Cinéphilie – Jean-Jacques Rousseau –

11 Avr

Jean-Jacques Rousseau revendique son statut : il est « Le cinéaste de l’absurde ». Parfois aussi on le surnomme « Le Ed Wood belge »… Depuis quarante ans, avec ou sans -généralement sans- sous, il tourne des longs, moyens, courts-métrages avec des acteurs amateurs plus ou moins inspirés et des idées bien farfelues. Parmi ses œuvres maîtresses : Le diabolique docteur Flack, Irkutz 88, Furor teutonicus, La revanche du sacristain cannibale, etc. Il a longtemps œuvré dans l’indifférence générale -médiatique, du moins- mais depuis quelques années, il fait de plus en plus parler de lui. Il faut dire que rien qu’avec son patronyme et sa cagoule, il marque les esprits ! Le film documentaire de Frédéric Sojcher, Cinéastes à tout prix, a notamment contribué à attirer l’attention sur Jean-Jacques Rousseau. Yann Moix voulait lui consacrer un film (mais le projet est en stand-by) et Jan Kounen serait bien décidé à en co-réaliser un avec lui en 2009… À suivre !
En attendant, Jean-Jacques Rousseau (rencontré à l’issue d’une projection spéciale de trois de ses films lors du 26ème Festival International du Film Fantastique de Bruxelles, le BIFFF) nous livre ses souvenirs et impressions des films suivants.

Irréversible (Gaspar Noé) : Je ne l’ai pas vu particulièrement, j’en ai entendu parler, mais bon. J’en ai entendu du bien. Donc quelques fois, je me contente de ce que j’entends. Mais là je ne peux pas donner mon avis personnel.

L’étrange créature du lagon noir (Jack Arnold) : Ah, L’étrange créature du lagon noir. Ben voilà : ça c’est un film qui m’a vraiment marqué ! J’avais à l’époque, je crois, une dizaine d’années, c’était dans les années 50, j’allais au cinéma avec ma mère parce qu’elle était férue de surnaturel, elle entendait des voix, elle avait un sixième sens très développé. Mon père, non, lui il était plutôt pieds sur terre, littéraire, chef de chantiers… Bon. Ma mère, elle, elle rêvait tout le temps. Elle rêvait d’aventure, de certains acteurs. Mais la créature du lagon noir, c’était l’homme-grenouille qui n’était pas une grenouille ! C’était un monstre ! Et elle m’a pris avec, j’étais gosse ! Et ce film-là, il m’a marqué profondément ! Quand je vois qu’ils vont en Amazonie ou je ne sais plus où et que là il y a des requins ? des crocodiles ? toutes sortes de drôles de bêtes qui plongent dans l’eau et on voit une actrice très jolie qui saute du bateau et qui nage dans le lagon… Beaucoup de prises de vues sous-marines. Alors quand je vois la créature du lac noir, pour moi, c’est un peu l’homme-poisson, qui marche, avec des jambes et qui a des mains palmées. Mais qui ne veut pas qu’on trouble sa tranquillité… Alors la présence humaine, parfois… Ça, c’est mon avis actuel : à l’époque j’étais terrifié et j’ai eu peur des hommes-grenouilles pendant bien longtemps. Quand je vois un homme-grenouille : « ouh ! ». D’ailleurs, y en a un qui m’a dit une fois, « Jean-Jacques, est-ce que ça te plairait que je te passe un film avec des hommes-grenouilles ? ». Ah non, non, non ! Jamais !

La belle et la bête (Jean Cocteau) : Ah ça c’est un classique. Je dirai que Jean Cocteau, c’est tout d’abord un poète, un écrivain, et je dirais que Jean Marais était porteur de masque ! Parce qu’il a fait d’autres films où il était masqué : Fantômas, Le masque de fer… Et c’était à mon avis, plus qu’un ami à Jean Cocteau. Il y avait une relation entre eux. La belle et la bête m’a impressionné pour le port du masque de Jean Marais qui était très bien fait -je ne sais plus qui l’a fabriqué ce masque-, mais pour l’époque, en 1946, c’était im-pre-ssio-nnant ! Très impressionnant.

New York 1997 (John Carpenter)  : Avec Snake Plissken… C’est qui l’acteur qui jouait ça ? Kurt Russel… Moi, j’aime bien Carpenter, c’est un réalisateur de films d’action que j’aime, oui, oui. Il a fait d’autres films aussi, mais beaucoup de… Je ne vais pas dire films de transformations… Il y en a un autre, c’est Wes Craven qui, lui, fait beaucoup de personnages qui sont dans des morgues. Des morts, des couleurs… On dirait Le radeau de la méduse de Delacroix : la couleur du cadavre est dans ses films. Il doit avoir un fameux chef opérateur pour régler ses éclairages. Je dirais que je suis, bien sûr, quelques fois éblouit par le cinéma américain. Mais le cinéma américain des années 70/80 avait encore quelque chose de bon, celui de maintenant est truffé d’effets spéciaux, il n’y a plus de scénarios, enfin je ne sais pas !

La fiancée de Dracula (Jean Rollin) : Ah, j’ai eu l’occasion de le rencontrer. Je sais qu’il a fait des films avec des vampires, des femmes vampires. Je suis même pris en photo avec lui : je suis passé au Festival de Lille où on présentait des films de Jean-Jacques Rousseau et des films de Jean Rollin : c’était Jean-Jean. Jean Rollin, lui aussi tournait… Mais il était plutôt branché sur les films érotiques : des femmes nues, des histoires de mariniers, la Bretagne aussi -c’est sa région qui est représentée dans les films… Oui, c’est aussi un réalisateur qui s’est battu contre les grandes productions américaines et qui n’a pas toujours eu -malheureusement- sa place au niveau du cinéma commercial. C’est comme Jean-Pierre Mocky qui se bat aussi pour son cinéma, à Paris, Le Brady -je ne sais même pas s’il existe encore.

Recueilli par Jenny Ulrich

Le site de Jean-Jacques Rousseau : http://homeusers.brutele.be/infojjr/

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