Archive de la catégorie «&tc.»

In the Fipettes we trust

Mercredi 13 août 2008

/// FIP (92.3 à Strasbourg) est menacé. Le communiqué ci-dessous (rédigé par la rédaction de FIP) explique parfaitement la situation. CUT apporte tout son soutien à l’équipe de FIP. ///

C’est pas net, maintenez les Fipettes !

COMMUNIQUE DE LA REDACTION DE FIP.- “A FIP Strasbourg, Nantes et Bordeaux, la direction de Radio France réduit le temps d’antenne réservé aux informations locales de 2/3. Dès la mi-octobre, il passerait de 12 heures 30 par jour (de 7h à 19h30), à 4 heures (de 16h à 20h), au profit d’une animation centralisée à Paris, et du développement d’un site web national.

FIP Strasbourg, radio de service public, est menacée !

Implantée depuis 30 ans dans la capitale alsacienne et européenne, notre radio a tissé un lien étroit et vivant avec le monde culturel et associatif, qu’il soit alsacien, allemand ou suisse.

Chaque jour, FIP Strasbourg accompagne ses auditeurs dans leur vie pratique, sociale et culturelle. Sa zone de diffusion s’étend sur un rayon de 40 km autour de Strasbourg _ de Sélestat à Niederbronn-les-Bains, de Saverne à Offenbourg. FIP Strasbourg est un relais incontournable des manifestations et des initiatives locales, des plus prestigieuses aux plus fragiles.

A l’heure de la décentralisation, la Direction de Radio France a imaginé un Plan de « modernisation » qui, paradoxalement, réduirait de 2/3 le temps d’antenne réservé aux informations produites dans nos studios strasbourgeois. Dès la mi-octobre, ce temps d’antenne, passerait de 12 heures 30 quotidiennes (7h-19h30) à seulement 4 heures (16h-20h), au profit d’une animation centralisée à Paris, et du développement d’un site web national alimenté par les animatrices en région. Cela concerne les stations de Strasbourg, Bordeaux et Nantes.

Dans les faits, la proximité avec l’auditeur serait réduite à la portion congrue, et certains types d’informations, notamment de service, très fortement amputés, voire même supprimés : emploi, formation, stages, conseils au consommateur, circulation, météo…

Pour que FIP Strasbourg continue à assurer pleinement sa mission de service public, et à soutenir le dynamisme culturel et associatif de la région, une pétition en ligne a été lancée le 13 juillet (plus de 800 signataires à ce jour), et un collectif d’auditeurs se met en place ce 31 juillet.

Face à ce projet fatal à une véritable proximité géographique, les auditeurs et les partenaires se mobilisent.

Conscient de la nécessité d’une évolution liée aux nouveaux supports de communication, et de l’opportunité de développement du réseau FIP que permet la numérisation, le personnel de FIP Strasbourg ne peut accepter pour autant que ces avancées technologiques se fassent au détriment de l’antenne strasbourgeoise. L’internet est un atout pour la radio, un complément incontournable, mais il ne doit en aucun cas se substituer au micro.

Au-delà, nous craignons que le projet de la Direction de Radio France ne soit qu’une étape intermédiaire avant la disparition définitive des antennes locales.”

Pétition « Soutien à FIP »
www.mesopinions.com
Rubrique « Arts et culture »

Introduction au cinéma de Guy Debord et de l’avant-garde situationniste (Antoine Coppola)

Vendredi 1 août 2008

Spécialiste du cinéma asiatique et du cinéma coréen en particulier, Antoine Coppola est également érudit en ce qui concerne les écrits et les films de Guy Debord et de ses compères situationnistes. Comme l’indique le long titre de ce livre, c’est à l’œuvre cinématographique de Debord que Coppola s’est consacré avec un courage certain. Il est en effet difficile d’avancer sereinement un avis ou une explication des œuvres de l’auteur de Réfutations de tous les jugements, tant élogieux qu’hostiles, qui ont été jusqu’ici portés sur le film « La Société du spectacle ».

On connaît depuis longtemps le mépris que Debord portait tant à ses contempteurs qu’à ses admirateurs, estimant que les uns et les autres, partie prenante ou aveuglés par cette fameuse « société du spectacle », ne comprenaient rien à son œuvre. Pourtant, en étudiant un par un les films du plus célèbre des situationnistes, l’auteur parvient à les mettre en perspective avec les thèmes les plus importants développés par l’homme qui a théorisé la société du spectacle. C’est peut-être parce qu’il reprend à son compte les principes énoncées par Debord tout au long de son œuvre littéraire et les utilise comme grille de lecture pour étudier les longs et les courts métrages du cinéaste. En admirateur exigeant du plus célèbre des théoriciens de l’ombre, Coppola se tient très près des concepts debordiens pour mettre en lumière la cohérence d’une œuvre, qui, malgré ses nombreux emprunts et détournements, se suffit à elle même.

On pourra juste reprocher le titre du livre à son auteur : cette introduction nécessite quand même une certaine familiarité avec les textes et les films de Debord pour pouvoir être pleinement appréciée.

 François-Xavier Taboni

DVD Régénération (Ed. Bach Films)

Mercredi 30 juillet 2008



On pourrait résumer Régénération grâce à quelques unes de ses singularités : c’est le premier long métrage de Raoul Walsh et probablement le premier film de gangsters de l’histoire du cinéma. C’est aussi un des rares films du genre dont le casting est principalement constitué de vrais mauvais garçons des rues de New York (préfigurant, presque cent ans avant, le Gomorra de Matteo Garrone). Cette combinaison d’éléments est rappelée dans les excellents suppléments, qui font intervenir François Guérif, Patrick Brion et Alain Corneau. Il est d’ailleurs conseillé, pour une fois, de les visionner avant le film pour prendre la mesure de l’originalité de ce film.

On est en effet stupéfait de voir une œuvre aussi stylisée, contenant pourtant autant d’éléments documentaires. Raoul Walsh y affirme déjà au détour de quelques scènes son futur statut de cinéaste de l’action, tandis que la réalité sociale des quartiers pauvres de New York est admirablement décrite. De plus, la copie proposée, teintée, mais quand même assez abîmée (grand âge oblige), surpasse très nettement la précédente édition française du film, victime d’une duplication déplorable. Enfin, un dernier bonus présente une curiosité, un court métrage de D.W. Griffith, mentor de Walsh et père fondateur du cinéma.

François-Xavier Taboni

 

Les parapluies de Strasbourg

Dimanche 13 juillet 2008

/// Greg Lauert, collaborateur de CUT, raconte une séance un peu spéciale… dans un cinéma un peu spécial… ///

Gene Tierney à Richard Widmark : “Je t’en supplie, ne va pas au cinéma, tu ne sais pas nager.”

Les jours de canicule, le cinéma devient, plus que tout autre jour, un refuge appréciable. Aussi, il y a quelques jours, je ne résistais pas à la perspective de revoir Les forbans de la nuit, de Jules Dassin, à la séance du déjeuner, dans le sacro-saint Odyssée. Pour les ignares (ou les non-Strasbourgeois), l’Odyssée est un monument, un haut lieu du patrimoine cinématographique européen depuis sa construction en 1913. Pour les cinéphiles de la capitale alsacienne, à une époque où le DVD n’existait pas, c’était une sorte d’Eldorado, vous permettant d’enchaîner les films de John Huston, de Jacques Tourneur ou de Jean Renoir sur grand écran.
Aujourd’hui encore, je ne réchigne pas à y aligner les séances de films naphtalinés. Le voyeur de Powell sur un écran de 6 mètres, ca vous plante un cinéphile. Qu’importe que les conditions de projection aient pu être un rien douteuses à de nombreuses reprises ; la cinéphilie a ses raisons que la raison ne connait point.

Ne nous égarons pas, toutefois. Jules Dassin, la séance de midi, la canicule. Je fonçais ce jour là vers la petite salle de l’Odyssée et je fus déjà surpris, à quelques mètres de la porte double, de perçevoir un clapotis. Clapotis qui se transforma en cascade à l’ouverture des dites portes. Il s’avère qu’il pleuvait dans la salle. Un circuit de climatisation s’était cassé, et le plafond, poreux, laissait ruisseler l’eau en cinq ou six endroits différents. L’eau ruissèle, imprègne les sièges, s’écoule à vos pieds, et offre un petit torrent ininterrompu dans le champ de vision, juste devant l’écran. C’était une situation tout à fait inédite, même pour un cinéphile rompu aux projections hardcore de certains festivals.
Après en avoir averti le staff, venu constater les dégâts avec un indéniable stoïcisme, je me permettais de m’enquérir du maintien de la séance. « Trouvez vous un siège sec », me répondit-on avec humour. Soit. Il en faut plus pour me détourner de Richard Widmark et Gene Tierney.

J’assistais donc à la projection, avec l’écoulement perpétuel en fond sonore, une cascade impromptue dans un coin de l’écran, et le personnel rampant dans les rangées pour disposer des récipients. Je voudrais aujourd’hui remercier l’Odyssée de m’avoir offert un grand film noir dans un contexte Fellinien.
Plus sérieusement, à l’heure de la haute définition, alors qu’il est enfin possible de découvrir un classique dans de bonnes conditions à domicile (Les Forbans de la nuit, par ailleurs très bien édité par Carlotta), je suis un rien sceptique quant à la volonté du public de vivre sa cinéphilie en milieu marécageux.

Il y aura toujours des intégristes comme nous pour continuer à fréquenter ces lieux, mais il faudra plus qu’une poignée d’irréductibles pour faire revivre ses beaux jours à l’Odyssée. On souhaite toutefois au cinéma des jours radieux. On les lui souhaite. Mais est ce qu’on y croit vraiment ?

Greg Lauert

DVD Twin Peaks (de David Lynch & Mark Frost)

Samedi 12 juillet 2008

/// Marcel Ramirez participe à la revue CUT. Il propose cet article sur Twin Peaks, la série la plus hallucinante ex-aequo avec Alf et le Cosby show. ///

Mais bon sang d’bois, QUI A TUE LAURA PALMER ?!

Oubliez Desperate Housewives, Heroes, Californication, ou Les oiseaux se cachent pour mourir (pardon maman…). Car la série ultime, Mesdames et Messieurs, c’est Twin Peaks !
J’en profite au passage pour m’insurger quelque peu : jamais dans CUT la revue, CUT le blog, CUT la radio, ou même CUT la boîte de production de film un peu olé-olé, je dis bien jamais, il n’a été question de l’incroyable série Twin Peaks, pourtant enfin sortie en DVD en France, en 2007. Incroyable, non ?! C’est donc à moi que reviennent l’honneur et le mérite de réparer cet affront fait aux deux créateurs de la série, Mark Frost et David Lynch.
On ne présente plus l’immense David Lynch, artiste protéiforme, et réalisateur souvent génial, dont peu de films ne sont pas cultes… Mark Frost, bien moins connu, est un scénariste de télévision, à qui l’on doit notamment la série Capitaine Furillo (Hill street blues, encore un truc que j’ai pas vu), et qui travaille aujourd’hui pour le cinéma : Les quatre fantastiques et le surfeur d’argent, c’est lui.
Twin Peaks, la série est née d’une hallucination collective à deux, subie par Lynch et Frost, alors qu’ils sirotaient un milkshake dans un Dinner à L.A. : ils ont vu, tous les deux, et en même temps, le corps sans vie d’une femme, enveloppé dans du plastique, et gisant sur les berges d’un lac… (Non, désolé, je ne sais pas à quoi était le milkshake.) À l’instar du superbe Sunset Boulevard de Billy Wilder (dont Lynch est très fan), tout allait donc commencer par une mort.
La morte, c’est Laura Palmer (et pas le Petit Gregory), d’où le slogan ultra usité par les producteurs de la série, dès le teaser de l’épisode pilote : Mais bon sang, «QUI A TUE LAURA PALMER ?!» (Promis, si vous êtes sage, je ne vous le dirai pas.)
Avec l’épisode pilote, certainement un des meilleurs, on entre donc immédiatement dans le vif du sujet : la découverte du cadavre de la jeune reine du lycée, Laura Palmer, met la petite ville de Twin Peaks en émoi. Peu de temps après, Ronette Pulaski, elle aussi originaire de la ville des pics jumeaux, est retrouvée violée et commotionnée. Comme elle est sortie des limites de l’état, l’enquête devient fédérale ; un agent du F.B.I. est envoyé, il se prénomme Dale Cooper. Tout cela semble bien banal ; et pourtant, Lynch et Frost vont frapper un grand coup, et même repousser les limites de la fiction sur petit écran, pas moins…

S’ils s’inspirent des séries policières, des soaps à la Dallas (où une allusion à Twin Peaks sera faite), ce sera pour mieux en détourner les codes, et créer un véritable univers propre à leur série. De plus, ils vont aussi très largement s’inspirer du cinéma, et piocher notamment chez Hitchcock (comme souvent dans les films de Lynch), chez Wilder, chez Preminger (le personnage de Laura est d’ailleurs un hommage non dissimulé au Laura de 1944), et même chez Cocteau (Le testament d’Orphée).
Ce mélange des genres va créer une atmosphère très particulière, jamais vue jusqu’alors, où se croiseront humour, terreur, poésie, étrange, ridicule, et visions oniriques.
Bien sûr, Lynch va réaliser le pilote et d’autres épisodes (les meilleurs), mais va devoir s’éloigner de “son bébé”, pour le tournage de Sailor et Lula. Ainsi, à partir de l’épisode 16, il ne suivra le processus d’écriture et de réalisation que de très loin, et clairement, son emprise sur la série baissera significativement.
Mais son amour pour Twin Peaks sera tel qu’il finira par revenir à Snoqualmie Falls (le véritable nom de la ville du tournage), pour mettre en scène le trentième et dernier épisode

(more…)

Le nouvel insubmersible

Vendredi 4 juillet 2008

/// Greg Lauert, qui participe régulièrement à la revue CUT, propose cet article, comme une réflexion à méditer/contester/approuver/cadenasser et autres verbes du premier groupe. ///

… Et là, le mec lui dit : “t’sais qwôa biloute, é dans l’cul l’titônic.” lôl.

Dany Boon a le Titanic en vue. Bienvenue chez les ch’tis, sa chronique régionaliste, a atteint les vingt millions d’entrées, et devrait sous peu couler l’insubmersible en place depuis 1997. A la manière de Jean Marie Le Stylo (qu’on ne connaissait pas cinéphile), il peut sembler judicieux de chercher les causes d’un tel raz de marée.

Pour ce qui est des qualités intrinsèques du film, on l’a dit, on le redit, ça chatouille gentiment les zygomatiques, avec des gags sympathiques, sur des gens sympathiques arpentant une région somme toute … sympathique. Jean Marie aurait il raison ? Le bulbe FRRRRRRRRAAANNCCAIS serait il ramolli ?

Le succès des Ch’tis me semble bien plus conjoncturel qu’intellectuel. Il n’est pas tant là question d’exigence que de moyens. L’exploitant de salle n’encourage pas aujourd’hui à la curiosité. Le producteur capitalise sur l’argument confort au cinéma. Tous deux ont compris que le spectateur lambda ne paye pas 9 € pour sa pomme, autant pour celle de bobonne et rebelote pour les marmots, pour découvrir une œuvre singulière, intrigante et exigeante.
Le spectateur de 2008 veut savoir ce qu’il va trouver sur son écran. Il guette le terrain connu, le rire facile et assuré. Danny Boon qui bosse ses vannes sur sa contrée depuis 5 ans chez Arthur un vendredi par mois, c’est confort. On sait ce qu’on va voir, on sait qu’on est parti pour cinq franches rigolades, et douze sourires, minimum garanti. Cette attitude passive du cinéphile occasionnel a toujours existée (sans quoi le concept même de blockbuster serait mort il y a bien longtemps), mais elle est aujourd’hui pleinement encouragée par le business.
A 5 € la place, le Dany Boon aurait fait 5 millions d’entrées. Parce qu’une certaine frange de spectateurs aurait eu le goût d’autre chose pour cette somme raisonnable. Les exploitants ne s’en plaindront pas. La fréquentation est stable. Mais ceux qui en profitent sont toujours moins nombreux.

Une proposition pour l’avenir serait de faire grimper le prix des places à 15 € et de permettre à tous les spectateurs de voir une demi-heure du film gratuitement dans le hall avant de faire leur choix. Ou encore de passer le film en prime time sur TF1 avant de le distribuer en salle. Pour être sûr. Vraiment sûr. Si déjà on se déplace…

Greg Lauert

CUT la radio -29

Dimanche 8 juin 2008

Vers la page d\'archives CUT la radio

CUT la radio -29 // 7 juin 2008 (37 Mo, 40 min.)

Cette semaine le qualificatif qui revient le plus souvent c’est : “sympa”. “Sympas” sincères, “sympas” du bout des lèvres et “sympas” franchement péjoratifs. Ahlala, tous ces films “sympas” dont certains se demandent ce qu’ils foutent au cinéma -réponse en fin d’émission. Cette semaine il est aussi souvent question d’escargots violeurs… (et bien sûr, les escargots violeurs : c’est sympa!).

JCVD (Mabrouk el Mechri), 48h par jour (Catherine Castel), The mist (Frank Darabont), Super heros movie (Craig Mazin), Las Vegas 21 (Robert Luketic), Affaire de famille (Claus Drexel).

Avec Jenny, Fouzi, FX, Romain, Stéphane.

Hollywood, cinéma et idéologie (de Régis Dubois)

Dimanche 1 juin 2008

Hollywood, cinéma et idéologie, un livre de Régis Dubois (aux éditions Sulliver)

Sur un sujet finalement assez commun, Régis Dubois ouvre des perspectives très intéressantes. Traiter de l’idéologie étasunienne sclérosant le cinéma mainstream hollywoodien n’est pas exactement un parti pris avant gardiste. Toutefois, Régis Dubois a la merveilleuse idée de départir son analyse de la fameuse politique des auteurs, si chère à la critique française depuis les années 50.

Le point de départ de son ouvrage, c’est une approche façon cultural studies, à l’anglo saxonne, démontrant qu’un film dans le système hollywoodien n’est pas l’oeuvre d’un homme, mais d’un groupe (social, culturel, historique). Sur cette base, il évoque la manière dont le cinéma classique, et néo-classique américain bercent ses spectateurs dans l’indolence du happy end, de l’optimisme forcené, et dans la glorification de l’individualisme.
A ce titre, l’analyse de Tarzan (Van Dyke, 1932) est proprement brillante dans son exposition du caractère Rousseauiste et impérialiste du personnage tel qu’il est mis en scène dans le Hollywood du Code Hays.

Régis Dubois lève ainsi le voile sur une certaine fascination pour l’âge d’or des studios. Et si tous ces films qui continuent de faire rêver véhiculaient une forme de propagande ? Pris avec le recul, le cinéma populaire des années 40 et 50 a conditionné en Europe tout un regard sur l’Amérique, et a fondé une fascination qui se perpétue toujours. Cette fascination est maintenant relayée par un cinéma néo-classique, initié par le conservatisme arrogant des années Reagan. Cette phase se poursuit aujourd’hui encore, et Régis Dubois n’omet pas de citer des oeuvres récentes, comme Saving Private Ryan (Steven Spielberg, 1997) ou Forrest Gump (Robert Zemeckis, 1994).

Ce que l’auteur élude, toutefois, c’est la parenthèse enchantée, à savoir le Nouvel Hollywood, né à la fin des années 60 et mort en 1980. Seul Raging Bull (Martin Scorsese, 1980) est abordé, rapidement, au titre de contre exemple dans le chapitre portant sur le film de boxe.
Mais le cinéma hollywoodien a connu bien d’autres exemples de récits nuancés et denses dans cette période. Ceux ci prenaient d’ailleurs le pas sur le courant classique et idéologique pendant une bonne décennie. Les années 80 et le retour en grâce de l’american dream auront eu raison de cette évolution.

Fait intéressant que ne relève pas l’auteur, on pourrait déceler aujourd’hui un retour à un discours cinématographique nuancé, et disposé à la réflexion. Bien sûr, il y a 300 (Snyder, 2007), mais le cinéma hollywoodien nous a aussi offert ces deux dernières années L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (Dominik, 2007), ou encore There will be blood (P.T Anderson, 2008).
Le premier est l’antithèse du western classique, assumant la violence et le meurtre au titre de fondement de la société américaine, faisant d’un pleutre son héros. Le second est une critique acerbe du capitalisme effrené, du rêve américain aveugle. Ces films (de studio) sont caractéristiques de leur temps, d’une conscience et d’un discours qui n’a rien de minoritaire. Ils sont un pas vers la mort du cinéma néo-classique américain et son idéologie figée depuis près d’un siècle.

Greg Lauert

La nuit nous appartient (Ed. Wild Side)

Vendredi 30 mai 2008

On aurait pu se contenter d’une édition totalement dépourvue de bonus, tant on aime l’avant-dernier film de James Gray (plus que quelques mois d’attente avant Two Lovers), mais on doit reconnaître qu’une fois de plus, Wild Side a mis les petits plats dans les grands pour fournir un écrin digne de ce nom à La nuit nous appartient.

Côté technique, on apprécie un très beau master et une duplication exemplaire, qui transcrivent à merveille le travail méticuleux effectué sur l’image par James Gray et son nouveau directeur de la photographie fétiche, Joaquin Baca-Asay.

Côté suppléments, on est partagé entre des bonus plutôt promotionnels qui semblent venir d’outre-Atlantique et une interview plus en profondeur de James Gray, ainsi qu’un pertinent module sur le cinéma américain tournés spécialement pour la France. Mais la pièce maîtresse de l’interactivité reste le commentaire audio (également fourni sur l’édition simple) effectué par un James Gray en pleine forme. Très à l’aise dans cet exercice périlleux pour un réalisateur, Gray multiplie les pistes sur son travail, analyse certains plans aussi bien que son œuvre de façon plus générale, peut se montrer très technique et citer Althusser, la tragédie grecque ou Michel Foucault, pour donner un nouvel éclairage à son film. Mais c’est le même homme qui se lance dans d’hilarantes imitations de ses comédiens masculins pour revenir sur sa relation avec eux, tout en restant toujours pertinent sur son travail.

Les cinéphiles les moins argentés pourront donc se contenter de l’édition « simple » sans être volés, mais les vrais fans du film ne pourront s’empêcher de débourser cinq euros de plus, l’édition collector contenant la BO du film inédite en France, avec des titres so eighties et la magnifique et funèbre partition de Wojciech Kilar.

François-Xavier Taboni

Ménageries - de Aurore Petit -

Mardi 27 mai 2008

Aurore Petit (dessinatrice, illustratrice et d’autres truc en “trice”) collabore à CUT depuis longtemps. Très, très longtemps… Une vieille de la vieille pour le dire avec élégance. Mais Aurore Petit n’a pas que CUT dans sa vie, aussi surprenant cela puisse-t-il paraitre.

Aurore a déjà signé les illustrations d’Ubu Roi (Ed. Petit à petit) et Contes Hébreux, un peuple du Moyen-Orient (Ed. Actes Sud junior). Il y a quelques jours, Ménageries (Ed. Thierry Magnier), son premier livre illustré, en tant qu’auteur, est paru. Et selon la formule consacrée, il est disponible dans toutes les bonnes librairies (ou presque).

Ménageries est livre illustré surprenant, où l’homme se confond avec l’animal, renouant ainsi avec ses origines. A moins que ce ne soit une projection du futur, avec la mutation pour point d’orgue. Les textes, courts, tendres et amusants, astucieusement intégrés, complètent des dessins d’un réalisme troublant. Destinée aux enfants, destinée aux adultes, à tous et à personne à la fois : la force de ce livre est peut-être là, dans sa capacité à échapper aux cases.