Archive de la catégorie «DVD»

DVD Serials docs - L’affaire Michel Fourniret / Monique Olivier

Vendredi 29 août 2008

/// Greg Lauert signe la critique de ce DVD Serial docs. ///

Pour le cinéphile, Bach Films est une excellente fréquentation. Cet éditeur sort des pleines poignées de polars, de films noirs, d’inédits du catalogue Universal, à un prix très réduit. Voulant sans doute exploiter un nouveau créneau, l’éditeur ouvre une parenthèse Serials Docs, avec pour premier titre L’affaire Michel Fourniret Monique Olivier.
Le DVD propose un documentaire de 52 minutes sur l’affaire en question, et un grand nombre d’interviews en supplément. Au vu de cette première livraison, on pourra juger la parenthèse malheureuse.
En premier lieu, le documentaire est conforme aux attentes du lecteur du Nouveau Détective. Il propose une synthèse de tout ce que l’on a pu voir à la télévision au moment du procès avec juste ce qu’il faut de racolage et de sensationnalisme en prime. La palme du mauvais goût revient bien entendu à ses séquences de reconstitution des scènes de crime filmées avec de lointains sosies en guise de comédiens, la caméra à l’épaule de rigueur et la couleur proscrite.
Les suppléments ne sont pas inintéressants. Ils apportent une multitude de regards sur le sujet. Toutefois, on ne pourra s’empêcher de relever l’amateurisme flagrant avec lequel ils sont mis en scène. Les interviews semblent avoir été filmées par les intervenants eux mêmes dans un placard.
En conclusion, cette édition apparaît tout à fait opportuniste, et baclée. A peine suffisante pour patienter jusqu’à un prochain opus de Faites entrer l’accusé en somme.

Greg Lauert

MY NAME IS EARL - Gregory Garcia

Jeudi 21 août 2008

“If i want a better life, i need to be a better person.”

Earl J. Hickey (Jason Lee) est une canaille sans envergure, un looser qui toute sa vie a volé, menti, abusé, moqué, etc. lorsqu’un jour il achète un billet gagnant de la loterie – dix secondes avant de se faire renverser par une voiture. Intégralement plâtré à l’hôpital, il regarde une émission de varieté locale (le Carson Daly show) au cours de laquelle est abordé le concept de karma. Pour Earl c’est le satori, l’illumination sous morphine. À compter de ce jour (le premier épisode de cette série TV), le but de sa vie sera de réparer les torts qu’il a commis au cours de sa vie, et pour cela il commence par les lister (il y en plus de 260 et la liste va s’allonger). Voilà pour le pitch de My name is Earl.

Le dit Earl n’est ni seul ni démuni face à cette tâche colossale. En plus des 100 000 dollars de la loterie il a pour l’assister son frère Randy (Ethan Suplee) et Catalina Aruca (Nadine Velazquez) la femme de ménage mexicaine du motel où ils campent. Dans le camp adverse, son ex-femme Joy Darville (Jaime Pressly), hilarante mégère outrageusement inapprivoisable, lui mettra pas mal de bâtons dans les roues. Par interêt ou juste pour le fun.

Autour de sa quête gravitent une galaxie de personnages secondaires attachants qui concourent  grandement à l’interêt du sitcom. Les comédiens sont excellents et les personnages très drôles. Je n’essayerai même pas de les détailler mais au fil des épisodes on les retrouve souvent – l’action se passe dans une petite ville profondaméricaine à peine plus importante que celle de Shérif fais-moi peur – et ça finit par créer quelque chose de très familial. Il y a aussi quelque chose de cocoonesque (hum…) dans cet univers ou les bonnes actions entraînant un bon karma sont mystérieusement récompensées par la providence.

Les épisodes de 20 minutes, au générique illustré de quelques riffs de guitare sudiste addicitfs, sont calibrés pour se détendre après un journée de boulot. Leur structure hypnotiquement répétitive – la réparation d’un tort commis dans “l’autre vie” d’Earl – sera assouplie dans les saisons suivantes.

En plus des dialogues et des situations très réussies, le charme de la série tient à sa façon d’aborder par la bande mais relativement systématiquement des thèmes sociaux tels que le racisme, la fidélité conjugale, l’immigration clandestine, l’homosexualité, la prison, la police, la marginalité sociale, etc.

(more…)

DVD : 24 mesures (de Jalil Lespert)

Mercredi 20 août 2008

24 mesures, ce n’est pas ce qu’il faut pour jouer un morceau de jazz ou de blues. En fait, il en faut juste 12. Cela, Jalil Lespert ne l’a su qu’après. Une fois qu’il avait déjà choisi le nom de son film. Alors tant pis. Ce nom lui a plu, il n’a pas voulu en changer.
La référence musicale ne tombe pas par hasard. La musique est partout dans ce film, premier long-métrage d’un acteur reconnu (et cesarisé pour son rôle dans Ressources humaines, de Laurent Cantet). Jalil Lespert a écrit l’histoire comme un morceau de free jazz. A quatre mains, avec Yann Appery, un ami écrivain (auteur de Farrago, Prix Goncourt des Lycéens). Ses personnages, il les a envisagés comme des instruments de musique au service d’une même composition.
Et puis, 24 mesures, cela tombait bien puisque que c’est justement en 24 heures que se déroule le film. Ou plus exactement la nuit de Noël, un 24 décembre. Tiens ? …Unité de temps mais surtout pas de lieu en encore moins d’intrigue. On est donc loin de la bienséance dramaturgique.
A l’origine, il y a Helly, une jeune droguée, forcément paumée, qui espère bientôt récupérer la garde de son fils. Helly grimpe dans le taxi de Didier, le soir de Noël. Puis elle se fait renverser par Marie et danse avec Chris. À la fin, on aura croisé quatre paumés. Quatre personnages, non pas en quête d’auteur, mais d’une raison de vivre.
Vaste entreprise dans laquelle Jalil Lespert se jette à corps perdu. Avec plus ou moins de succès. Benoît Magimel est fantastique et son personnage délicieusement ambigu. Prépare-t-il un sale coup ? On ne veut pas y croire.
Lubna Azabal qui interprète Helly est moins convaincante. Le rôle de la mère junkie est sans doute trop éculé. Peut-être n’a-t-elle pas su renouveler le genre. Bérangère Allaux ne sauve pas la mise et manque de passer à la trappe. Rendons donc hommage à Clothilde Hesme, la lumineuse, qui brille dans une scène de lesbiennes trash. Quant à Sami Bouajila, on regrette qu’il apparaisse si tard et si peu.
Malgré tout Jalil Lespert est un réalisateur prometteur. Et 24 mesures un film audacieux.

Fanny Lépine

24 mesures, de Jalil Lespert (Ed. MK2)
Avec Lubna Azabal, Benoît Magimel, Sami Bouajila, Bérangère Allaux

Sortie DVD le 21 août. Bonus : De retour (un court-métrage de 23 minutes de Jalil Lespert) et un Making of de 12 minutes.

DVD Fritz Lang (Ed. Carlotta)

Dimanche 17 août 2008

Les deux films de Fritz Lang édités récemment par Carlotta peuvent être classés dans deux périodes de sa filmographie : Les bourreaux meurent aussi appartient à la tétralogie de thrillers anti-nazis du réalisateur (avec Espions sur la Tamise, Cape et poignard et surtout, Chasse à l’homme). La Rue rouge est un film noir à tendance psychanalytique comme Le Secret derrière la porte ou La Femme au portrait.

Ils marquent aussi le lien toujours très fort entre le cinéaste déraciné (il a fui l’Allemagne nazie en 1933) et l’Europe : La Rue rouge est une nouvelle adaptation de La Chienne de Georges de la Fouchardière après celle de Jean Renoir en 1931 et Les bourreaux meurent aussi est co-écrit par Bertolt Brecht que Lang a aidé dans sa carrière débutante à Hollywood (voir à ce propos les entretiens en supplément des DVD avec Bernard Eisenschitz et Serge Chauvin).

Enfin, on peut les considérer comme des œuvres mineures dans les deux catégories mentionnées plus haut, la faute à des scénarios pour le moins rocambolesques. Entre la ferveur populaire de Brecht et les raccourcis saisissants de La Rue rouge, Lang avait fort à faire pour donner une certaine dimension aux deux films. Pourtant, l’obsession du détail du cinéaste, son sens du cadrage et son talent pour décrire les bassesses de la nature humaine en font quand même des pièces immanquables pour tout amateur de Lang qui se respecte.

Les DVD offrent en plus une superbe restauration de La Rue rouge (mise en valeur dans un des suppléments). Si Les bourreaux… ne bénéficie pas du même traitement de l’image, on a quand même droit en guise de document historique, à la version courte, sortie en France lors de sa première exploitation et longtemps référence principale des langiens hexagonaux.

François-Xavier Taboni

DVD Dante 01 (de Marc Caro)

Dimanche 10 août 2008

Dante 01 est une prison spatiale dans laquelle réside six dangereux criminels qui servent de cobayes à d’étranges expériences. Les prisonniers restent soumis aux mots et au regard de l’un d’entre eux, César. Mais un nouvel et mystérieux arrivant nommé St Georges, doté d’une force particulière, va bouleverser l’autorité que César avait sur ses “semblables”, ce qui va faire place à l’hostilité. Dû à une mauvaise manip d’ordinateur, Dante 01 commence à dériver dans l’atmosphère de la bouillonnante planète Dante et tout le monde essaye de sauver sa peau. St Georges devra apprendre à maîtriser sa force pour les libérer de l’attraction de la planète.

Pour ceux ou celles qui veulent du film avec un Lambert Wilson qui bave et chiale pendant plus d’une plombe, un scénario aussi bien bossé qu’un devoir de philo rédigé durant la récrée de 10h et un mélange léger entre Alien 3 et La Ligne verte (sans le talent), Dante 01 est dans la place !

Sans pour autant qualifier le premier film en solo de Marc Caro (co-réalisateur avec Jean-Pierre Jeunet sur Délicatessen et La Cité des Enfants Perdus) de prétentieux, il n’est pas plus qu’un film ennuyeux, dont le scénario se retrouve écraser par un aspect visuel de toute évidence bien plus peaufiné. La modeste motivation de Marc Caro à réaliser un film de science-fiction avec lequel il pourrait aborder des réflexions sur la religion, les mythes, la technologie et la déshumanisation qu’elles inspirent reste tout à fait louable (et enthousiasmante, surtout en France), mais laisse une œuvre floue, paumée dans son histoire et ses références (aussi bien cinématographiques que mythologiques ; et ici, pas besoin d’être un expert en ces deux “matières” pour capter que Caro n’en n’a pas fait grand chose) et ne parvient jamais à détourner les clichés du genre ou à offrir ce qu’il convoitait.

Pas une énorme purge, ni ce qu’on pourrait désigner de “nanar”, car même s’il reste scénaristiquement transparent et chiant, on peut y trouver certain intérêt dans ses décors et son esthétisme guère transcendant, mais berçant. Mais il faut avouer que pour supporter cette lente et inoffensive agonie perdue qu’est Dante 01, il aurait peut-être mieux fallu se le taper sur grand écran… ou se remater Alien 3 (version longue).

Rock Brenner

(Ed. Wild Side Video. Bonus : Making-of ; galeries : photos, dessins préparatoires, story-board ; bandes-annonces. 2008, français, accord parental souhaité.)

Halloween (de Rob Zombie)

Vendredi 8 août 2008

De John Carpenter, on me parle souvent de The Thing, Invasion Los Angeles ou encore New York 1997 comme de véritables chefs d’œuvres inégalables (ce que je ne renie pas… pour The Thing), mais lorsque je ramène ma gueule avec Halloween, bizarrement, un silence gêné, pesant, s’installe durant une longue seconde pour ensuite très vite revenir aux films cités plus haut. Et ce n’est pas parce qu’ils le sous-estiment tous, qu’ils veulent effacer ce film de la filmographie de Carpenter, mais plutôt parce qu’on les a déjà tellement soulé, tellement rappelé à quel point ce slasher à l’intrigue pourtant basique reste toujours un model de grâce de mise en scène difficilement surpassable (à ma connaissance), détail qu’un fan de Halloween manque rarement de souligner, ce qui à la longue, je l’admets, peut en énerver certain(e)s.

Mais en fait, qu’est-ce qui est énervant ? Le fait qu’on nous rappel un peu trop souvent l’ingéniosité de ce film ? Qu’on ne nous dise plus rien de nouveau dessus, que ce soit sur l’histoire ou la mise en scène ? Et si quelqu’un balançait quelque chose de neuf sur le sujet, est-ce qu’on serait plus à l’écoute ? Ou bien est-ce le fait de se dire que LE slasher a déjà été réalisé il y a trente ans et que les autres naissances de ce sous-genre méprisé (parfois même par ceux qui l’empruntent) sont et seront condamnées à être (in)consciemment influencées et/ou lourdement comparées ? Qu’elles finiront peut-être toutes jugées comme inférieures ? Que ce sous-genre est mort et que (malgré quelques sympathiques tentatives) la résurrection paraît bien rude ? Est-il possible de créer quelque chose de vraiment nouveau ? Pourquoi est-ce énervant ? N’est-ce pas un peu chiant de se dire que l’avenir d’un genre cinématographique sera des plus fantomatiques et qu’il est difficile d’y faire quelque chose ?

Bref, outre les cris assourdissants de la jeune Jamie Lee Curtis et la superbe prestation de l’irremplaçable et regretté Donald Pleasance, Halloween de John Carpenter est aussi surtout reconnu pour son personnage devenu culte : le célébrissime serial killer Michael Myers, armé principalement d’un couteau de cuisine de la taille d’un bras et d’un masque intelligemment choisi, car ce dernier peut en dire long sur celui qui le porte. Loin d’être aussi vain que celui que portent les allumés de Scream ou autres Vendredi 13, le masque de Michael Myers, par son aspect livide, désincarné et les deux trous noir qui lui serrent d’yeux, peut exprimer la fosse sombre dans lequel il vit et la haine éternelle qu’il a à l’égard de la parole et de toute espèce vivante. Enfin, ça pourrait exprimer ça, tout est histoire d’interprétation, comme toujours, et dans son film, Carpenter n’impose pas une lecture, mais nous laisse libre.

Mais Halloween aura été en quelque sorte « victime » d’un syndrome que j’appellerai celui de James Bond (riez, je n’ai pas d’autre expression qui me vient à l’esprit) ; nombreuses ont été les suites qui ont tenté de perpétuer Michael Myers la Légende, sans jamais vraiment faire évoluer son personnage et son histoire ou la rendre un tant soit peu intéressante. On a démarré avec la suite sympathique, pas trop conne, mais très éphémère quand même et surtout mal vieillie (Halloween 2 de Rick Rosenthal) ; en passant par l’épisode qui commence plutôt bien (des masques d’Halloween qui tuent des enfants, c’est bon ça), mais qui finit n’importe comment (vas-y que je me fais chier à réaliser ce film et que je veux passer à autre chose très très vite) et dont la présence dans la saga reste totalement mystérieuse (mais où se cache donc Michael Myers dans le Halloween 3 : Season of the Witch de Tommy Lee Wallace ?) ; suivi de la suite qui tente de se faire pardonner du précédent « échec » et qui se trouve loin d’être honteuse en soi, mais qui finit par partir dans tous les sens (Halloween 4 de Dwight H. Little) ; puis comme ça part dans tous les sens, ça essaye d’équilibrer un tout petit peu en refouttant des personnages d’ados insupportables qui ne méritent que d’être pendus par les tétons (regardez cet épisode juste pour le personnage de Tina Williams et vous deviendrez peut-être un sociopathe) et des poursuites interminables dans la nuit qui boucleront le film (Halloween 5 : The Revenge of Michael Myers de Dominique Othenin-Girard) ; puis de la suite qui pourrait se résumer en « boum badaboum prout », complètement délaissée par un réalisateur qui se masturbe en pensant qu’il fait un « film d’horreur » (Halloween 6 : The Curse of Michael Myers de Joe Chapelle ; Donald Pleasance méritait vraiment une meilleure fin) ; puis après quelques années de silence où on croyait la saga morte, un nouvel épisode (surtout motivé par le succès de Scream et en plus produit par la même boîte) offre une bonne surprise, car il revient au personnage de Jamie Lee Curtis et ne donne aucune suite aux épisodes précédents de la saga (donc comme si le 4, 5 et 6 n’avaient jamais existés, ce qui est loin d’être une démarche conne ; le film en lui-même ne vole pas bien haut, mais vu la sombre merde qui le suivra, celui-ci est encore respectable : Halloween, 20 ans après de Steve Miner) ; et enfin l’épisode transparent réalisé pour des d’jeuns shootés à Popstars et MTV, et qui ne se fatigue pas trop pour livrer (très vite) un point final radical au personnage de Laurie Strode, toujours joué par Jamie Lee Curtis (Halloween : Resurrection de Rick Rosenthal).

(more…)

DVD Régénération (Ed. Bach Films)

Mercredi 30 juillet 2008



On pourrait résumer Régénération grâce à quelques unes de ses singularités : c’est le premier long métrage de Raoul Walsh et probablement le premier film de gangsters de l’histoire du cinéma. C’est aussi un des rares films du genre dont le casting est principalement constitué de vrais mauvais garçons des rues de New York (préfigurant, presque cent ans avant, le Gomorra de Matteo Garrone). Cette combinaison d’éléments est rappelée dans les excellents suppléments, qui font intervenir François Guérif, Patrick Brion et Alain Corneau. Il est d’ailleurs conseillé, pour une fois, de les visionner avant le film pour prendre la mesure de l’originalité de ce film.

On est en effet stupéfait de voir une œuvre aussi stylisée, contenant pourtant autant d’éléments documentaires. Raoul Walsh y affirme déjà au détour de quelques scènes son futur statut de cinéaste de l’action, tandis que la réalité sociale des quartiers pauvres de New York est admirablement décrite. De plus, la copie proposée, teintée, mais quand même assez abîmée (grand âge oblige), surpasse très nettement la précédente édition française du film, victime d’une duplication déplorable. Enfin, un dernier bonus présente une curiosité, un court métrage de D.W. Griffith, mentor de Walsh et père fondateur du cinéma.

François-Xavier Taboni

 

DVD… Actrices (Valeria Bruni Tedeschi)

Mercredi 30 juillet 2008

Wild Side Video édite cet été le dvd d’Actrices, le film de Valeria Bruni Tedeschi récompensé par le Prix spécial du jury Un certain regard au Festival de Cannes 2007. Actrices raconte la vie d’une troupe de théâtre qui monte la pièce de Tourgueniev Un mois à la campagne. Marcelline, interprétée par Valeria Bruni Tedeschi, y traîne son mal-être de femme seule, en mal d’enfant et rongée par le doute quant à son talent de comédienne.

À écouter pour avoir des avis différents sur le film : Cut la radio n°9 du 07/01/2008. À lire, l’article Actrices (de Valeria Bruni Tedeschi) du 16/01/2008.

À voir, sur le dvd de Wild Side, après immersion dans l’onirisme tourmenté de cette comédie dramatique troublante et intelligente, trois bonus qui permettent de mieux comprendre le travail de la réalisatrice.

D’abord un making of de Yann Coridian où l’on voit la réalisatrice s’imprégner du texte pendant le maquillage, répéter le scénario autour d’une table, discuter des personnages avec Louis Garrel et Mathieu Amalric. Valeria Bruni Tedeschi travaille par imprégnation du texte et des situations, guide les acteurs, leur donne des images, accepte les suggestions. Rigoureuse, sérieuse, tenace, à l’écoute, une tendre férule au service du film.

Fait rare à signaler : les scènes coupées présentes sur le dvd sont toutes intéressantes. Pas de énième prises de la même séquence totalement inutile pour la compréhension des personnages. C’est toujours agréable d’échapper aux bonus gadgets. Ici, on peut s’amuser à se demander pourquoi tel passage avec Noémie Lvovsky, pourtant excellent, n’a pas été gardé. Place du propos dans la narration, sur-ajout de sens : le travail du montage ne consiste pas seulement à couper ce qui n’est pas “bon”, mais aussi à sculpter la matière filmique, donc agencer et ôter de bonnes scènes, mais qui ne trouvent pas forcément à s’insérer dans la chorégraphie finale.

Enfin, un long documentaire réalisé au moment du tournage d’Hôtel de France par Patrice Chéreau en 1986 revient sur l’une des expériences fondatrices du métier d’actrices pour Valéria Bruni Tedeschi. Rappelons que le personnage de metteur en scène incarné par Mathieu Amalric a pu être en partie inspiré par Patrice Chéreau, avec lequel V. Bruni Tedeschi a travaillé.  Hôtel de France est l’adaptation d’une pièce de Tchékov titrée Platonov, aussi connue sous le titre Ce fou de Platonov. Dix-neuf acteurs de l’école de Nanterre ont rejoint l’équipe du film en 1986 : Valeria Bruni Tedeschi, mais aussi Vincent Perez, Agnès Jaoui, Marianne Denicourt, Bruno Todeschini. Les répétitions, le tournage, des interviews des jeunes comédiens et de Patrice Chéreau : le documentaire semble être l’une des bases de réflexions d’Actrices, qui vient parachever vingt ans de réflexion sur le métier.

Franck Mannoni

DVD… Triangle (Ringo Lam, Johnny To, Tsui Hark)

Samedi 26 juillet 2008

/// Mister Orange participe à la revue CUT depuis le premier numéro. C’est dire à quel point il est usé (et expérimenté, bien sûr)… Voici sa critique du DVD de Triangle (Ed. Wild Side) ///

Il y a peu de chances que vous ayez vu Triangle sans savoir qu’il constituait un événement majeur à Hong Kong, et dans tout le reste de l’Asie d’ailleurs. Réunissant une sacrée triplette de réalisateurs, sur un projet cinématographique inédit basé sur le principe du cadavre exquis, l’événement avait de quoi donner l’eau à la bouche. Peut être un peu moins si on ne sait pas ce que c’est que le cadavre exquis. Vous savez quoi ? On va faire comme si on ne connaissait rien du film. Cadavre exquis ? Koicéquo ? Issu du surréalisme, c’est un procédé qui consiste à faire composer un dessin ou une phrase par plusieurs personnes, sans qu’aucun ne sache ce qui a été fait par les autres (ça va plaire au rédac’chef, ça, préparez vous pour le prochain CUT, sans queue ni tête). Grosso modo, Ringo Lam, Johnny To et Tsui Hark s’estiment et s’apprécient, souhaitent monter un projet ensemble, et comme ils ont tous un ego surdimensionné, et ben chacun va faire une partie de film, et personne ne sait ce qu’ont fait les autres, comme ça, on est libre de faire n’importe quoi ou ce que l’on veut, c’est selon. En réalité, le cadavre exquis n’est que l’expression d’un mode de fonctionnement spontané de la société française, comme quoi.

En tout cas, au titre d’expérience troublante, Triangle atteint pleinement son but. Même un œil de profane est capable de distinguer les trois parties du film. Les trois auteurs se demandaient si leurs fans pourraient reconnaître leur style, c’est vraiment du foutage de gueule, ils doivent plus passer les portes ces trois-là, c’est pas possible. En même temps, Johnny To est le seul réalisateur pour lequel je me déplace systématiquement à la sortie de ses œuvres ; son style à lui, c’est la classe et l’intelligence, une déconstruction perpétuelle de son propre cinéma, une précision hallucinante sur chaque plan. Et Tsui Hark, c’est encore autre chose, un truc à part, à coté de Kubrick et Godard, entre créativité et expérimentation permanente, maîtrise et beauté, et quelques ratés nécessaires, on reconnaît immédiatement sa patte. Par déduction, j’ai pu donc découvrir Ringo Lam, que je ne connaissais pas (sauf si on compte Reservoir Dogs, dans lequel Tarantino l’aurait outrageusement copié), dont je trouve le style plus typiquement hongkongais : maîtrise du rythme, des plans lyriques au milieu d’une lourde pesanteur.

Voilà, autant dire que l’on voit trois cours métrages, plus ou moins reliés les uns aux autres par les acteurs et un scénario alambiqué, et l’on se demande, en dehors de l’exercice formel parfaitement réussi, à quoi bon… Enfin, moi, je me demande à quoi bon. Peut être faut il être moins psychorigide que moi pour apprécier l’œuvre dans son entier, en tout état de cause, je pensais me rassasier de bonus… Et ben non. Deux versions du film, originale et celle présentée à Cannes, un making-of un peu mou du genou, des scènes coupées, pas de quoi fouetter un chaton. Chui quand même un peu déçu…

Mister Orange

DVD Twin Peaks (de David Lynch & Mark Frost)

Samedi 12 juillet 2008

/// Marcel Ramirez participe à la revue CUT. Il propose cet article sur Twin Peaks, la série la plus hallucinante ex-aequo avec Alf et le Cosby show. ///

Mais bon sang d’bois, QUI A TUE LAURA PALMER ?!

Oubliez Desperate Housewives, Heroes, Californication, ou Les oiseaux se cachent pour mourir (pardon maman…). Car la série ultime, Mesdames et Messieurs, c’est Twin Peaks !
J’en profite au passage pour m’insurger quelque peu : jamais dans CUT la revue, CUT le blog, CUT la radio, ou même CUT la boîte de production de film un peu olé-olé, je dis bien jamais, il n’a été question de l’incroyable série Twin Peaks, pourtant enfin sortie en DVD en France, en 2007. Incroyable, non ?! C’est donc à moi que reviennent l’honneur et le mérite de réparer cet affront fait aux deux créateurs de la série, Mark Frost et David Lynch.
On ne présente plus l’immense David Lynch, artiste protéiforme, et réalisateur souvent génial, dont peu de films ne sont pas cultes… Mark Frost, bien moins connu, est un scénariste de télévision, à qui l’on doit notamment la série Capitaine Furillo (Hill street blues, encore un truc que j’ai pas vu), et qui travaille aujourd’hui pour le cinéma : Les quatre fantastiques et le surfeur d’argent, c’est lui.
Twin Peaks, la série est née d’une hallucination collective à deux, subie par Lynch et Frost, alors qu’ils sirotaient un milkshake dans un Dinner à L.A. : ils ont vu, tous les deux, et en même temps, le corps sans vie d’une femme, enveloppé dans du plastique, et gisant sur les berges d’un lac… (Non, désolé, je ne sais pas à quoi était le milkshake.) À l’instar du superbe Sunset Boulevard de Billy Wilder (dont Lynch est très fan), tout allait donc commencer par une mort.
La morte, c’est Laura Palmer (et pas le Petit Gregory), d’où le slogan ultra usité par les producteurs de la série, dès le teaser de l’épisode pilote : Mais bon sang, «QUI A TUE LAURA PALMER ?!» (Promis, si vous êtes sage, je ne vous le dirai pas.)
Avec l’épisode pilote, certainement un des meilleurs, on entre donc immédiatement dans le vif du sujet : la découverte du cadavre de la jeune reine du lycée, Laura Palmer, met la petite ville de Twin Peaks en émoi. Peu de temps après, Ronette Pulaski, elle aussi originaire de la ville des pics jumeaux, est retrouvée violée et commotionnée. Comme elle est sortie des limites de l’état, l’enquête devient fédérale ; un agent du F.B.I. est envoyé, il se prénomme Dale Cooper. Tout cela semble bien banal ; et pourtant, Lynch et Frost vont frapper un grand coup, et même repousser les limites de la fiction sur petit écran, pas moins…

S’ils s’inspirent des séries policières, des soaps à la Dallas (où une allusion à Twin Peaks sera faite), ce sera pour mieux en détourner les codes, et créer un véritable univers propre à leur série. De plus, ils vont aussi très largement s’inspirer du cinéma, et piocher notamment chez Hitchcock (comme souvent dans les films de Lynch), chez Wilder, chez Preminger (le personnage de Laura est d’ailleurs un hommage non dissimulé au Laura de 1944), et même chez Cocteau (Le testament d’Orphée).
Ce mélange des genres va créer une atmosphère très particulière, jamais vue jusqu’alors, où se croiseront humour, terreur, poésie, étrange, ridicule, et visions oniriques.
Bien sûr, Lynch va réaliser le pilote et d’autres épisodes (les meilleurs), mais va devoir s’éloigner de “son bébé”, pour le tournage de Sailor et Lula. Ainsi, à partir de l’épisode 16, il ne suivra le processus d’écriture et de réalisation que de très loin, et clairement, son emprise sur la série baissera significativement.
Mais son amour pour Twin Peaks sera tel qu’il finira par revenir à Snoqualmie Falls (le véritable nom de la ville du tournage), pour mettre en scène le trentième et dernier épisode

(more…)