[dvd :] DESPERATE – Anthony Mann

12 Oct

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Serge Bromberg commence sa présentation du film en insistant sur le fait qu’il s’agit d’un authentique film noir.  Mais si Desperate, œuvre précoce dans la carrière de Mann, a un intérêt indéniable, c’est justement parce qu’il tente de se dissocier du film noir des années 40.

Tourné par un jeune Mann pour RKO après la guerre, Desperate introduit un G.I revenu à la vie civile, désireux de profiter de sa douce et tendre, mais embarqué bien malgré lui dans une sombre affaire de gangsters. A cette époque, chaque bon réalisateur tourne trois films par an, tentant autant que possible de conférer un minimum de personnalité à ces œuvres tournées à la chaine sous la coupe d’un producteur bienveillant.
Le cœur du cinéma d’Anthony Mann battra bien plus tard, dans ses cinq westerns tournés avec James Stewart. Pourtant, dans les années 40, il s’affirme peu à peu avec de solides polars, comme La brigade du suicide, ou Marché de brutes. Desperate est peut être le premier jalon de cette série. Il y affirme déjà une solide maitrise du genre, et use d’un précepte cher à Hitchcock : « the better the bad guy, the better the movie.» Raymond Burr, qui s’illustrera plus tard chez Alfred notamment, derrière une fenêtre et dans l’œil du téléobjectif, excelle chez Mann dans un rôle de truand vengeur et blessé. A l’inverse, le héros, Steve Brodie, est totalement transparent.

Mais Mann, plutôt que de s’enfermer dans le culte du chapeau mou, de la femme fatale, des ombres portées et des bars enfumés, choisit d’aérer son prétendu film noir. Il donne autant de place à la vie quotidienne de son personnage qu’aux discussions de gangsters. Il ne déroge pas aux standards du genre. Les scènes avec Raymond Burr sont admirables. On retiendra notamment un interrogatoire musclé, avec le visage du fameux bad guy balayé en cadence par la lumière d’un balancier.
Mais la place laissée à cette vie civile après guerre et un certain sentimentalisme romantique éloignent Desperate des mythes du genre, comme Le grand sommeil, ou Out of the past, et rapprochent le film de standards des années 50 comme Règlement de compte, de Fritz Lang.

Là aussi, le naturalisme pouvait trouver sa place. Le film noir s’étiolait alors, ouvrait ses frontières, intégrait le polar. En 1947, Mann n’en est pas encore là. Mais son œuvre de jeunesse dénote déjà sa propension à pousser un genre au-delà de ses conventions.

Greg Lauert

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