Journal d’un CUTien au FEFFS (saison 2, ép.3)

18 Sep

Chute de la maison Usher

La journée commence avec deux épisodes de la série Corman-Poe: La chambre des tortures (1961) et La chute de la maison Usher (1960), que je n’avais pas revu depuis la glorieuse époque de la VHS passée à la moulinette du pan & scan (pour les jeunots nés à l’ère du 16/9, à qui les termes pan & scan ne diraient rien, ce procédé abominable, créé pour la télévision américaine, consistait à raboter les côtés de l’écran d’un film tourné en Cinémascope, histoire qu’il n’y ait pas ces horribles bandes noires en haut et en bas de l’écran de votre télé). Le plaisir de voir la brume, les toiles d’araignée et les zones d’ombre, érigées en cache-misère magnifiques et en formule de mise en scène systématique, s’étaler en format super large fut donc grand. Car c’est quand même bien là le plus grand tour de force de Corman, d’avoir réussi avec zéro budget et des planning de tournage très serrés, à torcher des oeuvrettes visuellement fort plaisantes et qui ne font pas trop pale figure face aux productions de la Hammer, conçues au sein de structures beaucoup mieux rodées et adaptées. Il est assez curieux de revoir La chute… et La chambre…, galop d’essai de la série Poe, à la suite l’un de l’autre, tant ils se ressemblent. Même ouverture, même construction du scénario – signé par le grand Richard Matheson dans les deux cas – même décors et même Vincent Price, cabotin de génie, en tête d’affiche.

Corman fera mieux plus tard avec Le masque de la mort rouge et Le corbeau, petite merveille d’humour et d’invention – ne le ratez sous aucun prétexte ! – mais le plaisir pris devant les déambulations des personnages, dans des couloirs et des souterrains délétères chargés d’histoires sinistres et de secrets bien gardés, reste sans prix.

Je fais l’impasse sur L’horrible cas du docteur X (1963) – qui m’avait laissé un souvenir mitigé – pour aller casser la croûte. The children (2008 – Tom Shankland), le film en compétition du jour, est une nouvelle preuve de la vitalité retrouvée du cinéma d’horreur britannique. On y assiste aux vacances de fin d’année de deux couples, qui vont tourner au cauchemar lorsque leurs enfants – atteint d’un mal mystérieux – vont se transformer en machines à casser de l’adulte. Les ficelles de scénario et de mise en scène sont grosses (mais qui se cache derrière cette porte ?Oh que cette musique stridente est inquiétante !) mais le film, qui a visiblement disposé d’un budget fort modeste, est relativement rythmé et efficace. Les gamins – des petits saligauds qui passent leur temps libre à vomir une bouillie jaunâtre, quand ils n’ont personne à tuer sous la main – sont inquiétants à souhait et les effets gore et horrifique sont plutôt bien dosés.

The children

Au bout du compte, le film s’inscrit dans la lignée des réussites celluloïdées mineures en matière d’enfants meurtriers, type Les tueurs de l’éclipse (1981 – Ed Hunt) ou Demain les mômes (1976 – Jean Pourtalé). Le débat avec Tom Shankland, venu présenter son bébé, se poursuit jusqu’à 22 h 30, ce qui repousse d’autant le début de la séance consacrée à la compétitions de courts-métrages européens. À 22 h 45, le public est encore en train d’attendre devant la salle, l’installation du matériel vidéo servant à projeter une partie de la sélection s’éternisant. Comme le gros malpropre impatient que je suis, je me lasse et fini par fuir lâchement pour aller m’enfiler un godet. Mais Sylvain aura l’occasion de sauver l’honneur de Cut samedi puisque, par bonheur, les courts repassent.

À minuit, le public est là en masse – la salle est comble, je verse une larme sur Baiser macabre de Lamberto Bava, qui l’année dernière à la même heure n’avait rallier qu’une petite poignée de couche-tard – pour la projection du classique de l’horreur canibalesque de Ruggero Deodato, le bien nommé Cannibal holocaust (1980). Après une présentation sympathique du sieur Deodato, le film démarre. Il fait chaud comme dans un four dans la salle 3 du Star et c’est dégoulinant de sueur que l’on se plonge dans l’enfer vert. Un procédé Castleien sournois mis en place par l’équipe du Spectre pour forcer le public à être en phase avec la jungle où évolue les personnages ! Pour un peu, on s’attendrait à voir débarquer un anthropophage dans la salle, coupe-coupe à la main.

Cannibal holocaust

Le film vieilli plutôt bien et propose même une ébauche de réflexion sur l’homme et la civilisation, un rien attendue mais malgré tout fort bienvenue dans une production aussi ouvertement bis. Mais sur cet aspect, Le dernier monde cannibale que Deodato réalisait en 1977, reste quand même plus efficace. C’est une copie française d’époque qui nous est projetée, plutôt belle vue son age vénérable et malgré des débuts et des fins de bobines en charpie. On se réjouit presque qu’une ou deux scènes snuff avec des animaux aient été coupé par la censure giscardienne. Le reste du gore est heureusement intacte et le savoir faire et l’efficacité toute italienne de l’oeuvre nous accompagne jusqu’à 2 heures – le film ayant démarré en retard, on se croirait à l’Étrange Festival.

Je laisse le clavier à Greg, qui nous fera un topo de la programmation d’aujourd’hui.

Mathias Ulrich

Publicités

4 Réponses to “Journal d’un CUTien au FEFFS (saison 2, ép.3)”

  1. Reda vendredi 18 septembre 2009 à 130142 #

    Tiens on ne m’en a pas dit du bien du Corbeau… C’est celui où apparait Jack Nicholson ?

  2. Marcel RAMIREZ vendredi 18 septembre 2009 à 140212 #

    Je kiffe ! (comme disent les djeunz) Ils sont forts au Spectre !

    Et moi, Le Corbeau, hé ben je l’ai en DVD, nananananèèèèreuh…

    P.S. Un « godet », ça veut dire que tu as bu de l’alcool en service ?!

  3. mathias vendredi 18 septembre 2009 à 150314 #

    Le corbeau, c’est bien avec Nicholson et comme c’est avant tout une comédie, les amateurs d’épouvante pure peuvent être désarçonnés.
    Ca joue beaucoup sur le plaisir de voir Price, Lorre et Karloff faire les cons. Ceux qui ne sont pas fan de ces trois monstres sacrés s’amuseront peut être moins que les autres…

    ps: je ne refuse jamais un verre en service.

  4. Reda vendredi 18 septembre 2009 à 170541 #

    C’est bien ça merci.
    Oui je sais que c’est une comédie qu’on m’a décrit comme une « farce bien lourde » ou « même Lorre y est embarrassant » et qui « montre que Nicholson n’a pas attendu le Jocker pour cabotiner ».
    Je crois que je vais passer mon tour et le mater si une occasion moins chère se présente parce que ça commence à faire mal au porte-monnaie.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s