Journal d’un CUTien à l’Étrange (ép.5)

3 Nov

Arrivé avec un peu d’avance à l’Odyssée (environ 16h05 pour la séance de 16h), je découvre que le festival ne fait pas les choses à moitié : à l’occasion de la séance Jeune Public, l’Odyssée offre un petit goûter aux gamins ! Non seulement ça permettra à quelques uns de piquer une sieste durant la projo, mais ça leur évitera aussi de pénétrer la grande salle et d’y découvrir la fin sulfureuse de The Full Monty (non, il n’était pas projeté dans le cadre du festival), le fameux passage où la bande à Robert Carlyle monte sur scène pour déballer l’engin sous You can leave your hat on de Tom Jones que je me suis fais un plaisir de revoir. Ça m’a rappelé à quel point ce film était sympa, que le morceau You sexy thing de Hot Chocolate qui passe sur le générique de fin déchire vraiment et ça m’a presque fait oublier que j’étais surtout là pour regarder des dessins animés dans le but d’écrire le dernier épisode du journal CUTien à l’Étrange.

Les joyeux pirates de l'île au trésor

Les joyeux pirates de l'île au trésor

Je reprends mes esprits, croise l’unique spectatrice – une septuagénaire – de la séance de The Full Monty et prend place. Les gamins entrent, ainsi que la célèbre Jenny Ulrich avec une brique de jus d’orange sûrement piquée du goûter (oui, les CUTiens sont des gens qui n’ont pas peur de faire face à leur part d’enfance, ça me rend jaloux) et avec qui j’échange un signe de la main, puis le pas moins célèbre FX accompagné d’un bénévole que je ne connais pas qui se mettent à distribuer des compléments de sièges permettant aux gosses trop petits de pouvoir regarder l’écran sans qu’un obstacle ne les gênent (mon vocabulaire merdique m’empêche de nommer la chose, désolé), et c’est au tour du boss Philippe Lux de faire son entrée pour présenter le programme aux mômes shootés à Wall-E et Shrek. Il nous propose donc L’Antilope d’or de Lev Atamanov, dessin animé russe de 1954, et Les joyeux pirates de l’île au trésor d’Hiroshi Ikeda, dessin animé japonais de 1971.

Malheureusement pour le premier (qui est en fait un petit film d’une demi-heure qui parle d’un jeune indien qui rencontre une antilope capable de faire de l’or) la qualité du son et d’image était si mauvaise (d’après Lux, la bobine était emprunté à un collectionneur qui la gardait dans son grenier) qu’on pouvait songer aux soirées chaudes et cryptés sur Canal +, que la bobine s’est interrompue trois fois (la première fût couverte par les applaudissements d’un très jeune enthousiaste) et je ne suis parvenu à rentrer dans l’histoire. Pour le second, ça allait mieux ; on y parle de Jim qui tient une sorte d’hôtel, un chat-pirate arrive avec un coffre sous le bras, lui demande une chambre et de le prévenir si des gens bizarres passeraient dans le coin. Après l’attaque des gens bizarres, Jim découvre dans le coffre une carte menant à un trésor. Il décide de partir à l’aventure avec ses amis Otto le morse et Glan le rat, ils croisent une baleine et finissent par être capturer par des pirates. Les références abondent : Pinocchio, Merlin l’enchanteur, No Country for Old MenBref, un spectacle pour enfant à l’ancienne, mais qui m’aura laissé à côté de la plaque et imaginer ce que les deux gugusses de Las Vegas Parano auraient pu faire de cette séance… The Full Monty c’était quand même un putain de bon film ! (lorsqu’on a aucun sens critique en matière de film d’animation pour enfant, on se protège comme un peut…) Tout d’un coup, la célèbre Jenny Ulrich surgit à ma droite pour me prévenir que la petite salle n’attendra pas la fin de la séance Jeune Public pour démarrer la Clôture du festival. Je bondis de joie de mon siège pour descendre découvrir la suite du programme.

Salle bondée (la plupart du public finit soit sur des chaises, soit par terre ; « ‘Faut aimer le Cinéma » comme me l’avait dit le célèbre Greg) et c’est le célèbre Mathias Ulrich qui présente le court métrage Yûkoku de Yukio Mishima (1966). On apprend que ce qui nous sera présenté est une rareté, seul film de son réalisateur qui met en scène un « hara-kiri » – en gros un suicide ; ici celui d’un officier et de sa femme – et que ce qu’il y a de plus troublant avec ce film c’est qu’il annonce le suicide par « hara-kiri » du réalisateur lui-même quelques années plus tard. Le résultat est juste bouleversant. Bien qu’on puisse avoir du mal à rentrer directement dans le film (il est très lent et parfois un peu poseur), au qu’au final il demeure difficile à aborder, il parvient à envouter et à prendre aux tripes. Dépourvu de dialogue, principalement illustré par la musique déchirante de Wagner, Yûkoku offre ce qu’on pourrait appeler la beauté dans la mort et la vision d’une passion amoureuse qui va au-delà de la mort. L’émotion de la journée.

My Winnipeg

My Winnipeg

Puis arrive la projection du dernier film de Guy Maddin. Celui-ci présente les mêmes défauts que je trouvais déjà dans les deux autres longs métrages que j’ai vu de l’ex-peintre en bâtiment : Tales from the Gimli Hospital et The Saddest Music in the World, bien que leur démarche (revenir aux sources du Cinéma) soit intéressante et qu’ils offrent quelques beaux moments, ils m’ont semblé ennuyeux et creux. My Winnipeg est un « documentaire » réalisé dans le but de présenter la ville natale du réalisateur, réputée comme étant la plus froide du monde et cité des somnambules. Mais à mon sens, le film n’apprend rien, que ce soit sur Winnipeg (le jeune réalisateur Noam Gonick – petit protégé de Maddin qui avait apparu dans quelques uns de ses courts métrages dont Sissy Boy Slap Party – en avait fait bien plus avec une simple fiction, certes incomparable : l’intéressant Stryker) ou sur Maddin lui-même – car c’est entre autre de lui qu’on parle ici. Maddin fait juste un documentaire « à la Maddin », pour nous redire que le Cinéma d’avant était bien meilleur et nous ressasser avec sa quête obsessionnelle du ressenti de l’enfance. D’accord, ce n’est pas blâmable, mais Maddin finit plus par ressembler à un metteur en scène prisonnier d’un temps qu’à un artiste libre.

Nous basculons à nouveau vers la grande salle pour écouter les derniers mots (façon de parler, espérons-le) du festival par Philippe Lux qui a tenu à dédier cette édition au réalisateur Gerard Damiano – le mec qui a signé le mythique film X Deep Throat – qui vient de nous quitter dans l’indifférence la plus totale le 25 octobre. Il insiste aussi sur le fait qu’il n’est sûr de rien en ce qui concerne une quelconque nouvelle édition de l’Étrange. Puis vient le fringuant Rurik Sallé – rédacteur chez Mad Movies – pour offrir quelques abonnements à son magazine à quelques gagnants qui ne se trouvent être que des hommes absents. Rurik garde le sourire et se console en refilant un dernier abonnement au pif à une jeune demoiselle qu’il invitera à une danse du ventre qu’elle daignera de faire. « C’est aussi ça, l’Étrange Festival ». Lux invite tous les bénévoles sur le podium pour qu’on les couvre d’applaudissement – étrangement, les célèbres FX et Mathias étaient en plein milieu de la troupe, comme si le hasard les avait désigné comme leaders – et puissent être immortalisé par le célèbre Boyan.

Arrive ensuite le moment des projections : on fera l’impasse sur le court métrage Coupé Court de Pascal Chind, que Philippe Lux revendique comme un coup de cœur. Il parle d’un type de petite taille qui fantasme sur une blondasse pour qui la taille demeure un élément important. Même s’il reste très discutable en termes de réal, le film est bien trop marqué dans un environnement amerloque pour être crédible en tant que court métrage français et n’offre rien de très intéressant dans le fond.

Des idiots et des anges

Des idiots et des anges

La soirée et le festival s’achève sur une bonne petite surprise : Des idiots et des anges, film d’animation réalisé cette année par Bill Plympton. On y parle d’un homme banal un peu colérique sur les bords et client régulier d’un bar. Un jour il se réveille avec des petites ailes sur le dos qu’il essaiera de couper ou de dissimuler. Mais en vain ; les gens finissent par découvrir ses ailes et se moquent de lui tandis que d’autres voudront essayer de les lui voler dans le simple but du profit. Autre film dépourvu de dialogues aux couleurs très sombres, le film de Plympton est une sympathique métaphore de la bonté qui se cache en nous et qu’on n’ose dévoiler pour mieux se protéger d’un monde extérieur qui ne fonctionne que grâce au profit et à l’égoïsme. Un univers proche d’un Charles Bukowski dont la seule voix qui fait écho est celle du génialissime Tom Waits. Même si le film possède quelques passages lassants, il reste globalement une œuvre touchante, drôle et couillue.

Voilà, je m’essouffle, je ne sais pas comment finir ce texte. Il serait peut-être dommage de le finir sans remercier Philippe Lux. J’ignore ce qu’il a ressenti à la sortie de la dernière projection. Peut-être un peu de soulagement ? Une certaine mélancolie ? Mais en tout cas il pourra dormir sur ses deux oreilles : il aura fait découvrir au plus grand nombre possible des films appartenant à un Cinéma qui ne fait souvent que passer ou qui n’auront peut-être pas droit à une sortie dans le coin ou qui demeurent oubliés, ce qui me semble être tout simplement l’essentiel.

Rock Brenner

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11 Réponses to “Journal d’un CUTien à l’Étrange (ép.5)”

  1. Jenny lundi 3 novembre 2008 à 121202 #

    Dis donc, Rock, tu veux détruire ma réputation? Maintenant tout le monde va savoir qu’il m’arrive de boire autre chose que de la bière, c’est malin tiens…

  2. Greg LAUERT lundi 3 novembre 2008 à 130129 #

    Jenny, on sait surtout maintenant que tu piques les goûters des enfants.

    La délation va bon train, dans ces compte-rendus de Festival.

  3. Reda lundi 3 novembre 2008 à 140207 #

    Par terre et pietinné par Rurik Sallé même.
    (Un style amerloque ?)

  4. Boyan lundi 3 novembre 2008 à 180605 #

    Regarde où tu marches Rurik !

    Rock, je ne te suis pas pour Winnipeg, je trouve ce film loin d’être creux. J’y ai vu une vraie interrogation sur lui et une façon de faire ce film comme une expérience physique, en prenant des risques. En y ajoutant sa recherche formelle esthétique sur l’image.
    Par contre il a une manière de passer du coq à l’âne par association d’idée assez curieuse (pensons à un prochain Curieux Festival de Strasbourg).

  5. rock lundi 3 novembre 2008 à 180652 #

    J’entends bien (ou plutôt lis) ce que tu dis, Boyan, mais perso j’ai perçu cette expérience comme étant un peu vaine. Je ne remet pas en question les risques que Maddin prend dans ses films et respecte carrément sa sincérité de metteur en scène (une chose qui est sûre c’est qu’il ne fait pas ce métier pour le pognon !), mais ses interrogations, ses recherches et sa façon de les exposer ne me touchent pas.

  6. Jenny lundi 3 novembre 2008 à 200838 #

    Rurik il passait ses nuits au bar, à boire pas que du jus d’orange, ceci expliquant sans doute cela (et on continue à délationner!!!!!)

    Pour Maddin, je vois bien comment on peut ne pas accrocher à son style, même si moi, plutôt comme Boyan, j’adhère (j’adore, même -hop : formule)

    Et « Yukoku », que tu as parfaitement décrit, Rock, pour ceux qui l’ont raté, il sort en DVD et je crois que Mathias va bientôt nous en parler sur ce même blog.

  7. rock lundi 3 novembre 2008 à 210911 #

    Tiens donc, Jenny, apparemment tu fréquentais le même bar que Rurik… Le jus d’orange est un bon nouveau départ !

    Ah c’est cool pour « Yokoku », il aura donc droit à un article digne de ce nom !

  8. Reda lundi 3 novembre 2008 à 210944 #

    (un style amerloque ?)

  9. rock lundi 3 novembre 2008 à 221003 #

    Reda : j’entends la bande de beauf qui sort tout droit de « Grease », la vieille serveuse qui matte ses clients suspicieusement, les paysages à la Tim Burton, le protagoniste et son pote qui sortent d’un film de la Hammer (bon d’accord, c’est anglais ça…)…

  10. Reda lundi 3 novembre 2008 à 221032 #

    Ah ok tu veux dire de la caricature d’un certain ciné… pas faux. Mais bon j’en voudrais pas au réal de vouloir faire du cinéma même si ce ne sont ici que des archétypes inexploités :(…

  11. rock lundi 3 novembre 2008 à 221046 #

    Moi non plus ! Mais j’espère surtout qu’à l’avenir le fond sera mieux exploité pour faire oublier ce genre de détails…

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