John Carpenter : influences (version longue)

11 Fév

F.X propose ici la version longue de son texte paru dans le dernier numéro de CUT -26, spécial John Carpenter. Il s’agissait d’analyser des influences dont s’est nourri John Carpenter et sa propre influence sur les cinéastes qui l’ont suivi. (En photos : Assaut de John Carpenter // Nid de guêpes de Florent Emilio-Siri // Assaut sur le central 13 de Jean-François Richet.)

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Depuis quelques années, la carrière de John Carpenter est suffisamment ralentie pour qu’on puisse l’étudier plus au calme. On va tenter ici de restituer le parcours du cinéaste, entre les œuvres de ses prédécesseurs qui ont influencé son travail et les échos que sa filmographie a eu sur de nouvelles générations de cinéastes.
Carpenter l’a assez dit, le cinéaste qui a eu le plus d’ascendant sur lui est Howard Hawks. De son deuxième film, Assaut, librement inspiré de Rio Bravo, au personnage de John Trent (Sam Neil) dans L’Antre de la folie, en partie calqué sur le Philip Marlowe du Grand Sommeil, en passant par The Thing, remake de La Chose d’un autre monde, produit et officieusement réalisé par Hawks, le cinéaste le plus protéiforme de l’âge d’or Hollywoodien est une source d’inspiration constante pour le réalisateur de Prince des ténèbres. Pourtant, Hawks, qui a œuvré dans presque tous les genres, semble en apparence bien différent de Carpenter, qui a placé sa filmographie sous le signe du cinéma fantastique. Ce dernier a en fait puisé de nombreux thèmes dans la filmographie de son aîné, comme le professionnalisme de ses héros, l’importance accordée aux personnages féminins, ou une certaine façon de rythmer les dialogues dans des situations de comédies (Jack Burton… par exemple).

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Au-delà de Hawks, c’est une partie des grands classiques de Hollywood qu’on peut retrouver en filigrane dans la filmographie du réalisateur. Starman peut être vu comme une relecture moderne de New York Miami, tandis que dans Les Aventures d’un homme invisible, il mélange suspense et humour, évoque le nom de Kaplan (espion fictif de La mort aux trousses) et offre à Sam Neill un personnage très proche du Phillip Vandamm, incarné par James Mason dans le film de Hitchcock. Même John Ford, que Carpenter dit souvent moins aimer que Hawks, semble avoir eu une influence considérable sur Invasion Los Angeles : le bidonville où s’installe le héros rappelle Les Raisins de la colère et la longue bagarre entre Nada et Frank est un hommage avoué à une scène de L’Homme tranquille.
Enfin, le western, genre américain par excellence, est celui que Carpenter regrettera tout au long de sa carrière de n’avoir pas pu traiter. On en retrouve pourtant la trace dans le scénario de Blood River, devenu un téléfilm de Mel Damski. La poursuite à cheval de Los Angeles 2013, les décors de Vampires ou de Ghosts of Mars et certaines situations de Starman auraient également pu sortir d’un western.

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C’est par le biais du western que Florent Emilio-Siri va réaliser avec Nid de guêpes un remake non avoué de Assaut. Si de nombreuses références sont évidentes, le réalisateur botte en touche, préférant citer quelques grands classiques du western, plutôt que de comparer son film à celui de Carpenter. Jean-François Richet ne se pose pas la question puisqu’il adapte avec plaisir et de façon officielle Assaut, pour une co-production franco-américaine. Comme, pour Halloween de Rob Zombie et dans un registre moins heureux Fog de Rupert Wainwright, les cinéastes qui s’attaquent à des remakes de films du réalisateur de Dark Star semblent souvent en retenir essentiellement la trame narrative pour ajouter de nombreuses explications psychologiques aux actions des personnages. Cette volonté d’expliquer à tout prix renforce le caractère abstrait des films de Carpenter et le véritable attachement du cinéaste à un genre, le fantastique, qui ne semblait pourtant pas lui être destiné. C’est également la preuve de la modernité d’une oeuvre pourtant profondément nourrie d’une culture classique et d’un cinéaste qui s’est toujours retranché derrière son admiration pour ses maîtres.

François-Xavier Taboni

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Une Réponse to “John Carpenter : influences (version longue)”

  1. Boyan mardi 12 février 2008 à 130106 #

    Nid de guêpes / nid de guêpes !…

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