L’ÉTRANGLEUR DE BOSTON – Richard Fleischer

12 Juil
Boston

Gare à ta gorge mec !

Richard Fleischer s’est illustré au fil des décennies dans des genres très différents. De la série B des années 40 à la fantasy des années 80, il a traversé l’histoire du cinéma. L’étrangleur de Boston est d’abord une œuvre personnelle pour celui que l’on a longtemps caractérisé comme un artisan de talent. Mais il est surtout un film tourné à la jonction des époques et à l’aube des grandes audaces. Fleischer use de son savoir faire, et synthétise les genres, pour annoncer le thriller à venir, fondé sur son meurtrier et la fascination qu’il exerce sur l’audience. Très audacieux, cet Etrangleur est scindé en deux parties distinctes.

Dans un premier segment, l’auteur redéfinit Boston, les années 60, la terreur, et une enquête qui stagne, de fausses pistes en tentatives désespérées. Le split-screen, procédé alors inédit, agit comme une loupe sur la ville et ses habitants. Les fenêtres s’ouvrent sur un témoin, une victime, un suspect. Le ton est sec, l’approche réaliste.
Pour mener l’enquête, Fleischer choisit Henri Fonda, et ancre de fait son film dans une tradition du cinéma américain. Fonda, c’est Abraham Lincoln, c’est Wyatt Earp, c’est la force tranquille, la confiance de l’Amérique en sa justice. C’est LE héros Fordien, qui dans les années 60 n’a rien perdu de sa droiture, de son aplomb. Pourtant, celui-ci, bras armé de la conscience du peuple, s’enlise, échoue.

Et dans la seconde moitié du film, Fleischer introduit son étrangleur. Sans tour de force scénaristique, il offre le monstre à l’écran. Tony Curtis vampirise alors le film. Présenté en bon père de famille écrasé par la mort de Kennedy, le tueur dévoile peu à peu son modus operanti, et expose sa schizophrénie.

Les deux segments se raccordent, Fonda réapparait, mais il ne sera plus que le spectateur de l’horreur dévoilée. Curtis apporte au film sa modernité. En donnant de l’épaisseur au personnage, en se drapant des atours du guy next door gagné par la folie et le désespoir, il permet au film de prendre une nouvelle direction. Le whodunit que l’on pouvait attendre devient une étude de caractère, un regard porté sur un monstre bien commun.

L’étrangleur de Boston dépeint les années 60, mais amorce les années 70 ou le polar à conscience. Fleischer continue à creuser son sillon dans le cinéma du 20ème siècle avec une capacité d’adaptation tout à fait exceptionnelle.

Greg Lauert

Note : L’étrangleur de Boston est actuellement à l’affiche au cinéma Saint-Exupéry (à Strasbourg), dans le cadre de la rétro Secret Seventies. Pour découvrir la programmation, cliquez ici.

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