Archive de la catégorie «Films 2007»

Spider (court-métrage de Nash Edgerton)

Samedi 23 août 2008

Voici une petite “parenthèse” sur une découverte plutôt intéressante : le court métrage Spider. Avant de parler du film, il serait peut-être préférable de présenter un peu son jeune réalisateur : l’australien Nash Edgerton, au CV bien rempli.

Entre 18 et 20 ans, Edgerton débuta dans le cinéma en tant que cascadeur professionnel dans des films comme Street Fighter ou Power Rangers, le film (fallait bien commencer quelque part…) pour enchaîner avec Dark City, La Ligne rouge, la trilogie Matrix et récemment Solitaire. Parallèlement, il fit ses premières expériences en tant que réalisateur avec le court métrage Loaded en 1996. Mais c’est Deadline en 1997 qui lui permis de se faire un peu remarquer et de remporter un prix à Tropfest. Il réalisera ensuite quelques clips musicaux et d’autres courts métrages (dans lesquels il assurera presque à chaque fois la production, le montage, le rôle principal et la plupart des cascades). Il vient de réaliser son premier long-métrage : The Square.

Si Nash Edgerton est intéressant en tant que jeune réalisateur, c’est pour sa jolie maîtrise du plan séquence et de la cascade, son utilisation élégante du cinémascope, et la modération avec laquelle il utilise les paroles et la musique (principalement dans les courts Lucky et Spider). En voyant ses films, on pourrait peut-être lui reprocher de ne pas toujours être assez objectif, de s’attacher un peu trop à l’aspect technique et de livrer des twists quelques fois prévisibles, mais pour un réalisateur qui s’essaie, les résultats sont malgré tout prometteurs.

Et parmi ces résultats, il y a Spider. En partant d’une idée des plus simples (au volant d’une voiture, une femme fait la gueule à son copain parce que celui-ci lui fait des blagues qui vont souvent trop loin) et en faisant part d’une réelle sensibilité envers les personnages et les choses qu’elle croise, Edgerton parvient à livrer un regard intéressant sur la conséquence de leurs actes (pourtant si simples et naïfs) et de leurs intentions (parfois bonnes) et à livrer un final surprenant, à la fois drôle et triste, dans lequel il nous est offert un plan séquence qui stimule la curiosité.

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DVD : 24 mesures (de Jalil Lespert)

Mercredi 20 août 2008

24 mesures, ce n’est pas ce qu’il faut pour jouer un morceau de jazz ou de blues. En fait, il en faut juste 12. Cela, Jalil Lespert ne l’a su qu’après. Une fois qu’il avait déjà choisi le nom de son film. Alors tant pis. Ce nom lui a plu, il n’a pas voulu en changer.
La référence musicale ne tombe pas par hasard. La musique est partout dans ce film, premier long-métrage d’un acteur reconnu (et cesarisé pour son rôle dans Ressources humaines, de Laurent Cantet). Jalil Lespert a écrit l’histoire comme un morceau de free jazz. A quatre mains, avec Yann Appery, un ami écrivain (auteur de Farrago, Prix Goncourt des Lycéens). Ses personnages, il les a envisagés comme des instruments de musique au service d’une même composition.
Et puis, 24 mesures, cela tombait bien puisque que c’est justement en 24 heures que se déroule le film. Ou plus exactement la nuit de Noël, un 24 décembre. Tiens ? …Unité de temps mais surtout pas de lieu en encore moins d’intrigue. On est donc loin de la bienséance dramaturgique.
A l’origine, il y a Helly, une jeune droguée, forcément paumée, qui espère bientôt récupérer la garde de son fils. Helly grimpe dans le taxi de Didier, le soir de Noël. Puis elle se fait renverser par Marie et danse avec Chris. À la fin, on aura croisé quatre paumés. Quatre personnages, non pas en quête d’auteur, mais d’une raison de vivre.
Vaste entreprise dans laquelle Jalil Lespert se jette à corps perdu. Avec plus ou moins de succès. Benoît Magimel est fantastique et son personnage délicieusement ambigu. Prépare-t-il un sale coup ? On ne veut pas y croire.
Lubna Azabal qui interprète Helly est moins convaincante. Le rôle de la mère junkie est sans doute trop éculé. Peut-être n’a-t-elle pas su renouveler le genre. Bérangère Allaux ne sauve pas la mise et manque de passer à la trappe. Rendons donc hommage à Clothilde Hesme, la lumineuse, qui brille dans une scène de lesbiennes trash. Quant à Sami Bouajila, on regrette qu’il apparaisse si tard et si peu.
Malgré tout Jalil Lespert est un réalisateur prometteur. Et 24 mesures un film audacieux.

Fanny Lépine

24 mesures, de Jalil Lespert (Ed. MK2)
Avec Lubna Azabal, Benoît Magimel, Sami Bouajila, Bérangère Allaux

Sortie DVD le 21 août. Bonus : De retour (un court-métrage de 23 minutes de Jalil Lespert) et un Making of de 12 minutes.

Halloween (de Rob Zombie)

Vendredi 8 août 2008

De John Carpenter, on me parle souvent de The Thing, Invasion Los Angeles ou encore New York 1997 comme de véritables chefs d’œuvres inégalables (ce que je ne renie pas… pour The Thing), mais lorsque je ramène ma gueule avec Halloween, bizarrement, un silence gêné, pesant, s’installe durant une longue seconde pour ensuite très vite revenir aux films cités plus haut. Et ce n’est pas parce qu’ils le sous-estiment tous, qu’ils veulent effacer ce film de la filmographie de Carpenter, mais plutôt parce qu’on les a déjà tellement soulé, tellement rappelé à quel point ce slasher à l’intrigue pourtant basique reste toujours un model de grâce de mise en scène difficilement surpassable (à ma connaissance), détail qu’un fan de Halloween manque rarement de souligner, ce qui à la longue, je l’admets, peut en énerver certain(e)s.

Mais en fait, qu’est-ce qui est énervant ? Le fait qu’on nous rappel un peu trop souvent l’ingéniosité de ce film ? Qu’on ne nous dise plus rien de nouveau dessus, que ce soit sur l’histoire ou la mise en scène ? Et si quelqu’un balançait quelque chose de neuf sur le sujet, est-ce qu’on serait plus à l’écoute ? Ou bien est-ce le fait de se dire que LE slasher a déjà été réalisé il y a trente ans et que les autres naissances de ce sous-genre méprisé (parfois même par ceux qui l’empruntent) sont et seront condamnées à être (in)consciemment influencées et/ou lourdement comparées ? Qu’elles finiront peut-être toutes jugées comme inférieures ? Que ce sous-genre est mort et que (malgré quelques sympathiques tentatives) la résurrection paraît bien rude ? Est-il possible de créer quelque chose de vraiment nouveau ? Pourquoi est-ce énervant ? N’est-ce pas un peu chiant de se dire que l’avenir d’un genre cinématographique sera des plus fantomatiques et qu’il est difficile d’y faire quelque chose ?

Bref, outre les cris assourdissants de la jeune Jamie Lee Curtis et la superbe prestation de l’irremplaçable et regretté Donald Pleasance, Halloween de John Carpenter est aussi surtout reconnu pour son personnage devenu culte : le célébrissime serial killer Michael Myers, armé principalement d’un couteau de cuisine de la taille d’un bras et d’un masque intelligemment choisi, car ce dernier peut en dire long sur celui qui le porte. Loin d’être aussi vain que celui que portent les allumés de Scream ou autres Vendredi 13, le masque de Michael Myers, par son aspect livide, désincarné et les deux trous noir qui lui serrent d’yeux, peut exprimer la fosse sombre dans lequel il vit et la haine éternelle qu’il a à l’égard de la parole et de toute espèce vivante. Enfin, ça pourrait exprimer ça, tout est histoire d’interprétation, comme toujours, et dans son film, Carpenter n’impose pas une lecture, mais nous laisse libre.

Mais Halloween aura été en quelque sorte « victime » d’un syndrome que j’appellerai celui de James Bond (riez, je n’ai pas d’autre expression qui me vient à l’esprit) ; nombreuses ont été les suites qui ont tenté de perpétuer Michael Myers la Légende, sans jamais vraiment faire évoluer son personnage et son histoire ou la rendre un tant soit peu intéressante. On a démarré avec la suite sympathique, pas trop conne, mais très éphémère quand même et surtout mal vieillie (Halloween 2 de Rick Rosenthal) ; en passant par l’épisode qui commence plutôt bien (des masques d’Halloween qui tuent des enfants, c’est bon ça), mais qui finit n’importe comment (vas-y que je me fais chier à réaliser ce film et que je veux passer à autre chose très très vite) et dont la présence dans la saga reste totalement mystérieuse (mais où se cache donc Michael Myers dans le Halloween 3 : Season of the Witch de Tommy Lee Wallace ?) ; suivi de la suite qui tente de se faire pardonner du précédent « échec » et qui se trouve loin d’être honteuse en soi, mais qui finit par partir dans tous les sens (Halloween 4 de Dwight H. Little) ; puis comme ça part dans tous les sens, ça essaye d’équilibrer un tout petit peu en refouttant des personnages d’ados insupportables qui ne méritent que d’être pendus par les tétons (regardez cet épisode juste pour le personnage de Tina Williams et vous deviendrez peut-être un sociopathe) et des poursuites interminables dans la nuit qui boucleront le film (Halloween 5 : The Revenge of Michael Myers de Dominique Othenin-Girard) ; puis de la suite qui pourrait se résumer en « boum badaboum prout », complètement délaissée par un réalisateur qui se masturbe en pensant qu’il fait un « film d’horreur » (Halloween 6 : The Curse of Michael Myers de Joe Chapelle ; Donald Pleasance méritait vraiment une meilleure fin) ; puis après quelques années de silence où on croyait la saga morte, un nouvel épisode (surtout motivé par le succès de Scream et en plus produit par la même boîte) offre une bonne surprise, car il revient au personnage de Jamie Lee Curtis et ne donne aucune suite aux épisodes précédents de la saga (donc comme si le 4, 5 et 6 n’avaient jamais existés, ce qui est loin d’être une démarche conne ; le film en lui-même ne vole pas bien haut, mais vu la sombre merde qui le suivra, celui-ci est encore respectable : Halloween, 20 ans après de Steve Miner) ; et enfin l’épisode transparent réalisé pour des d’jeuns shootés à Popstars et MTV, et qui ne se fatigue pas trop pour livrer (très vite) un point final radical au personnage de Laurie Strode, toujours joué par Jamie Lee Curtis (Halloween : Resurrection de Rick Rosenthal).

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DVD… Actrices (Valeria Bruni Tedeschi)

Mercredi 30 juillet 2008

Wild Side Video édite cet été le dvd d’Actrices, le film de Valeria Bruni Tedeschi récompensé par le Prix spécial du jury Un certain regard au Festival de Cannes 2007. Actrices raconte la vie d’une troupe de théâtre qui monte la pièce de Tourgueniev Un mois à la campagne. Marcelline, interprétée par Valeria Bruni Tedeschi, y traîne son mal-être de femme seule, en mal d’enfant et rongée par le doute quant à son talent de comédienne.

À écouter pour avoir des avis différents sur le film : Cut la radio n°9 du 07/01/2008. À lire, l’article Actrices (de Valeria Bruni Tedeschi) du 16/01/2008.

À voir, sur le dvd de Wild Side, après immersion dans l’onirisme tourmenté de cette comédie dramatique troublante et intelligente, trois bonus qui permettent de mieux comprendre le travail de la réalisatrice.

D’abord un making of de Yann Coridian où l’on voit la réalisatrice s’imprégner du texte pendant le maquillage, répéter le scénario autour d’une table, discuter des personnages avec Louis Garrel et Mathieu Amalric. Valeria Bruni Tedeschi travaille par imprégnation du texte et des situations, guide les acteurs, leur donne des images, accepte les suggestions. Rigoureuse, sérieuse, tenace, à l’écoute, une tendre férule au service du film.

Fait rare à signaler : les scènes coupées présentes sur le dvd sont toutes intéressantes. Pas de énième prises de la même séquence totalement inutile pour la compréhension des personnages. C’est toujours agréable d’échapper aux bonus gadgets. Ici, on peut s’amuser à se demander pourquoi tel passage avec Noémie Lvovsky, pourtant excellent, n’a pas été gardé. Place du propos dans la narration, sur-ajout de sens : le travail du montage ne consiste pas seulement à couper ce qui n’est pas “bon”, mais aussi à sculpter la matière filmique, donc agencer et ôter de bonnes scènes, mais qui ne trouvent pas forcément à s’insérer dans la chorégraphie finale.

Enfin, un long documentaire réalisé au moment du tournage d’Hôtel de France par Patrice Chéreau en 1986 revient sur l’une des expériences fondatrices du métier d’actrices pour Valéria Bruni Tedeschi. Rappelons que le personnage de metteur en scène incarné par Mathieu Amalric a pu être en partie inspiré par Patrice Chéreau, avec lequel V. Bruni Tedeschi a travaillé.  Hôtel de France est l’adaptation d’une pièce de Tchékov titrée Platonov, aussi connue sous le titre Ce fou de Platonov. Dix-neuf acteurs de l’école de Nanterre ont rejoint l’équipe du film en 1986 : Valeria Bruni Tedeschi, mais aussi Vincent Perez, Agnès Jaoui, Marianne Denicourt, Bruno Todeschini. Les répétitions, le tournage, des interviews des jeunes comédiens et de Patrice Chéreau : le documentaire semble être l’une des bases de réflexions d’Actrices, qui vient parachever vingt ans de réflexion sur le métier.

Franck Mannoni

DVD… Triangle (Ringo Lam, Johnny To, Tsui Hark)

Samedi 26 juillet 2008

/// Mister Orange participe à la revue CUT depuis le premier numéro. C’est dire à quel point il est usé (et expérimenté, bien sûr)… Voici sa critique du DVD de Triangle (Ed. Wild Side) ///

Il y a peu de chances que vous ayez vu Triangle sans savoir qu’il constituait un événement majeur à Hong Kong, et dans tout le reste de l’Asie d’ailleurs. Réunissant une sacrée triplette de réalisateurs, sur un projet cinématographique inédit basé sur le principe du cadavre exquis, l’événement avait de quoi donner l’eau à la bouche. Peut être un peu moins si on ne sait pas ce que c’est que le cadavre exquis. Vous savez quoi ? On va faire comme si on ne connaissait rien du film. Cadavre exquis ? Koicéquo ? Issu du surréalisme, c’est un procédé qui consiste à faire composer un dessin ou une phrase par plusieurs personnes, sans qu’aucun ne sache ce qui a été fait par les autres (ça va plaire au rédac’chef, ça, préparez vous pour le prochain CUT, sans queue ni tête). Grosso modo, Ringo Lam, Johnny To et Tsui Hark s’estiment et s’apprécient, souhaitent monter un projet ensemble, et comme ils ont tous un ego surdimensionné, et ben chacun va faire une partie de film, et personne ne sait ce qu’ont fait les autres, comme ça, on est libre de faire n’importe quoi ou ce que l’on veut, c’est selon. En réalité, le cadavre exquis n’est que l’expression d’un mode de fonctionnement spontané de la société française, comme quoi.

En tout cas, au titre d’expérience troublante, Triangle atteint pleinement son but. Même un œil de profane est capable de distinguer les trois parties du film. Les trois auteurs se demandaient si leurs fans pourraient reconnaître leur style, c’est vraiment du foutage de gueule, ils doivent plus passer les portes ces trois-là, c’est pas possible. En même temps, Johnny To est le seul réalisateur pour lequel je me déplace systématiquement à la sortie de ses œuvres ; son style à lui, c’est la classe et l’intelligence, une déconstruction perpétuelle de son propre cinéma, une précision hallucinante sur chaque plan. Et Tsui Hark, c’est encore autre chose, un truc à part, à coté de Kubrick et Godard, entre créativité et expérimentation permanente, maîtrise et beauté, et quelques ratés nécessaires, on reconnaît immédiatement sa patte. Par déduction, j’ai pu donc découvrir Ringo Lam, que je ne connaissais pas (sauf si on compte Reservoir Dogs, dans lequel Tarantino l’aurait outrageusement copié), dont je trouve le style plus typiquement hongkongais : maîtrise du rythme, des plans lyriques au milieu d’une lourde pesanteur.

Voilà, autant dire que l’on voit trois cours métrages, plus ou moins reliés les uns aux autres par les acteurs et un scénario alambiqué, et l’on se demande, en dehors de l’exercice formel parfaitement réussi, à quoi bon… Enfin, moi, je me demande à quoi bon. Peut être faut il être moins psychorigide que moi pour apprécier l’œuvre dans son entier, en tout état de cause, je pensais me rassasier de bonus… Et ben non. Deux versions du film, originale et celle présentée à Cannes, un making-of un peu mou du genou, des scènes coupées, pas de quoi fouetter un chaton. Chui quand même un peu déçu…

Mister Orange

DVD… À la recherche de Debra Winger

Mardi 8 juillet 2008

de Rosanna Arquette (Ed. Montparnasse)

Femmes entre elles ; pour elles -parce que quel vrai mec voudra regarder ces vieilles peaux se lamenter en choeur, n’est-ce pas ? En tout cas, si on se réfère à la loi du marché cinématographique telle que décrite ici, au-delà de trente/quarante ans, à Hollywood, les -belles- actrices n’attirent plus les jeunes mâles consommateurs de blockbusters, donc les vieux mâles dirigeants de studios les mettent sur la touche, ces belles plus assez fraîches.

Stop ! Revenons en arrière et rompons immédiatement avec ce ton sarcastique ! À la recherche de Debra Winger est un film casse-gueule parce que effectivement il a un léger côté “pauvre petite fille riche”, mais tout n’est heureusement pas énoncé sur ce mode là. Rosanna Arquette, comédienne à la gloire passée, explique au début de son projet qu’à quatre ans, sa maman lui a fait voir Les chaussons rouges du duo Michael Powell/Emeric Pressburger. Et elle a été marquée à vie par cette héroïne sommée de choisir entre sa passion -la danse- et l’homme de sa vie. Rosanna (c’est pas sympa pour ceux qui n’auraient pas vu le film) dévoile la conclusion tragique apportée à ce dilemme. Et s’en va, quarante ans plus tard (2002), interroger ses collègues comédiennes sur le thème : comment avez-vous concilié votre carrière avec votre vie de femme et surtout de mère ? Est-ce qu’il est possible de tout avoir ? Et de continuer ?

Rosanna Arquette, devant et derrière sa caméra, est présente à chaque instant, un peu comme Kusturica quand il film Maradona. Sauf que Rosanna, elle, arrive vraiment à faire parler ses consoeurs : un résultat de l’intérieur que probablement aucun journaliste n’aurait pu obtenir. Ni déculottage, ni peopolisation indiscrète, mais des femmes qui en livrent juste assez sur elle-même pour faire avancer leur réflexion. Et quelles femmes ! Peut-être qu’avec Madame-tout-le-monde ça aurait été intéressant aussi, m’enfin le charisme des comédiennes choisies n’est tout de même pas pour rien dans l’intérêt qu’on porte au sujet… Robin Wright Penn, Sharon Stone, Mélanie Griffith, Jane Fonda… Et puis quelques revenantes qu’on a vraiment plaisir à retrouver : Daryl Hannah ou Theresa Russell pour ne citer qu’elles… Et puis des Européennes qui s’en sortent mieux qu’à Hollywood avec leur supposée date de péremption : Emmanuelle Béart, Chiara Mastroianni, Charlotte Rampling, Vanessa Redgrave… Et puis des moins spectaculairement belles pour qui les questions ne se sont pas posées tout à fait de la même manière : Whoopi Goldberg, Frances McDormand, Holly Hunter… Etc.

Le film, très personnel, est instinctif jusque dans ses dispositifs adaptés à chaque situation. Parfois, les actrices sont seules face à la caméra avec Rosanna Arquette, parfois elles dialoguent entre elles, par deux ou en groupe autour d’une table. Certains entretiens ont eu le temps de se faire dans la plénitude, d’autres semblent arrachés à la volée à l’occasion d’une séance promo -à Cannes notamment, où sur la Croisette on aperçoit les trublions de la firme Troma (je suis contente), mais où dans les salons il faut faire vite. En tout cas, de cette façon, ça reste dynamique et stimulant.

Hum ? Debra Winger ? Oui, bien sûr, elle est là aussi. Mais elle n’apparaît qu’au bout d’une heure. Prétexte du film (« Pourquoi Debra Winger a-t-elle arrêté de faire du cinéma ? », s’inquiète Rosanna), elle adhère pleinement au projet et félicite sa camarade pour son envie de provoquer la réflexion.

Manquent à l’appel celles que beaucoup disent admirer : Meryl Streep ou Susan Sarandon. Mais ce n’est pas un vrai manque, car ce creux donne du relief (et une formule, une !). Et puis le casting du film est bien comme ça. Ceci dit ne cherchez pas Elisabeth Taylor, elle est annoncée sur la jaquette du dvd mais ne figure pas parmi les interviewées -au contraire d’Anjelica Huston, bonus surprise. Bonus ? Non pas de suppléments sur cette édition. Et ce n’est pas grave, même si on aurait volontiers prolongé ce plaisir mi-midinette, mi-cinéphile.

Jenny Ulrich

Le nouvel insubmersible

Vendredi 4 juillet 2008

/// Greg Lauert, qui participe régulièrement à la revue CUT, propose cet article, comme une réflexion à méditer/contester/approuver/cadenasser et autres verbes du premier groupe. ///

… Et là, le mec lui dit : “t’sais qwôa biloute, é dans l’cul l’titônic.” lôl.

Dany Boon a le Titanic en vue. Bienvenue chez les ch’tis, sa chronique régionaliste, a atteint les vingt millions d’entrées, et devrait sous peu couler l’insubmersible en place depuis 1997. A la manière de Jean Marie Le Stylo (qu’on ne connaissait pas cinéphile), il peut sembler judicieux de chercher les causes d’un tel raz de marée.

Pour ce qui est des qualités intrinsèques du film, on l’a dit, on le redit, ça chatouille gentiment les zygomatiques, avec des gags sympathiques, sur des gens sympathiques arpentant une région somme toute … sympathique. Jean Marie aurait il raison ? Le bulbe FRRRRRRRRAAANNCCAIS serait il ramolli ?

Le succès des Ch’tis me semble bien plus conjoncturel qu’intellectuel. Il n’est pas tant là question d’exigence que de moyens. L’exploitant de salle n’encourage pas aujourd’hui à la curiosité. Le producteur capitalise sur l’argument confort au cinéma. Tous deux ont compris que le spectateur lambda ne paye pas 9 € pour sa pomme, autant pour celle de bobonne et rebelote pour les marmots, pour découvrir une œuvre singulière, intrigante et exigeante.
Le spectateur de 2008 veut savoir ce qu’il va trouver sur son écran. Il guette le terrain connu, le rire facile et assuré. Danny Boon qui bosse ses vannes sur sa contrée depuis 5 ans chez Arthur un vendredi par mois, c’est confort. On sait ce qu’on va voir, on sait qu’on est parti pour cinq franches rigolades, et douze sourires, minimum garanti. Cette attitude passive du cinéphile occasionnel a toujours existée (sans quoi le concept même de blockbuster serait mort il y a bien longtemps), mais elle est aujourd’hui pleinement encouragée par le business.
A 5 € la place, le Dany Boon aurait fait 5 millions d’entrées. Parce qu’une certaine frange de spectateurs aurait eu le goût d’autre chose pour cette somme raisonnable. Les exploitants ne s’en plaindront pas. La fréquentation est stable. Mais ceux qui en profitent sont toujours moins nombreux.

Une proposition pour l’avenir serait de faire grimper le prix des places à 15 € et de permettre à tous les spectateurs de voir une demi-heure du film gratuitement dans le hall avant de faire leur choix. Ou encore de passer le film en prime time sur TF1 avant de le distribuer en salle. Pour être sûr. Vraiment sûr. Si déjà on se déplace…

Greg Lauert

DVD : la nouvelle vague roumaine

Lundi 30 juin 2008

Quatre éléments essentiels ont permis l’émergence et la diffusion du nouveau cinéma roumain en quelques années : le producteur Daniel Burlac est à l’origine de 12h08 à l’Est de Bucarest et 4 Mois, 3 semaines et 2 jours. La société Co-production Office et son fondateur Philippe Bober, toujours prêt à dénicher les talents, ont investi dans 12h08 et dans La Mort de Dante Lazarescu. Le Festival de Cannes, via la Sélection officielle, Un certain regard et la Quinzaine des réalisateurs, a donné une exposition internationale à ces œuvres, qu’on retrouve aujourd’hui en DVD chez Bac Vidéo.
Ce long préambule pour dire qu’on comprend mieux l’unité de ton et de style qui caractérise ces films, tous marqués plus ou moins directement par l’ère Ceausescu. On passera plus rapidement sur 12h08 pour cause d’imprévoyance et de visionnage unique en version française, avec timecode et sans supplément. On peut simplement dire que cette tragi-comédie, qu’on pourrait rapprocher de California Dreamin’ de Cristian Nemescu, dresse le portrait d’un pays à la recherche de son histoire et encore meurtri par des années de dictature.
4 Mois et Dante Lazarescu, partagent bien plus de points communs et notamment de longs plans en caméra portée, signés par le talentueux chef opérateur Oleg Mutu. Cette façon d’accompagner en permanence les personnages principaux des deux films (un vieil homme malade et une jeune femme organisant l’avortement de son amie de fac) à travers des intrigues dénuées de tout sentimentalisme rappelle d’une façon détournée le style des romans et des films noir.
Il est d’ailleurs très souvent question de style dans les nombreux suppléments consacrés aux deux films, où l’on retrouve les réalisateurs expliquant en quoi les parcours de leurs héros leur permettent de tracer un portrait de la Roumanie d’aujourd’hui. Un travail éditorial passionnant, qui replace dans leur contexte les brillants représentants de cette nouvelle vague roumaine.

François-Xavier Taboni

DVD Un mur à Jérusalem

Lundi 2 juin 2008

Un mur à Jérusalem de Frédéric Rossif et Albert Knobler (Ed. Montparnasse)

Un mur à Jérusalem est un film qui date de 1968. Il faut le savoir. Disons que c’est mieux de le savoir avant de commencer le visionnage. Rien à voir avec la révolution étudiante. Mais dans la forme, on est d’abord surpris par l’austérité du ton. C’est un film qui a quarante d’âge, normal. On peut donc se pencher sur le reste.

Un mur à Jérusalem est un documentaire réalisé exclusivement à base d’images d’archives. Souvent inédites, nous dit-on. Il retrace l’épopée du peuple juif et de la création de l’Etat d’Israël. Une fois n’est pas coutume, le récit démarre au début du siècle dernier. Du conflit israélo-palestinien, on connaît surtout les péripéties d’après-guerre. Pourtant, l’idée d’un Etat juif est évoquée bien avant. Le partage de la Palestine aussi. La création de l’Etat d’Israël est intimement liée aux persécutions antisémites, qui malheureusement ne datent pas d’Hitler.

En pleine affaire Dreyfus, le journaliste hongrois Theodor Herzl, évoque le premier la nécessité d’un abri permanent pour le peuple juif. Après ce n’est que luttes de pouvoir avec les Arabes mais aussi les Turcs puis les Anglais qui tentent, bien maladroitement, de ménager la chèvre et le choux.
Puis vient la Seconde Guerre mondiale et son triste lot de persécutions. En 1945, les survivants de l’Holocauste se tournent vers leur terre promise, la Palestine, où sont déjà installés 700 000 colons juifs. Ils ne sont pas les bienvenus. Les juifs de Palestine se réfugient alors dans le terrorisme pour faire entendre leur voix auprès des autorités britanniques, favorable au camp arabe. 1947, l’ONU définit un partage de la Palestine. 1948, Ben Gourion proclame la création de l’Etat d’Israël. Puis la guerre à nouveau. Le film s’arrête en 1967, à la fin de la Guerre des six jours.

Il y aurait encore beaucoup à dire depuis. Contentons-nous de la mine d’infos déjà livrées dans ce film. Pour le reste, une recherche approfondie sur internet, ou un passage en bibliothèque combleront amplement ce manque. Et puis c’est un film de 1968, faut-il le rappeler. Ce décalage temporel contribue en grande partie à l’intérêt de l’œuvre.

Fanny Lépine

La nuit nous appartient (Ed. Wild Side)

Vendredi 30 mai 2008

On aurait pu se contenter d’une édition totalement dépourvue de bonus, tant on aime l’avant-dernier film de James Gray (plus que quelques mois d’attente avant Two Lovers), mais on doit reconnaître qu’une fois de plus, Wild Side a mis les petits plats dans les grands pour fournir un écrin digne de ce nom à La nuit nous appartient.

Côté technique, on apprécie un très beau master et une duplication exemplaire, qui transcrivent à merveille le travail méticuleux effectué sur l’image par James Gray et son nouveau directeur de la photographie fétiche, Joaquin Baca-Asay.

Côté suppléments, on est partagé entre des bonus plutôt promotionnels qui semblent venir d’outre-Atlantique et une interview plus en profondeur de James Gray, ainsi qu’un pertinent module sur le cinéma américain tournés spécialement pour la France. Mais la pièce maîtresse de l’interactivité reste le commentaire audio (également fourni sur l’édition simple) effectué par un James Gray en pleine forme. Très à l’aise dans cet exercice périlleux pour un réalisateur, Gray multiplie les pistes sur son travail, analyse certains plans aussi bien que son œuvre de façon plus générale, peut se montrer très technique et citer Althusser, la tragédie grecque ou Michel Foucault, pour donner un nouvel éclairage à son film. Mais c’est le même homme qui se lance dans d’hilarantes imitations de ses comédiens masculins pour revenir sur sa relation avec eux, tout en restant toujours pertinent sur son travail.

Les cinéphiles les moins argentés pourront donc se contenter de l’édition « simple » sans être volés, mais les vrais fans du film ne pourront s’empêcher de débourser cinq euros de plus, l’édition collector contenant la BO du film inédite en France, avec des titres so eighties et la magnifique et funèbre partition de Wojciech Kilar.

François-Xavier Taboni