[cinéphilie :] Elie Chouraqui

22 Avr

elie-chouraqui

Elie Chouraqui (réalisateur) était récemment à Strasbourg pour présenter son film Celle que j’aime (sortie le 22 avril). L’histoire d’un petit garçon (Anton Balekdjian) qui déclare la guerre au nouveau compagnon (Marc Lavoine) de sa maman (Barbara Schulz).
Nous ne parlerons pas du film dans la prochaine émission de CUT la radio car celle-ci saute cette semaine (eh oui). Je n’avais de toute façon rien de positif à en dire. Pourtant, par le passé, j’ai bien aimé au moins un film d’Elie Chouraqui, Man on fire… Pour la peine, Man on fire fait (deux fois) partie de la liste des films qu’Elie Chouraqui commente ci-dessous.

Les parapluies de Cherbourg

Jacques Demy

Le plaisir absolu. C’était tellement gonflé, à l’époque, de faire un film avec des couleurs aussi flashy, où on est constamment à deux doigts du ridicule. On est tout le temps en train de se dire : c’est ridicule, il ne va pas le faire, et pourtant il le fait et ça marche. Et puis il y a ces deux filles qui sont absolument incroyables, c’est Catherine et Dorléac, ces deux sœurs… C’est le film qui aurait pu être la plus grande catastrophe de l’histoire du cinéma et qui est devenu une espèce de miracle de l’histoire du cinéma et je pense que c’est grâce à Demy et son talent.

Un monde à nous

Frédéric Balekdjian

Pas vu, mais je sais qu’Anton a joué dedans. En fait quand j’ai choisi Anton, au milieu de tous ses camarades qui étaient vraiment très nombreux, on m’a dit après qu’il avait fait un film avec son père. Et ça ne m’a pas étonné, parce que vous voyez, souvent les enfants qui ont le pouvoir, peut-être, de devenir de grands acteurs, viennent d’un milieu où ils comprennent très vite que le cinéma est un travail. Par exemple Charlotte Gainsbourg quand elle a fait Paroles et musique (NDLR : Elie Chouraqui, 1984), c’était une petite fille de 11, 12, 13 ans, je ne me souviens plus : alors elle était la fille de Serge Gainsbourg, de Jane Birkin, mais Charlotte, en dehors de sa sensibilité, de ses qualités, elle savait qu’elle venait sur un plateau pour travailler, que ce n’était pas juste pour rigoler. C’est toujours une grande différence, c’est ce qui fait souvent que les enfants deviennent de grands acteurs. Et Anton, il sait. Parce que son père est metteur en scène, qu’il l’a vu faire un film, qu’il était dans le film de son père et que ça n’a pas dû rigoler tous les jours.

Le village des damnés

John Carpenter

Ce sont des films qui me font toujours un peu peur… J’étais très friand de la peur au cinéma jusqu’à une certaine époque de ma vie, et maintenant, je trouve que c’est un peu réducteur la peur comme ça : faire peur pour faire peur sans qu’il y ait derrière quelque chose qui soit puissant et qui vous fasse réfléchir. Voilà, c’est des films que j’aime bien voir comme ça, un soir avec des copains, pour rire, en mangeant des frites, mais voilà, c’est tout.

Paris, je t’aime

collectif

Pas vu non plus, mais j’aurais bien aimé le faire, j’aurais bien aimé être dans cette histoire, parce que j’aime Paris, j’aime ma ville -c’est normal, je suis né là… Les films que j’ai faits à Paris, j’ai toujours fait en sorte qu’on voit bien cette ville et qu’on se rende bien compte à quel point je l’aimais et comme elle peut être merveilleuse autant qu’elle peut être désagréable parfois… J’aurais bien aimé faire un film sur Paris, oui.

Man on fire

Tony Scott

Pas mal. Pas mal… Je trouve que Washington était absolument merveilleux… C’est un mauvais souvenir pour moi, parce que je me suis un peu bagarré avec Arnon Milchan, le producteur qui m’a annoncé qu’ils faisaient un remake de Man on fire et qui ensuite m’a annoncé qu’ils étaient repartis du livre et que voilà… Ils se sont conduits d’une façon un peu, je ne vais pas employer de mots désagréables, mais disons d’une façon un peu cavalière avec moi. Mais bon, le travail de Tony Scott… Je sais qu’il y avait longtemps qu’il avait envie de traiter ce sujet : quand j’ai fait, moi, Man on fire dans les années 80, c’est lui qui devait le faire à l’époque… Je ne suis pas un grand fanatique du cinéma qui ressemble à un long film publicitaire, mais en dehors de ça… Voilà, quoi.

Man on fire

Elie Chouraqui

C’est un curieux souvenir Man on fire. Je trouve que c’est un beau film, un film grave, un film profond… L’acteur principal, Scott Glenn, je me suis rendu compte assez vite qu’il ne serait pas, avec toute l’amitié que j’ai pour lui parce que c’est un gentil garçon, qu’il ne serait peut-être pas à la hauteur du sujet. Je regrette de ne pas avoir eu un De Niro -d’ailleurs, je l’avais vu pour le film. Et quand De Niro a vu le film, il m’a dit « quel dommage que je ne l’ai pas fait ». Je pense qu’avec De Niro, Man on fire serait rentré définitivement dans l’histoire du cinéma parce qu’on a fait un travail avec toute mon équipe… C’était un film très lourd, très long… Mais je crois que s’il n’y avait pas eu Joe Pesci, s’il n’y avait pas eu Dany Aiello qui étaient les rôles secondaires, Brooke Adams… Je pense que le film aurait moins bien tenu parce que Scott n’avait pas cette dimension pour tenir un film de deux heures. Et je l’ai vu tout de suite, je l’avais dit à Arnon Milchan qui était le producteur et qui m’a persuadé du contraire, en me disant « de toute façon, on ne peut plus s’arrêter », alors que c’est lui qui avait voulu qu’on prenne cet acteur. C’est la grande leçon, c’est-à-dire qu’une erreur de casting peut entraîner la faillite d’un film. Et encore une fois : ce n’est pas la faute de Scott Glenn. Il a quelque chose de très fort Scott, ce fantastique visage, ce regard… Mais il y a des subtilités qu’il n’a pas su faire passer, dans le rapport avec la petite fille, qui à mon avis, ont manqué au film.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

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4 Réponses to “[cinéphilie :] Elie Chouraqui”

  1. Reda mercredi 22 avril 2009 à 101040 #

    Putain il a peur de rien Chouraqui ! Hahahaha !!!

  2. Boyan vendredi 24 avril 2009 à 200803 #

    Les Normands non plus n’ont peur de rien dans Astérix et les Normands.
    Que veux-tu dire par là ?

  3. Reda vendredi 24 avril 2009 à 200827 #

    Parce que ca dénote une méconnaissance incroyable de ce qui semble être son nouveau métier :
    – son commentaire sur le Carpenter : ok alors le mec n’a juste pas compris à quoi sert le cinéma, ce qu’il dit c’est digne d’un lycéen en rebellion qu’a tout compris à la vie
    – son commentaire sur le remake de Tony Scott : et il n’a rien compris à ce qu’est une mise en scène. Tony Scott ne fait plus d’esthetique clip (ou pas pub !) depuis qu’il a laché Bruckheimer (qui l’avait engagé pour Top Gun pour qu’il reproduise cette esthétique pop mielleuse). Il experimente même comme un malade sur les longues focales (un peu comme avait voulu faire McTiernan dans Rollerball). Chouchou ne sait donc même pas à quoi sert le cinéma, ni ce qu’est une mise en scène.

    Bon on s’en doutait un peu en voyant ses films hein.
    Mais le pire c’est la condescendance avec laquelle il traite Scott Glenn et pense qu’il aurait pu jouer un rôle dans l’histoire du cinéma.
    Faut le prévenir que même avec De Niro, un mec qui filme comme une bite ridiculiserait même sa meilleure prestation, alors qu’avec un vrai boulot de mise en scène, le plus monolithique des Steven Seagal serait impec.

    Mais c’est vrai que BHL a dit de son poto Kiki dans Le Point, avec le plus grand copinage que sa profession exige, qu’il était « un cinéaste à la hauteur des maîtres américains Kubrick, Cimino, Malick, Coppola ».
    Patrick Bruel soit loué !

  4. Dogmael mercredi 4 novembre 2009 à 111142 #

    Il semblerait que Chouraqui n’ait pas vu son propre film Man on fire avec un regard neutre.

    Ce film n’a d’âme que grâce à la présence de Scott Glenn et son jeu en retrait.

    Les adjuvants que sont Pesci et Aiello y ont parfaitement leur place, à condition que De Niro ne soit pas dans les parages, au risque de plagier Scorcese et donc de s’éloigner de la thématique du film, qui est celle d’un homme blessé qu’on utilise pour soigner des plaies.

    De Niro et Pesci sont modulables lorsqu’ils jouent séparemment. Mais réunissez-les, et ça devient Little Italy.

    Scott Glenn, lui est l’acteur qu’il fallait à ce personnage.

    Quant au commentaire : »Scott n’avait pas cette dimension pour tenir un film de deux heures. »

    Pour l’avoir vu plusieurs fois, ce qui manque peut-être à la mise en scène, c’est une intimité qui aurait probalement dû être croissante tout au long du film, par des plans plus serrés.
    Mais ça, Scott Glenn n’y est pour rien.

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