Le Président (1961) / Président (2006)

3 Mai

president

Le cinéma français est réputé pour sa frilosité en matière de politique-fiction. Mais, au moins deux œuvres font exceptions. Le Président, d’Henri Verneuil (1961), et Président de Lionel Delplanque (2006). La séparation chronologique des deux films homonymes fait contraster deux perceptions du pouvoir.

Dans Le Président de 1961, Henri Verneuil et Michel Audiard font preuve de clairvoyance sur la situation politique des décennies qui suivront. Le film montre un chef de gouvernement au cœur du désenchantement de la construction européenne après le rejet par la France de l’Europe politique (non-ratification de la Communauté Européenne de Défense en 1954) et la ratification du traité de Rome. Le président du Conseil (équivalent du 1er Ministre sous la Vème République ) est incarné par Jean Gabin, personnage idéalisé, sage, habité par l’intérêt général au-delà même de l’intérêt national. Il a vécu la guerre et s’apprête, avec son gouvernement, à proposer un projet de loi ambitieux pour l‘Europe. Face à lui, l’instabilité de la IVème République est utilisée par un opposant (Bernard Blier) afin de faire passer un autre texte en totale complaisance avec les groupes de pression. Dans un monologue, Jean Gabin dénonce une situation incroyablement proche des analyses politiques contemporaines. Une éloquence qui flirte avec la démagogie mais qui a le mérite de donner un coup de pied dans la fourmilière. Verneuil met en scène un fantasme de « philosophe roi » qui, dans une explosion oratoire, dit merde à toute une assemblée déchainée, « Il est fou, c’est un suicide! Non, c’est un adieu. »

Autre époque, autre vision dans le Président de 2006 où l‘ambition est ailleurs que dans le développement du contexte politique. Tout d’abord dans la réalisation travaillée de manière efficace et dynamique; fait suffisamment rare dans le cinéma français pour être signalé. En suite, dans la personnalité du président et les relations qui le lient à sa famille, ses collaborateurs et au peuple. Dans tous les cas, la manipulation est prédominante. Le personnage de Dupontel s‘amuse par exemple à répéter le même propos de stimulation managériale lorsqu‘il est en aparté avec un collaborateur; « Tu n’es pas le meilleur, tu es le seul. ». Delplanque met à nu le pouvoir tel qu’il le voit. Une gestion des affaires par les coups véreux et la realpolitik.

Au final, « La politique a sa source dans la perversité plus que dans la grandeur de l’esprit humain ». C’est face à cette formule de Voltaire que les deux présidents se distinguent. Celui de Verneuil la rejette, celui de Delplanque l’accepte. Syndrome d’une époque peut être.

Julien Bartoletti

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Une Réponse to “Le Président (1961) / Président (2006)”

  1. Boyan lundi 4 mai 2009 à 221042 #

    Grâce à ta critique j’ai regardé Président ce soir (de Lionel Delplanque) et j’ai été surpris par la qualité de cette œuvre.

    À la lecture politique on peut ajouter une lecture psychanalytique avec le meurtre du père et la rupture du lien entre le père et la fille. Ça enrichit sacrément le film.

    Dupontel est super dans ce rôle.

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