[cinéphilies :] Alain Guiraudie

13 Juil
Guiraudie ok

Alain Guiraudie a-t-il acheté des fruits ou des légumes ?

Le roi de l’évasion (au cinéma le 15 juillet) est le titre le plus classique jamais donné par Alain Guiraudie à l’un de ses films. Mais il ne faut pas s’y tromper, Le roi de l’évasion est bel et bien un film signé Guiraudie. Au cœur de cette nouvelle histoire, aux contours tristes d’un conte enchanté, une idée qui sonne comme un slogan : changer de peau pour mieux connaître son corps. C’est drôle, vif, follement sexuel et touchant. Le plus beau dernier plan de ce siècle ? Assurément.
Alain Guiraudie s’est prêté au jeu de la cinéphilie en nous livrant ses souvenirs et/ou impressions sur les films suivants. Attention, explicit lyrics : ça envoie du bois.

LES AVENTURES DE BILLY THE KID

Luc Moullet

Oh la la, Billy the kid, j’ai vu ça y a un paquet de temps. C’est bien le film avec Jean-Pierre Léaud. (Silence) Alors… Le souvenir que j’ai, c’est Léaud poursuivi par des indiens, enfin une histoire de chasse à l’indien dont Luc Moullet avait parlé à propos de Du soleil pour les gueux (le premier long métrage de Guiraudie, ndlr) : on ne reste pas trop loin de son poursuivant mais on ne l’attaque jamais ce qui devient très pénible pour le poursuivi qui finit par lâcher l’affaire. Et puis, je m’étais demandé où il avait bien pu trouver ces paysages en France… Après, c’est vraiment pas mon film préféré de Luc Moullet. J’ai souvenir d’un truc assez faible. Voilà, c’est vraiment les paysages. Et puis Jean-Pierre Léaud est loin d’être mon comédien préféré, faut dire. Il me semble qu’il y a d’habitude un humour plus fort chez Luc Moullet. Je me suis un peu ennuyé. Ce film m’est un peu passé au-dessus de la tête.

BATALLA EN EL CIELO

Carlos Reygadas

Ouais, ok… Alors ça, je déteste. Reygadas, pour moi, c’est… Enfin, je n’ai vu que ce film de lui. Mais il me paraît être la grande fumisterie de ce siècle. Et pourtant je me suis fait avoir, le mercredi de sa sortie j’étais au cinéma dès 14h. Je pense aussi, et ça je l’avoue humblement, que j’y étais aussi parce qu’il y avait la réputation de cette scène de fellation de la fille à un gros bonhomme. Batalla en el cielo est un film long comme un jour sans pain. Et puis j’ai dû lire le synopsis après le film, pour comprendre  qu’ils avaient perdu leur enfant et qu’ils en cherchaient un autre. On est dans un voyeurisme, une pornographie esthétisante… Tout ce film me paraît ostentatoire, assez vulgaire, même moche. C’est de la communication. Pour moi, c’est vraiment de la fumisterie Carlos Reygadas. Enfin, je parle pour ce film, mais je pense que ces autres films sont un peu de ce goût-là. Je suis très hermétique à ça.

LA GRAINE ET LE MULET

Abdellatif Kechiche

Ah, La graine et le mulet. (Silence) Je ne suis pas allé jusqu’au bout, je me suis arrêté au bout de deux heures. J’ai tenu parce qu’il y avait Hafsia Herzi qui était un peu mon rayon de soleil dans ce film. Déjà le filmage, le découpage, le montage m’ont très vite déplu et ennuyé. Tout m’a paru à côté de la plaque par rapport à ce que ça raconte. Je n’ai pas vu l’adéquation fond-forme. Et puis j’y sens une pointe de bon vieux racisme anti-français, de gauche. Les Français sont une bande de notables abrutis, une jeune femme hystérique et puis Bruno Lochet qui est un autre abruti. Ce racisme anti-français qui est bien de gauche et ça je déteste. Il y a dans ce film une grossièreté, une vulgarité et une impudeur qui me gênent vraiment beaucoup. Je devrais peut-être aller jusqu’au bout du film. Au moins pour voir la danse du ventre qui doit être aussi d’une obscénité assez ravageuse. Et bon, en même temps, j’avais beaucoup aimé L’esquive. Donc là, je sus tombé de haut. Mais il y a Hafsia Herzi, et elle est la grande découverte de ce film.

LA VIE DE JÉSUS

Bruno Dumont

Curieusement, Bruno Dumont est un cinéaste que je considère comme un des plus intéressants en France. Son approche de ce monde, de cette jeunesse, est fascinante. Il va, il ose, il va chercher ce qu’il y a à chercher. Il ne ménage pas ses personnages, il est assez âpre. La vie de Jésus et Flandres sont deux de ses films qui m’ont vraiment beaucoup plu. Bon, y a toujours ce côté un peu pénible chez Dumont : l’homme livré à ses pulsions, l’homme n’est que pulsions. Mais quand même quoi, merde, l’homme c’est aussi un être de désir. J’ai un peu de mal à le suivre sur ce terrain et sur celui des ploucs touchés par la grâce. Les gorets dans leur boue qui sont touchés par la grâce. Qu’est ce que ce mysticisme vient foutre là ? Les virages mystiques chez Dumont, ça me gonfle un peu. Il y a ça dans L’humanité d’ailleurs. Les Dardenne ont eu ça aussi, surtout avec Rosetta. Il y a une intensité dans le cinéma de Dumont dont je suis très admiratif… Un cinéma rigoureux. Mais qui conduit quelque part qui ne me plait pas. J’ai l’impression que c’est un cinéaste de droite. Pas sarkozyste, mais de droite.

NETTOYAGE A SEC

Anne Fontaine

C’est un film sans intérêt. Y a eu une petite promo autour de ça… C’est très faible, j’ai été un peu déçu, en plus j’aime beaucoup Stanislas Merhar. Le dispositif que met en place Anne Fontaine, de petits couples provinciaux un peu coincés. Ouais bon, c’est du téléfilm amélioré. C’est une chronique familiale tranquille dans laquelle on met un petit grain de sel. Et puis, la dernière scène est d’une vulgarité totale, quand il l’encule sur la machine à laver. Bon ben voilà. Et puis aussi le souvenir d’un film très moche. Et qui se moque un peu des petites gens. Grosso modo, un peu tout ce que je déteste dans le cinéma français.

LA CAGE AUX FOLLES

Édouard Molinaro

(surpris) C’est marrant ! Ah ouais, La cage aux folles. Y a plein de trucs qui m’ont fait marrer dans ce film, je me sus bien poilé. On est en plein dans la représentation hétéro de l’homosexuel. C’est un cliché ce que je dis. On est tellement dans la drag queen, dans le grotesque, dans le cliché d’une vision parisienne de l’homosexualité ; festive et avec des plumes. Je l’ai pris comme un truc qui fait marrer et ça m’a bien fait marrer. Ce n’est pas la peine que je parle d’homophobie… Le trait est tellement gros. Finalement, c’est pas mal foutue cette affaire. Y a une certaine tendresse pour les personnages. Je n’ai pas souvenir d’un regard méchant ou ironique. C’est un lointain souvenir quand même. A l’époque, on restait quand même critique par rapport à ce genre de films : homo à la campagne, pour moi, l’homosexualité n’a jamais vraiment été liée à la féminité. Pour moi, c’est un truc viril. La représentation que donne les medias de la gay pride en montrant les images des drags queens sur les chars. Pour moi, l’homosexualité ce n’est pas une envie d’être femme. Y a une partie du film qui m’a énervé, mais plutôt en tant qu’homosexuel qui défend certaines choses. Mais je n’ai pas l’impression que ce film prête le flanc à des rires malsains. C’est le premier film sur l’homosexualité, avec un tel écho.

Recueillis par Romain Sublon

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3 Réponses to “[cinéphilies :] Alain Guiraudie”

  1. Reda vendredi 17 juillet 2009 à 01229 #

    Tiens il est cool lui !
    Et les mecs arretez avec Moullet, le 2e monsieur « le travelling est une affaire de morale »… Pouah !

  2. Anonyme jeudi 3 mai 2012 à 231124 #

    racisme anti français dans la grène et le mulet ? c’est grave de dire ça. les arabes subissent le racisme  » ah oui mais eux aussi ils sont racistes, dis donc! » 0-0 tout va bien alors?

  3. Anonyme jeudi 3 mai 2012 à 231125 #

    et ouai je sais pas écrire la Graine ; j’écris la grène.

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