[dvd:] Les chasses du comte Zaroff

28 Sep

zaroff

En 1932, en même temps qu’ils tournaient King Kong, Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack eurent la bonne idée d’adapter le livre de Richard Connell pour en faire Les Chasses du comte Zaroff. Fay Wray et Robert Armstrong, deux acteurs déjà au générique de King Kong passèrent ainsi quelques mois à faire des allers-retours d’un plateau à l’autre. Des déplacements d’autant moins pénibles que les décors de jungle ont servi aux deux œuvres. Les Chasses du comte Zaroff servit ainsi à tester certains angles et certains mouvements de caméras dans les vastes hangars remplis de plantes tropicales. Fay Wray, dans le rôle de la jeune femme hurlante capturée par Kong, interprète ici le rôle d’Eve Trowbridge, une naufragée plus posée, devenue le gibier (au sens propre) d’un comte russe sadique. Joel McCrea, alors au début de sa carrière, campe un chasseur athlétique nommé Bob Rainsford, lui aussi contraint de se défendre face aux délires de l’aristocrate. Le couple traqué s’enfonce dans la luxuriante végétation, invente des pièges pour tuer l’agresseur : s’ils sont toujours vivants à l’aube, ils auront la vie sauve.

Mêlant aventure et épouvante, Les Chasses du comte Zaroff n’est pas dénué d’humour. Même si le cinéma muet n’est pas loin (le premier film parlant date officiellement de 1927), on ne peut s’empêcher de voir un clin d’œil malin au jeu théâtral des acteurs sans paroles lorsqu’on voit le comte Zaroff ou son valet offrir un regard aux yeux exorbités. Le personnage alcoolique, interprété par Robert Armstrong, est d’un ridicule achevé et tout à fait voulu. Cet équilibre parfait entre les genres est un point fort du film. Il explique en partie le fait qu’il soit devenu culte. Quelques remakes ont été tournés, et même le très sérieux Joseph Losey (The Servant, Monsieur Klein), prévoyait d’en tourner une adaptation.

L’intérêt du film vient également de son message. «On dit sauvage la bête qui ne tue que pour survivre et on appelle civilisé l’homme qui chasse pour son plaisir», dit le capitaine du navire qui emmène Bob Rainsford au tout début du film. Un exergue qui peut tout aussi bien s’appliquer à King Kong. Là aussi, l’homme est présenté comme une créature hypocrite, cupide, sans nobles idéaux. Eve Trowbridge, seul personnage féminin des Chasses du comte Zaroff, n’a guère le choix : entre les valets du comte (dégénérés), le comte lui-même (un fou dangereux), son frère (un alcoolique benêt), il ne lui reste plus qu’à se réfugier dans les bras de Bob Rainsford, chasseur certes, mais cette fois transformé en victime. S’il tue, ce n’est plus par «passion», mais pour survivre… De par son discours, ce film considéré comme mineur à sa sortie, même par ses concepteurs, reste indémodable, tout simplement parce qu’il aborde la question de l’Homme dans son milieu.

En plus de la version en noir et blanc d’origine, le dvd édité par Les Editions Montparnasse, Collection RKO, contient une version colorisée de bonne facture qui donne, notamment, un meilleur relief aux décors. Serge Bromberg, producteur et réalisateur, cinéphile passionné, présente le film.

Franck Mannoni

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