[cinéphilies :] Serge Bozon

20 Nov

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Serge Bozon est le réalisateur du film La France (avec Sylvie Testud, Pascal Greggory, François Négret), à l’affiche le 21 novembre. Un conte, un film de guerre, une curiosité, une fantasmagorie, un peu tout à la fois. Serge Bozon a aussi réalisé Mods (2003) et L’amitié (1998). Il nous confie, en quelques mots et plus si affinité, ses impressions ou souvenirs des films suivants.

IRREVERSIBLE (Gaspar Noé)

Je ne l’ai pas vu. A priori, j’ai une défiance à l’égard de Gaspar Noé. Y’a dans son cinéma, mais je l’anticipe puisque je ne l’ai pas vu, une espèce de démarche trash, pseudo provocatrice, qui me semble euh… Enfin, y a un côté graffiti de chiotte que je pourrais aimer, qui a rarement été fait, mais en même temps chez lui, y a plus un côté Canal +. A priori, j’ai l’impression que je ne vais pas aimer ça. Ce film comme une sorte d’esbrouffe trashy. J’adore la culture rock, la littérature underground mais le cinéma trash, pas du tout. Alors que j’adore le cinéma bis, gore, mais pas ce côté auteuriste un peu chic et toc.

JOHNNY S’EN VA-T-EN GUERRE (Dalton Trumbo)

C’est un souvenir d’enfant, parce que mon père avait un ciné club. Bien sûr, j’ai été marqué comme tout le monde par le côté homme-tronc, film pacifiste en noir et blanc, extrêmement décanté, mais disons que ce n’est pas du tout le film de guerre qui m’a le plus nourri. Pour moi, c’est plus une curiosité du cinéma. Je préfère des cinéastes plus classiques, qui ont tourné beaucoup comme Howard Hawks, Raoul Walsh, Samuel Füller, Otto Preminger, Jacques Tourneur. Je ne suis pas du tout fasciné par les cinéastes d’une ou deux œuvres commer Charles Laughton (La nuit du chasseur, ndlr). J’aime les cinéastes de masse.

GERRY (Gus Van Sant)

Je reconnais que j’aime beaucoup. Et en même temps, je suis contre ce que ça représente, c’est à dire ce cinéma qui se rapproche de la vidéo. Ce cinéma américain qui essaie de faire du Michael Snow grand public. Enfin je ne sais pas comment expliquer… Voilà, moi, c’est un film que j’aime. Y’a des trucs que j’aime pas : la musique d’Arvo Pärt et les images tremblées sur les panneaux d’autoroute où on dirait un pseudo clip psychédélique. Ce côté trip du voyage intérieur. Par contre, il y a de vraies belles scènes : la scène autour du feu par exemple, la scène où Affleck est sur le rocher. C’est un film qui m’a plu, mais disons qu’il relève d’une volonté du cinéma ultra-moderne de se rapprocher du cinéma d’art, de musée, des installations. Tandis que je serai plus pour essayer de revitaliser et de m’inspirer d’un cinéma plus classique, de ne pas aller sur un terrain aussi arty, aussi soustractif. Presque pas de dialogue, pas d’histoire, ce côté psychédélique rock qui vient de Garrel (La cicatrice intérieure, ndlr). On met quelqu’un dans le désert, il va avancer. C’est tellement soustractif que ça laisse peu de marges pour la réinvention future ; comme avec Straub, que j’adore, ou Bresson et Antonioni. Je trouve qu’il est beaucoup plus fécond de s’inspirer des cinéastes classiques. Ca laisse infiniment plus de marges que le cinéma soustractif, qui est le cinéma de la Tabula Rasa (concept philosophique selon lequel l’esprit humain naîtrait vierge et ne se formerait que par les expériences, ndlr). Si vous adorez un cinéaste de la Tabula Rasa, qu’est ce que vous allez faire ? Encore enlever un cran, donc il va vous rester un Gerry qui marche dans le désert. Il y a une sorte de jusqu’au boutisme dans la soustraction qui n’est pas très fécond en terme d’influences. Voilà, pour être plus théorique, plus précis, il y a un article d’Eric Rohmer qui dit, en résumant : les portes ouvertes par les peintres abstraits ont fermé les portes de la peinture figurative. Pareil pour les romans ; les prémices du nouveau Roman (Genet etc.) faisait que les portes ouvertes par ces romanciers fermaient la porte à ceux qui voulaient faire des romans à la Balzac. Et Rohmer pense que le cinéma de l’époque échappait à cela. On est dans cet âge classique. C’est pour cela que je pense qu’il est plus fécond de s’inspirer de cinéastes qui laissent de la marge. Y a des cinéastes en France qui arrivent à s’inspirer de gens comme Straub, Duras ou Godard, mais je trouve que ça donne souvent un cinéma très solennel, très plombé avec une espèce de surmoi et de logique écrasante. Un cinéma qui manque de vie, de plaisir, de joie ; un cinéma un peu contraint. J’ai peur que les procédés auteuristes tournent un peu à vide. Je préfère les choses plus impures, plus triviales. Je ne sais pas si mon film l’est… Mais je préfère n’importe quel film de Larry Cohen à n’importe quel film de Gus Van Sant.

CHANTONS SOUS LA PLUIE (Stanley Doonen et Gene Kelly)

Ah ! C’est un film que j’adore… Vous me dites ça par rapport à la notion de comédie musicale ? Moi, je tiens à dire que mon film, La France, n’est pas une comédie musicale. Dans mon film, les gens chantent quand ils ne se battent pas, mais  ils chantent comme ils pourraient aller pisser ou se branler. C’est un des trucs les plus classiques dans les films de guerre (Soldats du Marais, les films de Jacques Tourneur…) Bon, moi, mes chansons ne sont pas des chansons historiquement avérées. Le fait de se donner des libertés par rapport au contexte historique du point de vue du style musical des chansons, moi j’estime que ce n’est pas une forme de mégalomanie auteuriste. Si vous pensez au cinéma le plus commercial des années 40-50, si vous prenez Rio Bravo de Hawks, y a des morceaux du hit parade de l’époque ! Dans le cinéma hollywoodien, on faisait chanter aux acteurs des tubes du hit parade pour des raisons commerciales évidentes. Et qui n’avait souvent aucun rapport. J’estime qu’on a toutes libertés là-dessus.

DE BRUIT ET DE FUREUR (Jean-Claude Brisseau)

Ah ! Voilà un film que j’adore ! J’adore. L’acteur François Négret est dans mon film. C’est un acteur que j’adore pour son côté halluciné, un peu vieillot et étrange. J’avais très envie de l’utiliser, comme Guillaume Depardieu. Des acteurs pas évidents pour des questions disons humaines, mais qui en même temps ont un côté un peu halluciné, violent et blessé en même temps. Leurs visages et leurs corps véhiculent ça, avec un côté fougueux et gamins et même un peu féminin pour Guillaume Depardieu, un peu slave. Je trouve que ces acteurs sont très rares. Puis ils ont une diction très intéressante. Et De bruit et de fureur est un film que j’adore ! Il y a l’imaginaire un peu américain, un peu Füller…Avec Bruno Cremer…Et les apparitions fantastiques…

LA LISTE DE SCHINDLER (Steven Spielberg)

Alors attention ! J’ai pas vu La liste de Schindler mais je ne suis pas quelqu’un qui est anti-Spielberg. J’ai adoré La guerre des mondes, c’est un film fantastique, j’aime bien Munich et beaucoup A.I et puis il est dans une bonné période et pas dans sa période horrible d’Amistad ou La couleur pourpre. Mais j’ai pas vu La liste de Schindler. Ah oui, Il faut sauver le soldat Ryan, j’aime pas. Pas du tout. Y a une gestion pyrotechnique de l’enchaînement des morts qui m’écoeure. Mais bon, ce n’est pas très intéressant puisque je ne parle pas de La liste de Schindler, que je n’ai pas vu.

Propos recueillis par Romain Sublon

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Une Réponse to “[cinéphilies :] Serge Bozon”

  1. Fred dimanche 25 novembre 2007 à 150354 #

    Dense et précis. On n’imagine pas le propos de Serge Bozon quand on voit ses films. C’est définitivement…étrange.

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