Journal d’un CUTien à Cannes (saison 2, ép.4)

17 Mai
Kinatay bon

Le festival de Cannes 2009 sera celui de la femme. Ou ne sera pas

Comme chaque année, certains films de la compétition sont plus attendus que d’autres et, de ce fait, il vaut mieux tenter la projection de 8h30 du film de Jacques Audiard, Un prophète. Malgré (précisément) 2h40 de sommeil, il est impossible de dormir devant ce thriller de 2h30 aux effets savamment maîtrisés. Mais le reste de la journée sera un peu plus difficile à gérer.

Audiard poursuit dans la veine du polar et signe un film sur l’univers carcéral, dans lequel un jeune Arabe, analphabète, est pris sous l’aile d’un truand Corse dont il devient peu à peu l’homme de main de prédilection. Le titre, énigmatique et la présence au scénario d’Abdel Raouf Dafri (créateur de La Commune, une des plus étranges et inquiétantes séries produites pour la télévision française) pouvaient laisser présager un brûlot politique sur fond de religion. Et il n’en est (presque) rien puisque le réalisateur de Sur mes lèvres signe en fait un excellent thriller, à peine déguisé, par quelques coquetteries stylistiques, en film d’auteur.

Kinatay (en photo), qui veut dire « massacre » en tagalog, autre film de la compétition, pourrait bien être l’inverse du Jacques Audiard ; c’est-à-dire un film d’auteur déguisé en thriller. Loin de nous l’idée de vouloir nier la personnalité du cinéaste français, mais quand celui-ci ce glisse avec brio (et une rare intelligence en France) dans les règles du polar, Brillante Mendoza travaille, lui, dans le cadre du thriller, voire du film d’horreur, pour le vider de sa substance et l’intégrer à son univers cinématographique, fait d’observation précise des comportements, parfois les plus anodins, de l’être humain. Ainsi, son film, qui décrit l’enlèvement d’une prostituée droguée et endettée, est-il dépourvu de toute notion de suspense, pour se centrer sur la trivialité des préoccupations des kidnappeurs, et sur les doutes de la plus jeune de leurs recrues, un élève en criminologie peu fortuné, qui vient de se marier le matin même. Ne laissant aucune issue à son personnage et aucun espoir à son spectateur, le réalisateur de Serbis pervertit toutes le règles du suspense, pour transformer son film en un long voyage dans une nuit de plus en plus étouffante. La photographie très sombre, la difficulté d’identification avec le personnage principal, complètement passif, et la construction du film, qui se déroule pendant un bon quart dans un minibus non éclairé, n’ont pas vraiment semblé satisfaire les journalistes présents lors de la première projection de presse. Certains confrères, qui avaient passé la plupart du film à discuter comme des enfants mal élevés, ne se sont pas gênés pour huer le film à la fin de la séance. On a les plaisirs qu’on mérite.

On parlera très peu de Mother, très attendu nouveau film de Bong Joon-ho, victime de notre courte nuit de sommeil, sinon pour dire, que, dans sa façon de faire surgir la comédie dans des genres qui ne s’y prêtent pas, le cinéaste poursuit avec cohérence son œuvre, assez représentative d’un certain cinéma d’auteur sud-coréen.

Maintenant que le sommeil est passé et après avoir failli voir un film au titre charmant, Run, Bitch, Run au Marché du Film, on peut faire un petit tour à la Quinzaine des réalisateurs pour découvrir un autre titre très distingué, La merditude des choses, de Felix Van Groeningen, chronique sociale au vitriol, adaptée d’un best-seller polémique. Entre humour et désespoir, le réalisateur dépeint la vie d’un adolescent, perdu entre son père et ses oncles dont la principale occupation est la consommation de bière au bistrot du coin. La sincérité du ton et l’énergie de la mise en scène, ainsi que la capacité du cinéaste à passer avec aisance du grotesque au tragique font le charme de ce film plus qu’attachant.

Ce soir, on se couche tôt (avant une heure du matin), car l’arrivée de quatre colocataires, dont la plus jeune a moins de trois ans, risque de chambouler un peu la vie de l’appartement.

Demain, si tout va bien, on parle de Vengeance (Johnnie To), Antichrist (Lars Von Trier) et probablement d’autres films bon enfant.

De notre envoyé spécial à Cannes : François-Xavier Taboni

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2 Réponses to “Journal d’un CUTien à Cannes (saison 2, ép.4)”

  1. Simon dimanche 17 mai 2009 à 190732 #

    Brillante Mendoza, Jacques Audiard… Capables du pire, surtout, et du meilleur, parfois!

  2. Aq' Otédlaplaq' lundi 18 mai 2009 à 70709 #

    hé mais tu na pa parrlét de vanjance !
    y’a johnni dedans tu sais ?

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