
Après la cinéphilie de Noël Godin, alias Georges Le Gloupier l’entarteur, voici un bout d’une interview réalisée lors de la 26ème édition du Festival International du Film Fantastique de Bruxelles, le BIFFF. Noël était de toutes les séances et entre les films sur grand écran, il voyait encore des films en salle de visionnage presse !
Tu vois une quantité de films phénoménale ! Tu n’es jamais lassé ? Tu sors parfois en claquant les portes ?
Non, comme ceux qui sont accros à mort. À Bruxelles, nous avons dix-sept ou dix-huit festivals et j’essaye de tout voir dans ces festivals, mais je me donne le droit de sortir après 15 minutes quand j’en ai marre, ce que ne font pas mes collègues. Les collègues Belges sont totalement pointilleux et ils restent jusqu’à la fin des films, quoi qu’ils en pensent. Et la nuit, quand je ne fais pas la bamboula, je visionne des films sur les chaînes satellites que vous connaissez, qu’on a depuis peu de temps à Bruxelles -FX, Polar, TCM. Le cinoche c’est une extraordinaire maladie, mais je tiens à dire que j’aurais pu n’être qu’un rat de cinémathèque de plus, ou de bibliothèque -car j’adore lire-, si je ne m’étais pas secoué les grelots régulièrement pour me dire « mais tu te mets à vivre par procuration, repars à l’attaque ! ». Et je repars sur la scène du réel commettre quelques mauvais coups et je m’ingénie à vivre comme les personnages que j’adore, à errol-flynniser… Étant un grand maladroit, je vis dans un slapstick perpétuel, me sentant plein d’affinité avec Stan Laurel et Jerry Lewis. Jerry Lewis, qui est pour moi le plus génial réalisateur vivant. Jerry Lewis au-dessus d’absolument tout le monde. Sans le faire exprès je jerry-lewise beaucoup. J’essaye que ma vie soit sans temps morts puisque je déteste ça au cinéma. Je ne crois qu’à un cinéma à temps forts comme les innombrables vieux films, ou les mélos italiens, ou les péplums de Cottafavi. De vivre les films que je préfère dans le réel. Je vous invite à en faire autant et à essayer de refuser les mauvaises prises : dans le réel, on peut difficilement recommencer donc éviter les contacts débilitants de toutes sortes, éviter de se faire vampiriser, sauf si cette vampirisation est splendide évidemment, si c’est un grand moment de plaisir.
Le cri de l’entarteur, c’est gloup-gloup : ça vient d’où ?
Il n’y a aucune explication logique, sauf que le vrai inventeur de Georges Le Gloupier, que vous devez connaître -l’historien du cinéma fantastique, Jean-Pierre Bouyxou- a inventé le personnage de Le gloupier, à Bordeaux, en 65, à partir d’une bande dessinée où ça faisait « gloup-gloup ». Il raconte ça dans la préface de mon livre Entartons, entartons les pompeux cornichons !, mais je n’arrive pas à retenir l’histoire… Donc ça vient de lui Le Gloupier et gloup-gloup. Et gloupiniser… J’ai réussi à imposer l’adjectif gloupitant : chaque fois que je ne trouve pas l’adjectif adéquat pour parler de quelque chose et que j’essaye gloupitant, ça marche souvent.
Un mot inventé que tu places régulièrement : tu es connu pour ton langage plein de verve, avec un vocabulaire extravagant et c’est drôle parce que quand on lit des articles sur toi, on se rend compte que souvent tu « contamines » les gens qui les écrivent.
Je suis heureux de contaminer, mais je n’y peux rien. Je cause comme ça depuis que je suis un petit garnement. Je lisais comme un dingue quand d’autres allaient au football. À force d’avoir lu du Gaston Leroux, du Alphonse Allais, peut-être que ces mots… Oh ! Mon café vient de me dégouliner sur le genou car je m’exprime avec les gestes aussi !
Mais c’est quelque chose que tu as remarqué ? Quand tu lis les papiers qui te sont consacrés ?
Oui, ben, j’ai remarqué ça, mais alors il y a tous ceux qui ne comprennent pas bien mes adjectifs et mon langage et qui ont du mal à se dépatouiller avec tout ça… Mais effectivement, il arrive qu’on se mette aussi à gloupiniser langagièrement après qu’on a passé un bon petit moment ensemble et souvent après qu’on a éclusé quelques coupes à cocktails !
Et pour finir : combien de fois as-tu été entarté ?
Une centaine de fois. Mais de moins en moins. C’est-à-dire qu’au début c’était très impopulaire les entartements, alors je m’en suis pris beaucoup en Belgique. Les “Ciel mon mardi” autour de la Belgique ont été très mal vécus, ce qui fait que pendant cette période je me suis pris plein de tartes, avec parfois les assiettes en dessous. Il y a eu beaucoup de bobos, il y a eu aussi des coups de poings par des nationalistes -« ça, c’est de la part du roi ! ». Et un jour qu’on m’a explosé une bouteille sur la figure, on a dû m’hospitaliser, les deux “sportifs” en questions m’ont dit « ça, c’est de la part d’Hélène » : la Hélène Rolles, de Hélène et les garçons ! Je n’ai toujours pas compris comment c’était possible ! Mais depuis Bill Gates, je suis de moins en moins souvent entarté car c’est devenu foutrement populaire. Alors ça arrive encore volontiers en province : ils pensent souvent qu’ils sont les premiers. C’est un peu comme dans les westerns où Audie Murphy est un tueur dont la rapidité de tir est passée à la légende et puis il y a des jeunes blancs-becs qui veulent l’abattre simplement pour démontrer qu’ils tirent plus vite que lui. Il y a des entarteurs en herbe qui pensent qu’ils entartent pour la première fois l’entarteur. Ben évidemment, quand ça se passe, je rigole, je me pourlèche les babines, j’embrasse l’entarteur. Mais là où ça devient voluptueux, c’est quand ça m’arrive à la téloche. On m’invite à un talk show, prenons un exemple : Daniella Lombroso m’invite à l’émission où on raconte la première fois qu’on a fait quelque chose et je l’énerve profondément en menaçant Chirac de mon ire pâtissière. Elle fait appel à un des invités du plateau, David Douillet, elle fait venir une tarte et David Douillet s’approche de moi. Je me réfugie sur les genoux de Daniella Lombroso, il m’entarte. Et dès lors, je me suis essuyé méthodiquement sur les nénés de Lombroso. J’ai pris la main de David Douillet et je lui ai demandé s’il se ralliait aux hordes entarteuses et sans réfléchir, il a dit oui. Il est tout à fait de l’autre bord, mais il a dit oui sans réfléchir. Chaque fois que je me fais entarter sur un plateau, je regarde qui il y a de plus respectable autour de moi et je vais m’essuyer sur lui. Je trouve ça très marrant, parce que c’est souvent le présentateur qui a télécommandé l’entartement qui sort pour se changer.
Entretien réalisé par Jenny Ulrich
La reste de l’entretien avec Noël Godin est à lire dans la case Trash sur le site d’Arte.
