OSS 117 : RIO NE REPOND PLUS – Michel Hazanavicius

20 Avr

OSS 117

Que penser du 2e épisode des aventures d’Hubert Bonisseur de la Bath, alias OSS 117, meilleur agent secret français, incarné comme il se doit par le meilleur comédien français de ce siècle, Jean Dujardin ? Comme on est en démocratie, OSS 117 : Rio ne répond plus a droit à un procès équitable.

Les considérants

Comment faire l’économie du débat «Mieux ou moins bien que le premier ?» lorsqu’on en vient à évoquer le dernier OSS 117 ? Un film ne peut-il donc pas être apprécié simplement pour lui-même ? C’est l’éternel questionnement, propre à toutes les suites, à tous les remakes. Dans le cas d’OSS 117, il est même très difficile d’y échapper tant la barre avait été placée haut par le premier opus. D’autant plus difficile que les efforts conscients et délibérés de l’équipe du film pour se démarquer du premier sans pour autant le trahir apparaissent comme tels à l’écran.

Les pièces à conviction

Heureusement, dès le début du film, le public est rassuré : même sens de la répartie, même feu nourri de gags… et surtout, même immersion réussie du spectateur dans l’époque – les années 60 – grâce aux décors, costumes, automobiles et accessoires qui garnissent l’arrière-plan tout au long de l’aventure. Un souci du détail qui avait déjà contribué au succès du premier volet. Dès l’apparition du logo vintage de Gaumont, le décor est planté. Seul bémol, l’utilisation envahissante du split screen, si à la mode à l’époque qu’il en est devenu un marqueur visuel incontournable des sixties. Le réalisateur Michel Hazanavicius en abuse au point d’en arriver à un effet «œil à facettes», à mon sens beaucoup plus représentatif du design des années 90.

L’équipe du film s’est bien gardée de toucher au personnage. Comme dans Le Caire nid d’espions, Hubert Bonisseur de la Bath est toujours aussi ignorant, mais toujours incroyablement chanceux, à l’instar du Flashman de George MacDonald Fraser, capable comme lui d’accaparer tout le crédit d’un succès fortuit qui ne lui doit rien : idiot, mais malin, en quelque sorte. De ce point de vue, le personnage n’évolue pas d’un iota entre les deux films. C’est bien là toute la philosophie de Rio ne répond plus, comme vient le rappeler la bande annonce : «Le monde a changé… pas lui».

Le problème, c’est que ceux qui l’entourent n’ont pas beaucoup changé non plus. Le personnage de Dolorès, l’austère espionne israélienne, fonctionne comme un clone de Larmina dans Le Caire nid d’espions. Les redites ne manquent pas, même si elles sont bienvenues : le gag à la Scoubidou comme révélation d’une traîtrise, le labo secret de Von Zimmel qui rappelle l’«enregistroscope» du colonel Moeller, la poursuite de Von Zimmel sous la cascade, qui évoque celle du mystérieux assaillant aux poules dans la casbah… En revanche, Noël Flantier va sans doute beaucoup plus loin dans la surenchère que Lucien Bramard. Son accumulation des clichés antisémites en est le plus criant exemple. Il n’épargne rien à ses interlocuteurs du Mossad complètement médusés.

Pourtant, Rio ne répond plus n’est pas une simple transposition du Caire nid d’espions dans un autre décor. Ce nouvel opus laisse une part importante aux clins d’œil cinéphiles, dont le plus évident reste sans doute la référence plan par plan à La mort aux trousses à la fin du film. A part l’ambiance à la James Bond, je n’ai pas le souvenir d’une telle multiplication de références dans Le Caire nid d’espions. Tout se passe comme si le réalisateur, peu sûr de lui, avait senti le besoin de citer Hitchcock à l’appui de son film. Or celui-ci n’en a manifestement pas besoin.

La plus importante différence avec le premier volet, sinon la plus évidente, concerne l’aspect cartoonesque du film, établi dès la scène d’introduction : cette faculté d’échapper aux balles dans la fusillade introduit un élément «surnaturel» totalement absent du Caire nid d’espions. La scène du crocodile va dans le même sens. Indéniablement, cette différence provoque une certaine hétérogénéité dans la facture des deux films. On peut le déplorer. Ou pas.

Le verdict

Malgré ces quelques réserves, Rio ne répond plus reste une brillante comédie, un excellent divertissement. C’est déjà beaucoup, mais pas assez à mon goût pour rivaliser avec Le Caire nid d’espions qui, lui, restera un vrai chef-d’œuvre, quelque part entre Citizen Kane et Le septième sceau. Tout cela ne tient peut-être qu’à une seule raison : Le Caire nid d’espions est arrivé avant. L’effet de surprise n’a profité qu’à lui.

Sylvain Mazars

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Une Réponse to “OSS 117 : RIO NE REPOND PLUS – Michel Hazanavicius”

  1. Reda mardi 21 avril 2009 à 80851 #

    Tout cela ne tient peut-être qu’à une seule raison : Le Caire nid d’espions est arrivé avant. L’effet de surprise n’a profité qu’à lui.

    Ca veut dire que si quelqu’un qui les regarde en ordre inversé, le meilleur devient le deuxième ?

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