Archive de la catégorie «Films 2008»

Cinéphilies - Lambert Wilson et Vincent Garenq -

Mercredi 3 septembre 2008

—-Je te tiens, tu me tiens… Le premier qui rira tournera la suite.

Vincent Garenq (réalisateur) et Lambert Wilson (comédien) étaient à Strasbourg pour présenter Comme les autres (sortie le 3 septembre). L’histoire d’un homme (Lambert Wilson), très amoureux de son compagnon (Pascal Elbé), mais dont le désir de paternité va tout chambouler… Nous parlerons du film dans la prochaine émission de Cut la radio (mise en ligne le samedi 6 septembre à midi).
En attendant, Lambert Wilson et Vincent Garenq nous livrent leurs souvenirs et impressions des films suivants.

Irréversible (Gaspar Noé)
Lambert Wilson : Moi j’en ai vu une demi-heure et je n’ai pas pu continuer après parce qu’en fait, j’ai pressenti que le sujet était passionnant et la forme m’a fait dégueuler. Voilà, j’ai vraiment eu du mal. Je sais, je suis sûr, que c’est un bon film, mais je ne supporte plus, d’une certaine façon, de voir une certaine violence à l’écran et aussi, je n’aime pas les démonstrations trop visibles du travail de la caméra : ça me gonfle.
Vincent Garenq : C’est le même producteur que mon film…
LW : Woups, voilà un producteur avec lequel je ne travaillerai plus !
VG : Et pareil, je ne supporte pas la violence dans les films. Beaucoup de films misent sur l’esthétique de la violence : je trouve ça insupportable. Et vraiment, je ne me pose pas en moraliste, c’est… Je ne supporte pas ça, je ne comprends pas la fascination qu’ont les réalisateurs pour la violence. Alors je sais que le public aime ça, mais moi… J’ai arrêté au bout d’un quart d’heure : insupportable.

Jules et Jim (François Truffaut)
LW : Je l’ai découvert assez tard et… Je voudrais être dans le film. Je voudrais être en même temps dans l’époque du film et dans l’époque du tournage du film. J’ai chanté la chanson du film -parce que j’ai fait un hommage au cinéma français des années 30 à 60 : et, bien entendu, j’ai chanté Le tourbillon… En même temps quand je l’ai vu, j’étais un peu déçu parce qu’il était tellement précédé d’une réputation incroyable que je me suis dit « Ah bon ? C’est ça, Jules et Jim ? ». Et en même temps ça a un pouvoir qui a continué dans mon imagination. Curieusement, je l’ai vu au festival de Sarasota, donc assez tard, et j’avais voyagé dans l’avion avec Jeanne Moreau -c’était un hommage qui lui était rendu… Tout était mélangé… C’est un hymne à Jeanne Moreau… Et puis c’est une certaine jeunesse, celle de Truffaut lui-même qui est bouleversante -parce que après j’ai lu le livre de Toubiana… La vie de Truffaut s’est aussi mélangée au film dans mon esprit… C’est une sorte de grande nostalgie pour l’année du tournage, pour tout ça. Voilà.
VG : Moi, ce n’est pas mon film préféré de Truffaut -de loin. Je ne l’aime pas trop. Je ne l’aime pas en fait, ce film. Mais Truffaut, c’est mon père. C’est comme si c’était mon père. C’est vraiment le cinéaste qui m’a fait… Avec Woody Allen et Sautet, je crois que c’est les trois cinéastes qui m’ont donné… Enfin il y en a d’autres : il y a des films de Resnais qui sont absolument fabuleux, j’en ai plein d’autres, mais en tout cas, Truffaut, c’est un peu comme si c’était mon papa. C’est en m’identifiant à lui comme mon papa que j’ai eu envie de faire du cinéma. J’ai tout lu sur Truffaut, j’ai vu tous ses films… J’aurais bien aimé le croiser… Mais en 84 -il est mort en 84-, je devais avoir… 17 ans… J’avais peu de chance de le croiser…

La cage aux folles (Edouard Molinaro) :
VG : Alors là. La cage aux folles, c’est le premier film sur l’homoparentalité. Parce que Ugo Tognazzi et Michel Serrault sont ensemble et Ugo Tognazzi a eu un enfant avec une femme avant. C’est le premier type de famille homoparentale : 95% des familles homoparentales, c’est ce type de famille. Ce sont des homos qui se sont mis avec des femmes, qui ont eu des enfants et puis ils se sont rendus compte qu’en fait, ils étaient homos, etc. Ou le contraire : il y a des femmes aussi qui se marient avec des hommes et qui se rendent compte après qu’elles sont lesbiennes… Je sais que les homos n’aiment pas du tout ce film, mais l’air de rien, il y a quarante ans -ça date d’il y a trente ou quarante ans- il posait ça, ce film. Avec beaucoup de provocation, une vision de l’homosexualité un peu outrancière, mais il y avait quand même ça derrière et puis il y avait cette idée qu’à la fin tout le monde se travestit… Enfin, il est bien plus… J’ai une tendresse pour ce film : je ne dis pas que c’est un très bon film, mais il y avait une audace, dedans, je trouve.
LW : Très divertissant… Génialissime Michel Serrault parce que c’est quand même une performance extraordinaire… Je trouve cette vision des homosexuels absolument insupportable, mais en même temps je suis très bon public et c’est surtout le point de vue de l’acteur sur une performance qui est quand même absolument extraordinaire, de Serrault… Mais c’est vrai que le mélange de cette vision des homosexuels, associée aux années 70 avec tout ce que ça comporte d’un point de vue stylistique -qu’on trouve vraiment ringardissime maintenant-, ça rend le mélange extrêmement écoeurant. Mais j’ai beaucoup de sympathie pour, et Tognazzi et Serrault : ce sont vraiment de très grands acteurs.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

A l’affiche… Gomorra

Mardi 19 août 2008

/// Gomorra (de Matteo Garrone, avec Salvatore Abruzzese, Gianfelice Imparato, Maria Nazionale)… En salles depuis le 13 août ///

“Pardon mais… C’est par où la piscine ?”

Depuis Le Parrain, le personnage du gangster italien est devenu une figure mythique, cuisinée à toutes les sauces au fil des années et qui fait fantasmer le cinéma. Adapté du best-seller de Roberto Saviano, Gomorra revient aujourd’hui à la source du phénomène réel, en décrivant la vie d’un quartier de la banlieue napolitaine gangrené par l’activité de la mafia locale, la camorra.

L’activité des gangs mafieux est révélée à travers la vie des huit personnages que la caméra suit. La structure de Gomorra est celle d’un film choral, ou peut-être davantage celle d’une série télé de type “ensemble show”, sans personnage principal et où les histoires des uns et des autres s’alternent au fil des séquences. Ceci, joint à la volonté manifeste de documenter les activités réelles de la camorra plutôt que d’enrichir une mythologie, fait que l’on pense davantage à une série comme Les Soprano qu’à un film de gangster classique.
Evidemment, quand une série télévisée peut prendre le temps de donner de la profondeur à ses personnages, un film qui adopte ce type de structure peut peiner à faire exister les siens. Dans Gomorra, la caméra parvient pourtant à les faire vivre. Souvent portée à l’épaule, elle les suit, leur tourne autour. Le point est fait la plupart du temps sur le personnage, avec une faible profondeur de champ. La distance entre le spectateur et le personnage est réduite au minimum.

Le procédé de caméra à l’épaule renvoie aussi au projet documentaire du film. Il ne s’agit pourtant pas d’un film-enquête qui viserait à démonter les mécanismes de fonctionnement de la camorra. On n’y trouve pas de description par le menu de toute la chaîne de commandement d’un gang, par exemple. L’objet de l’étude est plutôt l’impact de l’activité mafieuse sur la vie quotidienne des habitants de la région. D’où le choix du cinéaste de se limiter à la vie d’un seul quartier, qui sert d’exemple et fait supposer que la même chose se passe en même temps, tout autour, partout dans l’arrière-plan flou de l’image.
Le sentiment qui en ressort est celui de l’omniprésence de la camorra. Le grand nombre de personnages et le fait qu’ils aient tous un lien avec l’organisation criminelle renforce ce sentiment, donnant l’impression que tous les habitants du quartier sont liés de près ou de loin à un gang. D’autant que la camorra semble un état dans l’état, avec ses propres institutions (ainsi le caissier qui passe dans le quartier pour distribuer à chacun sa part des allocations).

L’exploit de Gomorra est finalement de représenter les scènes les plus codifiées du film de gangsters (y compris l’inévitable règlement de comptes, qui ouvre le film) tout en s’affranchissant des poncifs du genre. Quand celui-ci revient, c’est dans un fantasme qui n’est plus celui du film mais celui de ses personnages (là encore, comme dans Les Soprano) : deux ados qui volent des mitraillettes et jouent à Scarface en hurlant que le monde leur appartient. Alors qu’ils sont, plus que jamais, pris dans son engrenage.

Guillaume Bardon

À l’affiche… The Dark Knight, Le Chevalier Noir

Samedi 16 août 2008

/// Guillaume Bardon, pour sa 2e participation à CUT, propose cette critique de The Dark Knight (de Christopher Nolan, avec Christian Bale, Heath Ledger, Aaron Eckhart), en salles depuis le 13 août. ///

Batman, y a quelqu’un pour toi, tu peux venir s’il te plaît ?

Bruce Wayne/Batman parle avec l’homme chargé de gérer sa fortune, et accessoirement de concevoir les bat-gadgets : «- Il me faut un nouveau costume ! - Oui, lui répond l’autre, trois boutons, ça fait vraiment années 90.» Ce n’est bien sûr qu’une simple boutade au détour d’un film de 2 heures 27 minutes, mais l’épisode précédent, Batman Begins, du même Christopher Nolan, voyait déjà l’homme-chauve souris tenter de se mettre au diapason du film d’action contemporain, au cours d’une longue, et assez grotesque, séance d’entraînement aux arts martiaux en haute montagne. Cours de rattrapage obligatoire, tant, depuis Matrix, la baston hollywoodienne s’inspire de celle des films de Hong-Kong. Surtout, la récente vague de films de super-héros, et en premier lieu les Spider-Man de Sam Raimi, ont donné un sérieux coup de vieux aux aventures super-héroïques qui les ont précédés (hormis l’indémodable Batman, le défi de Tim Burton).

The Dark Knight commence donc plus ou moins là où Batman Begins s’arrêtait. Là où celui-ci reprenait à zéro la mythologie entourant le personnage, en racontant ses débuts, on assiste ici à l’émergence du Joker sur la scène publique de Gotham City. Alors que Batman et l’inspecteur Gordon tentent de coffrer d’un coup l’ensemble des criminels de la ville, le Joker (interprété par le défunt Heath Ledger) braque la banque où ceux-ci entreposent leur butin, avant de leur proposer un deal : la tête de Batman contre la moitié de leur capital.

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A l’affiche… Versailles

Jeudi 14 août 2008

/// Guillaume Bardon, nouveau CUTien, propose cette critique du film Versailles (de Pierre Schoeller, avec Guillaume Depardieu et Max Baissette de Malglaive - 1h53) , à l’affiche au cinéma depuis le mercredi 13 août. ///

Plus tard, mon petit, tu seras acteur maudit.

Double piège pour le deuxième film de Pierre Schoeller (après Zéro défaut en 2004) : celui du film “à sujet” et celui du conte, maintes fois ressassé. Jugez plutôt : une jeune femme, Nina, vit dans la rue avec son fils de 5 ans, Enzo. Elle rencontre Damien, un homme qui vit seul dans une cabane faite de bric et de broc, dans les bois de Versailles. Nina décide d’abandonner son enfant, dont Damien doit alors s’occuper. Le sujet de société, la vie des marginaux en périphérie des grandes villes, est planté. Le conte, c’est bien sûr celui du mec bourru qui va se laisser attendrir par le petit enfant.
Heureusement, le film évite ces pièges (du moins dans un premier temps) avec une grande élégance. Versailles n’est pas un film à thèse, on n’y trouve pas d’analyse dans le détail du parcours de chacun des protagonistes, il ne cherche pas à démontrer mais à montrer. Ainsi, le début du film s’attache surtout aux difficultés pratiques de la vie de Nina, et donc à ses gestes. Trouver un endroit pour dormir au sec, uriner entre deux voitures, découper un poulet sans couteau, ce sont les actes de la vie quotidienne qui révèlent la situation de Nina. A travers ce sens du détail significatif, c’est donc un grand réalisme qui caractérise tout d’abord le film.
Pourtant, son style se trouve transfiguré lors de la rencontre avec Damien. Celui-ci est présenté comme un authentique Homme des Bois, survivant par ses propres moyens dans la forêt, doté d’une éthique de guerrier, d’un visage et d’un corps rendus encore plus anguleux par la lumière du feu dans la nuit (Damien est associé tout au long du film à l’élément du feu). C’est là que le deuxième piège, celui du conte, se révèle en fait une vraie bonne idée: Damien apporte au film une dimension surnaturaliste, presque mythologique. D’où le choix pertinent, pour l’incarner, de Guillaume Depardieu, un acteur qui n’a jamais hésité à prendre le risque du ridicule en vue de donner à ses personnages une dimension plus qu’humaine. Ici le résultat est impressionnant : grand comme un fauve dans sa forêt, Damien devient touchant lorsqu’il lui faut se recroqueviller et se soumettre pour rejoindre le monde des hommes.
Il est regrettable que dans la deuxième partie du film, ses casseroles le rattrapent un peu : les situations deviennent prévisibles, la tentative de densifier la dramaturgie dans un film jusque-là plutôt porté sur l’observation des corps ne réussit qu’à moitié. Surtout, les personnages autres que les trois principaux sont croqués d’un trait qui va du pas très subtil au franchement caricatural. Mais il serait dommage de manquer pour cela un film dont la première heure recèle de vraies beautés.

Guillaume Bardon

Cinéphilie - Safy Nebbou -

Lundi 11 août 2008

Désormais, Safy Nebbou pourra dire qu’il connaît les gens de CUT et ça, c’est plus la classe encore qu’Etienne Chatilliez ou Elsa Zylberstein.

Safy Nebbou (réalisateur : Le cou de la girafe, segment consacré à Bergman dans le film collectif Enfances) était à Strasbourg pour présenter son second long-métrage, L’empreinte de l’ange (sortie le 13 août). L’histoire d’une mère (Catherine Frot) obsédée par la fillette d’une autre femme (Sandrine Bonnaire)… Nous parlerons du film -dont une des ambitions est de lier dimension sociale et thriller psychologique- dans la prochaine émission Cut la radio (mise en ligne le dimanche 17 à midi).
En attendant, Safy Nebbou nous livre ses souvenirs et impressions des films suivants…

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DVD Dante 01 (de Marc Caro)

Dimanche 10 août 2008

Dante 01 est une prison spatiale dans laquelle réside six dangereux criminels qui servent de cobayes à d’étranges expériences. Les prisonniers restent soumis aux mots et au regard de l’un d’entre eux, César. Mais un nouvel et mystérieux arrivant nommé St Georges, doté d’une force particulière, va bouleverser l’autorité que César avait sur ses “semblables”, ce qui va faire place à l’hostilité. Dû à une mauvaise manip d’ordinateur, Dante 01 commence à dériver dans l’atmosphère de la bouillonnante planète Dante et tout le monde essaye de sauver sa peau. St Georges devra apprendre à maîtriser sa force pour les libérer de l’attraction de la planète.

Pour ceux ou celles qui veulent du film avec un Lambert Wilson qui bave et chiale pendant plus d’une plombe, un scénario aussi bien bossé qu’un devoir de philo rédigé durant la récrée de 10h et un mélange léger entre Alien 3 et La Ligne verte (sans le talent), Dante 01 est dans la place !

Sans pour autant qualifier le premier film en solo de Marc Caro (co-réalisateur avec Jean-Pierre Jeunet sur Délicatessen et La Cité des Enfants Perdus) de prétentieux, il n’est pas plus qu’un film ennuyeux, dont le scénario se retrouve écraser par un aspect visuel de toute évidence bien plus peaufiné. La modeste motivation de Marc Caro à réaliser un film de science-fiction avec lequel il pourrait aborder des réflexions sur la religion, les mythes, la technologie et la déshumanisation qu’elles inspirent reste tout à fait louable (et enthousiasmante, surtout en France), mais laisse une œuvre floue, paumée dans son histoire et ses références (aussi bien cinématographiques que mythologiques ; et ici, pas besoin d’être un expert en ces deux “matières” pour capter que Caro n’en n’a pas fait grand chose) et ne parvient jamais à détourner les clichés du genre ou à offrir ce qu’il convoitait.

Pas une énorme purge, ni ce qu’on pourrait désigner de “nanar”, car même s’il reste scénaristiquement transparent et chiant, on peut y trouver certain intérêt dans ses décors et son esthétisme guère transcendant, mais berçant. Mais il faut avouer que pour supporter cette lente et inoffensive agonie perdue qu’est Dante 01, il aurait peut-être mieux fallu se le taper sur grand écran… ou se remater Alien 3 (version longue).

Rock Brenner

(Ed. Wild Side Video. Bonus : Making-of ; galeries : photos, dessins préparatoires, story-board ; bandes-annonces. 2008, français, accord parental souhaité.)

Cinéphilie - Rémi Bezançon et Pio Marmaï -

Mardi 22 juillet 2008

“C’est dingue, cette photo, ici, avec ce fond violet, non c’est pas possible, vous en avez parlé avec ma femme!”

Rémi Bezançon (réalisateur : Ma vie en l’air) et Pio Marmaï (comédien) étaient à Strasbourg pour présenter Le premier jour du reste de ta vie (sortie le 23 juillet). Un père (Jacques Gamblin), une mère (Zabou Breitman), deux fils (Pio Marmaï et Marc-André Grondin) et une fille (Deborah François). Cinq membres d’une même famille qui, entre 1988 et 2000, vont chacun avoir leur jour important. Rémi Bezançon adapte discrètement ses choix cinématographiques à chacune de ces personnalités ; discrètement aussi, il glisse un petit supplément d’âme dans ce qui est en train de devenir le nouveau genre balisé à la mode : le film de famille.
Rémi Bezançon et Pio Marmaï réagissent aux films suivants…

Irréversible (Gaspar Noé) :
RB : C’est intéressant dans la construction. Même si ce n’est pas le premier à faire un film qui se passe complètement à l’envers en fait -puisqu’on commence par la fin, puis on remonte petit à petit… La construction m’a bien plu. C’était Jane Campion qui avait fait un film construit de la même manière avant -je ne sais plus le nom du film-, en partant vraiment de la fin puis en remontant… Je ne me souviens plus, mais c’était super. Gaspar Noé il fait pareil, il le fait de manière assez talentueuse… Après, je n’aime pas le film. Mais je le trouve talentueux.
PM : Moi je ne l’ai pas vu au cinéma, je l’ai vu en vidéo. De manière assez déconstruite, c’est-à-dire à la fois je regardais des plans qui étaient… Puis après j’accélérai certaines scènes qui me faisaient chier, donc, déjà en l’occurrence le rapport que je vais avoir est complètement tronqué : c’est tronqué ce que je vais raconter. Ouais, j’ai un rapport assez admiratif, en tout cas sur le parti pris pour le sujet qui est traité, pour la manière dont peut-être c’est filmé, pour les risques qui ont été pris par le metteur en scène et aussi par les acteurs. Après le fond du film lui-même, pour moi ça n’a pas grand intérêt au-delà de la performançouille un peu trash, je trouve que ça ne décolle pas.
RB : Voilà, c’est trop une performance. Le fait de faire tout en plan séquence -je ne sais plus, cinq ou six plans séquence ou plus… Ça n’a pas d’autre intérêt que ça, qu’un truc technique. Parce que ce que ça raconte… Pffff… Au secours…
PM : Je ne dirais pas au secours, je dirais… Non, ce sont des choses qui arrivent, il y a une dimension poétique, il y a aussi une dimension lyrique, mais après… Ça pourrait aller beaucoup plus loin dans l’éclatement de ce que ça propose, a priori.

Les 7 mercenaires (John Sturges) :
RB : Alors là, je vais commencer parce que Les 7 mercenaires je l’ai vu 85 fois…
PM : « C’est ma-gni-fiique »… Non, Les 7 mercenaires : je dois dire un classique… En même temps, je ne suis pas fan non plus, j’avouerai, du western, qui moi, relativement, m’ennuie -pour être poli. Parce que c’est un genre… C’est un film culte… Vas-y, je meublerai après sur ce que tu dis.
RB : Les 7 mercenaires, c’est pas un film exceptionnel en fait, il a un côté culte parce que c’est un film… Il représente le paradis perdu de l’enfance. Pour moi en tout cas. Aujourd’hui, je vais remater Les 7 mercenaires, je vais prendre du plaisir à réécouter des dialogues que je connais par cœur, parce que je l’ai vu, ce film, quand j’étais petit, plein de fois avec mes frères et puis voilà, c’est plus ça. C’est plus…
PM : Une référence…
RB : Oui, mais point de vue cinématographique, j’aime beaucoup les westerns, il y a des westerns que je trouve mille fois mieux… Des Rio Bravo, des Impitoyable plus près de nous…
PM : Des Bud Spencer !
RB : Bud Spencer, Terence Hill, ouais… Mais sinon, à part ça, les dialogues sont quand même très bons…
PM : Il y a de très bons dialogues. En tout cas, en tant que doubleur officiel de scènes des 7 mercenaires (ndlr : référence à son personnage Albert dans Le premier jour du reste de ta vie), c’est une vraie matière de blagues et de jeu bien.
RB: Mais il y avait aussi dans Ma vie en l’air des références aux 7 mercenaires en fait. À un moment donné, il (Yann) envoi Ludo voir un film de samouraïs qui dure 3h, où ils se battent sous la pluie dans la gadoue…
PM : C’est Les 7 samouraïs
RB : Bien sûr, un chef d’œuvre…
PM : Bien plus pointu que Les 7 mercenaires.
RB : Et quand Ludo revient beaucoup plus tôt que prévu en disant « non, mais je l’avais déjà vu, la même chose avec des cow-boys »… Bref, du coup reparler des 7 mercenaires dans mon deuxième film : je pense que j’en parlerai aussi dans mon troisième et après j’arrêterai.

Retour vers le futur (Robert Zemeckis) :
PM : Lequel ? Le premier ?
RB : Il n’y en a qu’UN. Chef-d’œuvre absolu.
PM : Vous n’avez pas de films de Romero ? Parce que moi, je peux plus réagir sur des films de Romero…
RB : Chef-d’œuvre, Retour vers le futur -tais-toi-, c’est un chef-d’œuvre que j’ai vu trois fois au cinéma quand il est sorti. Le cinéma des années 80, j’adore. Celui-là, c’est en plus un film scénaristiquement parfait. J’adore le voyage dans le temps, j’ai envie de faire un film sur le voyage dans le temps… Voilà : c’est un film brillantissime. C’est à la fois « Aventure », « Humour », il y a tout… Le film parfait. Ça ne prend pas une ride : on peut le revoir aujourd’hui, c’est un fabuleux film.
PM : Pffff. Ouais, c’est de l’entertainment, pas mal fait… Ouais c’est pas mal, mais moi je l’ai vu en fait, il n’y a pas tellement longtemps que ça, donc déjà -non, attend. On m’en avait beaucoup parlé, mon cousin avait le jeu vidéo et du coup, sans même l’avoir vu, je projetai un truc dans ce film…
RB : C’est vrai que c’est des films qui font partie de la nostalgie, etc. C’est des films que j’ai vus quand j’avais 13 ans.
PM : C’est vrai que si je repasse des films que j’ai vus quand j’avais 13 ans, j’ai un autre regard.
RB : J’ai une affection particulière pour ce genre de films. Et puis, c’est l’époque aussi où on allait au cinéma le samedi soir -moi, j’y allais avec mes frères-, c’est aussi tout ça. Cette époque de cinéma, c’était aussi une époque où il y avait des bons films qui sortaient toutes les semaines : on découvrait Spielberg, on découvrait plein de réalisateurs importants, fin des années 70, début des années 80…

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Where in the world is Osama Bin Laden ?

Jeudi 17 juillet 2008

On the road again ? Oui, le mois dernier, seulement trois jours après mon arrivée à Belfast, j’ai pu assister à mon premier film sur le sol irlandais (ou britannique ? choisissez votre camp !) au Queen’s Film Theatre (cf photo, oui c’est bien un cinéma!), le cinéma de l’université de Belfast, celui qui a la programmation la plus originale et la plus internationale de la ville. Et qu’ai-je vu ? « Where in the World is Osama Bin Laden ? » le nouveau documentaire de Morgan Spurlock, qui a eu son heure de gloire avec « Super Size Me ».

Spurlock est à Michael Moore ce que Quick est à McDonald : un digne émule, avec une image moins dégradée et écrasante, qui a adopté sa façon de se mettre en scène dans ses propres documentaires, mais qui a eu la bonne idée de ne pas tomber dans la propagande démagogique. Cependant, la réelle marque de fabrique de Spurlock, c’est de se mettre en danger, de jouer sa propre santé, sa propre vie, et ici évidemment l’intitulé du film laisse à penser qu’il va devoir payer de sa personne, physiquement parlant, tel le héros d’un bon film d’action hollywoodien où un homme, un vrai prend à bras le corps le destin du monde pour aller botter les fesses du méchant ! Et quel méchant en l’occurrence, l’ultimate bad guy en personne : Oussama Ben Laden !

Comme toujours Spurlock prend son sujet (et sa santé et sa sécurité) très au sérieux. Il commence donc par prendre des cours d’autodéfense, des vaccins, des leçons d’Arabes, et même apprendre à gérer les situations où il pourrait être pris en otage (Ingrid Betancourt appréciera…). Mieux vaut prévenir que guérir, n’est-ce pas ? Séquences amusantes, et ô combien futiles, puisqu’au bout d’une heure et demie, en sortant de la salle, on est sidéré de voir combien tout son périple se déroule de façon plutôt chaleureuse, amicale, à l’opposé de tous les préjugés américains (et occidentaux en général) sur les pays Arabes. Les gens d’Egypte, du Maroc, d’Afghanistan lui ouvrent leurs bras et leurs cœurs avec une franchise et un sourire qui font plaisir à voir !

En Arabie Saoudite, les choses sont plus tendues, la moindre interview est surveillée, mais au moins peut-il dialoguer, tandis qu’en Israel il manque de se faire lyncher par des Juifs Orthodoxes qui refusent la moindre de ses questions. Certainement la séquence la plus glaçante et la plus paradoxale, compte tenu des liens USA-Israël. Bien évidemment, on se doute qu’on n’en apprendra pas davantage sur Ben Laden à la fin. A vrai dire, on s’en fiche bien, de Ben Laden, et Spurlock le premier. Son film n’a rien de révolutionnaire, il vient sans doute trop tard pour être de première importance, et n’apporte rien à ce qu’on connaissait déjà sur la situation politique mondiale, et le double jeu de la diplomatie américaine de ces trente dernières années, mais il a cette qualité d’aller au devant de toute une galerie de gens et de les montrer sous un jour humain, souriant, positif, loin des poncifs, loin des peurs et des fictions hollywoodiennes. La bonne humeur qui s’en dégage est communicative et donne même à penser qu’il reste de l’espoir pour l’humanité. Et, dans le contexte actuel (tremblements de terre, inflation, prix de l’essence, guerres, famines, Domenech reconduit à la tête de l’équipe de France…) c’est déjà pas mal !

 

Cinéphilie - Shlomi Elkabetz -

Mercredi 2 juillet 2008

Non, Shlomi Elkabetz n’est pas graphiste. Il est le co-réalisateur, avec sa soeur Ronit, de Les sept jours (à l’affiche au cinéma).

Shlomi Elkabetz (réalisateur) était à Strasbourg pour présenter Les sept jours (sortie le 2 juillet 2008). Après Prendre femme, il signe là une seconde co-réalisation stimulante avec sa sœur Ronit Elkabetz : Israël 1991, une grande famille se retrouve enfermée dans une petite maison pendant sept jours pour respecter une -difficile !- coutume de deuil. Tendu, inventif, dur et drôle… Les spectateurs du festival strasbourgeois Shalom Europa, où Les sept jours était montré en avant-première, ont eu le plaisir de voir la volubile et lumineuse Ronit en salle, mais après elle a filé pour être à l’heure à son premier jour de tournage de son premier film français.
Shlomi Elkabetz est resté pour nous livrer ses impressions et/ou souvenirs des films suivants. (Propos traduits de l’anglais).

Irréversible (Gaspar Noé) : J’apprécie ce film. Je ne l’ai pas vu depuis longtemps. J’ai l’habitude de montrer la première scène à mes étudiants. Ce que j’aime dans ce film, c’est qu’il a aussi été tourné en plan séquence. Il y a différents points de vue, mais j’aime énormément la façon dont il crée des sensations. Pas dans la partie provocante, mais sa capacité à créer des impressions, des sensations juste par l’utilisation de la caméra, les mouvements de caméra, la façon de les intégrer à l’histoire… C’est un bon film.

I’m Josh Polonski brother (Raphael Nadjari) : C’est un film spécial. Ce que j’aime vraiment dans ce film, au-delà de l’histoire et tout le reste, c’est la façon dont il a été filmé. Il a été filmé en 8mm, sans budget, à New York, avec des acteurs formidables, par un réalisateur très talentueux et c’est un de ces films qui prouvent, encore une fois, que le cinéma n’est pas une question d’argent, mais une question de désir. Et c’est un art. Et l’art peut aussi bien ne rien coûter. J’aime ça dans ce film. Au-delà de ça, il est très bien fait.

Le parrain (Francis Ford Coppola) : Waouh, quelle liste… Le parrain… Je l’ai encore revu il y a deux jours. J’adore ce film. Je ne sais pas, Le parrain, c’est comme un aimant. Même si vous l’avez vu cent fois, vous allumez la télé et il passe : vous restez et vous regardez ! C’est probablement la plus extraordinaire création de personnages au cinéma, mais pas seulement. C’est un chef d’œuvre dans le sens où c’est un film tellement intelligent d’un côté, et d’un autre côté la personne la plus stupide du monde peut le regarder et apprécier l’histoire, comme une excellente histoire. Ça marche vraiment entre ces deux choses : la capacité de dire quelque chose de profondément intelligent en tant que réalisateur, d’utiliser le cinéma pour le dire de manière cachée et d’un autre côté, juste faire un film que tout le monde peut voir.

Fanny et Alexandre (Ingmar Bergman) : J’adore ce film. Qu’est -ce que je peux dire de Fanny et Alexandre ? Je l’adore. C’est l’un de mes cinq films préférés. J’aime la capacité de Bergman, dans ce film en particulier, sa capacité à dépeindre l’enfance comme un rêve. Jeter tout de qui arrive de bien, de mal et faire de ce rêve ce qu’il fait aujourd’hui -enfin avant qu’il meure : du cinéma.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

L’entretien « minuté » avec Shlomi Elkabetz est disponible sur le site des cinémas Star : cliquez ici

Portrait - Bouli Lanners -

Mardi 24 juin 2008

Bouli Lanners, réalisateur d’Eldorado, toujours projeté dans les salles de cinéma. Un beau film fragile. (Photo : Romain Sublon)