[Entretien :] Emmanuel Burdeau

13 Oct

Herzog

Récemment, avec un ami, alors que nous étions tranquillement assis dans un parc, nous avons été attaqués par une horde de jeunes bourgeois en bermudas chics, jouant au golf comme des pieds, et qui faillirent d’ailleurs nous atteindre en pleine tête, à coups de drives de fer 5 complètement ratés… J’appris par la suite qu’il s’agissait en fait d’une nouvelle caste : les street-golfeurs. Comme je suis poli, je ne m’étendrai pas plus longuement sur cette anecdote… Tout ça pour vous dire que c’est le genre d’aventure rocambolesque qui arrive, assez souvent, au cinéaste Werner Herzog.

Mais oui , Werner Herzog ! Le réalisateur de Fitzcarraldo, de Aguirre, la Colère de Dieu, entre autres, mais aussi de Bad Lieutenant, Port of  Call New Orleans avec Nicolas Cage, à sortir prochainement, et dont on a déjà parlé sur ce site merveilleux. Werner Herzog est d’ailleurs l’objet d’un livre d’entretien : Manuel de Survie de Hervé Aubron et Emmanuel Burdeau (paru en décembre 2008). Le livre a été édité chez Capricci, dans le cadre de la rétrospective Werner Herzog, l’aventure cinéma organisée au Centre Pompidou, de décembre 2008 à mars 2009.
On nous y présente certains aspects de l’oeuvre du grand Werner, puis un long entretien lui est accordée, au cours duquel il nous conte, notamment, nombres de ses lubies (se promener dans les Vosges et squatter des maisons d’inconnus par exemple), mais aussi certaines de ces aventures dont je parlais précédemment : sans trop en dire, il a notamment sauvé la vie de l’acteur Joaquin Phoenix, sur qui il tomba par hasard, en voiture, à L.A. ; il s’est aussi fait tiré dessus en pleine interview…
A la lecture de ce long entretien, on constate qu’Herzog est à l’image de plusieurs des héros de ses films. Comme Fitzcarraldo décidant de remonter le courant du grand fleuve Amazone, Werner Herzog décide seul, s’en fiche pas mal d’être ou non à la mode, ou d’agir contre l’avis du plus grand nombre. C’est un personnage, à part entière.

Emmanuel Burdeau, co-auteur avec Hervé Aubron de Manuel de Survie, directeur de collection aux éditions Capricci, critique cinématographique, et ex-rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma a gentiment accepté de répondre à nos questions.

En quatrième de couverture, on apprend que Manuel de survie est le premier livre d’entretien avec Werner Herzog publié en français. Comment cela se fait-il ? Werner Herzog est-il si difficile d’accès ? Y a t’il un trop grand manque d’intérêt des francophones pour son oeuvre ?
Difficile d’accès, non. Werner Herzog a traversé une longue période du désert après Fitzcarraldo. Il est alors devenu persona non grata. Cette période est finie. Heureusement.

Pouvez-vous expliquer le titre du livre : Manuel de Survie ?
La survie est partout, chez Herzog. La sur-vie du sur-homme et la survie du rescapé. Son cinéma pense, montre le rapport entre les deux.
En outre, le livre parle autant de vie que de cinéma, c’est un livre sur l’expérience ; l’expérience d’un sur-homme et d’un rescapé. Nous tenions à ce que, dès le titre, le lecteur sente qu’il ne serait pas question seulement de films : l’enseignement est plus large. Et le manuel est un herbier, comme veut le montrer la page de garde.

Werner Herzog semble être comparable à certains des personnages de ces films : un être « bigger than life » comme disent les américains. L’entretien a-t-il parfois été compliqué du fait de sa personnalité exacerbée ?
Il est resté assis quatre heures. Pas un café, rien. Imperturbable. Trois sourires, une poignée de main. Quelques imitations. Parfait. Hervé Aubron et moi étions comblés.

Par moment, on ne sait pas s’il fait de l’humour, ou s’il est totalement sérieux, comme lorsqu’il vous parle de son prochain film : Bad Lieutenant : Port of Call New Orleans, et qu’il dit ne pas connaître Abel Ferrara (« Ferrero, Ferrari ?… ») et encore moins ses films… Qu’en pensez-vous ?
Ferrero, Ferrari : blague dont nous avons peut-être été parmi les premiers auditeurs, et qu’il a depuis répétée partout, de Beaubourg à Venise.

Puisqu’on en parle, avez-vous vu Bad Lieutenant : Port of Call New Orleans ? Si oui, votre avis…
Pas vu.

On a l’impression que Werner Herzog ne s’intéresse guère au cinéma récent, il ne parle que très peu de ses contemporains. Est-ce vraiment le cas ?
Je crois que c’est en effet le cas. Lascaux, la grotte Chauvet, les pingouins l’intéressent davantage. Mais quand il parle de pingouins, il n’oublie pas de moquer un film récent, La Marche de l’Empereur !

On est fasciné, dans l’entretien, par les divers anecdotes, parfois farfelues, parfois sidérantes, que vous conte Werner Herzog. Mais lors de l’entretien qu’il vous a consacré, s’est-il passé quelque chose d’étonnant ? Avez-vous été attaqué ?..
Tout était étonnant. Tout. Sa fluidité de conteur, son accent allemand, la moindre anecdote.

Qu’est-ce qui vous fascine le plus dans l’oeuvre d’Herzog ?
La survie, encore une fois : sa pensée de la puissance et de l’impuissance, son amour des sauteurs à ski et des aveugles, des champions et des animaux.
Vu d’aujourd’hui, aussi, il aura été longtemps en avance, avec ses fables écologiques.

Quel est votre film préféré de Werner Herzog ?
Plusieurs. Signes de vie, Le Pays du silence et de l’obscurité, La Grande Extase du Sculpteur sur bois Steiner, L’Énigme de Kaspar Hauser, Grizzly Man.

Vous êtes au départ critique de cinéma. Y a-t-il un film récent qui vous a marqué ?
Les deux derniers : Funny People de Judd Apatow et District 9 de Neill Blomkamp.

Quels sont vos prochains projets ? Vous avez  un nouveau livre en préparation ?
Capricci publie début 2010 The Brakhage Lectures, de Stan Brakhage. Puis une nouvelle traduction , nouvelle édition, de Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Lacan sans oser le demander à Hitchcock, de Slavoj Zizek.

Enfin, ça n’a rien à voir, mais que pensez-vous du Street-Golf ?
Connais pas.

Propos recueillis par Marcel Ramirez

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5 Réponses to “[Entretien :] Emmanuel Burdeau”

  1. rock mardi 13 octobre 2009 à 170508 #

    Ahhh, enfin on parle d’Herzog ! Je vais très bientôt me choper ce livre…

  2. Marcel RAMIREZ mardi 13 octobre 2009 à 170524 #

    Tu ne seras pas déçu !

  3. rock mercredi 14 octobre 2009 à 111151 #

    Puisque c’est Herzog, je n’ai pas peur de m’ennuyer !

  4. mathias mercredi 14 octobre 2009 à 121229 #

    Ca me tente bien, ce bouquin… Attention quand même de ne pas prendre pour paroles d’évangile les propos de ce cher Werner : ses tendances mégalomanes et mythomanes lui font parfois perdre de vue la réalité…

  5. rock mercredi 14 octobre 2009 à 170554 #

    Mathias : Je ne le connais pas assez pour confirmer ce que tu as écris, mais ce que j’ai vu et lu d’Herzog m’ont toujours très intéressé et touché, à tel point que je ne me demande même plus si tout ce qu’il raconte est bien vrai parce que le sens de ses propos (ou de ses images) et sa pensée m’ont toujours semblé supérieurs et très enrichissants.

    Mais en ce qui concerne son « Bad Lieutenant », il est effectivement difficile de savoir s’il dit bien la vérité concernant Ferrara et j’avoue que ça me tâte un peu… Qui sait ? Il parait que le titre « Bad Lieutenant » a été lancé par les producteurs dans un but purement marketing… Les deux films ont un lien évident : la situation de leur protagoniste qui est – chez Herzog comme chez Ferrara – un policier corrompu accro à la dope. Mais l’histoire n’est pas du tout la même, et le lieutenant de Herzog possède un nom et un prénom, contrairement à celui de Ferrara qui était simplement crédité « le lieutenant » (ce qui était judicieux étant donné que Keitel jouait un homme dépersonnalisé).

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