Archive de la catégorie «Événements 2008»

Tirer la couverture à soi

Dimanche 24 août 2008

Une exposition des couvertures de la revue de cinéma CUT

Du 25 août au 20 septembre 2008. Vernissage le vendredi 12 septembre 2008 à partir de 18h à la Galerie 24 (24a, rue des Orfèvres - 67000 Strasbourg)

Certains disent que c’est comme l’affiche d’un film, il faut que ce soit tape-à-l’oeil, accrocheur, esthétique. D’autres disent que c’est comme la vitrine d’un magasin, il faut que ce soit aguicheur, bien fichu, coloré. Les fans de Jean-Pierre Mocky disent eux que c’est comme une pute, il faut la maquiller, lui gonfler les seins et lui ravaler la façade pour qu’elle puisse séduire. Tout le monde a sa théorie sur la fonction d’une couv’ pour un titre de presse.

Quand on a créé CUT, on s’est dit qu’il fallait se positionner et avoir une couv’ forte. C’est pourquoi on a décidé de… mettre l’édito en une. Idéal pour flatter l’ego ! Mais pas très glamour.

Et voilà que le numéro -6 a marqué le premier grand tournant dans l’histoire de CUT (le deuxième étant l’obtention de tickets repas pour le petit personnel). La couv’ sera désormais une illustration, un dessin ou une photographie, consacré au dossier du mois. Quelle riche idée! Qui, cela dit, nous appauvrit puisque les annonceurs qui achètent des espaces pour faire leurs pubs désirent en premier lieu… la couv’.

CUT est vraiment devenu CUT le jour où la couv’ est devenue une vraie couv’. Se sont alors relayés de brillants illustrateurs, tous soumis aux mêmes règles du jeu: un grand titre (celui du dossier) et deux petits titres (ceux des événements bis du mois). Le tout pour pondre une couv’ pertinente, engagée et originale.

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Eldorado : 10 invitations à gagner ! (rappel)

Dimanche 8 juin 2008

Fabrice Adde et Bouli Lanners sont dans une voiture. Le film, c’est Eldorado.

Pour échapper à l’Euro et son ballon qui roule, CUT - en partenariat avec le cinéma Star - vous offre 10 invitations (pour deux personnes) pour l’avant-première du nouveau film de Bouli Lanners, Eldorado (sortie en salles le 18 juin). L’avant-première aura lieu le mercredi 11 juin à 20h au cinéma Star (Rue du Jeu-des-Enfants à Strasbourg). Et Bouli Lanners sera là pour un débat avec le public !

On n’a pas encore vu le film, mais on sait déjà qu’il est très bien. Ultranova, le précédent film de Bouli était une petite merveille passé injustement inaperçu.
Bouli Lanners est aussi acteur (c’est lui qui signe la reprise fantômatique et burlesque de Sunny dans Aaltra de Gustave Kervern et Benoît Delépine, c’est aussi lui qui est un copain SDF de Yolande Moreau dans Enfermé dehors d’Albert Dupontel et c’est aussi lui qui rapte une ado dans le meilleur segment de J’ai toujours rêvé d’être un gangster de Samuel Benchetrit).
Et puis, dans Eldorado, il y a Philippe Nahon. Si ça c’est pas une garantie de qualité !

Pour gagner une invitation pour deux personnes, il vous suffit d’être un des 10 premiers à envoyer la phrase suivante à cutlarevue@yahoo.fr (en précisant votre nom et prénom) :
Un jour, la Belgique gagnera l’Euro !

Ce jeu-concours est ouvert jusqu’au mardi 10 juin à 12h. Les 10 premiers seront les 10 gagnants.

Journal d’un CUTien à Cannes (ép.12)

Lundi 26 mai 2008

Gueule de bois pour Valse avec Bashir (de Ari Folman), le grand absent du palmarès 2008 du festival de Cannes.

Après plusieurs heures de train et divers retards pour diverses raisons qu’on ne développera pas ici, on peut tranquillement (pas tranquillement en fait) regarder la remise des prix sur son poste récepteur de télévision.
Le palmarès de cette année, parfois surprenant, contient son lot de joies et de déceptions. La Palme d’Or pour le film de Laurent Cantet semble avoir soufflé la concurrence sur son passage. Pourtant, Entre les murs revient de loin : dernier film français sélectionné après, on imagine, de longues négociations, il est aussi le dernier film montré en compétition (on exclut le Wim Wenders d’office, sa sélection relevant sûrement de la mauvaise blague).

Juste après sur le podium, Gomorra, dont on a dit tout le bien qu’on pensait et qui console les amis du Pacte de l’absence totale du palmarès de Valse avec Bashir, longtemps donné favori. Côté déceptions, ont peut également regretter les oublis fâcheux de trois habitués cannois, qui rentrent régulièrement bredouilles de la compétition : James Gray, Arnaud Desplechin et Clint Eastwood, même si ces deux derniers partagent une forme de prix de consolation (via Catherine Deneuve pour Un Conte de Noël).

On est du coup injustement énervé quand on voit que les Dardenne, déjà multi-récompensés, reçoivent cette fois le prix du scénario. Et pourtant, cette récompense est tout à fait justifiée, comme celle du prix de la mise en scène pour Les Trois Singes de Nuri Bilge Ceylan. Plus surprenant le prix décerné à Benicio Del Toro pour son interprétation du Che, qui semblait calibrée pour les Oscars, dans le sillage desquels Sean Penn ne voulait pas se placer. Mais l’incertitude concernant la sortie du film (financé par la France et l’Espagne, on le rappelle) ne possédant toujours pas officiellement de distributeur américain et la position de la presse professionnelle américaine (et surtout Variety) qui a ouvertement étrillé le film, affirmant qu’il ne pourrait jamais être distribué en l’état, ont probablement agacé le président du jury. Celui-ci n’a pas caché au cours d’une récente interview au Monde, le peu de sympathie qu’il avait pour cette presse qui se place sur le terrain financier avant d’aborder celui de l’art. Enfin, un dernier mot pour évoquer une dernière fois Serbis, qu’on continuera à défendre lors de sa sortie en salles.

Et maintenant, on essaie de se coucher avant 3 heures du matin et on ne part pas demain matin comme un zombie avec son badge pour faire la queue une heure pour acheter ses croissants. Le festival, c’est fini.

De notre exilé spécial au festival de Cannes : François-Xavier Taboni

Pour lire l’intégralité du palmarès 2008, cliquez ici

Journal d’un CUTien à Cannes (ép.11)

Dimanche 25 mai 2008

   Entre les murs (de Laurent Cantet)

Cannes est devenu en quelques années une plateforme essentielle de la projection de films tournés en haute définition. En 2001, la diffusion numérique de Star Wars Episode II, tourné en haute définition, faisait figure d’événement.

En 2008, une bonne partie des films de la compétition et de ceux présentés au Marché sont tournés et souvent diffusés en numérique. Ainsi, à 11h30, dans le Grand Théâtre Lumière, on assiste à la projection 100% digitale du dernier film de Kim Jee-woon, Le bon, la brute, le cinglé, pastiche des westerns de Sergio Leone (on s’en serait douté) et de multiples autre choses mouvementées, dont Mad Max II. L’inconséquence du résultat n’a d’égale que le plaisir qu’on passe devant cette fantaisie colorée qui n’a d’autre but que nous divertir comme on disait jadis.

16h : grâce à l’indulgence de la sécurité devant un journaliste incapable de rentrer dans le palais via la file qui lui est réservée, on se retrouve parmi les premiers dans la salle pour découvrir le film de Laurent Cantet, Entre les murs. Egalement tournée en haute définition, mais repiquée cette fois sur une copie 35mm, cette adaptation du livre de François Bégaudeau est à ranger à côté de Serbis et Gomorra, très belles incursions fictionnelles gravées sur un matériau quasi documentaire. On se prend à espérer une Palme d’Or.

Un peu plus tard, d’autres tribulations numériques : le cinéma Star qui ne sert plus depuis quelques heures d’accueil au séances du marché, propose à ses spectateurs de découvrir Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal en projection numérique. Pourtant, le film a été tourné en 35mm après un long affrontement opposant son réalisateur Steven Spielberg, décidé à être le dernier cinéaste à tourner sur pellicule, et son producteur George Lucas, premier promoteur du digital (voir plus haut pour les amnésiques). La mutation du cinéma pourrait être plus rapide qu’on ne le pensait.

Pour terminer la soirée et le festival, on s’offre la projection de presse de What Just Happened ? de Barry Levinson. Cette comédie sur les mœurs hollywoodiennes, écrite par un producteur, se termine en plein Festival de Cannes et laisse un certain goût d’inachèvement. Peut être pas une si mauvaise idée pour un film de clôture…

De notre exilé spécial au festival de Cannes : François-Xavier Taboni

Journal d’un CUTien à Cannes (ép.10)

Dimanche 25 mai 2008

My magic (de Eric Khoo)

La fatigue accumulée tout au cours du festival porte ses fruits : la projection à 8h30 de Synechdoche, New York, premier film de Charlie Kaufman, est l’occasion d’une sieste improvisée. On parvient tout de même à suivre la démarche de Kaufman, qui reprend certaines des techniques scénaristiques qui lui avaient permis de construire Dans la peau de John Malkovich. Du coup, pour un concurrent à la Caméra d’Or, on a l’impression d’être en terrain sérieusement balisé.

On continue en terrain connu avec la présentation à la presse du nouveau film d’Abel Ferrara. Le cinéaste, dont le précédent film, Go Go Tales, n’a encore été distribué nulle part, s’est offert, avec Chelsea on the Rocks une détente en allant filmer un lieu mythique de la culture new-yorkaise, le Chelsea Hotel, menacé de voir son existence actuelle bouleversée par des opérations capitalistes. Le style de l’auteur se marie admirablement à l’atmosphère du lieu et permet d’abandonne toute crainte de tentative de muséification, tant la nonchalance et l’humour de Ferrarra détournent permanence cette commande prestigieuse.

Un article et une pause café plus tard, on assiste à la projection la plus minimaliste de la compétition. My Magic d’Eric Khoo est présenté en milieu d’après midi au cours d’une séance qui réunit le public et la presse et sert en même temps de montée des marches pour l’équipe du film. Minimaliste, le film l’est aussi puisque le cinéaste a filmé en un peu plus d’une semaine ce mélo à l’ancienne, dont le principal intérêt consiste en plusieurs numéros de fakir et de prestidigitation effectués sans trucage (pour la grande majorité) par le comédien principal.

On termine enfin la journée avec l’un des grands moments de la compétition, la présentation à la presse de Rendez-vous à Palerme de Wim Wenders. Il serait trop long ici d’énumérer les problèmes du film, on se contentera d’évoquer l’ambiance de salle, entre consternation et amusement, devant une enfilade de cartes postales et de dialogues manqués. Mentions spéciales à la courte apparition de Lou Reed, au monologue d’un Dennis Hopper qui paraît bien désabusé et à la dédicace finale qui enfonce définitivement le clou.
Tout cela n’est pas très grave puisque la nuit se poursuit sur une petite terrasse pour une soirée cubi et discussions cinéphiles endiablées autour des films de Garrel, Eastwood et quelques autres.

De notre exilé spécial au festival de Cannes : François-Xavier Taboni

Liste des films de la Sélection officielle - en compétition : cliquez ici

Journal d’un CUTien à Cannes (ép.9)

Vendredi 23 mai 2008

La frontière de l’Aube (de Philippe Garrel)

Encore une courte journée cinéphilique en perspective. 10h15 : un coup de fil de la charmante Natacha rappelle au chroniqueur décidément bien fatigué que la séance presse du film d’Atom Egoyan, Adoration, est dans à peine plus d’une heure. Une fois vu le nouvel opus du réalisateur de The Adjuster, on se prend à regretter Ararat, qui paraissait pourtant inabouti. Le cinéaste tente une fois de plus de mêler la petite histoire et la grande et de tisser une intrigue compliquée, reposant sur la psychologie tourmentée de ses personnages. Le résultat ne convainc pas.

On enchaîne sur La Frontière de l’aube de Philippe Garrel, apparemment hué lors de la projection de presse de 8h30. Le même film produit les mêmes effets. Après avoir commencé comme un mélodrame parisien sous (trop) forte influence de la Nouvelle Vague, le film de Garrel bascule peu à peu dans un fantastique primitif et émouvant, dont la fragilité fait rigoler une poignée de spectateurs turbulents. Tant pis pour eux…

Le temps d’écrire les aventures de la journée précédente en salle de presse (admirablement gérée, par ailleurs), il faut déguster un panini à 5 euros, avant de faire la queue pour la première projection de presse du nouveau film de Paolo Sorrentino, Il Divo. Peu convaincu par son premier film, L’uomo in piú, on était un peu inquiet, d’autant que deux autres films du réalisateur, présentés à Cannes, n’avaient pas été épargnés par la critique. On est d’autant plus heureusement surpris par ce nouvel opus consacré à Giulio Andreotti, plusieurs fois président du Conseil italien.
Comme avec Gomorra, on peut constater que le cinéma italien affronte son histoire la plus récente puisque ces deux films se déroulent dans les années 90. On y cite surtout les noms des mêmes personnages, figures importantes des associations criminelles organisées en Italie. Mais Sorrentino s’éloigne le plus possible de la sécheresse de Matteo Garrone pour livrer une farce, parfois filmée comme un thriller de Scorsese ou De Palma, sur la vie politique italienne. Même si le trait est souvent appuyé, on rit beaucoup devant ce qui constitue la première, et probablement la seule, franche comédie de la compétition. Ça ne fait pas de mal.

Petit restau et petite bière avec distributeurs et exploitants avant d’aller au dodo vers 2h. La journée de demain commence quand même à 8h30 avec le premier film de Charlie Kaufman, Synechdoche, New York.

De notre exilé spécial au festival de Cannes : François-Xavier Taboni

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Journal d’un CUTien à Cannes (ép.8)

Jeudi 22 mai 2008

        Benecio Del Toro dans Che (de Steven Soderbergh)

Très courte journée en raison des mélanges de mixtures absorbés la veille. On démarre néanmoins de façon très professionnelle avec l’enregistrement d’une interview, pour Radio Judaïca, médium qui nous fournit l’accréditation tant désirée cette année. C’est la voix un peu rauque qu’on chronique la première moitié de la compétition et les espoirs à venir dans la sélection officielle.

Il n’est que temps de découvrir, en projection publique et avec l’équipe du film, l’un de ces espoirs de la compétition, La Mujer sin cabeza de Lucrecia Martel. Apparemment sifflé en projection de presse, le film argentin ne fait aucun cadeau à ses spectateurs. La cinéaste part d’un point de départ suffisamment dramatique : une femme en voiture écrase un chien après un moment d’inattention. Elle va peu à peu se persuader qu’elle a écrasé un enfant. Sur cette piste narrative, la réalisatrice de La Cienaga évite soigneusement tout rebondissement dramatique. Chaque piste est désamorcée, au profit de scènes quotidiennes, contaminées par l’angoisse sourde du personnage principal, flirtant parfois avec le fantastique. Intrigant. A l’inverse des journalistes, le public semble conquis et applaudit à tout rompre à la fin de la projection.

On change de registre, mais pas de langue, avec Che de Steven Soderbergh. Début du marathon avec une queue d’une heure pour avoir une chance de rentrer à l’une de des deux projections de presses. L’attente est égayée par un coup de téléphone de Marc Spieser de Radio Judaïca qui nous informe tout contrit que l’enregistrement du matin n’a pas fonctionné. Qu’importe, on en improvise un deuxième au milieu d’un brouhaha généré par deux cents personnes… On rentre enfin, prêt à aborder les 4h28 de projections consacrées au Che. Les gentils organisateurs du festival on néanmoins prévu des bouteilles d’eau et des barres chocolatées pour l’entracte qui sépare The Argentine et Guerilla, les deux films distincts de Soderbergh. A la sortie de ce diptyque, on est épaté par les conditions de productions de ce projet hors normes et par les conventions qui guident son contenu de bout en bout. Tournée avec un nouveau modèle de caméra vidéo haute définition haute définition par un cinéaste et un acteur américains, en espagnol, avec des capitaux français et espagnols cette production est une véritable étrangeté hollywoodienne. Pour continuer avec les bizarreries, le film n’a pas encore trouvé officiellement de distributeur américain et sortira en octobre et novembre en France sous la bannière de la filiale française de Warner Bros., société américaine. Tout cela est beaucoup plus compliqué que l’œuvre en elle-même, véritable enluminure christique consacrée au guérillero cubain. Entre deux leçons de catéchisme révolutionnaire, le Che (campé par un Benicio Del Toro assuré d’emporter un Oscar l’année prochaine) mène la bataille pour libérer Cuba de Batista dans le premier opus et monte une opération de guérilla pour installe la révolution en Bolivie dans le second. Chef sérieux et charismatique, mais également médecin toujours prêt à soigner ses hommes ou les paysans qu’il rencontre, le Che décrit par Soderbergh et Del Toro ne possède aucune zone d’ombre à l’écran et ce film qui en apparence détonne dans le paysage cinématographique américain actuel, finit par rappeler les énormes biographies de personnages célèbres dont Hollywood a toujours été friand. Le cinéma américain, entre tradition et modernité…

La modernité est très certainement revendiquée par Surveillance de Jennifer Lynch, fille de son célèbre David de papa, qui court tant qu’elle peut sur les traces de Lost Highway et Twin Peaks. Qu’importe, la séance est l’occasion de deviser avec l’ami Philippe Lux qui repart déjà demain. L’occasion de dormir aussi, par intermittences, car il est quand même 1h du matin.

De notre exilé spécial au festival de Cannes : François-Xavier Taboni

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Journal d’un CUTien à Cannes (ép.7)

Mercredi 21 mai 2008

Los Bastardos (de Amat Escalante)

On parlait en début de festival (ép.1, souvenez vous) du Daily Screening Program, très utile dépliant qu’on peut ranger dans une poche et qui nous informe des projections de la journée. Mais il faut rendre également hommage au plus volumineux Cannes Market News, qui nous renseigne également sur les films de la journée (plus les projections de presse) et qui fournit un résumé succins des films, bien pratique quand on s’aventure dans le marché. Cannes Market News n’est qu’une des publications quotidiennes que tout festivalier (journaliste, producteur, exploitant ou distributeur) se doit de lire attentivement. En effet, Variety, The Hollywood Reporter, Screen ou Le Film français sont des mines d’informations précieuses sur les projets de films en cours, les ventes de droits internationaux ou quelques potins cannois. Ces revues sont en plus bien pratiques quand on fait la queue pendant des heures. C’est pourtant en lisant les cotations de la presse internationale dans Screen et française dans Le Film français qu’on peut se sentir bien seul : Serbis de Brillante Mendoza, toujours chouchou de ce blog, est en effet affublé des plus mauvaises notes dans les deux revues.

Enfin, pas de quoi se décourager, puisqu’on a pu découvrir plusieurs mois avant tout le monde (eh oui, c’est aussi ça les petits plaisirs cannois) le nouveau film de Clint Eastwood, L’échange, où l’on trouve Angelina Jolie en mère courage dans l’Amérique de la fin des années 20. Si on n’atteint pas le niveau de Mystic River, on ne peut que constater l’aisance d’Eastwood à se servir d’une affaire policière pour tracer un portrait acéré de son pays et de son mode de fonctionnement. On aura l’occasion d’en reparler.
On reparlera moins en revanche de Delta de Kornél Mundruczó, œuvre plastiquement superbe mais complaisante, sous influence évidente de Béla Tarr.
Pour se reposer les yeux et l’âme, la projection d’une copie restaurée d’Orphée de Jean Cocteau dans la section Cannes Classic fut un vrai bonheur. Et quel plaisir de se laisser doucement glisser dans le sommeil devant cette magnifique rêverie cinématographique.

Los Bastardos, projeté à Un certain regard, fut plutôt cauchemardesque, mais un cauchemar brillant, tant son réalisateur, Amat Escalante, parvient à éviter les chemins balisés du cinéma d’auteur violent international. Si on pense parfois à The Great Ecstasy of Robert Carmichael, à Funny Games ou au cinéma de Carlos Reygadas (coproducteur du film), ce n’est jamais au détriment de cette très belle œuvre qui contient en outre un plan inoubliable. Rendez-vous en septembre, si tout se passe bien.
Enfin, avant de se mettre minable à la très sympathique fête Los Bastardos organisée par les camarades de “Le Pacte” (très sympathique fête qui n’enlève rien à l’objectivité du chroniqueur, bien évidemment), on a pu voir en séance spéciale, Roman Polansi : Wanted and Desired, film-enquête sur l’affaire de détournement de mineure qui a transformé la carrière du cinéaste de Chinatown. Si l’enquête est très professionnelle, elle n’apprendra pas grand-chose aux lecteurs de l’excellente autobiographie de Polanski, Roman.
Demain, pas trop de films because le Che de Steven Soderbergh (4h28). Si on arrive à entrer, bien évidemment.

De notre exilé spécial au festival de Cannes : François-Xavier Taboni

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Cannes Blues

Mardi 20 mai 2008

/// Aymeric Jeay, qui participe tous les mois à la revue CUT, était lui aussi à Cannes. Il n’a occupé le terrain que durant la première semaine du festival. Assez pour créer en lui un manque terrible et étrange. Récit d’un séjour sur et dans la Croisette. ///

L‘intraitable Romain, instigateur de la revue, du blog, de la radio et bientôt du “watching you” CUT, m’avait demandé, quelques jours avant mon départ, de tenir une chronique si possible quotidienne de mon séjour à Cannes, puisque je devais m’y rendre pour raisons purement professionnelles. J’avais répondu par l’affirmative à ladite proposition, pressentant toutefois une gêne à contenter si promptement un esprit droit et difficilement manipulable comme celui de Romain. Gêne vite confirmée quand, une fois sur place, mille et un détails se sont révélés autant d’entraves à l’exercice du blog, à commencer par le principal : mon absence d’équipement informatique portable. La mort dans l’âme et des frissons dans l’échine, je lâchais lâchement l’aventure sans même l’avoir commencée en signifiant ma défection par un pleutre SMS, SMS que mon magnanime supérieur eut le tact de digérer avant d’y répondre. Ainsi le monde continuerait de tourner, et je pouvais vivre follement les ébats cannois.

Mais les grandes aventures humaines, et celle de la revue-émission-blog CUT en est une, ne souffrent la tiédeur et l’indifférence distanciée qui courent aujourd’hui les pages de tant de parutions, qu’elles soient électroniques ou de papier. Très vite donc je me promis d’écrire, sitôt rentré du Grand Sud et de ses festivités, un compte-rendu circonstancié de cette semaine. Certes, je n’y attendrai pas la ferveur et pour tout dire l’authenticité du ton imprégné de l’usure rétinienne, de la léthargie musculaire, de la raideur lombaire et l’émulation cérébrale que confère une journée de visionnage en salles obscures entrecoupées de sandwiches et de piétinement dans les files d’attente. Soit, mais cette réparation post-cannoise saurait sans doute prendre de la hauteur sur son sujet, survoler d’un esprit revenu dans ses terres habituelles ce qui est, à y regarder de trop près, un vaste capharnaüm d’images, de mouvements et de sons venus du monde entier s’échouer su un petit bout de côte méditerranéenne à l’exact milieu du printemps.

L’adoption de cette idée eut le net avantage de conserver intact le peu de sommeil qu’autorisent les nuits cannoises, et dilua le noir coupable qui envahissait ma conscience et m’aurait peut-être, à la longue, empêché totalement de vaquer à mes obligations. Je me pris même à en rêver l’accomplissement au détour d’une scène inutile dans tel film, durant le discours obligé de tel organisateur de telle semaine critique, à la fin d’un tel repas lesté par un vin du gard peu amène. Oui, le blog serait ainsi détourné de sa fonction première (l’écriture auto-suffisante et bâclée de ses petits bonheurs tracas quotidiens), oui l’analyse critique et le ressenti sur l’ensemble de ce que j’y aurais vu se dégagerait avec plus de netteté.

Une semaine à Cannes, soit 23,5 films exactement vus en six jours, des dizaines de fouilles du même sac (bouteille d’eau, chewing-gums, programme du jour, barres chocolatées, lunettes de soleil, carnet de notes, papiers, papiers, papiers), de centaines de marches gravies, de corridors arpentés, de fauteuils effleurés, de parfums et d’odeurs corporelles senties, de silhouettes détaillées ou vues dans un flou relatif, des kilomètres de pellicules dévidées dans les projecteurs surpuissants du Grand Palais Théâtre Lumière ou de la Salle Debussy, des hectolitres d’air conditionné respirés par des milliers de poumons dans le noir, un rituel enivrant et épuisant à la fois, qui par sa répétition même finit par vous mettre dans un état de quasi-transe, vous fait voir double ou carrément halluciner des scènes de film ou de votre vie ; la magie cannoise et son inévitable retour de bâton qui, à l’heure ou je dois enfin écrire cette chronique, me laisse dans un état de vide intérieur rendant impossible toute relation exacte de ces quelques jours hors du temps, hors de tout. Il est temps de regarder de nouveau comment le monde va, mais en ai-je vraiment l’envie ? Pas vraiment, pour l’heure je reprendrais bien un peu de dessert, et je sens le sommeil me gagner. Je vais bientôt m’endormir, à moins que ce ne soient les lumières qui ne s’éteignent toutes seules, “ladies and gentlemen please turn off your cell phones the screening is about to begin…

Aymeric Jeay le 19/05/08 - 23h53

Journal d’un CUTien à Cannes (ép.6)

Mardi 20 mai 2008

Arta Dobroshi dans Le silence de Lorna (des Frères Dardenne)

Pour commencer, quelques réponses (dans l’ordre chronologique) aux commentaires souvent pertinents de fidèles lecteurs :
Journal d’un CUTien à Cannes (ép.1)
1 : xdr
Journal d’un CUTien à Cannes (ép.3)
2 : Un conte de Noël : Roubaix! (titre complet) vaut bien sûr largement le coup et il ne faut pas tenir compte de sa durée.
Journal d’un CUTien à Cannes (ép.4)
3 : Il pleut souvent.
4 : Si on parle bien du Woody Allen, oui. Mais pas de quoi en faire un plat.
5 : Merci.
6 : Merci également et bonne lecture.
7 : Merci. Et voir 4.
Journal d’un CUTien à Cannes (ép.5)
8 : Ak Otéd’laplaq’… Désolé pour ton nom qui a du te valoir beaucoup de moqueries à l’école. Désolé pour Indy IV également.
9 : A priori, les Hot d’Or ont été chassés de Cannes il y a quelques années. Il reste toujours le Woody Allen.
10 : Voir 11.
11 : Bravo Jenny. Belle définition.

Voila, sinon, un programme de la journée respecté à la lettre (voir le “à suivre demain” d’hier).
Les Dardenne “dardennisent” brillamment et de façon un peu plus pessimiste que d’habitude.
Les Straub “straubisent” également en travaillant à nouveau sur Pavese.
De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites est le très beau titre d’un très beau film de Paul Newman, resté très longtemps invisible. Une ressortie en salle est prévue.
James Gray passe du thriller au film d’amour avec un brio qui n’étonne pas. Drôle, tendu, émouvant, plastiquement superbe: bienvenue dans Two Lovers.
Demain : Clint, des Hongrois pas très recommandables, Los Bastardos et La Mujer Sin Cabeza. Si tout se passe bien…

De notre exilé spécial au festival de Cannes : François-Xavier Taboni

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