TRAILER TRASH 4.4

21 Avr

Enfer ! Les bandes, et ce qu’elles annoncent…

« The wilderness of Cameraland thickens »

4_4

Robert S., mon grand-père imaginaire, avait des sentiments mitigés vis-à-vis du cinéma. Il y allait beaucoup, pourtant, et sans discrimination. C’est de lui que ma mère tient son amour de Godard et Resnais, et c’est de lui que vient le mien pour Marker, la Hammer, L’étrange créature du lagon et autres productions Grindhouse et/ou souterraines. Papy disait en somme que le cinéma créait des mondes. Le problème étant que ces mondes se dégradaient dans sa mémoire, ne laissant qu’une sédimentation d’images, de clichés, de décors, de mauvaises répliques fleurissant sur les restes enfouis de quelques bonnes séquences. C’était une espèce de géologie cinématographique : une variante du « rien ne se perd ». Il discutait souvent de la question avec ses amis, des artistes comme lui, au Chateau Marmon sur Sunset Boulevard. C’était vers 1971 et Lindsay Lohan n’avait pas encore emménagé sur place. D’ailleurs elle n’était même pas née.

Il faut écouter ses grands-parents d’élection, car on ne les a pas choisis pour rien. Cette semaine, nous courons tous le risque de nous polluer l’inconscient avec des images psychiquement non biodégradables. En effet, l’imberbe insupportable Zac High School Musical Efron arrive sur les écrans. De peur qu’il ne revienne vous hanter dans plusieurs décennies, sans avoir été invité (un peu comme, me dit-on, Marlon Brando dans les flashs d’acide de Dennis Hopper), il vous faudra suivre les mesures de précaution suivantes : si vous croisez un cinéma, changez de trottoir. N’allumez pas votre téléviseur. Surtout, n’attendez pas de bus – il est partout. Et il a 17 ans – encore. Pour joindre l’insulte à l’offense on nous y a adjoint Chandler, horizon d’attente bouffi pour tous ceux qui n’auront jamais plus « encore 17 ans » mais qui, un jour, risquent bien d’en avoir 37. En somme, une calamité. Louez plutôt, je ne sais pas, Freaky Friday avec Li Le retour de la coccinelle Lo et la dame du poisson nommé Wanda (celle qui couche plus vite que son ombre dans The Fog de Carpenter). Ce sera sans doute tout aussi insupportable mais au moins elles auront, elles, des raisons génétiques d’être aussi lisses.

Continuons : Lorant Deutsch se perd sur un site néanderthalien. Lui et ses amis sont les victimes d’étranges prédateurs. D’après Humains, l’homme a toujours cherché à savoir s’il était seul dans l’univers (…) mais nous sommes-nous posés la bonne question : sommes nous les seuls êtres humains sur terre ? Et vous, serez-vous le seul homo sapiens dans la salle ? Je tremble d’impatience.

De Coco avant Chanel je ne peux rien dire, c’est la chasse gardée des présentateurs de journaux télévisés.

Par contre, il m’est permis de mentionner Jerichow, la bande annonce la plus intrigante de la semaine : des gens dansent sur la plage, marchent sur une falaise, et personne ne tient la main du spectateur. C’est peut-être risqué mais surtout très rafraîchissant.

Sinon, encore un remake d’un film de Wes Craven. Ces dernières années, les producteurs se sont dirigés à petits pas prudents vers le point sombre de sa filmographie, l’infernal et sadique Dernière maison sur la gauche. Personne (sauf Mark Kermode) ne semble avoir compris que ces films intolérables étaient intéressants à leur époque parce qu’ils étaient transgressifs. Le sont-ils encore aujourd’hui ? À vous de trancher. Personnellement je vais plutôt revoir La Source de Bergman. Ne vous avisez pas de me traiter de snob : c’est exactement le même scénario (si j’avais  re-17 ans je dirais pitch).

Le secret de Lily Owens prétend nous apprendre la vérité sur l’espoir, l’amitié, la famille, et ce, dans une grande maison rose (quelque part, j’imagine, dans le Sud des Etats-Unis). C’est à frémir. Et par pitié, que quelqu’un donne des hormones de croissance à Dakota Push Fanning. Ou au moins un biscuit. Elle commence à me faire peur.

Pour finir sur une note moins pessimiste, j’irai voir Les 16 de Basse-Pointe, un documentaire sur ce qui est considéré comme le premier procès du colonialisme aux Antilles, et Still Walking, parce que je suis encore sensible à la beauté et que, contrairement aux rumeurs, je n’ai pas un cœur de pierre.

Sur ce, je retourne à mon grand-père imaginaire, que je remercie pour tout : ses œuvres, ses écrits, son intelligence et la citation en exergue cette semaine.

Jakuts

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s