[dvd :] Collection OSHIMA

22 Mar

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COLLECTION OSHIMA — L’obsédé en plein jour (éd. Carlotta)

paillardes

COLLECTION OSHIMA  — À propos des chansons paillardes au Japon (éd. Carlotta)

suicide

COLLECTION OSHIMA — Eté japonais : double suicide (éd. Carlotta)

soulards

COLLECTION OSHIMA — Le retour des trois soulards (éd. Carlotta)

Mettre le feu au pays. Nagisa Oshima ne s’est jamais caché de vouloir secouer la société nippone en appuyant là où ça fait mal. Déjà, dans ses oeuvres de jeunesse (cf. le coffret Trilogie de la jeunesse édité chez Carlotta), le cinéaste ne ménageait ni les jeunes, ni l’ancienne génération, ni les réactionnaires, ni les révolutionnaires. A tel point qu’il finit par se fâcher avec les studios de la Shochiku qui produisaient tous ses films. Dans les années 60, le voilà obligé de créer sa maison de production pour garder son indépendance, la Sozosha. La Shochiku continue un temps de garder un lien avec le réalisateur pendant les quelques années où elle distribue les films de la Sozosha. Jusqu’à la rupture définitive marquée par la sortie du Retour des trois soulards, comédie burlesque fortement polémique. Ses difficultés de tournage, de production et de distribution n’ont jamais empêché Oshima de réaliser les films qu’ils souhaitaient voir portés à l’écran. Tout au plus reconnaît-il avoir dû mettre sur pellicule quelques fictions de commandes, à l’époque où la Shochiku contrôlait tout le processus financier.

Comparées aux films de jeunesse, les quatre nouvelles oeuvres de la collection Oshima gagnent en force idéologique ce qu’elles ont perdu en spontanéité et en sensualité. Oshima s’y révèle plus abstrait, plus conceptuel, mais aussi plus pessimiste, sans rien perdre de son engagement.

Comme souvent chez Oshima, c’est la vie même qui l’inspire. Il tire ainsi d’un fait divers le sujet de L’Obsédé en plein jour. Entre 1957 et 1958, un homme viole et tue plus de trente femmes. Oshima se sert de ce drame pour définir un trio mortifère. Une question agite le groupe : se tuer soi-même ou tuer les autres pour survivre. Deux grands thèmes chers à Oshima traversent le film : la question de la sexualité et celle qui lie l’amour au commerce et à la notion d’échange. Le cinéaste choisit de ne pas donner d’explication à la passion qui lie la femme du tueur au criminel. Il privilégie ainsi les relations entre les personnages plutôt qu’une étude scientifique des liens qui les unissent.

Sexualité, crime et violence se retrouvent dans Eté japonais : double suicide qui ne présente qu’un seul personnage féminin. Dans un Tokyo irréel, moderne voire futuriste, une femme déambule cherchant tantôt à assurer ses besoins physiologiques, tantôt ses besoins sexuels. Tous les hommes qu’elle croisent refusent de se plier à son désir. Film concept, cette oeuvre envoûtante multiplie les images symboliques. Oshima en profite pour égratigner le drapeau national dans une scène quasi onirique ou des nageurs descendent un cours d’eau, portant à bout de bras l’emblème patriotique. Sans doute l’un des films les plus aboutis pour Oshima qui explorait là un univers poétique purement visuel.

L’idée d’un leitmotiv est reprise dans À propos des chansons paillardes au Japon. On y suit des étudiants et notamment un professeur dans leur vie faite de rencontres, de beuveries, et de chansons paillardes.  Un chant en particulier revient de manière lancinante et rythme le film. Il survient dans un contexte à chaque fois différent et change de signification au fur et à mesure que l’on avance dans cette oeuvre sans réelle intrigue. Cette fois, Oshima s’est plus concentré sur une vision ethnologique des milieux étudiants de l’époque. Pour lui, il semble que la jeunesse d’alors surinvestit l’imaginaire au détriment de la réalité qui se révèle toujours plus décevante que le monde du fantasme.

Rompant avec son style traditionnel, Oshima explore dans Le Retour des trois soulards le style de la comédie burlesque. Cette audace de forme ne change pourtant rien à ses préoccupations d’intellectuel engagé. Sur fond de gags plus ou moins bien amenés, il fustige le sentiment identitaire japonais. Trois étudiants nippons doivent, en effet, s’habiller en immigré clandestins coréens parce que ceux-ci leur ont dérobé leurs vêtements. Aux yeux de tous, les collégiens nippons sont des criminels étrangers, quoi qu’ils disent. Que penser d’une société qui fonde son identité sur des apparences ? Telle semble être la question posée par ce film ironique.

Ardue, choquante, grinçante, stylisée : chaque oeuvre d’Oshima surprend. Le réalisateur échappe complètement au cinéma contemplatif qui a parfois marqué les réalisateurs asiatiques. Ces quatre films qui viennent compléter la collection Oshima illustrent l’indépendance d’un artiste sans concession. Tous présentés grâce à des textes écrits par Charles Tesson, des Cahiers du Cinéma, ils prennent une place vraiment à part dans le monde cinématographique japonais.

Franck Mannoni

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Une Réponse to “[dvd :] Collection OSHIMA”

  1. Boyan mardi 24 mars 2009 à 130129 #

    « il semble que la jeunesse d’alors surinvestit l’imaginaire au détriment de la réalité qui se révèle toujours plus décevante que le monde du fantasme »

    Les choses ont bien changé depuis l’époque d’Oshima !

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