Les révoltés de l’an 2000 (de Narciso Ibáñez Serrador)

10 Juil

Pour quelqu’un qui a encore une tonne de films à découvrir, qui commence seulement à plonger dans les joies du cinéma fantastique espagnol, il est difficile d’étaler une intro (ou un article) vraiment calibrée. Surtout lorsqu’il s’agit d’écrire sur un film comme Les révoltés de l’an 2000

Un couple d’anglais, Evelyn et Tom, partent en vacance en Espagne. Evelyn est enceinte, non pas d’un premier, mais d’un troisième enfant (les deux autres sont restés en Angleterre) avec Tom. Pour échapper au vacarme de la ville, le couple de touristes décide d’aller sur la petite île d’Almanzora. Enthousiasmé par le calme de l’île, le doux couple découvre des rues désertes que seuls quelques enfants parcourent. Il ne tardera pas à réalisé que ces enfants massacrent tous les adultes qu’ils croisent et à essayer de s’échapper.

C’est avec une certaine curiosité insouciante, une absence quasi-totale d’appréhension, juste une envie de voir ce que l’un des réals des Peliculas para no dormir (sorte de Masters of Horror en bien mieux) avait fait auparavant, que j’ai glissé le dvd des Révoltés de l’an 2000 dans un lecteur pour, au final, me retrouver au tapis, complètement sonné par la claque cinématographique que je venais de recevoir.

Presque inconnu dans notre cher pays, interdit dans d’autres, censuré sur sa terre natale, Les révoltés de l’an 2000 détourne les attentes du public et les codes « clichés » du genre avec une maîtrise, une simplicité et une beauté mystérieuse qui force parfois l’admiration. Laissant de côté l’inquiétude habituelle que peut inspirer la nuit et les effets de caméra ou autres coquetteries qui auraient été inutiles ou grossières, c’est avec sobriété que Narciso Ibanez Serrador filme, en plein jour et sous un soleil étouffant, son couple traqué. L’ambiance et la mise en forme du film ne permet pas au spectateur de se laisser fondre dans l’aisance ou la passivité et le laisse plus proche de ses craintes profondes et ses questionnements par rapport à ce qui se déroule sous ses yeux.

Loin d’être dépourvu de tout propos, le film pose une réflexion intéressante sur le rapport de l’adulte avec l’enfant. Il démarre d’entrée avec des images (dures) d’archives relatant les principales guerres qui se sont déroulés lors du 20ème siècle (seconde guerre mondiale, indo-pakistanaise, Viêt-Nam…) en donnant le nombre total des victimes (retrouvées) pour chacune (dont la moitié sont constamment des enfants) pour constater ou nous ouvrir les yeux sur un « détail » : peu importe la guerre et sa cause, les enfants en sont toujours les premières victimes. Non pas qu’ils en sont les uniques, mais bien les plus innocentes. Innocence que seul l’adulte prend souvent plaisir à souiller, à pervertir.

Pour raconter son film, Serrador se base sur deux questions : Qu’est-ce qui se passerait si les enfants en avaient marre et décidaient de se retourner contre les adultes ? Et surtout, qui pourrait tuer un enfant ? (cette question est d’ailleurs le titre original du film) Dans son film, Serrador répond plus ou moins à ces questions sans pour autant dévoiler le comment et le pourquoi des actes de ses personnages et prend compte de la cruauté inconsciente dont l’enfant fait souvent preuve en général, de la lâcheté et l’égoïsme que l’adulte – pourri par un système capitaliste sans avenir – a à son égard, et du « rebelote » qu’exprime toute guerre, pour arriver à un final des plus pessimistes. En bref, le propos des Révoltés de l’an 2000 va bien plus loin que son réalisateur ne veut le croire.

Pour la première fois en dvd en France, le film se gratifie d’une belle édition avec des bonus nourris principalement d’entretiens. Et ce sont surtout ceux signés par Wild Side qui demeurent les plus intéressants pour la dose d’informations qu’ils offrent. Pour les nul(le)s en histoire (comme moi), c’est bien dans ces bonus qu’on peut comprendre pourquoi un film comme Les révoltés de l’an 2000 est novateur – pour son pays et son époque –, intemporel et à quel point – grâce à seulement deux long-métrages – Narciso Ibanez Serrador (homme de télévision très reconnu en Espagne) aura influencé une nouvelle génération de réalisateurs espagnols qui ne démentent pas leurs « origines ».

Rock Brenner

(¿Quién puede matar a un niño? Dispo en dvd Zone 2 chez Wild Side. Bonus : Entretien avec Narciso Ibanez Serrador ; avec José Luis Alcaine (directeur de la photo) ; « Serrador vu par… » Guillermo Del Toro, Juan Antonio Bayona, Jaume Balaguero & Paco Plaza ; l’histoire du cinéma fantastique espagnol par Jess Franco, Jorge Grau, Jacinto Molina/Paul Naschy et l’historien Emmanuel Vincenot ; galeries photos ; filmographie ; liens internet. 1976, espagnol, int-16ans.)

P.S. Détail concernant les langues disponibles sur le dvd : il se trouve qu’à l’origine, Serrador avait réalisé son film en deux langues : anglaise et espagnole, mais les distributeurs espagnols de l’époque, envahit par une paranoïa bien conne, ont refusé de croire que le public accepterait de voir un film parlé en deux langues différentes (même si les dialogues anglais auraient été sous-titrés) et ont donc réalisé une version intégralement parlée en espagnol. Et c’est cette version là qui est collée sous le nom de « vo » sur le dvd. Donc (pour une rare fois), il est préférable de regarder la vf qui est plus conforme aux souhaits du réalisateur. (Cette info est repiquée du Mad Movies de juin 2008, mais comme je n’ai pas l’article sous les yeux, que des kilomètres me séparent de l’exemplaire et que ma mémoire ne fait pas partie des plus brillantes, je suis donc dans l’incapacité de faire une simple citation. Désolé.)

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6 Réponses to “Les révoltés de l’an 2000 (de Narciso Ibáñez Serrador)”

  1. Boyan vendredi 11 juillet 2008 à 80858 #

    Ouaouh!
    Ça fait envie !
    Tu me prêtes le DVD Rock ?
    Boyan

  2. mathias vendredi 11 juillet 2008 à 90912 #

    C’est bien tu t’es gardé les meilleurs réalisateurs fantastique espagnol pour la fin: Jess Franco et Paul Naschy.
    Ps: dans ton descriptif des suppléments: Jacinto Molina et Paul Naschy sont en fait une seule et même personne.

  3. rock vendredi 11 juillet 2008 à 111112 #

    Merci Mathias, ça prouve une nouvelle fois toute l’attention que je porte aux bonus que je regarde !

  4. Boyan dimanche 27 juillet 2008 à 111102 #

    Ah bon ? C’est pas le cas ?

    Merci pour le prêt Rock, qui m’a permis de découvrir Narciso Esteban Ibáñez Serrador, cinéaste fantastique des années 60 (à nos jours). Uruguayen d’après la base de données internationale d’un célèbre site de cinéma…

    Dommage tout de même pour ce générique d’intro; documentaire sur les enfants victimes principales et innocentes des guerres, famines et autres catastrophes. Même si il est intéressant en soi, il ne nous prépare pas à l’accueil de la fable.
    C’est un peu comme quand on nous dit « basé sur des faits réels ». On s’en fout. On est là pour qu’on nous raconte une histoire, et ce qui compte c’est l’émerveillement et la peur qu’on va ressentir dans l’immédiat. Et dans le meilleur des cas, la réflexion qui s’ensuit.
    Le générique ne parle pas des enfants-soldats, encore plus impitoyables que leurs grands frères dans la réalité; mais là je crois que le film s’en charge.

    Et donc heureusement, après avoir fait la vaisselle pendant le générique, l’histoire commence et c’est vrai que le film est bien foutu. En plus une histoire d’enfant-tueurs dans un cadre ensoleillé et chouette c’est décalé et déstabilisant.

    Tout ça me donne envie de voir un mystérieux film espagnol des années 70 qui traîne chez moi depuis un moment: El espiritu de la colmena (L’esprit de la ruche).

  5. rock vendredi 15 août 2008 à 121241 #

    Salut Boyan,

    De rien pour le prêt, ça fait plaisir.
    En ce qui concerne le long générique de début, au contraire, je trouve son entrée dans la fiction (le chant des enfants) très efficace. Serrador dit regretter ce début et aurait préféré le déplacer à la fin, mais je trouve que ça aurait été moins intéressant, car ça aurait été comme surligner la réfléxion du film, tandis qu’au début, ça reste bien mystérieux, je me suis senti un peu perdu, même gêné, je me suis demandé « Bordel, mais vers où il veut nous emmener ?? » et le film qui le suit y répond très bien et n’a fait qu’emplifier ces sentiments.
    Bref, moi ça me donne très envie de découvrir son premier film : « La Résidence ».
    En tout cas, content de savoir que t’as apprécié le film !

    Bien à toi.

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  1. Cinéphilies made in FEFFS « - samedi 4 octobre 2008

    […] Les révoltés de l’an 2000 […]

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