cinéphilie : Catherine Corsini

10 Août

Catherine Corsini

Catherine Corsini (réalisatrice) était à Strasbourg pour présenter son film Partir (sortie le 12 août 2009), soit l’histoire d’une femme au foyer prête à reprendre son emploi de kiné (Kristin Scott-Thomas), de son mari médecin (Yvan Attal) et de son futur amant ouvrier (Sergi Lopez) rencontré à l’occasion des travaux d’installation du cabinet de kiné dans la maison conjugale… Mais précision utile, cette histoire, à priori banale, est un flash-back et le film s’ouvre sur un coup de feu au milieu de la nuit (une référence à La femme d’à côté renforcée par l’utilisation d’une partie de la musique du film de Truffaut). Partir vaut avant tout pour sa mise en scène et son casting, même si les rôles dévolus à Kristin Scott-Thomas et Sergi Lopez sentent un peu le réchauffé à ce stade de leur carrière. On en retiendra donc essentiellement Yvan Attal, qui impressionne par sa capacité à se montrer tour à tour indifférent, orgueilleux, pathétique, effrayant…
Ceux qui le souhaitent peuvent écouter l’entretien minuté de Partir sur le site des cinémas Star et en attendant Catherine Corsini nous livre ses souvenirs et impressions des films suivants.

LA FEMME D’A CÔTE (François Truffaut) :
C’est évidemment un de mes films fétiches. J’ai la musique, toujours, dans ma tête, j’ai les sirènes des pompiers au début qui annoncent le drame, j’ai l’évanouissement de Fanny Ardant, j’ai des coups de téléphone raccrochés, j’ai… Les chansons d’amour disent des vérités, on a l’impression que c’est des choses idiotes, et en fait ça dit des choses extrêmement fortes et touchantes. J’ai cette chambre d’hôtel, j’ai… Voilà, c’est un film que j’ai dû voir une quinzaine de fois : je l’ai vu quand j’étais plus jeune que les acteurs, quand j’avais leur âge, quand j’étais plus âgée, et c’est un film qui à chaque fois me fait monter les larmes aux yeux.

L’ENFER (Claude Chabrol) :
Ah c’est un film que j’aime beaucoup. Je le trouve extrêmement jouissif, extrêmement pervers et puis Cluzet est formidable. Il y a quelque chose, il y a une folie : c’est ce qu’on aime chez Chabrol, quand il est comme ça… Il y a une satisfaction, un plaisir, de la jouissance… Et puis il y a tout ce truc de paranoïa qui monte qui est délirant. J’ai pensé aussi, évidemment, à ce personnage pour Partir : le personnage de Cluzet, ce jaloux compulsif, ce dingue.

INTIMITE (Patrice Chéreau) :
C’est un des films de Chéreau que j’aime bien. J’aime beaucoup les acteurs, j’aime la crudité et les rapports sexuels, comment ils sont montrés. C’est quelque chose où, tout d’un coup, je ne sais pas, est-ce parce qu’il tourne avec des acteurs qui lui sont étrangers : tout d’un coup il y a quelque chose qui se libère dans ce film… Et en même temps, il y a une manière de voir l’hétérosexualité comme quelque chose d’un peu… maladif ? Je ne sais pas, mais oui, je trouve que c’est un film très réussi.

L’AMANT DE LADY CHATTERLEY (Pascale Ferran) :
C’est la découverte de Marina Hands. C’est cette gravité. C’est ce roman que j’ai lu presque en cachette, quand j’avais 13 ou 15 ans, quelque chose comme ça… Enfin, ma grand-mère me l’avait donné, je crois, mais je me disais qu’elle avait dû se tromper, je sentais qu’il y avait quelque chose qui n’était pas pour moi… C’est de redécouvrir à travers le film toutes ces sensations que j’avais -inconnues, nouvelles. Je crois que c’est un des premiers livres érotiques que j’ai lu et qui m’a fait complètement fantasmer sur cet homme, justement.

WANDA (Barbara Loden) :
Ah mais c’est un de mes films cultes. J’ai donné la cassette à Emmanuelle Béart. Je me souviens très bien. J’avais lu l’article de Margueritte Duras dans les Cahiers du Cinéma, dans les années 83, 84 je crois, parlant de ce film. Et dans les Cahiers du cinéma, il y avait une grande photo de l’héroïne, donc de Barbara Loden, et ça m’avait tellement intriguée, j’avais tout fait pour voir ce film. Et j’avais été complètement bouleversée. C’est génial. En même temps c’est un polar… Je trouve que la scène où il lui demande d’aller chercher un hamburger et puis qu’elle revient, et puis qu’elle n’a pas fait exactement ce qu’il veut, parce qu’il n’y a pas les oignons (ou parce qu’il y a les oignons, je  ne sais plus), et qu’il le lui jette à la gueule… Enfin il y a des scènes qui sont… Je me souviens d’à un moment avoir faillit écrire un scénario avec Pierre Schoeller, il y a très longtemps : il y avait des scènes où on s’était inspirés de cette relation entre cet homme et cette femme, cette relation de dépendance et en même temps d’amour, et cette femme qui est livrée un peu à elle-même… C’est un film magnifique.

L’IMPORTANT C’EST D’AIMER (Adrzej Zulawski) :
Je me souviens de la salle où je l’ai vu, c’était au cinéma Ranelagh. Je me souviens qu’il y a des choses que je trouvais… J’avais du mal avec ce cinéma, je trouvais que c’était un peu… C’est drôle, à l’époque je trouvais que c’était un peu du cinéma dominant : ces acteurs connus, ces fantasmes. Il y avait des choses que je trouvais réussies, d’autres pas… C’est bizarre… Je n’y étais pas très sensible… Il y avait cette grande maison… Je l’ai vu, j’étais vraiment jeune et donc ces préoccupations, pour moi, c’était des préoccupations de, je ne sais pas, de gens chics… Il y a quelque chose qui me déplaisait et quelque chose que je trouvais très attirant et très fort, qui était évidemment du côté de Romy Schneider, dans son interprétation, son jeu, dans cette perdition. Et je crois que c’est en revoyant le film à la télévision, mais vraiment très très longtemps plus tard, que je l’ai vraiment apprécié. C’est bizarre d’ailleurs comment les films vieillissent, comment ils vous apparaissent à un moment, puis à un autre, comment on les refuse, comment on les aime, comment des fois, après, on est déçu par des choses qu’on a extrêmement aimées… -C’est ça que j’aime avec Truffaut, c’est que ses films, je ne sais pas pourquoi, je trouve qu’ils ne vieillissent pas, je les revois toujours avec autant de plaisir. Et sur L’important c’est d’aimer, c’est l’inverse : c’est un film que j’avais trouvé un tout petit peu mode ou cliché, un peu trop étrange pour être étrange… Quand je l’ai découvert j’ai trouvé que la forme était plus forte que le fond et ça m’a gêné, alors qu’en le revoyant, le fond m’est apparu. J’étais peut-être trop jeune pour le découvrir à l’époque. C’est un film vachement émouvant.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

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