[dvd :] CASANOVA ’70 – Mario Monicelli

14 Juil
casanova70

Casanova '70 (éd. Carlotta)

Casanova ’70 (1965) est trop souvent présenté comme un film mineur, et dans la carrière du cinéaste Mario Monicelli, et dans le parcours de Marcello Mastroianni. Rien qu’avec ces deux noms au générique, on peut pourtant s’attendre à ce qu’une comédie à sketches, sans prétention, figure tout de même en bonne place dans l’histoire du cinéma italien. Certes, Casanova ’70 n’a pas l’envergure du Pigeon, autre film de Monicelli avec Mastroianni, mais il montre, peut-être même avec un peu d’avance sur son temps, un choc des cultures. D’un côté, les années 60 et la lente mais inexorable libération des femmes, de l’autre, une société sclérosée et machiste héritée de décennies, voire de siècles, de domination masculine.

Andrea, le personnage interprété par Mastroianni, et bien à cette croisée des chemins, et il vit douloureusement cette évolution des moeurs. Lui, le séducteur invétéré, ne supporte plus que les femmes lui cèdent trop facilement. Le voilà devenu impuissant, au sens propre comme au sens figuré. Le seul moyen pour lui de dépasser ce blocage consiste à se mettre dans des situations périlleuses, pour éprouver le grand frisson. La comédie s’articule comme un film à sketches, genre alors à la mode en Italie. On y suit Andrea dans différentes villes transalpines, croisant des femmes qu’il séduit avant de faillir totalement au moment fatidique. Dans un procès final, moment de bravoure de réalisation et de montage, Andrea devra répondre de son comportement devant toutes celles qu’il a tenté de mettre dans son lit.
Commandé par la producteur italien Carlo Ponti (Léon Morin, prêtre, Une femme est une femme), bénéficiant du scénario de Tonino Guerra (collaborateur régulier d’Antonioni) et de la musique d’Armando Trovajoli (La Ciociara), Casanova ’70 a donc un certain standing. On ne tombe pas dans les gags vulgaires des nanars à l’italienne qui ont eu aussi leur heure de gloire auprès du public. Andrea, un officier de l’OTAN se montre toujours en costume et séduit en gentleman manipulateur, lâche certes, mais smart. Il est entouré de Michèle Mercier et de Virna Lisi, notamment, icônes sensées représenter LA femme des années 70, qui n’a rien à voir avec «la ménagère de moins de 50 ans». À noter la présence de Bernard Blier dans un second rôle et du réalisateur Marco Ferreri, absolument irrésistible dans le rôle d’un mari qui fait semblant d’être sourd pour mieux surveiller son épouse.

Parmi les bonus proposés par Carlotta, on trouve une présentation du film par Grégory Valens, critique à la revue Positif, et aussi quelques scènes coupées. Le film est présenté en vost, ce qui permet d’entendre les personnages s’exprimer en sicilien dans un des sketches. Il est fréquent en Italie d’utiliser les dialectes comme un élément du récit, ici avec un effet comique. De même qu’un accent situe aussitôt un personnage, sa région d’origine et, bien souvent, tous les préjugés qui lui sont associés.

Précision qui a son importance, Casanova ’70 n’a pas grand chose à voir avec l’histoire du serial tombeur du XVIII<sup>e</sup> siècle. Il s’agit plutôt d’un titre aguicheur, publicitaire comme le suggère Grégory Valens, fait pour que le spectateur situe rapidement l’ambiance du film et fasse le lien avec l’image d’un Mastroianni qui, ici, ne se prend guère au sérieux et cabotine.

Franck Mannoni

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