Journal d’un CUTien à Cannes (saison 2, ép.2)

15 Mai
Une petite soif ? La femme fontaine y pourvoit.

Une petite soif ? La femme fontaine y pourvoit

Non seulement les objectifs annoncés hier furent tenus (Tetro, Fish Tank, Thirst, plus un film bonus) mais cette journée est à marquer d’une pierre blanche puisque votre humble chroniqueur n’a dormi pendant aucune des projections. Il fallait que cela fut dit.

Enchaînons sans transitions sur le programme tant attendu : Tetro, de Francis Ford Coppola, fait l’ouverture de la Quinzaine des réalisateurs. Le réalisateur d’Apocalypse Now a expliqué un peu partout qu’il était ravi de se retrouver dans cette section destinée aux jeunes réalisateurs et au cinéma de recherche. Et Tetro, comme auparavant L’homme sans âge, se présente, dans son superbe scope noir et blanc, comme une véritable démonstration des multiples talents d’un cinéaste qui n’a pourtant plus rien à prouver depuis longtemps. Ce travail, certes brillant sur la forme pourrait paraître un peu vain, voire désuet (l’usage de la haute définition, la photographie et certains effets utilisés lors des flashbacks nous renvoient directement dans les années 80) s’il n’était mis au service de l’histoire parfois naïve, mais toujours touchante d’une famille d’artistes écrasée par la présence imposante d’un père très (trop) célèbre. N’oublions pas que Francis Ford est le papa de Sofia et de Roman, réalisateur de CQ et directeur de la seconde équipe sur Tetro. La présence dans la salle, pour une séance de questions-réponses, de Coppola père et fils et de la superbe Maribel Verdu, ne gâchent rien au plaisir d’avoir assisté à cet événement.

Retour ensuite sur le terrain de la compétition avec Fish Tank d’Andrea Arnold. Après une petite négociation suivie d’une discussion avec la sécurité du festival, on peut rentrer à la séance de 15h (qui n’est pas une séance presse, d’où la négociation) du film. L’un des plaisirs du festivalier est d’avoir tout à découvrir du film qu’il doit voir. Et c’est avec beaucoup d’intérêt qu’on suit le parcours chaotique d’une jeune fille issue d’un foyer monoparental en difficulté, pour parler comme un mauvais sociologue, dans l’Angleterre d’aujourd’hui. Et justement, c’est parce que la sociologie cède la place au cinéma qu’on est aussi admiratif du travail de la réalisatrice : de la magnifique composition des plans au travail avec la jeune comédienne, tout enchante dans ce drame social qui ne verse jamais une seconde dans le misérabilisme.

On aimerait être aussi enthousiaste avec le dernier film de Dario Argento, Giallo, mais il va être bien difficile de sauver grand-chose de ce thriller anémique, qui plus est présenté, quelle aberration, dans un montage expurgé de ses plans gore, pour d’éventuels acheteurs de la télévision. On sait pourtant qu’on retrouvera toujours les mêmes dans la queue du marché du film si le cinéaste se décide à tourner un nouveau film.

Si l’accès au film de Dario Argento fut plutôt aisé, même pour les journalistes, rarement en odeur de sainteté au marché du film, il a fallu mériter sa place à la projection de presse de 22h pour découvrir Thirst, ceci est mon sang (en photo), nouveau film Park Chan-wook présenté en compétition. Près d’une heure et demie d’attente devant la salle Bazin, toujours aussi surchauffée, ont permis de discuter le bout de gras et de découvrir quels trésors de ruses et parfois de bassesses certains journalistes sont prêts à déployer pour s’assurer une place dans le saint des saints. Après plus de deux heures de projection, on ne regrette pas son attente et on digère doucement la mise en scène très riche de Park Chan-wook avant de vanter les mérites de son formidable couple de comédiens sur la toujours accueillante terrasse du Pacte (voir la saison 1 en archive), bien fournie en bières et en barres chocolatées. Cette petite pause amicale ferait presque oublier le chemin du retour à 3h15 du matin sous une pluie persistante qui ôte un peu de glamour à notre séjour cannois.

Demain, entre autres, et si tout ce passe bien, Yuki & Nina de Nobuhiro Suwa et Hippolyte Girardot, Wake In Fright, un vieux et rare film de Ted Kotcheff (réalisateur de Rambo) dans la section Cannes Classics, et Taking Woodstock de Ang Lee. Et maintenant, bonne nuit, puisqu’il est exactement 5h du matin.

De notre envoyé spécial à Cannes : François-Xavier Taboni

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9 Réponses to “Journal d’un CUTien à Cannes (saison 2, ép.2)”

  1. Elisabeth vendredi 15 mai 2009 à 140230 #

    Je reve d’aller au festival de Cannes. Pas pour les paillettes, mais pour voir tous ces grands films « tranquillement », sans rien en savoir, sans bande-annonce, sans promo.
    Voilà pourquoi ce journal de festival est chouette : il donne envie et ne tue pas le plaisir de voir les films.

  2. Reda vendredi 15 mai 2009 à 150348 #

    Pourquoi les journalistes ne sont pas en odeur de sainteté au Marché du film ?

    (c’est pourtant le seul interet du festival de Cannes, à quelques exceptions près)

  3. Jer vendredi 15 mai 2009 à 160410 #

    C’est parce qu’ils n’ont pas d’argent pour acheter les films et passent leur temps à faire de méchantes critiques qui ne sont pas bonnes pour le business.

  4. Fanny vendredi 15 mai 2009 à 160454 #

    Comme quoi bassesses ?

  5. Jer vendredi 15 mai 2009 à 170540 #

    Allez, Fx, crache le morceau. Dis nous ce que les représentants de cette sale engeance que constituent les journalistes sont capables de faire.

    Et rends-toi utile : chope-moi le numéro de Josie, merci.

  6. FX lundi 18 mai 2009 à 160458 #

    Reda, Jer a bien résumé la situation et il se trouve qu’une fois sur place, on se rend compte que les multiples sélections ont autant à offrir sinon plus que le marché du film, très alléchant au premier abord pour les amateurs de bis, mais qui montre aussi ses limites au bout d’un certain temps. Fanny, en ce qui concerne les bassesses, je te raconterai tout cela de vive de vive voix. Pour Elisabeth, enfin, on ne peut pas vraiment dire qu’on voit les films « tranquillement » ici, mais l’expérience vaut quand même le détour.

  7. Guy mardi 19 mai 2009 à 130119 #

    Vous aviez apprécié les derniers films d’Argento?
    Le film a été projeté en version coupée alors…

  8. FX mardi 19 mai 2009 à 160415 #

    Argento descend un peu plus dans mon estime à chaque film. Et celui-ci, même en version intégrale, me semble impossible à sauver.

  9. Guy mardi 19 mai 2009 à 160435 #

    C’est dommage il y a Adrien Brody et Emmanuelle Seigner,deux acteurs que j’aime bien…j’avais plutôt apprécié « The Card Player » et « Mother of Tears » pourtant assez controversés.
    Par contre je n’aime pas sa version du « fantôme de l’opéra »…ses épisodes pour la série « Masters of Horror » étaient cependant bien réussis.
    J’espère quand même le voir pour me faire mon opinion,mais en version intégrale si possible.

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