[cinéphilie] : FEFFS saison 2

21 Sep

Tarik Saleh et Christopher Smith, réalisateurs en compétition pour l’Octopus d’or au second FEFFS avec leurs films Metropia et Triangle –voir comptes-rendus journaliers- ont accepté de se prêter au jeu de la cinéphile. Ils réagissent l’un et l’autre aux films suivants. (Propos traduits de l’anglais).
Pour info-agenda : d’autres cinéphilies Feffsiennes suivront au moment où les films seront à nouveau d’actualité (Barbe-Bleue et The children) et il y a également un petit stock d’interviews minutées FEFFS en ligne sur le site des cinémas Star.

Tariq Saleh venu présenter son film Metropia

Tarik Saleh venu présenter son film Metropia

EUROPA (Lars Von Trier) :
Magnifique film. Lorsque je l’ai découvert, je ne savais pas qui était Lars Von Trier, je l’ai vu quand la VHS est sortie, et je me souviens m’être dit que c’était le genre de film que j’aimerais faire si je devais faire des films –à cette époque j’étais grapheur. Je l’ai revu avant de faire le montage sonore de Metropia, je ne l’avais pas vu depuis une quinzaine d’années, et en fait je l’ai encore davantage aimé en le revoyant, ça a évolué, c’est devenu encore meilleur.

PINK FLOYD THE WALL (Alan Parker) :
Ah. Oh mon dieu, vous mettez le doigt sur mon film préféré, c’est une de mes plus grandes expériences cinématographiques. Là encore, je l’ai découvert à cet âge sensible -16, 17 ans- et j’ai été estomaqué : ça a changé ma conception de ce qu’un film pouvait être. Bien sûr, à cette époque, je pensais que le film avait une signification très profonde, ça me parlait de moi. Aujourd’hui, quand je le regarde, je continue à l’adorer, je pense toujours que c’est un film hypnotique, mais sa signification semble très évidente. Je crois que ce film convient mieux aux adolescents qu’à quelqu’un de mon âge.

VERTIGO (Alfred Hitchcock) :
(rires). Ça fait aussi partie de mes films préférés, je ne compte plus le nombre de fois que je l’ai vu. Vertigo, c’est évident, est ouvertement une des références de Metropia. Ce qui fonctionne si bien dans Vertigo, c’est cette sorte de logique des rêves que j’adore. La plupart du temps, si vous racontez un rêve, c’est très inintéressant pour la personne qui vous écoute parce que si je vous dis par exemple qu’hier, j’ai rêvé que tout le monde pouvait voler, votre réaction ce sera de dire, oui et alors ? Mais si je vous dis que j’ai rêvé de VOUS hier… Vous comprenez, ça devient tout de suite un peu plus intéressant, parce que quoi que je m’apprête à dire, ça racontera quelque chose sur ce que je pense de vous. Quand vous êtes dans un rêve très réaliste, ça vous parle, tout semble faire sens, mais en même temps, tout est étrange. Dans Vertigo, il a réussi à créer une logique de rêves, parce que le personnage principal interprété par James Stewart semble si intelligent, si équilibré, qu’à un moment du film on commence à craindre qu’il soit fou, tout en sentant que ce n’est pas le cas. C’est un sentiment très effrayant, me semble-t-il. Je crois que c’est un des meilleurs films au monde. Il y a deux autres choses que j’aime aussi dans Vertigo. La première est que ça n’a pas été un succès commercial immédiat, ce qui indique qu’on ne peut pas juger un film par le box-office. L’autre chose, c’est qu’Hitchcock a raconté que l’idée de Vertigo lui est venue lors d’un festival, a San Francisco, il était sur un pont et il s’est dit que ça pourrait être bien qu’une femme tombe dans l’eau, là… Pour moi, c’est comme ça que l’inspiration marche, ça peut être déclenché par une simple image. Bref, oui, ce film est l’un de ceux que j’aime le plus.

THE NACKED LUNCH (David Cronenberg) :
C’est un très beau film, je l’ai aussi vu à cette période où les films me faisaient un effet énorme. Mais j’ai la phobie des insectes alors ça m’a un peu perturbé. J’adore aussi les livres de Burroughs. Mais ce n’est pas mon film préféré.

IRREVERSIBLE (Gaspar Noé) :
C’est un film très puissant. Ce qui est intéressant c’est que c’est un film difficile que beaucoup de mes amis qui ne regardent normalement pas des films d’horreur, ou étranges, difficiles, ils ont vu celui-là, ils en parlaient, etc. Mais ce n’est pas un film agréable et l’une des choses qui me font aller au cinéma c’est d’apprécier être dans l’univers du film. Ceci dit je suis très impatient de voir son nouveau film, Enter the void, j’en attends beaucoup.

Christopher Smith, venu présenter son film Triangle

Christopher Smith, venu présenter son film Triangle

SHINING (Stanley Kubrick) :
Stanley Kubrick est un génie. Steven Spielberg a dit de lui qu’il était non seulement le meilleur réalisateur ayant jamais existé, mais qu’il le restera à l’avenir et je pense que c’est vrai. Je pense que Shining est l’exemple type de ce qu’on peut faire sans utiliser l’obscurité : provoquer la peur dans des couloirs bien éclairés. J’ai toujours des problèmes avec la fin de Shining, mais c’est une énorme source d’inspiration. On peut s’en rendre compte dans Triangle, par exemple la maison où elle (Melissa George, l’héroïne de Triangle) vit, au début, est mise en parallèle avec le navire, sa chambre à coucher est la même que la cabine qui porte le numéro 237, c’est-à-dire le même numéro que celui de la chambre des enfants dans Shining. Et puis il y a les couloirs. Oui, c’est une énorme influence. Et puis c’est un film où on se soucie des personnages, on est dans un drame familial. J’aimerais rappeler une séquence du film, celle où Jack passe son entretien d’embauche : ça dure quelque chose comme 7 minutes ! C’est juste Jack qui parle. Même si on écrivait ça aujourd’hui, qu’on le filmait pareil, que la performance d’acteur soit de la même qualité, ce serait impossible d’imposer une scène aussi longue aux dirigeants des studios, ils trouveraient ça trop ennuyeux. Alors que ce qui se passe dans cette scène, c’est que Kubrick nous fait un peu décrocher, mais l’idée c’est que cette sorte de mise en sommeil vous reste à l’esprit et ensuite il rééquilibre.

PIRATES DES CARAIBES (Gore Verbinski) :
Ce que je pense de ce film ? Je l’ai trouvé ennuyeux. Mes nièces et neveux l’adorent. Je n’ai pas d’affinités avec ce film, c’est sensé être amusant, je m’y suis ennuyé, c’était trop long. Pourquoi faire des films si longs ? Pourquoi les films d’horreur sont si courts et ce genre de films si longs, alors qu’une demie heure de moins les améliorerait ? Mais bon film –essayons de rester corporatif ! (rires). Non, je ne l’ai pas aimé.

L’AVENTURE DU POSEÏDON
(Ronald Neame) :
Je l’adore, je l’ai vu un million de fois. J’adore les films qui se passent sur des bateaux, j’aime les films qui ont un décor unique, où toute l’action est concentrée. Je pense que le succès de Creep vient en grande partie du lieu, le fait d’être coincé dans les souterrains du métro –ou dans un vaisseau spatial, ou sur un navire, ou dans une cave- ça vous enferme. Ça dépolitise l’endroit, c’est particulièrement vrai pour les films anglais, enfin c’est le cas partout, mais quand je regarde un film anglais je ne peux pas faire abstraction de l’aspect politique, social, alors qu’avec un espace où la vie réelle ne peut pas interférer, comme un bateau, ça aide. Ça permet de vous enfermer, comme dans l’hôtel Overlook de Shining : un endroit qui peut être réel ou bien dans la tête de Jack. Et c’est la même chose avec le bateau dans Triangle. C’est à la fois vrai et dans sa tête. Il ne s’agit pas d’un film où le personnage est juste fou.

UN JOUR SANS FIN (Harold Ramis) :
En Amérique, pour vendre mon film, on pourrait dire que c’est une version horrifique de Un jour sans fin. J’avais conscience de ça. Un jour sans fin est un de ces rares films vraiment intelligents qu’on voit en sachant que ça va devenir un classique, les gamins le verront encore dans vingt ans. En même temps, je dis ça, mais un de mes amis qui est prof me dit que les gamins d’aujourd’hui considèrent les films des années 80-90 comme des antiquités. Les premiers films de Tarantino sont maintenant de vieilleries ! Mais j’adore Un jour sans fin, oui. Dans Triangle, j’ai eu à gérer le même genre de choses, et j’ai choisi la même solution : offrir une conclusion satisfaisante du point de vue émotionnel, mais pas d’explications.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

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3 Réponses to “[cinéphilie] : FEFFS saison 2”

  1. Kev' lundi 21 septembre 2009 à 200829 #

    Jm pa tro tariq saleh jprèfer son frer ruriq il é plu stilai lol

  2. Greg LAUERT mardi 22 septembre 2009 à 121215 #

    Smith adore Shining et Groundhog Day. J’ai de plus en plus de mal à lui en vouloir de son scénar foutraque dans Triangle.

    Ce n’est pas tant le film d’un petit malin comme on aurait pu le croire, mais celui d’un mec plein de très bonnes intentions qui aurait mérité d’être recadré à l’écriture.

  3. Reda mardi 22 septembre 2009 à 150331 #

    Je ne vois sincérement pas comment on pourrait croire que c’est un film de petit malin =O

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