LE ROI DE L’EVASION – Alain Guiraudie

15 Juil

Tu connais "Sensation fraîcheur" ?

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Comme l’avait souligné Romain dans sa petite intro à la cinéphilie d’Alain Guiraudie, le titre du film de ce dernier est le premier à être « banal ». Pas de repos pour les braves était un titre pas forcément inventif, mais il avait le mérite de sortir du lot. Malheureusement, le film n’avait pas le même calibre qui son titre : un début intéressant avec des dialogues ironiques, parfois existentiels, assez drôles, qui se poursuivait par une seconde moitié molle avec d’interminables courses-poursuites à la campagne filmés sans conviction laissant oublier les quelques enjeux existentiels mis en place dans la première moitié. Le Roi de l’évasion offre aussi son lot de courses-poursuites et de problèmes existentiels, mais cette fois-ci, il a au moins le mérite de ne pas trébucher méchamment en chemin.

En résumé, le film raconte l’histoire d’Armand, 43 ans, vendeur de matériel agricole, n’assumant plus sa vie de célibataire homosexuel. Un soir, il tombe sur Curly, une adolescente de 16 ans, qu’il sauve de l’emprise de quatre jeunes dégueulasses. Curly tombe amoureuse d’Armand et celui-ci remet totalement en question son homosexualité. Ils constituent un couple guère approuvé par leur entourage et décident de fuir en quête d’une vie meilleure où leur amour ne serait pas critiqué. Mais la vie n’est pas un conte de fée et rien ne se déroule comme ils l’auraient imaginé…

Partagé entre la réalité et le rêve, l’hypocrisie et l’acceptation de soi, Le Roi de l’évasion est un film atypique dans le traitement de son sujet. Les séquences (sexuelles) entre l’homme de 43 ans et la fille de 16 ans sont filmés avec distance et sans complaisance. Même si un brin de provocation volontaire est percevable, Guiraudie n’insulte pas son couple en esthétisant grossièrement leurs ébats sexuels, mais les filme avec simplicité et respect. Ce respect n’étant pas exclusif, car même les seconds rôles ont droit à un traitement digne de ce terme, que ce soit de leur personne ou de leur vie sexuelle.

Le film n’est pas hypocrite quant à la survie de ce couple « différent » : il demeure traqué, non toléré et laisse difficilement croire à une quelconque issue. Et pourtant, les personnages tolérant mal le couple du film ne demandent qu’à vivre une expérience qui leur sort de l’ordinaire et sont autant tordu sexuellement parlant (trois de ces personnages « bien pensants » se masturbent collectivement en pleine nature après avoir bouffé de la « dourougne » censée avoir l’effet d’un méga aphrodisiaque). Il y a donc deux types d’évasion dans le titre du film : celle qui fait prétexte à la trame du film et celle qui se construit par le sexe.

Là où Guiraudie semble patauger un peu, c’est dans son ambition à vouloir discuter d’une remise en question existentielle et de la renaissance de la libido à la quarantaine. Certes très intéressante en tant que telle, mais on se demande où Guiraudie veut en venir et le dernier plan du film, certes symbolique et drôle, laisse dans le flou. Le film est-il un hymne à la tolérance ou juste une légère blague ambiguë ?

Même si Le Roi de l’évasion peut se qualifier de différent dans le cinéma français, en terme de réalisation il transpire mystérieusement quelque chose provenant du coin… Quelques faux raccords et un montage parfois discutable sont heureusement oubliés grâce à la qualité d’interprétation de Ludovic Berthillot, la très attrayante musique de Xavier Boussiron et quelques partis pris de réalisation assez originales.

Si Alain Guiraudie était à rapprocher d’un autre réalisateur, ce serait Bruno Dumont (réalisateur de l’intéressante Vie de Jésus et du terriblement dérangeant Twentynine Palms). Un rapprochement assez curieux, finalement, si on récapitule leurs différences. Bruno Dumont multiplie les images symboliques, Alain Guiraudie ne se casse pas trop la tête avec ça. La philosophie de Guiraudie s’exprime essentiellement par les mots, tandis que Dumont l’exprime par les images. Guiraudie aime la musique, Dumont préfère le silence. Guiraudie est plus « Rock N’ Roll« , ironique, Dumont est plus sérieux, froid. Mais là où les deux cinéastes se croisent c’est dans leur passion à filmer la campagne (celle du Nord pour Dumont et celle du Sud-Ouest pour Guiraudie), leurs visages et leur mode de vie. Guiraudie et Dumont sont aussi deux cinéastes très existentialistes et parfois provocateurs, et lors de la sortie de leur film, le public est constamment partagé, rarement indifférent. En bref, deux réalisateurs français qui pourraient être à la fois les meilleurs potes et les meilleurs ennemis.

Rock Brenner

En salles à partir du mercredi 15 juillet.

2009. Français. Réalisation : Alain Guiraudie. Scénario : Alain Guiraudie et Laurent Lunetta. Production : Sylvie Pialat. Interprètes principaux : Ludovic Bertillot, Hafsia Herzi, Luc Palun, Pascal Aubert…

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Une Réponse to “LE ROI DE L’EVASION – Alain Guiraudie”

  1. JC vendredi 17 juillet 2009 à 150321 #

    J’ai vu Le roi de l’évasion! Ce film est un vrai film rebelle, qui inverse toutes les choses entendues, qui va à contre-courant de tout avec une douceur infinie. J’ai pris un grand ^plaisir à lire la cinéphilie et la critique, beaux compléments à ce grand film.

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