[cinéphilie :] Helma Sanders-Brahms

13 Mai

Helma Sanders-Brahms

Helma Sanders-Brahms (réalisatrice) était à Strasbourg pour présenter son film Clara (sortie le 13 mai). La Clara du titre c’est Clara Schumann (interprétée par Martina Gedeck) épouse du compositeur Robert Schumann (Pascal Greggory) et elle-même musicienne talentueuse. Le film commence avec l’arrivée du jeune Johannes Brahms (Malik Zidi) dans la vie de la famille Schumann, arrivée qui coïncide avec le prestigieux poste de chef d’orchestre que vient d’obtenir le timide Robert. Un poste pour lequel il n’est absolument pas fait : pour les sauver de la ruine Clara assure l’intérim au grand dam de l’orchestre…
Nous ne parlerons pas de Clara dans la prochaine émission de Cut la radio car celle-ci, cette semaine encore, saute… Helma Sanders-Brahms, réalisatrice Allemande surtout connue en France pour son film Allemagne mère blafarde (1980), travaille depuis longtemps dans les milieux artistiques, cinématographiques et a côtoyé plein de gens passionnants. Elle-même est très intéressante. Malheureusement, Clara est (de mon point de vue) un film raté, anachronique. C’est le retour au temps des co-productions Européennes fauchées des années 70, 80 et de leurs calamiteux doublages –pourtant assurés par les comédiens. En l’occurrence, des comédiens — Pascal Greggory, Malik Zidi — parfois splendides dans leur jusqu’au-boutisme, leurs outrances, mais qui ont, là, surtout tendance à flirter avec le ridicule… Aïe, balancé comme ça en trois phrases, c’est brutal… D’un autre côté, l’ensemble est si improbable qu’il s’en dégage –bien bien longtemps après la vision- un certain charme. Ou bien est-ce la rencontre avec la réalisatrice qui a joué rétrospectivement ? Bref, Helma Sanders-Brahms, partagée entre émotion et rires, réagit plus généreusement aux films suivants.

AIMEZ-VOUS BRAHMS ?
Anatole Litvak

Je l’ai vu il y a très longtemps… J’adorais Ingrid Bergman. Et c’est avec le jeune Anthony Perkins. J’ai beaucoup aimé ce film, à l’époque. Je l’ai revu récemment et je l’ai trouvé un peu moins fort que dans mon souvenir. C’était un peu difficile de s’imaginer que cette belle Ingrid Bergman, dans ce film, était regardée déjà comme une vieille femme ! Ça a beaucoup changé, je crois. Bon, c’est un beau film, intéressant, mais ce n’est pas un des films que j’aime le plus.

GABRIELLE
Patrice Chéreau

C’est un film que j’ai beaucoup vu. C’est un dialogue entre Isabelle Huppert et Pascal Greggory — donc Pascal qui joue dans mon film, Isabelle qui était prévue pour jouer Clara. Pendant neuf ans, elle était à mes côtés, avec une fidélité, un grand cœur. Finalement, ça n’a pas pu se faire parce qu’elle n’avait pas le temps qu’il fallait pour se préparer, tandis que nous il fallait qu’on commence le tournage au mois de juin ; elle pouvait être disponible seulement en automne et donc ce n’étais pas possible… Tout d’un coup, il fallait chercher une autre Clara. Voilà. Et j’ai trouvé Martina, elle a fait un travail incroyable. Je crois que même Isabelle dirait que, bon, c’est pas mal le travail qu’elle a fait Martina !

LA PIANISTE
Michael Haneke

Ah ça. Quand le film se faisait, on travaillait déjà sur Clara, elle et moi. Et elle me disait « Je vais faire maintenant La pianiste pour me préparer pour Clara ». J’étais à Cannes quand ça a été montré pour la première fois… Je n’oublie pas qu’elle (Isabelle Huppert) a fait une chose qui m’a beaucoup touché : elle portait une robe du soir brun foncé je crois, et elle avait une phrase de Johann Sebastian Bach écrite sur ses épaules nues, d’un bras à l’autre. Je lui ai demandé ce que c’était, mais j’ai oublié, je ne peux pas vous le dire… Mais c’était un souvenir tellement extraordinaire ! La petite fête après, c’était sur la mer, sur une sorte de pont : je ne reste jamais longtemps dans ces choses là, mais je suis venue pour lui dire que j’ai beaucoup admiré son jeu, que j’étais très touchée par le film. Et puis je suis partie juste après.

MOLIERE
Ariane Mnouchkine

Ariane. Ariane, c’est encore autre chose… Ariane, c’est une des personnes sur cette terre qui me sont très très très chères. Elle est pour moi, comme une étoile. Comme une étoile que je vois rarement parce que souvent le ciel est couvert. Mais si j’ai du temps et que je peux aller à la Cartoucherie, j’y vais et elle est là, et je m’assois à côté d’elle et on ne se parle presque pas, mais on peut passer, comme ça, des heures… Il y a une relation d’une profondeur extrême entre elle et moi. Et aussi avec ma fille. Quand elle a vu ma fille pour la première fois, c’était comme si c’était sa fille à elle. Et ma fille, qui était encore toute petite, je crois qu’elle avait quatre ans, elle a fait cadeau de son oreille à Ariane. Elle a dit « ma mère elle m’a, mais je te donne une oreille » ! Ariane, c’est la générosité en personne. Une générosité qui est à la fois artistique, physique, spirituelle, intellectuelle. Elle donne, elle donne, elle donne. Elle donne tout le temps. Juste penser à elle, ça me fait du bien. J’ai tellement envie de la revoir, les larmes me montent aux yeux.

LE GRAND SILENCE
Sergio Corbucci

Ah ça c’est un film qui s’est fait… J’étais toute jeune, et juste après je suis allée, pour la télévision allemande, faire des interviews des grands cinéastes Italiens de l’époque… Et Sergio, c’est une autre personne qui m’est très chère. Il est mort maintenant. Quel homme ! Bon, le grand cinéaste, c’était Pasolini, mais lui c’était aussi un être d’une générosité incroyable… C’est difficile à décrire, à dire surtout, ce que cet homme représentait pour moi. Il m’avait adopté, il disait que j’étais sa fille adoptive –et sa femme était d’accord, hein ! On allait tous les trois dans les nuits de Rome, par ici, par là. J’étais aussi souvent chez Laura Betti quand Pasolini était là, mais là c’était une autre atmosphère, c’était très haute classe d’intellectuels, il y avait Moravia, Straub, il y avait Bellocchio, il y avait Bertolucci, il y avait tous ces gens-là et c’était des débats incroyables, magnifiques… Mais cette chaleur de famille, de bien-être, de joie de vivre, c’était Corbucci. Il disait toujours « je fais des films pour le peuple, parce que j’adore les gens du peuple : je m’en fous de l’art, c’est toi qui va faire de l’art, c’est Pasolini qui fait de l’art ! Il y a des gens qui font de l’art, moi je ne fais pas de l’art, je fais des films comestibles ! ».

Propos recueillis par Jenny Ulrich

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