Journal d’un CUTien à Cannes (saison 2, ép.6)

19 Mai
vincere

Drôle de façon de jouer à « Dans quelle main est la pièce ? »

Au programme aujourd’hui, dans le désordre : un footballeur, un fasciste, un postier, un champion de combats de rues, des musiciens et des militants des droits civiques.

La compétition accueille aujourd’hui deux cinéastes européens « de gauche « , habitués des festivals internationaux. Pour des résultats très différents. Si l’idée de découvrir Eric Cantonna chez Ken Loach pouvait surprendre, voire séduire, la projection de Looking For Eric anéantit rapidement tous nos espoirs. Construite sur des effets de comédies usés et capitalisant honteusement sur le capital sympathie du célèbre sportif, la première partie du film reste néanmoins relativement distrayante. La suite des événements, tout aussi pauvrement écrite, sombre cette fois dans une intrigue policière hautement improbable, saupoudrée de mélo et de comédie, probablement pour essayer de plaire à tout le monde. Et ça marche : la salle est souvent hilare et le film généreusement applaudi à la fin de la projection.

Heureusement, quelques heures plus tard, on peut découvrir Vincere (en photo), le nouveau film de Marco Bellocchio, qui lui ne s’est pas reconverti dans le téléfilm familial. On pouvait beaucoup craindre du sujet du film, l’éloignement forcé puis l’internement de la maîtresse de Mussolini lors de la prise du pouvoir du Duce. Fort heureusement, le réalisateur La marche triomphale évacue toutes nos peurs en quelques plans. Faisant de son film un opéra moderne, toujours secoué par de superbes idées de mise en scène, le réalisateur casse la chronologie des événements et la possible reconstitution historique appliquée pour tracer un portrait saisissant d’Ida Alser, superbement incarnée par Giovanna Mezzogiorno.

Entre les deux événements de la journée, la peu d’intérêt qu’inspirent les sélections parallèles incite à faire deux escales dans les salles du marché. C’est l’occasion de rattraper une séance pour découvrir Soundtrack For A Revolution, présenté en première mondiale samedi 16 mai au cinéma de la plage (accessible à tous et proposant cette année une programmation autour de la musique). Ce documentaire très digne, sur la révolution des droits civiques aux Etats-Unis et son illustration musicale vaut justement pour ses intermèdes musicaux, où l’on retrouve Joss Stone, Wyclef Jean ou encore Richie Havens, mais surtout pour ses impressionnantes images d’archives illustrant les sit-ins destinés à ébranler le principe de ségrégation raciale.

Autre film, très différent, sur la communauté afro-américaine, Blood And Bone de Ben Ramsey (scénariste de The Big Hit de Kirk Wong), qui fait un peu revivre le cinéma de blaxploitation. L’acteur principal, Michael Jai White, qui est aussi cascadeur et champion de karaté, incarne, dans Black Dynamite, également présenté au marché, le personnage principal de ce pastiche d’un genre très en vogue dans les années 70. Mais on s’égare et s’il reste une chose à retenir de Blood And Bone, qui fonctionne sur des recettes scénaristiques datant du début du 7e art, c’est justement la prestation très physique du comédien, qui malgré une taille et une masse assez imposantes, sait se déplacer avec grâce et fluidité quand il s’agit d’éclater la tête de ses adversaires de coups de pieds bien sentis.

Mais tout cela ne remplit quand même pas une journée de cinéphile et on espère se consoler demain avec, entre autres, Étreintes brisées (Pedro Almodovar), Les herbes folles (Alain Resnais) et I Love You, Phillip Morris (Glenn Ficarra et John Requa). Si tout se passe bien, évidemment.

De notre envoyé spécial à Cannes : François-Xavier Taboni

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2 Réponses to “Journal d’un CUTien à Cannes (saison 2, ép.6)”

  1. Sylvain Mazars mardi 19 mai 2009 à 130154 #

    On croit savoir que Mike Leigh, autre figure du cinéma britannique « engagé », préparerait à son tour un film avec un ancien footballeur de renommée mondiale, rien moins que Pascal Nouma.

  2. Jer mardi 19 mai 2009 à 140256 #

    On a l’impression que Loach vieillit et commence à radoter. C’est dommage, il avait réalisé de bons films à une époque précédant la naissance de Franck Ribéry.

    On aimerait également en savoir plus sur Emir Kusturica et son projet de film consacré à Karim Benzema. Si cette rumeur courant à Strasbourg est fondée, bien entendu.

    Et on souhaite à Fx de bien se reposer et de nous livrer d’autres chroniques aussi passionnantes.

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