Journal d’un CUTien à Cannes (saison 1, ép.8)

22 Mai

Benecio Del Toro dans Che (de Steven Soderbergh)

Très courte journée en raison des mélanges de mixtures absorbés la veille. On démarre néanmoins de façon très professionnelle avec l’enregistrement d’une interview, pour Radio Judaïca, médium qui nous fournit l’accréditation tant désirée cette année. C’est la voix un peu rauque qu’on chronique la première moitié de la compétition et les espoirs à venir dans la sélection officielle.

Il n’est que temps de découvrir, en projection publique et avec l’équipe du film, l’un de ces espoirs de la compétition, La Mujer sin cabeza de Lucrecia Martel. Apparemment sifflé en projection de presse, le film argentin ne fait aucun cadeau à ses spectateurs. La cinéaste part d’un point de départ suffisamment dramatique : une femme en voiture écrase un chien après un moment d’inattention. Elle va peu à peu se persuader qu’elle a écrasé un enfant. Sur cette piste narrative, la réalisatrice de La Cienaga évite soigneusement tout rebondissement dramatique. Chaque piste est désamorcée, au profit de scènes quotidiennes, contaminées par l’angoisse sourde du personnage principal, flirtant parfois avec le fantastique. Intrigant. A l’inverse des journalistes, le public semble conquis et applaudit à tout rompre à la fin de la projection.

On change de registre, mais pas de langue, avec Che de Steven Soderbergh. Début du marathon avec une queue d’une heure pour avoir une chance de rentrer à l’une de des deux projections de presses. L’attente est égayée par un coup de téléphone de Marc Spieser de Radio Judaïca qui nous informe tout contrit que l’enregistrement du matin n’a pas fonctionné. Qu’importe, on en improvise un deuxième au milieu d’un brouhaha généré par deux cents personnes… On rentre enfin, prêt à aborder les 4h28 de projections consacrées au Che. Les gentils organisateurs du festival on néanmoins prévu des bouteilles d’eau et des barres chocolatées pour l’entracte qui sépare The Argentine et Guerilla, les deux films distincts de Soderbergh. A la sortie de ce diptyque, on est épaté par les conditions de productions de ce projet hors normes et par les conventions qui guident son contenu de bout en bout. Tournée avec un nouveau modèle de caméra vidéo haute définition haute définition par un cinéaste et un acteur américains, en espagnol, avec des capitaux français et espagnols cette production est une véritable étrangeté hollywoodienne. Pour continuer avec les bizarreries, le film n’a pas encore trouvé officiellement de distributeur américain et sortira en octobre et novembre en France sous la bannière de la filiale française de Warner Bros., société américaine. Tout cela est beaucoup plus compliqué que l’œuvre en elle-même, véritable enluminure christique consacrée au guérillero cubain. Entre deux leçons de catéchisme révolutionnaire, le Che (campé par un Benicio Del Toro assuré d’emporter un Oscar l’année prochaine) mène la bataille pour libérer Cuba de Batista dans le premier opus et monte une opération de guérilla pour installe la révolution en Bolivie dans le second. Chef sérieux et charismatique, mais également médecin toujours prêt à soigner ses hommes ou les paysans qu’il rencontre, le Che décrit par Soderbergh et Del Toro ne possède aucune zone d’ombre à l’écran et ce film qui en apparence détonne dans le paysage cinématographique américain actuel, finit par rappeler les énormes biographies de personnages célèbres dont Hollywood a toujours été friand. Le cinéma américain, entre tradition et modernité…

La modernité est très certainement revendiquée par Surveillance de Jennifer Lynch, fille de son célèbre David de papa, qui court tant qu’elle peut sur les traces de Lost Highway et Twin Peaks. Qu’importe, la séance est l’occasion de deviser avec l’ami Philippe Lux qui repart déjà demain. L’occasion de dormir aussi, par intermittences, car il est quand même 1h du matin.

De notre exilé spécial au festival de Cannes : François-Xavier Taboni

Liste des films de la Sélection officielle – en compétition : cliquez ici

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5 Réponses to “Journal d’un CUTien à Cannes (saison 1, ép.8)”

  1. Hervé jeudi 22 mai 2008 à 210917 #

    Une caméra « haute définition haute définition »… Waah ! On n’arrête pas le progres progres :D

  2. Sylvain vendredi 23 mai 2008 à 20218 #

    Décidément ce Soderbergh sait toujours nous surprendre. Ses projets pour l’année prochaine le confirment : un monumental «Arafat» en trois partie avec la star montante Shia LaBeouf dans le rôle titre (on parle aussi de Kirk Douglas dans le rôle du cheich Yacine, mais ça reste à confirmer).

  3. Ak Otéd'laplaq' vendredi 23 mai 2008 à 140215 #

    « un nouveau modèle de caméra vidéo haute définition haute définition ! »
    « Woh ! On n’arrête pas le progres progres :D »

    il sont coupant a CUT !

  4. Ak Otéd'laplaq' vendredi 23 mai 2008 à 140216 #

    Amalric aurai été pas mal dans le rôlle.

  5. Hervé vendredi 23 mai 2008 à 140226 #

    Je dirais même plus, on est tranchant :
    « ca va trancher, chéri » (from la Cité de la Peur)

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