[dvd :] L’HÉRITIÈRE – William Wyler

7 Mai

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L’héritière, de William Wyler (éd. Carlotta)

« Plaisir d’amour ne dure qu’un instant, chagrin d’amour dure toute la vie » : c’est sur l’air de cette vieille chanson française réorchestrée par Aaron Copland, que débute L’héritière. Alors forcément, même si on s’est prudemment gardé le visionnage de l’introduction au film par Christian Viviani pour après, on se doute immédiatement que cette histoire ne va probablement pas sentir l’eau de rose et qu’on n’en ressortira pas avec un goût de guimauve sur le bout de la langue. On s’en doute d’autant plus qu’il s’agit de l’adaptation d’une pièce de théâtre tirée d’un roman d’Henry James, un auteur peu enclin à la mièvrerie…

L’héritière du titre, Catherine Sloper, est une jeune femme « médiocre, fragile et sans talent » selon son père. Si : Catherine est inutilement douée pour la broderie –tout comme Louis XVI avait, paraît-il, un don pour la serrurerie… Bref. Catherine vit à Washington Square, en compagnie de son père et de sa tante, veuve depuis peu. Les conventions de cette fin du XIXe siècle veulent que Catherine tienne son rang, qu’elle sorte dans le monde et surtout qu’elle se trouve un mari. Mais la pauvrette n’est pas fichue d’aligner trois mots, de danser sans piétiner son cavalier, ni même de choisir une robe qui la mette en valeur. Son importante dot n’y change rien : les hommes la fuient. Jusqu’au jour où le très séduisant Morris Townsend lui demande de lui accorder une danse, puis une autre, une visite, puis une autre ; jusqu’au jour enfin où cet inespéré prince charmant la demande en mariage…

La gourdasse Catherine, pur produit de son éducation, est interprétée par Olivia de Havilland, une comédienne bien plus intéressante que ne l’avaient jusque-là laissé penser ses personnages effacés – on se souvient d’elle en souffreteuse Mélanie Wilkes dans Autant en emporte le vent. Olivia de Havilland, dans le sillage de Bette Davis (qui, la première, s’était publiquement révolté contre la politique d’attribution des rôles par les studios) intente un procès à la Warner Bros. et le gagne : elle peut désormais choisir ses personnages. Adieu les emplois de gentilles filles auxquels son physique la prédestinait ! Avec L’héritière, Olivia de Havilland remporte un second Oscar de la meilleure actrice –le film est d’ailleurs largement récompensé et ce n’est que justice.

Dans son introduction que nous avons gardée pour la fin, le critique cinéma Christian Viviani revient sur la genèse du film, sur la liberté dont jouissait William Wyler à Hollywood, sur l’élégant classicisme de sa mise en scène, sur l’aspect quasi gothique des décors et de la lumière de L’Héritière… Il revient aussi sur l’injuste slogan « Abat Ford, vive Wyler » qui suscita quelques années plus tard le tout aussi injuste « Abat Wyler, vive Ford ». D’autres choses sont dites, mais on ne va pas toutes les répéter ici –d’autant que certaines déflorent un peu le film… La bande-annonce en revanche peut se voir sans trop de danger, donc en conclusion : la voici.

Jenny Ulrich

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