Journal d’un CUTien au FEFFS (saison 2, ép.4)

19 Sep

feffs2009 004

Cette nuit, à très exactement 1 heure et 17 minutes, je me sens comme Vincent Price seul dans son bureau au commencement d’un film de Roger Corman. J’ai été bouté hors de la salle 1 du Star. Il faut croire que les séances de minuit connaissent un succès phénoménal cette année au FEFFS. Alien fait salle comble et j’ai donc une occasion prématurée de vous narrer dans le détail ma journée de cinéphile assidu.

Avant Price, il y eut Bronson. Mitraillette Kelly représente une des rares incursions de Roger Corman dans le film de gangsters. Si le manque de moyens apparait bien au détour d’un braquage hors champ, ou à l’écoute de cette musique déplorable, sorte de caricature des Roaring Twenties, il faut reconnaitre au film une belle qualité d’écriture et un ton singulier.
Bronson, dans un de ses premiers rôles, apparait comme une figure atypique du gangstérisme, comme un bad guy dominé par sa femme, obsédé par les signes de mort, violent mais pas suicidaire. Le personnage se révèle être à l’opposé du Dillinger de Michael Mann. Tout romantisme est ici banni. Bronson/Kelly est une brute à la solde d’une femme volage, et aucunement un Robin des bois à Stetson.

Après Bronson vient donc …. Price (bravo à ceux qui suivent). La chute de la maison Usher est le premier opus du cycle Poe entrepris par Roger Corman dans les années 60. Disons le tout net, Edgar Alan doit danser la polka entre ses quatre planches à chaque projection. Son œuvre est un argument, un postulat de base. L’auteur phare du fantastique XIXème étant de toute évidence inadaptable, Corman et son cinoche de Drive In ne lui rendent aucunement justice.
Richard Matheson peut bien étirer les nouvelles en tous sens, on oublie très vite Poe pour se concentrer sur l’esthétique gothique, les grimaces de Price, et le modèle économique Corman. Le vieux singe instaure le Fordisme au cinéma. On tourne en moins d’une semaine, avec quatre comédiens, et autant de planches en guise de décor. Maintenir l’attention avec si peu de moyens est un véritable tour de force.

Dans ces conditions, Le Corbeau demeure probablement le film le plus agréable du cycle. Guère terrifiant, mais ouvertement drôle, ce long métrage tourné en 1963 est une sorte de vaudeville fantastique, où Vincent Price, Peter Lorre, et Boris Karloff se disputent les décolletés et s’ensorcèlent à tout bout de champ.
Nicholson y apparait également, mais vu qu’il ne fait pas encore d’accent circonflexe avec ses sourcils, on peine à le reconnaitre.

Les aficionados de Corman pourront se jeter sur le DVD de The Terror, tourné la même semaine, dans le même château, sur la même plage, avec le même Nicholson et le même Karloff.

Mais un festival, c’est avant tout une compétition. Alors, après un détour par le Libanais (je parle de bouffe là, n’allez pas croire qu’on vous programme du cinéma oriental dans un festival européen), je passe au présent, en l’occurrence à Barbe Bleue, de Catherine Breillat.

Il fallait bien un impair dans la programmation admirable de notre ami Daniel Cohen. Breillat débarque là, avec son téléfilm d’1h20, ses minauderies, ses robes de soie, ses comédiens affectés, et ses faux raccords assumés (mais pas justifiés). Le malaise est palpable. La salle rit quand on voit 4 fois de suite le même plan.
Mme Breillat pourra trouver une justification philosophique à la séquence, je peine à me laisser berner. Ca ressemble méchamment à de la fainéantise. La photo est hideuse, le récit est d’une mollesse exemplaire, la musique est en option, et on ne croit pas un instant au cadre médiéval. Etant d’une nature malveillante, je me permets de rappeler à ceux qui l’auraient manqué que le film sera diffusé sur ARTE le 6 octobre prochain.

C’est donc un coup dans l’eau, bien vite effacé par la projection de l’admirable Moon. Ce film de SF, premier long métrage de Duncan Jones, accessoirement fils de David Bowie, s’avère tout à fait digne d’une élogieuse réputation acquise au fil des festivals. Le trop rare Sam Rockwell est omniprésent. Son personnage est prisonnier d’une base lunaire, et se trouve confronté à son clone. Et au clone de son clone. Et…
En guise de reproche principal, je dirais que le film se vend trop tôt. Quand la problématique est posée, après une heure de projection, le sujet est quelque peu éventé. L’œuvre devient moins surprenante, mais demeure très agréable.

Je me dis toujours que la cinéphilie ne consiste pas uniquement à voir les films, mais aussi à en parler. C’est ce que nous faisions donc, entre Cutiens, sur un trottoir bondé, quand je réalisais mon retard pour la séance de minuit d’Alien. Le film n’avait pas encore commencé, mais tous les sièges étaient occupés.

Je n’aurais donc pas été au bout de cette folle journée de festival. Qu’importe. Dans l’espace, personne ne vous entend crier, mais il y a des chats planqués dans les coins et une bestiole perverse qui reluque Sigourney en petite culotte.

Vous voyez, je n’ai rien manqué. Et je compte sur Sylvain pour en faire de même dès demain.

Greg Lauert

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2 Réponses to “Journal d’un CUTien au FEFFS (saison 2, ép.4)”

  1. Laurence dimanche 20 septembre 2009 à 170515 #

    L’expo Alien est fantastique… Belle photo hommage!

  2. carudel dimanche 20 septembre 2009 à 210935 #

    « n’allez pas croire qu’on vous programme du cinéma oriental dans un festival européen » on nous programme bien du cinéma americain…

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