Journal d’un CUTien au FEFFS (saison 2, ép.5)

20 Sep

judex2 ….. Danielle Mitterrand et Loana dans Judex

Comme tout vrai journaliste professionnel grassement payé qui se respecte, je me faisais un devoir d’assister sans faute à l’ensemble des projections du samedi. C’est donc animé par cet esprit conquérant que je me dirige vers le Star St-Exupéry ce matin-là, pour la projection des courts métrages « made in France ». Mais ce n’est que pour me retrouver au beau milieu d’un attroupement à l’entrée du cinéma. Les mines défaites de mes camarades et de Daniel Cohen n’annoncent rien de bon. La projection « est annulée », car du matériel a été dérobé, et avec lui, les fichiers de sous-titres des films à venir, m’explique-t-on. Si ce n’est pas très grave – assez, en tout cas, pour compromettre la première séance -, l’affaire est surtout très mystérieuse. La rumeur veut que l’appareil ait été subtilisé dans une cabine de projection fermée de l’intérieur. On se croirait dans un film de la compétition. Eh oui, à force de projeter des films d’horreur peuplés d’enfants tueurs, il ne faut pas s’étonner si le diable en personne s’invite à la fête. A moins qu’une fois de plus, on ne mette tout sur le dos du projectionniste fou, dont on nous assurera par la suite qu’il « a agi seul ». La déception est immense. Moi qui me faisais un plaisir de découvrir enfin les débuts au cinéma de notre ami Jean-François Taboni dans Paris by Night of the Living Dead, mais surtout de revoir le chef-d’œuvre de Stéphane Derdérian, Plus loin encore, j’en serai quitte pour revenir le lendemain, ou peut-être jamais. C’est sûr, il y a plus grave en ce bas monde. Greg Lauert, lui, a cramé une RTT pour se taper le Breillat.

Comme Mathias a déjà si brillamment chroniqué les courts européens dans l’épisode 3, je fais l’impasse sur la séance de 14h pour retrouver Edith Scob et Jacques Champreux, venus présenter Judex dans le cadre de l’hommage à Georges Franju. Madame Scob parle un peu du film, mais surtout des Yeux sans visage, qui doit être présenté le lendemain. Selon elle, il s’agit du film de Franju le plus influent sur le cinéma contemporain. En effet, de Joe d’Amato à George Romero, les échos aux Yeux sans visages sont légions. Judex n’a évidemment pas les mêmes ambitions. Au départ, il s’agit simplement d’une histoire d’aventures à la Fantômas. Un vague prétexte social sert d’alibi à une intrigue qui bascule assez rapidement dans la course poursuite. Le bellâtre Channing Pollock campe en outre un bien pâle justicier masqué. Mais les qualités du film sont ailleurs. Grâce à de riches décors et à une partition particulièrement inspirée de Maurice Jarre (on est loin des niaiseries du Docteur Jivago), Franju parvient à créer et à entretenir une atmosphère de mystère ponctuée de scènes somptueuses : le bal masqué, les expéditions nocturnes, les acrobaties sur les toits des immeubles haussmanniens. Le réalisateur trouve également l’équilibre parfait entre l’horreur (deux scènes très sèches de défenestration) et l’humour (le personnage de Cocantin, interprété par Jacques Jouanneau, probable grand-père caché de Dany Boon et François Bayrou). Devant une telle maîtrise, on ne peut que regretter la physionomie du cinéma français contemporain. Et ce n’est pas en adaptant des romans de Jean-Christophe Grangé ou en donnant des premiers rôles à Frédéric Diefenthal que ça va s’arranger.

Melissa George n'a pas bien révisé sa géométrie

Triangle : Melissa George n'a pas bien révisé sa géométrie

Triangle, le premier film en compétition de la soirée, suscitait de grandes espérances. Christopher Smith, réalisateur de l’amusant Severance, voulait son troisième film plus ambitieux. Mais Triangle est une déception. Le projet, soi disant très personnel, fait plutôt figure de patchwork mal agencé d’idées prises ailleurs, et pas toujours auprès des meilleurs. L’orage magnétique ? Vu dans Nimitz, retour vers l’enfer. Le paquebot désert sorti de nulle part ? Vu dans Virus. La bande de jeunes irresponsables sur un yacht ? Vu dans Open Water 2. Quelle référence ! Mais après tout, l’impression de déjà vu n’est-elle pas l’idée centrale du film ? On pense beaucoup à Timecrimes, de Nacho Vigalondo, projeté l’an dernier à l’Etrange Festival. Mais le réalisateur espagnol choisissait un principe de boucle temporelle et s’y tenait, ce qui lui permettait de livrer un film stimulant intellectuellement et intelligible de bout en bout. Christopher Smith, lui, hésite entre plusieurs principes, ce qui lui permet évidemment de raconter n’importe quoi sans se soucier de la moindre continuité. En refusant de se mouiller, il ne fait que mener ses spectateurs en bateau… et le film fait naufrage. N’est pas David Lynch qui veut.

Le Norvégien Tommy Wirkola n’a pas ces åmbitions. Dead Snow se veut pur ðivertissement. L’objectif semble être atteint si l’on en croit l’ambiance dans la salle samedi soir. Le film a même de bonnes chances de remþorter le prix du public même si, à l’instar des zømbies nazis qui le peuplent, on reste un peu sur sa fåim. Multipliant les clichés inhérents au genre pendant toute la première partie, Tommy Wirkola parvient tout de même à s’en dégager dès que ses zombies apparaissent au grand jour. La successiøn classique de scènes d’åttente, de poursuite et d’horreur qui s’ensuit se laisse même regarder sans déplaisir. Mais les quelques trouvailles ð’humour et l’ensemble techniquement à la hauteur ne þeuvent nous empêcher de penser qu’un genre – le film de zombies fun, génialement relancé dans Shaun of the Dead – est a bout de souffle.

La Norvège, ses riantes vallées, ses habitants chaleureux...

Dead Snow : Pour Günter et ses amis, la guerre n'est jamais finie

C’est d’ailleurs dans cet état que j’arrive à 0h15 au Star pour La Course à la mort de l’an 2000. Heureusement, les organisateurs ont gentiment attendu la fin de Dead Snow pour lancer le film et, surtout, arracher Roger Corman à sa chambre d’hôtel. Le président du jury est là, enfin, et il a beaucoup à dire sur la genèse du film. Le remake, diffusé en clôture du FEFFS l’an passé, surclasse-t-il l’original ? Pas vraiment. Les deux films reposent sur cet arrière-plan néo-fasciste et sur la même succession de cascades mortelles. La Course à la mort de l’an 2000 a vieilli, c’est une certitude. Les décors peints de cité futuriste nous font bien rire aujourd’hui. Visuellement moins rapide et moins efficace que son successeur, il n’en reste pas moins infiniment plus cru et plus agressif.

Demain, c’est Rock.

Sylvain Mazars

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7 Réponses to “Journal d’un CUTien au FEFFS (saison 2, ép.5)”

  1. FX dimanche 20 septembre 2009 à 150337 #

    Såløpård.

  2. Reda dimanche 20 septembre 2009 à 160435 #

    « on est loin des niaiseries du Docteur Jivago »
    !!!

    Par contre pour les références de Triangle euh mouais ça reviendrait pareil de dire que c’est inspiré du téléfilm moisi Triangle avec Luke Perry. Lynch ? Dieu nous en garde ! Moi je le trouve bien torché mais un poil poussif narrativement et assumé. En tout cas pas grand chose de mieux dans la sélection.

    Dead Snow c’est de la grosse merde qui te chie à la gueule et qui enquille les réferences pour tirer la bourre des grands films d’horreur… et de sites internet : quand le geek imite ce site avant d’aller chier http://eeuauaughhhuauaahh.ytmnd.com/
    Enorme de connerie.

    Rien n’est à bout de souffle, il suffit de le faire avec talent.

    PBNOTLD est etrangement mou malgré la participation de David Sarrio en seconde équipe (et de FX bien entendu, il aurait du être cité dans la section VIP ^^)

  3. Reda dimanche 20 septembre 2009 à 160438 #

    Si Dead snow recoit le prix du public, ca confirmerait les gouts douteux du public après le Bornedal l’an dernier.

  4. Laurence dimanche 20 septembre 2009 à 170518 #

    Je n’ai pas vu Dead snow… Je me suis surtout concentrée sur les films de la rétro. Des zombies nazis, c’est ça ? Après Tarantino, tout nazi doit paraître fade, non ?

  5. Reda dimanche 20 septembre 2009 à 190743 #

    Oh goooood !!!

  6. Sylvain Mazars lundi 21 septembre 2009 à 200818 #

    A la suite des nombreuses manifestations de désapprobation, je dois préciser que je ne suis pas l’auteur de la légende sous la photo de «Judex». Jamais je ne me serais permis de comparer Edith Scob à Loana. Il s’agit d’une scandaleuse édition de mon texte que nous devons au patronat. La direction de Cut est cinéphobe, c’est bien connu, et «Le Dernier des fous», de Laurent Achard, surclasse «Psychose», d’Alfred Hitchcock, tout le monde le sait.

  7. Romain mardi 22 septembre 2009 à 10121 #

    Mea culpa pour la legende de Judex. Mais bon, on rigole…

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