Archive de la catégorie «Documentaires»

DVD Le système Poutine

Lundi 24 mars 2008

poutine.jpg

De Jean-Michel Carré, en collaboration avec Jill Emery
(Ed. Montparnasse)

Dans le Petit Robert, le mot «système» renvoie à plusieurs constructions de pensées. Voilà celle qui me paraît la plus appropriée au cas Poutine : «Ensemble coordonné de pratiques tendant à obtenir un résultat». Car le système Poutine c’est avant tout une méthode, un plan d’action extrêmement bien huilé, qui lui a permis de se saisir du pouvoir et d’y rester. Quel meilleur titre pour un documentaire sur l’homme politique le plus fascinant du moment ?
Ce documentaire de Jean-Michel Carré et Jill Emery retrace, pas à pas, l’ascension de Vladimir Vladimirovitch Poutine, fils d’un ouvrier modèle, recruté par les services secrets à l’âge de 23 ans. Une bonne piqûre de rappel sur la trajectoire de l’homme qui dirige la Russie depuis bientôt 10 ans.
Tout commence à Saint-Pétersbourg lorsque Vladimir Poutine décide d’intégrer le KGB. Poutine ne serait pas Poutine sans cette expérience fondatrice au sein des services secrets de ce qu’on appelle encore à l’époque l’URSS. Il y apprend la rigueur, la fidélité à la patrie mais aussi la tactique politique. Puis viennent la mairie de Saint-Pétersbourg, l’arrivée à Moscou, la nomination à la tête du FSB (ex-KGB) puis la désignation comme Premier ministre de Boris Eltsine. Un poste qui l’amènera tout droit à la présidence de la Fédération de Russie. C’est un parcours presque sans fautes. Même ses échecs finissent par le servir. Comme lorsque son mentor, Sobtchak, perd la mairie de Saint-Pétersbourg. Poutine choisit de ne pas le trahir et part se confronter à la politique nationale à Moscou. Avec les succès qu’on lui connaît.
En 1999, Eltsine en fait son poulain. Avec l’aval des oligarques qui contrôlent alors le pays. Tout l’appareil bureaucrate est derrière lui, manque la ferveur populaire. Qu’à cela ne tienne. Poutine se choisit un bouc émissaire et concentre la haine du pays contre les Tchétchènes. Il lance le pays dans une guerre sans merci et promet de «buter les terroristes jusque dans les chiottes». Aujourd’hui encore, on le soupçonne d’avoir fomenter les attentats de Moscou, attribué officiellement aux Tchétchènes, pour asseoir sa légitimité.
Le film est passionnant, bigrement bien construit et alimenté de très nombreuses interviews (une quarantaine !). Le jaquette n’hésite pas à parler de «thriller d’investigation» pour le vendre. Rappelons tout de même que Vladimir Poutine est un homme inquiétant. Guerres en Tchétchénie, assassinats de journalistes, élections truquées… Autant d’éléments qui font de lui un homme peu fréquentable, n’en déplaise à la diplomatie internationale, qui continue de le recevoir avec les honneurs d’un grand chef d’Etat.
Côté bonus, deux entretiens : l’un avec l’ancien conseiller politique de Gorbatchev, l’autre avec le rédacteur en chef de la radio Echo de Moscou, seul média à peu près libre en Russie. Dispensables. En bonus aussi un fabuleux clip vidéo, Je veux un mec comme Poutine. C’est drôle. Drôle comme peut l’être la propagande. Aussi kitsch que glaçant.

Fanny Lépine

Michael Moore : polémique système

Samedi 1 mars 2008

moore.jpg

[de Rick Caine, Debbie Melnyk (Wild Side Video), sortie DVD le 5 mars 2008]

A moins d’être aveugle, chacun s’accorde sur l’évidente mauvaise foi de Michael Moore, son culot, son art du raccourci. Moins sur ses mensonges. Il faut dire que sa méthode - se mettre lui-même en scène et jouer au con - et, surtout, ses pitreries font beaucoup pour lui acquérir d’emblée la sympathie du public. Pourtant, aux Etats-Unis, ses détracteurs sont nombreux. Pas seulement l’entourage de George Bush. Conservateurs, démocrates, gauchistes - jusqu’à certains de ses anciens collaborateurs - dénoncent ses méthodes… ou les réutilisent contre lui. Les documentaires anti-Moore se multiplient, à l’image de Michael Moore Hates America (2004), de Michael Wilson, où le réalisateur tente désespérément d’obtenir une interview de Moore, à la manière dont ce dernier essayait vainement d’approcher le patron de la General Motors tout au long de Roger et moi (1989). Wilson fait partie de ces gauchistes déçus, qui considèrent que Michael Moore fait plus de mal à sa cause qu’il ne la sert. L’ennui, c’est que son film, applaudi d’ailleurs par les conservateurs, tend à donner de Moore l’image d’un anti-Américain, au sens où c’est son patriotisme qui serait remis en cause. Il est alors facile à l’auteur de Fahrenheit 9/11 de dénoncer son détracteur comme un suppôt de Bush et d’identifier son film aux heures les plus sombres du McCarthysme [1].

Michael Moore : polémique système échappe à ce discrédit facile. En premier lieu parce qu’il offre un regard extérieur, celui d’une canadienne, Debbie Melnyk. Ensuite, parce que la documentariste choisit clairement son camp : la gauche. Tout en critiquant la méthode Moore, elle ne se prive pas, comme lui, d’aller interroger les Américains moyens, y compris quelques beaux spécimens de demeurés qui nous expliquent pourquoi « les armes, c’est bien ». En ne dissimulant pas la bêtise, l’ignorance et les excès des pires inconditionnels de Bush, elle prend le risque de relativiser l’impact de sa charge contre Michael Moore, mais gagne en échange en honnêteté intellectuelle.

Pourtant, Debbie Melnyk n’échappe pas à certains travers de ses confrères américains. Comme eux, elle use du procédé qui consiste à retourner les armes de Michael Moore contre lui (elle parvient ainsi à l’approcher grâce à une fausse accréditation, un « truc » que l’ami Michael préconise ouvertement dans Roger et moi). Comme eux, elle adopte un ton résolument polémique. Dès lors, plutôt que de démonter les mécanismes de propagande des films de Michael Moore, elle consacre plus de la moitié de son film à tenter de le discréditer personnellement. Il en va ainsi de cette anecdote : lorsque Michael Moore dirigeait le Flint Voice, son journal contestataire, il omis apparemment de payer ses 10$ au critique musical Dave Marsh en échange de la reproduction de ses textes. Dans une scène coupée, disponible en bonus, on nous montre le jeune Michael trichant lors d’un stage de survie chez les scouts, images reconstituées à l’appui. C’est sans doute la principale faiblesse du film : accorder trop de crédit à ce genre d’anecdotes et, surtout, les monter en épingle d’une façon douteuse. Debbie Melnyk rame ainsi pendant près d’une heure à tenter de nous prouver que Michael Moore est un menteur, non dans ses films, mais parce qu’il s’agirait chez lui d’une « seconde nature », héritée de sa jeunesse. La misère de l’argument est évidente. Tout le monde a déjà menti. Cela ne fait pas de chacun d’entre nous un menteur invétéré.

Heureusement, la seconde partie du documentaire se concentre enfin sur son sujet. A part Sicko (sorti au même moment), tous les films de Michael Moore sont abordés, mais aussi ses meetings à travers les Etats-Unis ou son travail à la tête du Festival du film de Traverse City dans le Michigan : autant de sujets doublement intéressants pour nous autres Européens, qui ne le connaissons que par le cinéma. La polémique est toujours là, mais plus malicieuse. Ainsi, dans Fahrenheit 9/11 (2004), lorsque Michael Moore, ulcéré, revient longuement sur les conditions de l’élection de Bush en Floride lors des élections de 2000, il oublie de préciser qu’il soutenait à l’époque le candidat vert indépendant Ralph Nader, celui-là même qui priva Al Gore des voix qui lui manquaient pour emporter la Floride et devenir président.

L’une des astuces de Michael Moore, inaugurée dans Roger et moi, consiste à jouer les victimes. Si Roger Smith, patron de la General Motors, refuse de le rencontrer, cela veut dire qu’il a quelque chose à cacher ou qu’il a « honte » : un argument qui devient la pierre angulaire de toute la rhétorique du film. Debbie Melnyk rappelle non seulement que les deux hommes se rencontrèrent à deux reprises, mais que Michael Moore dissimule sciemment cette information, tout comme il passe sous silence les mouvements sociaux à Flint avant la fermeture de l’usine, ou les plans de reconversion de la ville, prévus bien avant son documentaire, dont il laisse pourtant entendre qu’ils sont la conséquence de son action.

Ce mépris de la chronologie des événements, voire de leur réalité au nom de l’idéologie se retrouve dans Bowling for Columbine (2002), où Michael Moore laisse entendre qu’il suffit d’ouvrir un compte dans une banque pour obtenir une arme à feu, ce que réfutent les employés de la banque que Debbie Melnyk a retrouvés et qui nous donnent un tout autre son de cloche. A tel point qu’aujourd’hui, si les responsables politiques ou économiques fuient le bonhomme, c’est surtout pour éviter de voir leurs paroles déformées ou débarrassées de tout contexte. A l’époque, bien peu d’observateurs ont d’ailleurs perçu le véritable danger du propos de Bowling for Columbine. Michael Moore y va bien au-delà d’une remise en cause de la législation sur les armes à feu. Son propos est autre, comme en témoigne sa comparaison avec le Canada. Selon lui, les Américains eux-mêmes sont une race arriérée qu’il faut éradiquer. « L’homme blanc, dit-il dans le documentaire, a fait son temps ».

Sylvain Mazars


[1] C’est un argument de propagande bien connu dont, à mon sens, le film Les Protocoles de la rumeur de Marc Levin, a lui aussi été victime. Dans Les Protocoles de la rumeur, Marc Levin tord le coup à l’idée reçue selon laquelle aucun juif n’était dans les tours du World Trade Center lors des attentats 11 septembre. Mais pour tous ceux qui sont persuadés qu’il s’agissait d’un complot juif, le simple fait que Marc Levin soit lui-même juif est une « preuve » supplémentaire - non une réfutation - de la véracité d’un tel complot.

NOUNOURS : LE FILM et LE SITE

Lundi 3 décembre 2007

Nounours fait partie de cette catégorie un peu à part,

de ces films tournés en un instant sans écriture, sans prévoyance,

hop ! ça se déclenche et paf! c’est dans la boîte…

Nounours

Ainsi commence la gentille lettre aux spectateurs (nonchalants) de Benoit Legrand, jazzophage, cinephile, nouvellement cinéaste et accessoirement ami rencontré sur les bancs d´une fac Strasbourgeoise peu recommandable qui décida de poursuivre une carriere de galérien du 7e art.

Exilé a Lyon depuis, voici son premier film documentaire, 55 minutes de pur bonheur que meme Van der Keuken et Jean Rouch (ses références absolues en matiere de documentaire) s´en retournent dans leurs tombes, et qui bénéficie d´un joli site internet bien foutu avec en prime un extrait visionnable. Vous pouvez aussi consulter sa fiche film sur le site internet des Etats Generaux du Film Documentaire de Lussas.

Comment voir ce petit miracle, tourné sans aides ? Tres simple, il vous suffit d´aller sur le site et de télécharger… un bon de commande et de remplir un cheque pour une somme encore plus modique que pour le dernier Radiohead (bon, j´exagere un peu la…).

Pour finir, l´avis meme de Nounours (le héros) sur Nounours (le film) :

Moi en regardant le film j’ai trouvé ça touchant,

vivant, ça a réussi a blesser mon âme, à me faire pleurer.

Donc, n´oubliez pas : http://www.nounours-lefilm.com/

 

 

SUCK MY GEEK - Xavier Sayanoff & Tristan Schulmann

Jeudi 28 juin 2007

Cette bande annonce un documentaire à venir pour fin 2007 sur les geeks [giːk] (otaku pour les nippophones). Pour les francophones, hum … on pourrait traduire par fou ou fada, à l’origine, mais on perd le sens contemporain qui touche à la science, la science-fiction, les jeux de rôles, les anime japonais, etc.

À travers des témoignages de geeks, on découvre (ou retrouve pour certains d’entre nous) ces multi-univers absorbants. La B.A. est assez drôle, et si vous avez envie de témoigner en tant que geek dans le documentaire, rendez-vous sur le site du film pour contacter les réalisateurs.

*

http://www.suckmygeek.com/

LA LISTE DE CARLA - Marcel Schüpbach

Mercredi 30 mai 2007

La liste de Carla

Le réalisateur a suivi le travail de Carla Del Ponte, procureur du TPIY (Tribunal Pénal International pour la Yougoslavie, de La Haye), et de son équipe rapprochée sur plusieurs mois. Il transforme en récit les comptes-rendus journalistiques que nous connaissons, rédigés dans le style dit objectif.

(more…)

JESUS CAMP - Heidi Ewing & Rachel Grady

Mardi 24 avril 2007

18750570.jpg

Voyage au cœur d’un camp d’été pour enfants de 7 à 9 ans, à Devil’s lake, dans le Dakota du Nord. Un “Jesus camp” Pentecôtiste où ils seront soumis à des psychodrames pseudo-religieux destinés à les secouer d’émotions violentes. Ces émotions exacerbant la réceptivité de leurs cervaux d’enfants à un discours de propagande évangéliste de droite assez extrême. Le film est centré sur Becky Fischer, organisatrice de ce camp particulier de formation des soldats de Dieu qui dit-elle, auront la force de s’opposer à l’avortement, aux enfants islamistes armés de Kalachnikov, à la dégénérescence du pays. Trois enfants serviront également de fil conducteur au cours de ce voyage, Levi (le prêcheur), Rachel (la prosélyte) et Victoria (la danseuse).

La photo qui sert à l’affiche du film est tiré d’un des “pics émotionnels” du film, les enfants sont guidés et “jouent” à la transe religieuse collective, parlent en des langues bizarres, sont parcourus de frissons mystiques, et la caméra s’attarde sur cette fillette plongée dans sa fièvre et dont les larmes apparaissent sur son visage comme les gouttes jaillissent d’une clémentine pressée.

L’irréprochable parti pris du film est de laisser la parole aux acteurs, de n’émettre aucun commentaire en voix off, redondant, de mauvais goût, trop facile. La seule critique viendra de Mike Papantonio, avocat et présentateur d’une émission de radio, qui expose au téléphone à Becky Fischer sa peur que le mouvement évangeliste d’extrême-droite ne signifie la fin de la démocratie et de la séparation de l’église et de l’état. Fischer est assez desarçonnée dans son discours, mais pas suffisamment dans ses certitudes pour les remettre en cause.

Aprés la panique qui m’a submergé au début (je me croyais dans un mauvais remake d’un mauvais John Carpenter), j’ai commencé – et c’est un signe de la trés grande qualité de ce documentaire qui ne cède pas un centimètre à la caricature – à ressentir une sorte de… d’inquiétude pour les enfants. Je me demandais quelles conséquences ces émotions violentes et ces discours véreux auraient sur leur vie. Je suis revenu à la conscience de la part d’humain en eux (pétard ! ouf, c’est pas des zombis…). Grâce aux enfants, qui jouent aux jeux bizarres que le monde adulte leur propose (au bowling notamment) mais qui le font avec fraîcheur, l’avenir reste encore un peu ouvert malgré tout.