[cinéphilie] : Christian Carion

24 Sep

Christian Carion
Christian Carion (réalisateur) était à Strasbourg pour présenter son film, L’affaire Farewell (sortie le 23 septembre 2009). L’histoire des deux hommes –interprétés par Emir Kusturica et Guillaume Canet- qui dans les années 80 ont énormément contribué, à leur échelle, à la chute de la Russie soviétique. Sous les yeux-les oreilles des services secrets Français et Américains.
Nous parlerons de L’affaire Farewell dans la prochaine émission de Cutlaradio (en ligne le 26 septembre), et en attendant Christian Carion nous livre ses souvenirs et impressions des films suivants.

L’HOMME QUI TUA LIBERTY VALENCE (John Ford) :
Jacques Attali m’avait expliqué que Ronald Reagan avait pour habitude de regarder des westerns après les grandes réunions, c’était sa manière à lui de se détendre. Il regardait des cassettes VHS à l’époque et il faisait venir ses conseillers spéciaux, qui avaient assisté à la réunion en question, et à la fin du western, il leur disait, bon alors finalement on fait ça, ça et ça. Il prenait ses décisions comme ça. Bon. Les conseillers en particulier n’étaient pas forcément fans de western… Alors l’idée qu’il regarde des westerns ça m’avait plu, et je me suis demandé ce qu’il pouvait regarder et j’ai imaginé qu’il puisse regarder L’homme qui tua Liberty Valence. D’abord parce que John Ford est un cinéaste important pour moi, il est à l’origine de mes premiers désirs de cinéma. Et puis le western L’homme qui tua Liberty Valence, c’est un chef d’œuvre. Et en plus, ça a du sens par rapport à Farewell, parce qu’au début, ça tourne autour d’un duel dans la nuit : vous découvrez le duel, vous êtes du côté de James Stewart qui est face à quelqu’un de bien mieux armé que lui, que joue Lee Marvin, qui est un salopard. Donc on se dit : James Stewart n’a aucune chance de s’en sortir. Et puis le duel se fait et à la surprise générale, Lee Marvin s’écroule. Alors on se dit : c’est incroyable ! Et les villageois du western portent aux nues James Stewart. Et le destin de cet homme est changé. Mais plus tard dans le film, on va comprendre que ce soir-là, il y avait un troisième homme caché dans l’ombre, que joue John Wayne, qui est un ami de James Stewart dans le film et qui, lui, à l’aide d’une Winchester, va tirer sur Lee Marvin au bon moment et permettre à James Stewart de gagner. Personne ne le sait, tout le monde croit que c’est effectivement James Stewart qui a tué Liberty Valence. Mais ce n’est pas la vérité. Et quand vous êtes du côté de John Wayne, que vous comprenez vraiment ce qui s’est passé, vous vous apercevez que ce que vous aviez cru au départ était faux. Et bien dans Farewell, il y a un peu de ça. C’est-à-dire qu’au début, on est du côté Russe, on est avec Farewell (NDLR : Emir Kusturica) qui rencontre ce Français là (NDLR : Guillaume Canet), dans sa voiture, dans Moscou, et on croit profondément à une chose. Et puis… Après, je vous laisserai découvrir le film, mais à un moment donné ça bascule, et on comprend qu’on s’est trompé. Que ce qu’on croyait vrai n’est pas vrai. En matière d’espionnage, c’est très fréquent, ça. Là, j’aime bien l’idée qu’avec un film comme L’homme qui tua Liberty Valence, je pouvais quelque part illustrer ce basculement en montrant les deux extraits du western en question. Ça m’a énormément plu de faire ça.

LE PROMENEUR DU CHAMPS DE MARS (Robert Guédiguian) :
Alors, Le promeneur j’y suis allé, comme beaucoup de gens, parce que je pense que c’était la première fois qu’on interprétait François Mitterrand, vraiment, à l’écran. Le parti pris, vous le savez, c’était de prendre Michel Bouquet et de ne pas chercher du tout la ressemblance. Ce n’est pas du tout ma démarche sur Farewell, je suis plus du côté, je dirais, anglo-saxon. Quand on a vu sur nos écrans The Queen, de Stephen Frears, on a tous été bluffés par Helen Mirren qui interprète la Reine et par l’autre acteur (NDLR : Michael Sheen) qui jouait Tony Blair. On s’est dit, oh la vache. Ce ne sont pas des sosies, mais ils sont proches et moi, j’avais beaucoup aimé ça parce qu’il y avait un souci de crédibilité qui me permettait d’y croire, en fait. Vraiment. Et les Américains font souvent ça aussi : Nixon d’Oliver Stone, etc. J’avais envie d’être dans cette veine-là, c’est-à-dire de trouver des acteurs pour interpréter Ronald Reagan et François Mitterrand sans tomber dans l’imitation –ils ne parlent pas comme les deux présidents-, mais ils ont physiquement une allure proche de l’image qu’on a de ces deux présidents. J’ai vraiment poussé les acteurs (NDLR : Philippe Magnan et Fred Ward) à aller dans cette direction-là, avec le risque qui était de tomber dans l’imitation. Et franchement, ce qu’ils ont fait, je suis très épaté parce qu’ils n’imitent pas les deux présidents, quelque part, je dirais même : ils SONT les présidents en question. Ils dégagent une espèce d’authenticité assez jouissive.

GORKY PARK (Michael Apted) :
J’ai détesté. Là, voilà, c’est la représentation Américaine du pouvoir Soviétique. Ce sont tous des Américains, qui jouent, ils parlent tous un anglais merveilleux, c’est bourré de clichés. C’est nul. Si, je l’ai montré à l’équipe : voilà ce qu’il ne faut pas faire. Je ne crois en rien dans cette histoire. Dans les décors, dans les costumes : rien. Parce que –pour moi-, le point de départ du film est mauvais au sens où c’est comme s’ils avaient essayé de reconstituer un petit peu de Russie qu’avec des éléments Américains. Ce n’est pas possible. Si vous voulez être Russe, il faut y aller, là-bas, il faut travailler avec des acteurs Russes, il faut capter l’âme Russe un minimum. Il n’y a RIEN de Russe dans ce film.

GOOD NIGHT AND GOOD LUCK (George Clooney) :
Ah. La première chose qui me vient à l’esprit, c’est la qualité exceptionnelle du noir et blanc. C’est culotté, aujourd’hui, de faire un film en noir et blanc, parce que d’un seul coup, toutes les télévisions vous fuient. Lui a eu le courage de le faire. Bon, c’est George Clooney. En même temps il est dans un système de production, Américain, qui est finalement plus libre que le nôtre parce qu’il ne dépend pas de la télévision. Alors que nous, en France, nous ne dépendons QUE de la télévision. Donc, pas de noir et blanc. Ce que j’aime dans ce film, c’est qu’il ne se passe rien. Ce sont simplement, finalement, des dialogues, des discussions entre certaines personnes : et il y a une tension dans le film… Ça me rappelle Les hommes du président d’Alan Pakula. Cette exigence Américaine de raconter une histoire sans faire d’esbroufe : pas de voiture qui explose, pas de revolver, et en même temps, il y a une tension là-dedans qui fait que vous ne décrochez jamais. C’est très difficile à faire et j’ai essayé de m’en approcher, avec L’affaire Farewell.

GOODBYE LENIN (Wolfgang Becker) :
Ben Goodbye Lenin, j’ai une tendresse particulière pour ce film parce que, comme beaucoup de gens, ça m’avait permis de découvrir un acteur que j’aime beaucoup, qui est Daniel Brühl –que j’étais allé voir pour interpréter dans Joyeux noël le lieutenant Allemand. Donc, rien que pour ça, c’est un film important. Ça nous a permis de découvrir l’envers du décor, côté Allemagne de l’Est, mais pour moi, c’est moins réussi que La vie des autres (NDLR : de Florian Henckel von Donnesmarck) où, là, je suis plus dans une réalité d’espionnage, de parano qui était très puissante dans le film. Dans Goodbye Lenin, il y a presque une petite nostalgie communiste… Ma monteuse est Tchèque, elle déteste le régime communiste, ils en ont vraiment souffert, et elle ne peut pas supporter Goodbye Lenin, pace qu’elle reproche au film d’avoir une petite nostalgie de la vie d’antan. Je trouve qu’elle est un peu dure, mais je comprends pourquoi elle pense ça. C’est vrai qu’il y a des petites choses, des grains qui traînent dans le film où on se dit, ah avant c’était pas si mal finalement. Bon, c’est la limite du film.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

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2 Réponses to “[cinéphilie] : Christian Carion”

  1. Greg LAUERT jeudi 24 septembre 2009 à 140238 #

    si quelqu’un n’avait pas vu L’homme qui tua Liberty Valance, Christian Carion vous le raconte en entier.

    Ca ne lui suffit pas de faire des mauvais films à ce garçon là, il vous gâche en plus ceux des autres.

  2. Marcel RAMIREZ jeudi 24 septembre 2009 à 231132 #

    Très bon commentaire !

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