—-Je te tiens, tu me tiens… Le premier qui rira tournera la suite.
Vincent Garenq (réalisateur) et Lambert Wilson (comédien) étaient à Strasbourg pour présenter Comme les autres (sortie le 3 septembre). L’histoire d’un homme (Lambert Wilson), très amoureux de son compagnon (Pascal Elbé), mais dont le désir de paternité va tout chambouler… Nous parlerons du film dans la prochaine émission de Cut la radio (mise en ligne le samedi 6 septembre à midi).
En attendant, Lambert Wilson et Vincent Garenq nous livrent leurs souvenirs et impressions des films suivants.
Irréversible (Gaspar Noé)
Lambert Wilson : Moi j’en ai vu une demi-heure et je n’ai pas pu continuer après parce qu’en fait, j’ai pressenti que le sujet était passionnant et la forme m’a fait dégueuler. Voilà, j’ai vraiment eu du mal. Je sais, je suis sûr, que c’est un bon film, mais je ne supporte plus, d’une certaine façon, de voir une certaine violence à l’écran et aussi, je n’aime pas les démonstrations trop visibles du travail de la caméra : ça me gonfle.
Vincent Garenq : C’est le même producteur que mon film…
LW : Woups, voilà un producteur avec lequel je ne travaillerai plus !
VG : Et pareil, je ne supporte pas la violence dans les films. Beaucoup de films misent sur l’esthétique de la violence : je trouve ça insupportable. Et vraiment, je ne me pose pas en moraliste, c’est… Je ne supporte pas ça, je ne comprends pas la fascination qu’ont les réalisateurs pour la violence. Alors je sais que le public aime ça, mais moi… J’ai arrêté au bout d’un quart d’heure : insupportable.
Jules et Jim (François Truffaut)
LW : Je l’ai découvert assez tard et… Je voudrais être dans le film. Je voudrais être en même temps dans l’époque du film et dans l’époque du tournage du film. J’ai chanté la chanson du film -parce que j’ai fait un hommage au cinéma français des années 30 à 60 : et, bien entendu, j’ai chanté Le tourbillon… En même temps quand je l’ai vu, j’étais un peu déçu parce qu’il était tellement précédé d’une réputation incroyable que je me suis dit « Ah bon ? C’est ça, Jules et Jim ? ». Et en même temps ça a un pouvoir qui a continué dans mon imagination. Curieusement, je l’ai vu au festival de Sarasota, donc assez tard, et j’avais voyagé dans l’avion avec Jeanne Moreau -c’était un hommage qui lui était rendu… Tout était mélangé… C’est un hymne à Jeanne Moreau… Et puis c’est une certaine jeunesse, celle de Truffaut lui-même qui est bouleversante -parce que après j’ai lu le livre de Toubiana… La vie de Truffaut s’est aussi mélangée au film dans mon esprit… C’est une sorte de grande nostalgie pour l’année du tournage, pour tout ça. Voilà.
VG : Moi, ce n’est pas mon film préféré de Truffaut -de loin. Je ne l’aime pas trop. Je ne l’aime pas en fait, ce film. Mais Truffaut, c’est mon père. C’est comme si c’était mon père. C’est vraiment le cinéaste qui m’a fait… Avec Woody Allen et Sautet, je crois que c’est les trois cinéastes qui m’ont donné… Enfin il y en a d’autres : il y a des films de Resnais qui sont absolument fabuleux, j’en ai plein d’autres, mais en tout cas, Truffaut, c’est un peu comme si c’était mon papa. C’est en m’identifiant à lui comme mon papa que j’ai eu envie de faire du cinéma. J’ai tout lu sur Truffaut, j’ai vu tous ses films… J’aurais bien aimé le croiser… Mais en 84 -il est mort en 84-, je devais avoir… 17 ans… J’avais peu de chance de le croiser…
La cage aux folles (Edouard Molinaro) :
VG : Alors là. La cage aux folles, c’est le premier film sur l’homoparentalité. Parce que Ugo Tognazzi et Michel Serrault sont ensemble et Ugo Tognazzi a eu un enfant avec une femme avant. C’est le premier type de famille homoparentale : 95% des familles homoparentales, c’est ce type de famille. Ce sont des homos qui se sont mis avec des femmes, qui ont eu des enfants et puis ils se sont rendus compte qu’en fait, ils étaient homos, etc. Ou le contraire : il y a des femmes aussi qui se marient avec des hommes et qui se rendent compte après qu’elles sont lesbiennes… Je sais que les homos n’aiment pas du tout ce film, mais l’air de rien, il y a quarante ans -ça date d’il y a trente ou quarante ans- il posait ça, ce film. Avec beaucoup de provocation, une vision de l’homosexualité un peu outrancière, mais il y avait quand même ça derrière et puis il y avait cette idée qu’à la fin tout le monde se travestit… Enfin, il est bien plus… J’ai une tendresse pour ce film : je ne dis pas que c’est un très bon film, mais il y avait une audace, dedans, je trouve.
LW : Très divertissant… Génialissime Michel Serrault parce que c’est quand même une performance extraordinaire… Je trouve cette vision des homosexuels absolument insupportable, mais en même temps je suis très bon public et c’est surtout le point de vue de l’acteur sur une performance qui est quand même absolument extraordinaire, de Serrault… Mais c’est vrai que le mélange de cette vision des homosexuels, associée aux années 70 avec tout ce que ça comporte d’un point de vue stylistique -qu’on trouve vraiment ringardissime maintenant-, ça rend le mélange extrêmement écoeurant. Mais j’ai beaucoup de sympathie pour, et Tognazzi et Serrault : ce sont vraiment de très grands acteurs.
Propos recueillis par Jenny Ulrich



