Bouli Lanners, réalisateur d’Eldorado, toujours projeté dans les salles de cinéma. Un beau film fragile. (Photo : Romain Sublon)
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Portrait - Bouli Lanners -
Mardi 24 juin 2008Philippe Nahon à Strasbourg
Lundi 21 avril 2008A ne pas manquer, un événement Star Saint-Exupéry / Horreur c’est vendredi / CUT : vendredi 25 avril à partir de 20h au Cinéma Star Saint-Exupéry (18 rue du 22 novembre à Strasbourg) une soirée spéciale Philippe Nahon, et en sa présence s’il vous plait! Deux films (interdits aux moins de 16 ans) dans lesquels il excelle seront projetés : Calvaire de Fabrice du Welz suivi de Seul contre tous de Gaspar Noé. Et entre les deux, une rencontre public avec Philippe Nahon.
A cette occasion, voici le portrait qui lui a été consacré dans le livre “Portraits: acteurs du cinéma français” (Ed. Arthénon).
Par Romain Sublon (texte) et Stéphane Louis (photo)

LA GUEULE DE L’EMPLOI
« Pour tout bagage on a vingt ans / On a l’expérience des parents / On se fout du tiers comme du quart / On prend l’bonheur toujours en retard (…) Pour tout bagage on a sa gueule / Quand elle est bath ça va tout seul / Quand elle est moche on s’habitue / On s’dit qu’on est pas mal foutu / On bat son destin comme les brêmes / On touche à tout on dit: “Je t’aime” / Qu’on soit d’la Balance ou du Lion / On s’en balance on est des lions. » (paroles extraites de 20 ans). Cette chanson, Léo Ferré l’a écrite en 1960. En 1960, Philippe Nahon avait vingt-deux ans pour tout bagage, et l’expérience de ses parents. Une chanson qui fait écho à la vie du bonhomme.
« A l’école, on te demandait de réciter ta poésie et toi tu faisais : badaba / badaba / badaba. Moi, grâce à mon père, j’y mettais mon âme. Puis il m’emmenait au théâtre et on jouait Cyrano de Bergerac à la maison. Un soir, je lui ai dit : Papa, plus tard, je serai sur scène. Il m’a répondu : t’es fou. » Son père avait vu juste, Philippe Nahon est un peu fou. Quand il décide de quitter l’école, c’est pour jouer au théâtre. « Je n’ai ni le BAC ni le Certificat d’études, sur mon carnet militaire est écrit : L.E.C pour lire, écrire, compter. » A 20 ans, il joue ses deux premiers spectacles pros, mais il doit s’arrêter. Et partir pour la guerre d’Algérie.
Philippe Nahon est un peu fou. « Là-bas, en Algérie, j’ai monté un spectacle de fin d’année. J’avais demandé une exemption de service de 10 jours, pour moi et mes collègues. On l’a fait et sur scène, je me suis payé le culot de chanter devant tout le monde Le déserteur, a capella. » Sur le coup, ses supérieurs ont bien réagi. « Et dès le lendemain, on s’est retrouvé en cabane pour des conneries.» Philippe Nahon n’est pas rentré intact de cette sale guerre. On ne rentre pas intact d’une guerre. « Ma mère ne m’a plus vu rire pendant six mois… J’aimerais jouer dans un film qui traite de la guerre d’Algérie, aussi pour exorciser ce que j’ai pu vivre là-bas. »
A son retour d’Algérie, Philippe Nahon rencontre Jean-Pierre Melville, qui lui offrira son premier rôle au Cinéma (Le Doulos, 1962). Pas tout à fait le fruit du hasard, « mon père avait des copains proches de Melville. » Le jeune Nahon attendra huit ans avant de jouer dans un deuxième film (Les camisards, 1970). Entre-temps, il sillone la France avec ses potes, dans une vieille camionnette, et joue devant tous les publics. Entre-temps, son père meurt. « J’aimerai qu’il soit encore là… », souffle-t-il.
Alors, plus que jamais, il met de l’âme dans les textes qu’il récite. Avec la force d’un lion. Cette force qui lui a permis de porter sur ses épaules LE personnage de sa vie : celui du boucher, d’abord dans Carne (1991), puis dans Seul contre tous (1998) de Gaspar Noé. « Gaspar m’a repéré en voyant ma photo au fichier éléctronique du spectacle !»
Ce personnage de franchouillard, haineux, vicieux et rance (si humain qu’il est celui qui nous côtoie au quotidien), Philippe Nahon l’a incarné jusqu’à faire corps avec lui. Mais il sait, depuis sa toute petite enfance, ce que le mot jeu veut dire. « Moi quand on dit coupé, c’est fini. Heureusement que je suis sorti de ce rôle ! Ca fait presque 10 ans et tout le monde continue de m’en parler…»
Personne n’a oublié. Depuis, Philippe Nahon a la gueule de cet emploi : les tordus, les vilains, les marlous, c’est souvent pour lui. « Ca m’étonne, surtout des jeunes réalisateurs, qu’ils n’aient pas plus d’audace. » Il enchaîne : « certains réalisateurs te voient barbu, ils ne t’imaginent pas imberbe, ils te voient imberbe, ils ne t’imaginent pas barbu. Quand t’es comédien, tu peux tout faire bordel ! Moi, je n’ai jamais tué personne avec une scie comme dans Haute tension. Si j’avais eu la vie de mes rôles, faudrait qu’on m’enferme. » On est toujours un peu prisonnier de sa gueule.
A bientôt 70 ans, Philippe Nahon n’est pas fatigué, loin de là. Il a toujours en lui cette furieuse envie de jouer, mais pas à n’importe quel prix. « Je ne veux pas servir la soupe. Luc Besson m’avait proposé quatre répliques dans Angel-A. J’ai refusé. Je veux bien accepter des petits rôles, mais qui peuvent se défendre. »
Des rôles dans lesquels Philippe Nahon peut jeter son âme. Comme à l’école, quand il récitait ses poèmes.
MINIBIO
Né le 24 décembre 1938 à Paris (France). Philippe Nahon a découvert la poésie, l’amour des textes et du théâtre grâce à son père. En 1991, il rencontre Gaspar Noé cinéaste avec lequel il tournera Carne et Seul contre tous, ses deux films majeurs. Acteur aimé des jeunes cinéastes, il multiplie les premiers films. Investi dans chacun de ses rôles, Philippe Nahon est capable de tout. Il a joué dans plus de 40 films, et l’on n’est pas au bout de nos peines !
Filmographie sélective : Le Doulos (Jean-Pierre Melville, 1962), Seul contre tous (Gaspar Noé, 1999), Calvaire (Fabrice du Welz, 2004), Virgil (Mabrouk El-Mechri, 2005), Vendredi ou un autre jour (Yvan Le Moine, 2006), MR 73 (Olivier Marchal, 2008).
Portraits : acteurs du cinéma français (Editions Arthénon) 35 euros. Disponible en librairie.
Cornel Wilde, humanisme et instincts primaires
Lundi 10 mars 2008Profitons de la chronique du Sable était rouge (dans notre dossier La guerre au cinéma du numéro –27 de CUT, sorti ces jours-ci) pour faire un petit retour sur la carrière de son passionnant acteur-réalisateur, l’oublié et précurseur Cornel Wilde.
Grand (1m85), batti comme une armoire normande, brillant (il parle six langues), ce sportif accompli (il est champion d’escrime) est né en Hongrie en 1915. D’abord attiré par la médecine, il interrompt finalement ses études pour se tourner vers le théâtre. Repéré par Laurence Olivier, à qui il apprenait le maniement de l’épée, il débute jeune sur les planches avant d’être appelé à Hollywood dès le début des années 40. S’illustrant dans des genres différents, il est quand même naturellement porté vers le polar et les rôles d’action où son physique imposant et ses qualités athlétiques font merveilles. Le cinéphile se souvient de lui dans Sous le plus grand chapiteau du monde de Cecil B. DeMille – où il partage la vedette avec Charlton Heston – ou dans Association criminelle (The big combo – 1955) de Joseph H. Lewis.
Désireux de s’investir davantage dans les projets où il apparaît, Wilde passe à la réalisation au milieu des années 50 et va tourner – sur une période de 20 ans – huit films qu’il produit également et scénarise même parfois. Cela donnera au départ Le virage du diable (1957), bande plutôt anecdotique sur le milieu des courses de voitures, ou Tueurs de feux à Maracaibo (1958), un sympathique petit film d’aventures tournant autour des pompiers chargé d’éteindre les puits de pétrole en feu.
C’est à partir de son oeuvre suivante, Lancelot, chevalier de la reine (1963) qu’il commence à montrer une réelle ambition de cinéaste. Il s’y octroie le rôle de Lancelot – qu’il interprète en empruntant un accent français proprement irrésistible – et donne à sa femme Jean Wallace (présente dans tous ses films) celui de Guenièvre. Si le film n’est pas encore débarrassé de quelques aspects hollywoodien un rien attendu (que Wilde évacuera de ses projets suivants), il frappe malgré tout par le dynamisme de ses scènes d’action ainsi que par sa violence, surprenante pour l’époque. C’est trois ans plus tard qu’il tourne son long-métrage le plus fameux, La proie nue, qui force instantanément la critique à le prendre au sérieux.
Le film conte la fuite éperdue à travers la brousse d’un aventurier poursuivi par une tribu en colère, dans l’Afrique des années 1860. Le style est brut, les dialogues presque inexistants, la psychologie des personnages réduite aux plus élémentaires instincts et les barbarismes de la mise en scène côtoient un regard critique sur les dégâts causés par l’homme blanc sur le continent africain (safaris meurtriers, esclavagisme…). Un cinéma que l’on ne qualifiera pas de primaire, mais de primitif – au sens noble du terme. La musique, entièrement constituée de percussions et de chants africain (rythmant à merveille les courses-poursuites), la beauté des images et les moments contemplatifs où le cinéaste s’attarde sur la nature et les animaux confèrent à l’ensemble un ton assez insolite. La vitalité des scènes de traque et le sadisme des moments de violence évoque par ailleurs plus d’une fois le Apocalypto de Mel Gibson. Pour l’anecdote, le fait divers à l’origine de La proie nue est en réalité arrivé aux États-Unis et concernait un pionnier poursuivi par des Amérindiens. La délocalisation s’adapte heureusement parfaitement au continent africain.
Suivront en 1967 l’un des plus anti-guerre des films de guerre, Le sable était rouge, sur lequel nous ne nous étendrons plus et en 1970, Terre brûlée, unique réalisation du cinéaste dont il ne tient pas lui-même la vedette. Dans ce film de science-fiction écologique et pessimiste, l’Angleterre est décimée par un virus détruisant herbe et cultures. Un petit groupe de survivants tente d’y rallier un Eldorado improbable mais la famine règne et les routes sont livrées aux pilleurs. Violent, extrêmement sombre (le film fait preuve d’un manque de foi envers la race humaine qui fait froid dans le dos), Terre brûlée ne jouit pas de la notoriété d’un Soleil vert (qu’il ne vaut, il est vrai, sans doute pas) mais s’avère tout à fait passionnant et anticipe de quasiment dix ans la vogue de film post-apocalyptique lancée par le Mad Max de George Miller.
Cornel Wilde ne réalisera plus qu’un film par la suite, Les requins (1975), récit d’aventures considéré comme mineur et ne tournera presque plus en tant qu’acteur. Il sera emporté par une leucémie en 1989. Si il a été un réalisateur peu prolifique et reste de nos jours tenu dans une relative confidentialité, l’intérêt – artistique et historique – de son œuvre est indéniable. Si il avait davantage tourné, peut être bénéficierait-il à l’heure actuelle d’une reconnaissance égale à celle d’un Clint Eastwood…
Il n’est pas toujours chose facile de voir ses films aujourd’hui. Terre brûlée à été diffusé il y a quelques années au ciné-club de France 3 et Lancelot, chevalier de la reine à été aperçu – il y a un certain temps aussi – sur une chaîne câblée. En DVD zone 1, Le sable était rouge (Beach red), est disponible chez MGM (en vostf) et La proie nue (The naked prey) chez Criterion (sans sous-titres mais le film est quasiment muet). D’autres de ses oeuvres ont été disponibles en VHS il y a très longtemps. On attend encore qu’un éditeur DVD veuille bien s’intéresser sérieusement à son cas en France…
Mathias Ulrich
John Carpenter : influences (version longue)
Lundi 11 février 2008F.X propose ici la version longue de son texte paru dans le dernier numéro de CUT -26, spécial John Carpenter. Il s’agissait d’analyser des influences dont s’est nourri John Carpenter et sa propre influence sur les cinéastes qui l’ont suivi. (En photos : Assaut de John Carpenter // Nid de guêpes de Florent Emilio-Siri // Assaut sur le central 13 de Jean-François Richet.)

Depuis quelques années, la carrière de John Carpenter est suffisamment ralentie pour qu’on puisse l’étudier plus au calme. On va tenter ici de restituer le parcours du cinéaste, entre les œuvres de ses prédécesseurs qui ont influencé son travail et les échos que sa filmographie a eu sur de nouvelles générations de cinéastes.
Carpenter l’a assez dit, le cinéaste qui a eu le plus d’ascendant sur lui est Howard Hawks. De son deuxième film, Assaut, librement inspiré de Rio Bravo, au personnage de John Trent (Sam Neil) dans L’Antre de la folie, en partie calqué sur le Philip Marlowe du Grand Sommeil, en passant par The Thing, remake de La Chose d’un autre monde, produit et officieusement réalisé par Hawks, le cinéaste le plus protéiforme de l’âge d’or Hollywoodien est une source d’inspiration constante pour le réalisateur de Prince des ténèbres. Pourtant, Hawks, qui a œuvré dans presque tous les genres, semble en apparence bien différent de Carpenter, qui a placé sa filmographie sous le signe du cinéma fantastique. Ce dernier a en fait puisé de nombreux thèmes dans la filmographie de son aîné, comme le professionnalisme de ses héros, l’importance accordée aux personnages féminins, ou une certaine façon de rythmer les dialogues dans des situations de comédies (Jack Burton… par exemple).

Au-delà de Hawks, c’est une partie des grands classiques de Hollywood qu’on peut retrouver en filigrane dans la filmographie du réalisateur. Starman peut être vu comme une relecture moderne de New York Miami, tandis que dans Les Aventures d’un homme invisible, il mélange suspense et humour, évoque le nom de Kaplan (espion fictif de La mort aux trousses) et offre à Sam Neill un personnage très proche du Phillip Vandamm, incarné par James Mason dans le film de Hitchcock. Même John Ford, que Carpenter dit souvent moins aimer que Hawks, semble avoir eu une influence considérable sur Invasion Los Angeles : le bidonville où s’installe le héros rappelle Les Raisins de la colère et la longue bagarre entre Nada et Frank est un hommage avoué à une scène de L’Homme tranquille.
Enfin, le western, genre américain par excellence, est celui que Carpenter regrettera tout au long de sa carrière de n’avoir pas pu traiter. On en retrouve pourtant la trace dans le scénario de Blood River, devenu un téléfilm de Mel Damski. La poursuite à cheval de Los Angeles 2013, les décors de Vampires ou de Ghosts of Mars et certaines situations de Starman auraient également pu sortir d’un western.

C’est par le biais du western que Florent Emilio-Siri va réaliser avec Nid de guêpes un remake non avoué de Assaut. Si de nombreuses références sont évidentes, le réalisateur botte en touche, préférant citer quelques grands classiques du western, plutôt que de comparer son film à celui de Carpenter. Jean-François Richet ne se pose pas la question puisqu’il adapte avec plaisir et de façon officielle Assaut, pour une co-production franco-américaine. Comme, pour Halloween de Rob Zombie et dans un registre moins heureux Fog de Rupert Wainwright, les cinéastes qui s’attaquent à des remakes de films du réalisateur de Dark Star semblent souvent en retenir essentiellement la trame narrative pour ajouter de nombreuses explications psychologiques aux actions des personnages. Cette volonté d’expliquer à tout prix renforce le caractère abstrait des films de Carpenter et le véritable attachement du cinéaste à un genre, le fantastique, qui ne semblait pourtant pas lui être destiné. C’est également la preuve de la modernité d’une oeuvre pourtant profondément nourrie d’une culture classique et d’un cinéaste qui s’est toujours retranché derrière son admiration pour ses maîtres.
F.X
Portraits : acteurs du cinéma français
Vendredi 23 novembre 2007
Un copain (je ne mentionne pas son nom car il n’est pas évident à porter) m’a dit ceci : “Monsieur Romain Sublon, viens ici! On ne peut lire aucun billet sur le blog de CUT qui signale la parution du livre que tu as fait avec ton pote photographe…euh…oui, tu sais…Stéphane Louis! Oui, c’est ça! C’est bizarre, vous ne voulez pas qu’il se vende ou quoi ? Faut en parler bon sang d’bois!” Je dois dire que c’est un copain qui s’emballe très vite. Mais il n’a pas complètement tort…
Alors, pour lui faire plaisir (hum, hum), voici un billet qui signale la parution du livre Portraits : acteurs du cinéma français (édition Arthénon). 39 portraits (texte + photo) qui font une photographie improbable et captivante du cinéma français (attention, cette phrase est de la pure auto-promo). Il coûte 35 euros et on peut le trouver dans toutes les bonnes librairies (les autres aussi), dans les grandes surfaces culturelles, sur les sites d’achats en ligne ou encore, évidemment, sur le site de l’éditeur Arthenon (www.arthenon.com).
J’allais oublier. Mon copain m’a demandé de préciser que ce livre est : “le meilleur livre sur le cinéma depuis la biographie de Gérard Jugnot par Laurent Weil“. C’est vrai.
Lee Doo-yong, drame historique et culture populaire
Lundi 19 novembre 2007Depuis trois ans, les éditions du festival l’Arche de Corée sont l’occasion de découvrir un peu plus profondément le cinéma coréen en général et un auteur en particulier. Après Im Kwon-taek et Yu Hyun-mok lors des éditions précédentes, cette année, deux focus étaient proposés. L’un – en deux oeuvres – sur Kim Ho-son et l’autre – en trois films – sur un certain Lee Doo-yong, qui nous intéresse ici. Un cinéaste de studio, versatile et passionnant dont on n’entendra probablement plus jamais parler à Strasbourg.
Chronologiquement, le premier de ces films est L’histoire cruelle des femmes (ou Le rouet – 1983), c’est également le moins intéressant de la fournée. Il s’agit d’un sombre drame historique narrant les mésaventures de Killye, une jeune fille issue d’une famille noble déchue passant des statuts de servante à épouse avec un égal malheur, même lorsqu’elle retrouve une santé financière. Malheureusement beaucoup trop touffu pour ne pas devenir franchement confus par moments (j’ai honte à l’avouer, mais le déroulement de l’intrigue m’a laissé sur le carreau plus d’une fois…) le film frappe quand même par sa description d’une société médiévale au fonctionnement d’une cruauté invraisemblable.
D’une veine similaire mais plus réussie, Les eunuques (1986) était le film le plus (physiquement) douloureux de la programmation, en tout cas pour un public mâle. On y suit l’entrée au Palais en tant que concubine d’une jeune fille noble dont le père nourri de grosses ambitions personnelles et qui tente par tous les moyens de plaire au souverain. Elle est rapidement suivie par un fiancé mis au rebut qui intègre les rangs des eunuques pour essayer de la faire échapper. Dans la masse d’intrigues parallèles que constitue le film on retiendra la nécessité impérieuse – et les drames qui peuvent en découler – d’avoir un héritier. Un thème déjà présent dans Le rouet, ainsi que dans Never forever de Gina Kim, actuellement encore à l’affiche.
La manière dont est traitée la vie des eunuques, de leur entré au Palais (et de leur émasculation éventuelle, si elle ne découle pas d’un accident) à la discipline de fer à laquelle ils sont soumis, fait souvent froid dans le dos. Idem pour le sort des concubines, de plus victimes de leur manque de solidarité entre elles et rongées par la jalousie et les querelles intestines. Toutes voulant devenir celle qui portera l’héritier. De manière inattendue, le film connaît un sacré bol d’air dans sa dernière demi-heure quand, après avoir emprunté la route sinistre du drame historique, il se dirige vers celles du cinéma populaire: érotisme, violence et arts martiaux. Cela ne nuit en rien à son équilibre – à ce stade du récit, on frôlait la lassitude devant tant d’infortune – et lui apporte le souffle que toute fresque historique se doit de posséder.
On peut aussi le dire en riant

Intercalé dans le temps entre Le rouet et Les eunuques, on trouvait l’oeuvre la plus rafraîchissante de cette sélection, Le mûrier, tournée en 1985. On y suit les tribulations d’An-hyop, femme très belle mais mal mariée à un joueur invétéré continuellement absent du foyer. D’abord pour se nourrir, puis par appât du gain et finalement pour la puissance que cela lui procure (tous les hommes du village la désirent), An-hyop va commencer à se vendre. L’époque décrite a changée: le film se passe dans les années 1920, sous l’occupation japonaise. Le style aussi: malgré les thèmes – misère et prostitution – on est ici face à une espèce de comédie érotique truculente et gentiment décomplexée. La vie est toujours difficile pour la femme coréenne. Elle était réduite à l’état de ventre destiné à enfanter dans les deux films précédemment cités. Elle est ici un pur objet de plaisir, pour son mari comme pour les autres hommes du village. La progression sociale n’est pas évidente mais elle a au moins gagné un caractère bien trempé qui peut s’exprimer et des envies qu’elle peut assouvir jusque dans une certaine mesure. Malgré son sens élastique de la morale, c’est à An-hyop que va la sympathie du public, les hommes étant tous des obsédés hébétés et leurs femmes des jalouses et des méchantes. Le personnage de son mari tire également son épingle du jeu. Coureur de jupons, joueur continuellement fauché et mari irresponsable, il s’impose aussi in extremis en homme fort, défendant sa femme du reste du village et lui pardonnant sans histoire ses écarts de conduite. Il semble par ailleurs que ses absences répétées soit dues à ses activités dans la résistance anti-japonaise. Lee Doo-yong tourna deux suites au Mûrier, avec des acteurs différents et aux scénarios semble-t’il davantage axés sur ce dernier aspect.
Cinéaste à tout faire

La carrière de Lee Doo-yong est par ailleurs riche d’une soixantaine de titres, réalisés entre 1970 et 2003. Le bonhomme s’illustra dans la plupart des genres populaires: mélodrame, comédie, polar, kung-fu… Dans ce dernier registre, il ressuscita notamment le petit dragon dans Bruce Lee fights back from the grave (1976) avec un certain Bruce K. Lea. Parmi les innombrables fake Bruce Lee flicks que tourna le cinéaste, un au moins parvint jusqu’à nous à la fin des années 70 sous le titre Bruce Lee, le tigre de Mandchourie, ce qui en impose pas mal aussi. C’était l’époque où les studios cinématographiques asiatiques produisaient du kung-fu au kilomètre que les distributeurs français (entre autres) rachetaient au poids pour alimenter les salles de quartier. Au milieu des produits purement hongkongais, des contrefaçons taïwanaise ou coréenne (les voisins voulant également une part de ce lucratif gâteau) pouvaient se glisser sans crier gare.
N’en concluons pas que Lee Doo-yong soit passé de l’état de tâcheron exploiteur de formules à celui d’auteur entre les années 70 et 80. Au vu des titres de sa filmo, il semblerait qu’il ait toujours alterné films un tant soi peu prestigieux (Le rouet fut présenté à Cannes dans la section Un certain regard en 1984) et produits plus récréatifs. Un peu à la manière des cinéastes de studio japonais qui, tel Kon Ichikawa par exemple, pouvaient signer des oeuvres ambitieuses appelées à faire le tour du monde (Feux dans la plaine, La harpe de Birmanie…) comme des bandes « bis » nourries à la culture populaire locale (The phoenix, The 8 tomb village…).
Mathias Ulrich
Portrait glamour (5/5) - Virginie Ledoyen -
Vendredi 9 novembre 2007A l’occasion de la sortie du livre Portraits : acteurs du cinéma français (de Stéphane Louis et moi-même, Romain Sublon, paru aux éditions Arthénon), Polystyles, la petite soeur hype de Polystyrènes (revue culturelle du Grand Est), nous a commandé une série de cinq mini-portraits inédits d’actrices. L’idée était de reprendre le principe du livre (texte + photo), mais sous un angle glamour. Pas simple! Voici le dernier des cinq portraits, dédié à Virginie Ledoyen (déjà postés : Chiara Mastroianni, Helena Noguerra, Ovidie et Ludivine Sagnier).

De la peur peut naître le désir. Cela paraît invraisemblable au sujet de Virginie Ledoyen. Et pourtant : écrire devient impossible. Reste la force de coucher ces quelques mots : Virginie Ledoyen, actrice paisible, dragon en sommeil.
Photo - Stéphane Louis (Arthénon)
Texte - Romain Sublon
Portrait glamour (4/5) - Ludivine Sagnier -
Jeudi 8 novembre 2007A l’occasion de la sortie du livre Portraits : acteurs du cinéma français (de Stéphane Louis et moi-même, Romain Sublon, paru aux éditions Arthénon), Polystyles, la petite soeur hype de Polystyrènes (revue culturelle du Grand Est), nous a commandé une série de cinq mini-portraits inédits d’actrices. L’idée était de reprendre le principe du livre (texte + photo), mais sous un angle glamour. Pas simple! Voici le quatrième des cinq portraits, dédié à Ludivine Sagnier (à suivre : Virginie Ledoyen).

C’est le bon moment pour se souvenir d’un principe à senteur naphtaline : moins on en voit, plus c’est sexy. Ludivine Sagnier, elle, a choisi pile l’autre face. Dès le début de sa carrière, elle s’est dévoilée dans un nu intégral qui n’avait rien d’agressif mais tout de l’anti-plan glam’. Gouttes d’eau sur pierres brûlantes (de François Ozon) : nue. Swimming pool (de François Ozon) : nue. Une aventure (de Xavier Giannoli) : dénudée. La petite Lili (de Claude Miller) : dénudée. Et pourtant, son corps - d’actrice frêle quand il est caché par des vêtements indécents et troublant quand il tombe la chemise - raconte beaucoup de ses personnages. De ce sentiment d’instabilité permanent qui fait que l’envie de réconfort doit parfois lutter avec…
Photo - Stéphane Louis (Arthénon)
Texte - Romain Sublon
Portrait glamour (3/5) - Ovidie -
Mercredi 7 novembre 2007A l’occasion de la sortie du livre Portraits : acteurs du cinéma français (de Stéphane Louis et moi-même, Romain Sublon, paru aux éditions Arthénon), Polystyles, la petite soeur hype de Polystyrènes (revue culturelle du Grand Est), nous a commandé une série de cinq mini-portraits inédits d’actrices. L’idée était de reprendre le principe du livre (texte + photo), mais sous un angle glamour. Pas simple! Voici le troisième des cinq portraits, dédié à Ovidie (à suivre : Ludivine Sagnier et Virginie Ledoyen).

Internet est un outil terrible. Avant de commencer ce petit texte, pourquoi ne pas taper Ovidie dans Google, comme ça, pour voir. C’était oublier qu’Ovidie est d’abord une artiste du porno. Et internet, lui, oublie vite le glamour, l’érotisme et le côté polisson de la vie : hard, XXX, pipe, sodomie, chatte… Google sait vendre les sites qu’il répertorie. Pourtant, Ovidie inspire davantage la distance, l’effroi, l’exigence et en conséquence ; le désir. Sa présence dans le film de Betrand Bonello (Le pornographe), surtout quand elle traverse le champ en petite culotte bleue, est de nature à retourner toutes les têtes. De bites, suggère Google. Qui liste aussi à son sujet les mots sexe, punk, intello, piercing, foutre… Il est temps de proposer une alternative : Ovidie prend la mesure de l’effacement pour vivre la seule chose qui finalement vaut la peine d’être vécue, l’instant.
Photo - Stéphane Louis (Arthénon)
Texte - Romain Sublon
Portrait glamour (2/5) - Helena Noguerra -
Mardi 6 novembre 2007A l’occasion de la sortie du livre Portraits : acteurs du cinéma français (de Stéphane Louis et moi-même, Romain Sublon, paru aux éditions Arthénon), Polystyles, la petite soeur hype de Polystyrènes (revue culturelle du Grand Est), nous a commandé une série de cinq mini-portraits inédits d’actrices. L’idée était de reprendre le principe du livre (texte + photo), mais sous un angle glamour. Pas simple! Voici le deuxième des cinq portraits, dédié à Helena Noguerra (à suivre : Ovidie, Ludivine Sagnier et Virginie Ledoyen).

C’est entendu : comment ne pas céder au charme d’Helena Noguerra ? Comment ne pas craquer pour ses jambes longues comme le Nil ? Comment ne pas vouloir la faire sourire, juste une fois encore, pour se dire que ça y est, on peut mourir tranquille ? Comment oublier qu’on a maudit Louis Garrel, qui lui fait l’amour sans aucun effort dans le film de Christophe Honoré, Dans Paris. Et puis surtout, comment ne pas se dire que conquérir Helena Noguerra, c’est peut-être avoir la chance de conquérir Philippe Katerine, son compagne ? Helena Noguerra sait tout ça. Comme elle sait qu’elle incite au triolisme. C’est pour ça qu’elle reste avec Katerine. Je déteste Katerine.
Photo - Stéphane Louis (Arthénon)
Texte - Romain Sublon


