtemps et donc, je suis toujours étonné du contraste entre ce personnage très calme, très posé et la violence de ses films. Je trouve que Irréversible c’est un film plastiquement très beau, très dérangeant. Un exercice de style réussi. Julien ?
JC : Ouais, moi j’aime bien les films comme ça, j’aime bien les films politiquement incorrects. Gaspar je le connais bien et j’avais adoré son premier film, Seul contre tous avec Philippe Nahon…
CD : Et Carne !
JC : Oui, Carne. Ça c’est un truc, j’ai moins accroché. J’ai trouvé ça moins intéressant. Mais Gaspar c’est un provocateur, il adore ça, il aime déranger. Et Irréversible, bon ben y a pas de scénar’, c’est un truc à l’envers… Quand je suis sorti de ce film, j’ai juste été déçu du fait qu’il ne m’a rien appris. C’est-à-dire que…
CD : C’est un exercice de style effectivement.
JC : C’est vraiment un exercice de style, il y a de la provoc’, il y a le viol -qui n’est pas si violent que ça d’ailleurs, j’ai vu des films sur des viols, Peckinpah…
CD : Les chiens de paille
JC : Qui est bien plus subtil et ambigu et moins basé, en plus, sur le visuel. C’est souvent des plans américains etc. Moi, Irréversible, le truc c’est que quand je suis sorti, je me suis dit « ouais, et alors ? ». Moi, si ma femme se fait violer, je le sodomise, je lui crève un œil, ça me dérange pas. Il n’y a pas d’éthique… Il y a un héros, il y a le méchant et c’est tout. C’est-à-dire qu’à un moment, le propos narratif, il est juste pas là, quoi. Mais par contre, Gaspar c’était ça. C’est-à-dire que c’était ça qu’il voulait faire. Il n’était pas en train d’essayer de faire quelque chose avec une réflexion sur le film, c’était de la provocation : c’est “je veux vous déranger, si vous sortez de la salle c’est que j’ai gagné”. Et c’était vraiment ça son discours.
CD : Oui, et moi je tiens à rebondir -le fait qu’on parle de Gaspar : revenir sur Seul contre tous. Moi, s’il y a un truc que j’aime bien dans un film, c’est que si tel réalisateur n’avait pas fait ce film, il n’aurait jamais existé. Et je trouve que particulièrement dans Seul contre tous, mais aussi dans tous ses films, chez Gaspar Noé il y a un truc qui n’appartient qu’à lui et c’est le seul à faire ça, et je trouve que c’est formidable.
JC : Et puis alors, un autre truc que je défends chez Gaspar et chez tous les jeunes cinéastes qui font partie de ma génération, c’est que c’est un des rares cinéastes qui a des couilles. Parce que en France, des films comme ça, c’est super dur à monter -bon lui, il a eu l’aval quand même… Heureusement qu’il a pris Vincent et Monica, il aurait pris deux acteurs inconnus, personne ne l’aurait produit. Donc, il a eu quand même les cojones de faire un film comme ça et je trouve Vincent et Monica, pour le coup, supers d’avoir défendu ça. J’aime bien quand les acteurs défendent ce genre de sujet, même si ça peut choquer les gens ; c’est ce qui fait aussi la diversité des sujets et en France, on en n’a pas assez des films comme ça. Moi j’aime bien ce côté provoc’, politiquement incorrect comme ce que font en ce moment les Espagnols ou les Italiens, que nous on n’a pas. Qu’on a eu à une certaine période avec Gaspar, avec Mathieu (Kassovitz), avec Emilio Siri, enfin tous ces jeunes cinéastes qui aiment le genre.

Mais qui a tué Harry ? (Alfred Hitchcock)
CD : Ca fait longtemps… Je suis un grand fan de Hitchcock, mais…
JC: Je ne me souviens plus trop de celui-là ?
CD : Alors je suis très content qu’on parle de Mais qui a tué Harry, même si je m’en souviens très peu parce que je l’ai vu il y a très longtemps, mais Daniel Goudineau, le directeur de France 3 Cinéma, qui est partenaire de Affaire de famille, en sortant de la première projection du film, m’a dit « Ah mais c’est chouette, je suis très content, ça fait penser à Mais qui a tué Harry ».
JC : Ah bon ?!
CD : Oui ! Donc voilà ma petite réaction par rapport à ce film… Mais sinon, Hitchcock, moi je suis évidemment un grand fan.
JC : C’est surtout Fenêtre sur cour qui m’a bouleversé moi.
CD : Oui : Psychose, Les Oiseaux, Marnie
JC : Les oiseaux, j’ai moins aimé…
CD : Personne n’aime Marnie, mais c’est un chef d’œuvre !
JC : La corde c’est génial.
CD : La corde c’est pas mal. Mais attend, Marnie c’est un chef d’œuvre !
JC : Ouais, je connais moins celui-là…
CD : Tu connais pas en fait ?
JC : Non, celui-là je ne le connais pas.
CD : Ne dis pas « je connais moins », tu dis « je ne connais pas »
JC : Rah, il est chiant lui. Non, mais j’adore Hitchcock bien sûr.
CD : Mais qu’est-ce que tu penses de Marnie ?
JC : Mais il est con !

Mort sur le gril (Sam Raimi -scénario : Sam Raimi, Joel et Ethan Coen)
JC: Oui, je l’ai vu, j’adore ce cinéma-là…
CD : Moi, celui-là je le “connais moins” ! Mais les frères Coen, bien sûr…
JC : Ca y est, il est parti, c’est un fou des frères Coen donc forcément.
CD : Pour moi, les frères Coen sont les plus grands cinéastes en activité.
JC : Oh, il y en a plein d’autres encore, heureusement !
CD : T’as entendu ? Sidney Pollack est mort hier soir.
JC : Ah bon ?! Fais chier…
CD : Donc, les frères Coen sont les plus grands cinéastes en activité depuis hier soir.
(more…)

Cinephilie - Manu Larcenet -

Mardi 3 juin 2008

C’est Manu Larcenet ??! Y fout les j’tons ! Ah bon, c’est Vincent D’Onofrio dans Full Metal Jacket ?.. Ouf!

Manu Larcenet (auteur de bandes dessinées : Le Combat ordinaire, Le retour à la terre avec Jean-Yves Ferri, Bill Baroud, etc) était à Strasbourg pour parler du quatrième et dernier tome de la série Le combat ordinaire (lien vers un entretien filmé d’une dizaine de minutes, cliquez sur : atelierbd). Après : 2. Les quantités négligeables et 3. Ce qui est précieux, cet opus final est sous titré 4. Planter des clous… Des sous titres à la fois mystérieux et évocateurs -et beaux et un peu nostalgiques- qui correspondent bien aux sensations contrastées que provoque cette histoire.

Manu Larcenet était aussi à Strasbourg pour la 7ème Bulle de ciné au Star, soirée au cours de laquelle il a choisi de montrer Down by Law de Jim Jarmush et O’Brother de Joel et Ethan Coen : l’occasion idéale pour lui proposer une cinéphilie ! Au terme donc de cette longue journée, tard le soir, Manu Larcenet s’est prêté au jeu de la cinéphilie. Il nous livre ses souvenirs et/ou impressions des films suivants.

Irréversible (Gaspar Noé) : Alors, je ne connais ni le titre, ni le Gaspar là. Irréversible… Pourquoi ça me dit quelque chose ? Ah : il y a une scène dure de viol dedans. Non, je ne l’ai pas vu.

Des souris et des hommes (Gary Sinise) : Ah ben ouais mais là tu es sûre que tu tape juste avec moi ! (ndlr : voir T-1 du Combat ordinaire). C’est sans doute pas l’adaptation ultime, je ne dis pas que c’est un film excellent, mais je l’ai vu très jeune - enfin très jeune : quand il est sorti. Et avant de lire le livre. L’histoire est magnifique, ça m’a fait oublier tout le reste : c’est-à-dire que ce n’est pas forcément de belles couleurs, de beaux éclairages, c’est pas forcément bien cadré, c’est pas joué le mieux du monde, mais l’histoire est tellement prenante… Après, j’ai lu le livre et j’ai vu effectivement qu’il y avait peut-être quelque chose de plus étoffé à faire autour de cette histoire-là. Mais rien que l’histoire en elle-même c’est quelque chose d’incroyable.

Smoke (Wayne Wang) : Smoke c’est lequel ? Je confonds toujours les deux. C’est celui qui est scénarisé ou l’autre ? (c’est le scénarisé, ndlr). Forest Whitaker là-dedans il est incroyable ! J’ai adoré l’histoire qui est très sensible et c’est surtout un film urbain. C’est rare, je trouve les films urbains réussis. Et ça, c’est typiquement… Mais même Brooklyn boogie : c’est vraiment des films urbains réussis. Là, il est tard donc je n’ai pas forcément les mots pour dire tout ça, mais… Harvey Keitel déjà ! Et l’acteur barbu… J’ai oublié son nom… C’est la fin de la journée, vraiment ! Tout ce qui se passe autour du petit Black… Il faudrait que je le revoie parce que j’en ai gardé un souvenir éblouit. C’est rare les films sur les villes qui sont aussi réussis. Le dernier que j’avais vu, c’était Lost in translation. C’est des films avec des acteurs magnifiques dans des villes qu’ils rendent magnifiques.

Eraserhead (David Lynch) : Pas vu. Lynch, je fais un rejet quasi total. À part Une histoire vraie qui m’a scotché, le reste… Soit on ne m’a pas emmené vers ce type de cinéma, soit je suis absolument réfractaire à ça. C’est-à-dire que je n’aime pas faire le boulot. J’aime bien quand on me présente des mystères, quand on me présente une intrigue, quand on me présente même des histoires sans intrigue, des personnages, des machins… Lui ne fait rien de tout ça. Il me donne des personnages qui changent d’une seconde à l’autre, qui n’ont jamais la même personnalité donc déjà, ça m’emmerde un petit peu. Il me présente une histoire où j’ai tout à faire et, par exemple, sur je ne sais plus quel dvd que j’avais acheté… Euh ? Mulholland drive. Tu le regardes une fois, ce qui est magnifique, c’est que quand tu le regardes une deuxième fois, il y a un chapitrage aléatoire. Tu vois les scènes de manière aléatoire et là, je me demande à quel point c’est pas du foutage de gueule. Avec lui, je suis toujours en train de me demander s’il se fout de ma gueule ou s’il cherche à provoquer en moi quelque chose d’intéressant. Mais moi je ne suis pas intéressant donc j’attends qu’on me propose. J’aime bien quand Gilliam me donne des choses, je n’aime pas quand Lynch me dit « hummmmm, vas-y, cherche à travers mes images, cherche toi-même ce qui est intéressant hun-hun ! ». C’est ce dandysme là qui m’énerve, le « hun-hun » qui me gonfle. Ceci dit, un amoureux de Lynch te dirait probablement que c’est extraordinaire et probablement qu’il aurait raison. Moi, je suis réfractaire à ça.

Les aventuriers de l’Arche perdue (Steven Spielberg) : Ca aussi je suis réfractaire ! Et même tout jeune. C’est du cinéma qui est marrant pour un dimanche après-midi, mais moi les dimanches après-midi, j’avais autre chose à foutre de plus intéressant que d’aller au cinoche. Les films de divertissement pur, il y en a d’extraordinaires, de très bons, mais c’est jamais des films que je vais revoir avec plaisir.

Mon voisin Totoro (Hayao Miyazaki) : Ca c’est un vrai chef d’œuvre. Je me rappelle la première fois où je l’ai vu, c’est passé sur Arte tard le soir et j’étais tombé dessus par le plus grand des hasards. Je ne savais pas ce qu’était Ghibli, qui était Miyazaki et j’ai vu ça de bout en bout en me disant : « putain, mais quelle intelligence de parler de problèmes difficiles ! » : la mère est à l’hôpital, c’est deux enfants qui déménagent, la petite fille à un moment elle se perd et on a PEUR pour elle parce qu’on trouve une chaussure dans un petit lac… Il arrive à faire naître des angoisses de toutes petites images et de choses que tous les enfants peuvent comprendre. La maladie de la mère, n’importe quel enfant ayant plus de quatre/cinq ans et regardant ça peut comprendre qu’effectivement la mère est malade, mais que ce n’est pas comme on a l’habitude en Europe : « Aaaaargh » tu vois, les cris, les veines, le sang, le machin. Il a fait ça avec une douceur et une poésie qui est inégalée, je trouve. Et puis il a un imaginaire, j’ai adoré Chihiro pour ça, c’est qu’il a un imaginaire graphique débridé. Enfin, c’est même pas graphique, un imaginaire de formes. Mais apparemment qui vient beaucoup de la culture de contes, de légendes, mais moi je ne connais pas tout ça, donc ce que je me prends dans la gueule c’est une variété sans nom, un truc incroyable, une richesse de folie ! Et puis la nature. Il parle de la nature avec une beauté incroyable. Le camphrier dans Totoro, les arbres dans d’autres de ses films, c’est des personnages à part entière. Et puis c’est la première fois où je voyais des dessins animés où l’herbe bougeait, où on voyait le vent par exemple. C’est des détails, ça paraît con, mais quand les petites feuilles volent, quand il y a des insectes… Dans n’importe quel dessin animé français ou machin, tu regardes, il n’y a pas d’insectes. Or, toute la journée en été, il y a des insectes : lui les fait, lui fait l’arbre qui bouge, lui fait la vraie nature. On sent qu’il y a un lien avec ça qui est autre que celui un petit peu factice qu’on a en Europe, je trouve.

Full metal jacket (Stanley Kubrick) : J’ai adoré. Adoré Full metal Jacket. Mais, comment dire… Une tension d’un bout à l’autre, avec deux grandes parties, avec un rapport à la féminité qui est très particulier puisqu’on voit deux femmes je crois : une pute et une jeune fille qui tue tout le monde à la mitraillette.. Ou deux ou trois femmes, mais pas plus que ça. C’est vraiment un film de mecs et j’ai ressenti ce que j’ai ressenti à l’armée (ndlr : voir notamment l’album Presque). Alors évidemment là, c’est décuplé parce que c’est la guerre et tout ça, mais on ressent bien cette histoire d’en vexer certains pour les faire ressortir, il y a toute cette stratégie-là qui est magnifique et puis le point d’orgue du suicide dans les toilettes, c’est magnifique. Là, tu te prends un coup à l’estomac. Moi, la première fois que je l’ai vu, je me suis dit « ça y est le film est fini », et non, on repart encore sur autre chose. C’est assez étrange de voir un film partagé en deux comme ça. Dans ma mémoire, c’est peut-être un des seuls où c’est tellement net : « paf ». Tu passe d’un truc, tu te prends un coup de poing et « paf », tu continues, tu t’en prends un deuxième, mais sur une autre partie du film esthétiquement différente, sémantiquement différente : tout est différent. C’est deux films en un.

Recueillis par Jenny Ulrich

Le blog de Manu Larcenet : http://www.manularcenet.com/blog/

Cinéphilie - Jacques Martineau -

Mercredi 28 mai 2008

Jacques Martineau (co-réalisateur avec Olivier Ducastel : Jeanne et le garçon formidable, Drôle de Félix, Crustacés et coquillages, …) était à Strasbourg pour présenter Nés en 68 (sortie le 21 mai). 3h pour raconter les 40 années qui ont suivi le bouillonnant mois de mai 1968 à travers trois personnages principaux partiellement relayés par leurs enfants dans les années 80. Nous avons déjà parlé du film dans l’émission -27 de Cut la radio : pour mémoire, on a notamment dit que les « effrayantes » 3h passaient en fait sans problème, on a en revanche un peu regretté la pauvreté esthétique du film, un certain schématisme et un côté pédagogique un brin trop appuyé dans la première partie… Jacques Martineau souligne qu’il s’agit d’un film modeste, sans grands moyens financiers et que de toute façon, la finalité du projet n’était pas d’en mettre plein la vue, ni de faire un récit historique exhaustif, mais de raconter de manière intimiste la destiné de quelques personnages, la façon dont ils rencontrent ou pas l’Histoire. Et à travers eux, s’interroger sur l’évolution de l’individu (dans) et de la société.

Jacques Martineau s’est prêté au jeu de la cinéphilie. Il nous livre ses souvenirs et/ou impressions des films suivants.

Irréversible (Gaspar Noé) : Pas vu.

Barry Lyndon (Stanley Kubrick) : Mais attendez, vous ne vous rendez pas compte : Barry Lyndon j’ai dû le voir à sa sortie ! C’était quand ? 76 ? 77 ? 78 ? Vous me posez des questions sur des trucs d’il y a trente ans ! Très beau, très plastique, magnifique. Qu’est-ce qu’on peut dire de Barry Lyndon ? C’est un classique et ce genre de films… Oui, d’accord, celui-là c’est un film historique et un vrai, avec de l’argent, ça c’est sûr. Et je sais que c’est aussi le premier film éclairé à la bougie, je me souviens de ces choses-là… Mais ce n’est pas un film que j’ai re-fréquenté… Peut-être que je ne l’adore pas : voilà, je l’ai dit.

Les témoins (André Téchiné) : Ah. Compliqué. Ma première réaction ça a été de dire « enfin il met les pieds dans le plat ! ». Je ne peux pas m’empêcher depuis quelques années de me dire que les grands anciens -et disons-le réalisateurs gays- ont quand même mis un peu de temps à se préoccuper de la question du sida alors qu’ils étaient aux premières lignes. Alors je me suis dit « enfin ». Après… Bon, il y a Sami (Bouajila) qui est sublime, ça je ne peux rien dire, il est sublime… Je suis un peu gêné aux entournures par le film. Je trouve l’esthétique de départ assez épatante, le côté rouge comme ça, il y a un truc très violent qui tout de suite met dans un état de tension vraiment très réussi. Ensuite, sur ce que ça raconte de l’émergence de l’épidémie, de la fondation de AIDS et tout ça, je n’étais pas ultra convaincu je dois dire. Et pas ultra convaincu surtout par la structure en trois parties qui donne le sentiment -je ne me rappelle plus comment elles s’appellent ?… La guerre ? Je ne sais pas quoi et le dernier-, qui donne à la fin du film un sentiment d’apaisement, comme s’il y avait quelque chose qui était clôt : voilà, ce jeune homme est mort, c’est triste et puis on revient à un état qui semble être plus calme. Et là je sors en me disant « alors là pour le coup, vraiment non. Non ». Il met les pieds dans le plat, il est au début de l’émergence du virus, enfin de la maladie, en tout cas de notre connaissance de la maladie et c’est comme si derrière il n’y avait pas d’histoire. Et ça m’a, je l’avoue, un peu gêné… J’ai trouvé qu’Emmanuelle (Béart) n’avait peut-être pas l’âge du rôle… Mais à part ça… C’est Téchiné ! Je fais des critiques, je ne devrais pas : c’est un grand cinéaste et il fait des choses quand même magnifiques et heureusement qu’il y a encore des gens pour pouvoir faire ce genre de films. Les porter et trouver de l’argent pour les faire.

Les contes de Canterbury (Pier Paolo Pasolini) : Là aussi très très vieux… Oh j’aurais préféré Le Decameron que j’ai beaucoup plus vu… Mais bon les trois forment une trilogie (Le Decameron, Les contes de Canterbury, Les mille et une nuits)… Alors ça j’adore, c’est sûr ! Pour plusieurs choses. Évidemment l’incroyable liberté dans la représentation du sexe qui est désopilant -j’adore aussi le livre de Boccace (auteur du Decameron), c’est vraiment un auteur que j’aime énormément. La grande liberté narrative qu’il y avait à cette époque : ce droit de raconter des historiettes, de les coller l’une à l’autre sans se justifier d’aucune façon de la continuité narrative, c’est quelque chose qui s’est beaucoup perdu dans le cinéma ! Au bout du compte, ça fait quand même un film : il raconte des choses et puis il n’a pas choisi au hasard non plus les histoires ; mais quand même il s’autorise toutes ces sautes, ce collage, tout ça. Je trouve ça super. C’est pour ça que tout à l’heure, à propos de la 42e minute (à écouter : l’interview « minutée » de Jacques Martineau à propos de Nés en 68 : http://www.cinema-star.com/star.php?id=22&idm=1&type=1&rub=22), oui on y a pensé… Évidemment c’est plus la gueule de Yann Tregouët que Laetitia (Casta) parce que les femmes chez Pasolini, c’est pas non plus ce qu’on voit le plus… Bon. Mais c’est surtout Andreuccio… L’histoire du type qu’on jette dans la fosse d’aisances, ça m’a toujours fait rire chez Boccace et extrêmement rire chez Pasolini : d’oser une telle scatologie. Mais Canterbury aussi… Non ça je ne peux pas dire : je me souviens d’avoir vu les plus grosses bites que j’avais jamais vues au cinéma ! Alors que j’avais, quoi ? 18 ans ?… J’étais très très impressionné !

La party (Blake Edwards) : Ca c’est bien parce que je l’ai revu il n’y a pas très longtemps, et en salle, en projection. Là aussi je vais parler de narration : c’est évidemment un film désopilant et c’est d’une lenteur insensée, avec des séquences qui n’en finissent plus… Et je me dis « chouette époque ! ». Chouette époque où on avait le droit de faire des films qui prenaient leur temps. Il y a des gags qui n’en finissent plus et puis bon, ça se termine en sorte de happening très seventies… Donc ça m’amuse aussi par rapport à Nés en 68… Le côté très délirant qu’il pouvait y avoir dans le cinéma de cette époque et, semble-t-il, dans une partie de la société. C’est un peu un chef d’œuvre de comédie !

Recueillis par Jenny Ulrich