Collection Lon Chaney: L’As de coeur

19 Août

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Entre 1919 et 1922, l’acteur Lon Chaney tourne pas moins de 24 films et acquiert, en quelques mois, le rang de star du grand écran. Les traits durs, le coeur sensible, il peut jouer les petites frappes comme les chevaliers servants. Passionné de technique et de maquillage, il participe activement à la genèse de l’oeuvre. L’As de coeur, filmé en 1921, est un petit trésor, car des 24 films proposés au public de l’époque, seuls 15 sont arrivés jusqu’à nous. Le film a été produit par la Goldwyn Pictures Corporation (le futur ‘G’ de la Metro Goldwyn Mayer, créée en 1924).

L’intrigue est adaptée d’un roman de Gouverneur Morris et l’idée maîtresse du film sera réutilisée à maintes reprises dans les polars et les thrillers du parlant. Une société secrète, qui s’érige en juge, a décidé d’éliminer de la société les individus qu’elle estime indigne. Elle signifie ses choix en faisant parvenir à ses victimes, une carte à jouer, un as de coeur. Lon Chaney, dans le rôle de l’activiste Farallone, joue, comme à son habitude, sur deux tableaux : le dur à cuire intraitable, et l’homme simple qui a bon fond.

Le nom de Farallone a été choisi avec soin. Au début des années 1920, les Etats-Unis ont connu une vague anti-communiste qui a déteint sur l’esprit des scénaristes. Ceux-ci avaient tout d’abord choisi le nom de Radovitch, qui cible immédiatement l’ogre russe. Au moment de la sortie du film, la tempête idéologique s’étant calmée, les producteurs ont voulu effacer ce parti-pris politique. Farallone s’est révélé beaucoup plus passe-partout.

La partition au piano, qui accompagne tout film muet qui se respecte, a pour fonction de participer au spectacle, de remplir l’espace sonore défaillant, de souligner le rythme de film et de renforcer les passages émouvants. Expérience intéressante : couper le son permet de se concentrer uniquement sur le jeu très expressif des acteurs. On comprend mieux que certaines vedettes du muet aient totalement manqué le passage au parlant. Avec l’avènement du son, la parole prend sur elle l’expression du sens et de l’émotion. La gestuelle se fait plus discrète et plus naturelle, n’exprime plus seulement le premier degré, mais tout ce qui relève des sous-entendus, des pensées cachées : un autre métier d’acteur.

Le dvd édité par Bach films offre, en bonus, un moyen métrage (35 mn), The Light of Faith, avec Lon Chaney en vedette. Il s’agit d’une adaptation d’un roman de William Dutley Pelley. Le long métrage d’origine, dont les droits ont été rachetés par une société spécialisée dans les oeuvres religieuses, a été raccourci et remonté. Lon Chaney y joue un voyou qui, pour guérir une femme de sa mélancolie, vole le Graal qui vient d’être découvert par un archéologue. La coupe qui, dit la légende, aurait recueilli le sang du Christ, est censé apaiser tous les maux. Détail amusant, dans la version originale, les vertus du Graal relèvent d’une habile escroquerie. Dans la version revue et corrigée, ne reste que l’explication mystique du miracle.

Toutes ces oeuvres sont présentées par Roland Lacourbe, critique et écrivain.

Franck Mannoni

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