Journal d’un CUTien à l’Etrange (Saison 2, ép.5)

26 Oct

Pour excuser mon manque de professionnalisme lors du dernier FEFFS (j’avais manqué la séance unique d’un film de Georges Franju), j’ai décidé de bouffer tous les films de cette journée à l’Etrange Festival. Sylvain dira que c’est héroïque, et il aura bien raison. Parce qu’on est dimanche et que le dimanche, comme le dirait Jenny Ulrich, c’est la journée des enfants.

"Drôle de grenier"

"Drôle de grenier"

J’arrive vers 11h au cinéma Star St-Exupery pour assister à la projection du film d’animation Drôle de grenier. FX arrive en même temps que moi, après ses trois heures de sommeil, et m’annonce que la séance aura lieu au Star. Un léger coup de panique fait surface chez FX parce qu’il ne retrouve plus la copie du court-métrage Alma qui devrait être projeté dans la journée. Comme un débile je lui demande « Film perdu ? », et sans doute à cause du bruit de la cabine de projection et de mon articulation de yack, FX a compris que je lui demandai si c’était un « film porno ». Mais je l’ai tout de suite rassuré. Jamais je n’oserai mettre en doute l’intégrité du festival, ça me gênerait trop.

Enfin arrivé au Star, je remarque que la salle est remplie d’enfants (Drôle de grenier est projeté dans le cadre de la séance jeune public). Philippe Lux entre en scène et annonce qu’il y a un souci avec les courts métrages qui devaient être projetés avant le long métrage. Il propose alors un vote : soit il nous passe un autre court-métrage, soit nous passons directement au film. Les votes sont très serrés dans la salle et un léger « putain » déborde des lèvres de M. Lux – quel exemple ! Un spectateur (un adulte) lève la main et propose de faire la séance à l’envers : le long d’abord, les courts après. Philippe Lux se montre soulagé et décide d’engager ce spectateur comme bénévole pour l’année prochaine.

Commence donc le film Drôle de grenier, film mi-slovaque mi-tchèque mi-japonais réalisé par Jiri Barta. Et comme la séance est destinée au jeune public, le ton du film est bien sûr en leur faveur. Le film raconte les petits personnages vivants dans une valise placée au fond d’un vieux grenier. Parmi les habitants, il y a la poupée Madeleine qui se fait capturée par la Tête, un être machiavélique. Les amis de Madeleine tentent alors de l’arracher de ses griffes. Nous sommes dans une sorte de mixe entre Toy Story, Tim Burton et les contes d’Europe de l’Est (comme l’avait souligné M. Lux). Les quatre années de travail inspirent le respect car elles ne se font pas ressentir et les moindres détails ne sont jamais oubliés par le réalisateur, mais l’histoire est loin d’être aussi intéressante. Drôle de grenier est très impressionnant dans sa forme et nous rappel un type d’animation aujourd’hui un peu dépassé par les grands studios, mais il reste difficilement touchant pour un cœur sec d’adulte.

Le film se suit donc des deux courts métrages promis : Les Locataires d’à côté d’Emile Cohl (1909) et Quelques croquis de gosses d’un réalisateur dont je n’ai pas retenu le nom (et il doit dater d’entre 1910-1920 ; quelle précision!). Le premier montre des voisins qui se disputent et est un peu mou. Tandis que le deuxième est plutôt malin : il suit des croquis qui se transposent avec des images réelles. Le film garde un ton décalé et étonne.

 

"La Symphonie des brigands"
« La Symphonie des brigands »

Je me téléporte à la salle 1 du Star St-Exupery, dans laquelle je resterai le reste de la journée. La séance de 14h est toujours dans le cadre jeune public et nous avions tous eu droit à des bonbons à l’entrée. C’est alors que Jenny Ulrich arrive et me fait remarquer que je dispose toujours de la journée des enfants pour le journal CUTien. C’est révélateur. Phillipe Lux et l’ayant droit du film anglais La Symphonie des brigands de Friedrich Feher (1936), Alain Gedovious, racontent la vie du film : il n’en a pas vraiment eu. Il fût un échec commercial et après la guerre seulement deux copies du film ont pu être sauvés. Commence alors le film qui montre des brigands, un vol, un enlèvement, et le désir d’un enfant voulant arrêter les méchants… En bref, je n’ai pas bien suivi le film et me suis senti un peu bête à côté des enfants présents dans la salle. Les séquences dans la montagne donnent de jolies images, mais le film reste globalement ennuyeux. Mais il est très intéressant de constater à quel point les jeunes enfants restent très réceptifs à un film datant d’il y a presque cent ans. Nul besoin de les gaver de productions Pixar, seul l’humour semble leur importer, ils ne portent aucune attention à la date contrairement à certains teenagers qui perçoivent un film des années 90 déjà comme une antiquité. C’est plutôt rassurant.

 

"Torticola contre Frankensberg"
« Torticola contre Frankensberg »

La séance suivante – après avoir passé le court métrage Alma de Rodrigo Blaas dont je me garderai d’en dire quoi que ce soit – est beaucoup plus enthousiasmante. Elle présente un assemblage de trois courts métrages réalisés dans les années 50 par Paul Paviot, un nom méconnu du cinéma français qui mériterait plus d’attention. En guise de préliminaires, la séance commence par un entretient avec Paul Paviot racontant la vie de ses courts métrages, comment Jean Renoir a permis à l’un d’eux de se faire connaître et comment la censure a pu être bénéfique pour la vie de l’œuvre. Le film se nomme Parodie Parade et comme l’indique le titre, il se constitue de parodies de trois genres différents : le western (Terreur en Oklahoma), le film noir (Chicago Digest) et le film d’épouvante (Torticola contre Frankensberg). Chaque film dure une demi-heure, sont joués par Michel Piccoli (qui faisait ses débuts et était un très bon ami du réalisateur) et possède un humour parfois très moderne (on n’est pas toujours loin de l’humour de Jean Dujardin) sans jamais être trop lourd. Seulement dommage que les fous rires s’estompent peu à peu à partir de la seconde partie de Torticola contre Frankensberg, mais ce programme reste peut-être le plus étonnant de la journée.

 

"L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot"
« L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot »

Il est 18h et c’est l’heure de l’avant première de L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot, documentaire réalisé par Serge Bromberg, d’ailleurs venu pour présenter le film. La salle se remplie sérieusement. Le réalisateur semble fort sympathique et très à l’aise. Il raconte comment il a dû aborder Inès Clouzot, la veuve du réalisateur culte, pour obtenir le droit d’exploiter les images du tournage infernal de ce qui aurait dû constituer l’œuvre la plus ambitieuse de Clouzot avec Romy Schneider dans le rôle principal. Le documentaire présente certains participants de l’œuvre inachevée de Clouzot racontant les débuts prometteurs du tournage (la Columbia offre un budget illimité) pour ensuite témoigner de la mauvaise tournure des choses : un réalisateur dépassé par son propre projet, perdu dans ses raisonnements et poussant son équipe vers l’épuisement.

Serge Bromberg ne cherche pas à donner de réponses, comme il l’a lui-même souligné après le film, mais ne dénigre pas une théorie qui dit que sans l’existence de ce budget illimité nous aurions pu voir un projet terminé. Le film de Bromberg n’hésite pas à reprendre quelques séquences du scénario de Clouzot pour les faire jouer par Jacques Gamblin et Bérénice Bejo et de remonter quelques séquences de l’intrigue du film de Clouzot. Ce qui constitue un léger problème car le documentaire peine à garder un véritable équilibre entre l’intrigue du film et l’histoire du tournage, ce qui nous prive de plonger pleinement dans ces deux éléments fondamentaux. Mais Serge Bromberg est malin et parvient à piocher dans les images du tournage dans le but de leur donner un véritable sens métaphorique (cf. lorsque Clouzot, complètement désorienté, se déplace au milieu d’un marché tel un fantôme), ce qui traduit le fait qu’il ne comptait pas uniquement sur les images inédites de L’Enfer pour donner de l’intérêt à son documentaire. Très intéressant, très facile d’accès pour un non-initié (comme moi), mais on reste sur notre faim.

A 20h, démarre la séance de clôture. Après le générique du festival, des vidéos des différents réalisateurs ayant eu la chance de voir leur film présenté à l’édition strasbourgeoise de l’Etrange sont présentées. Uwe Boll, le réalisateur de Postal (présenté l’an dernier), prend la parole en premier et avoue espérer pouvoir participer à une prochaine édition. Après cela, l’hilarant court métrage Learn to speak body: Tape 5 de Mitchell Rose montre les différentes manières de faire passer des messages uniquement grâces aux gestuelles et en se passant des mots.  Filmé comme une leçon, la plupart des mimiques et leur but sont parfois très justes, souvent très drôles et offrent une nouvelle perception de certaines réponses corporelles… Un excellent choix pour démarrer la soirée dans la bonne humeur.

Philippe Lux accueil toute l’équipe du festival sur la scène pour les remercier et annonce les courts métrages pour lesquels le public a voté : le prix du public revient à Santa : The Fascist Year du talentueux Bill Plympton et la mention spéciale à Alma de Rodrigo Blaas. Phillipe Lux précise ensuite la volonté du festival à se tourner principalement vers le public et non vers les VIP, ce qui explique le peu d’exonérés. Il nous présente ensuite le film de clôture qui est Panique au village de Stéphane Aubier et Vincent Patar. Stéphane Aubier est d’ailleurs venu pour l’occase, mais qui, d’après Lux, est vite parti dîner après avoir constaté que la salle était complètement remplie.

 

"Panique au village"
« Panique au village »

Panique au village raconte l’histoire de Côboy, Indien et Cheval. C’est l’anniversaire de ce dernier, mais ses amis l’ont oublié. Ils préparent alors rapidement une surprise qui va détruire leur maison et les attirer vers des péripéties incroyables. Je plain celui qui ne sourit pas au milieu de cet océan de fous rires. Je me suis plain. Panique au village possède le même souci que Drôle de grenier: une forme impressionnante mais un fond qui ne touche pas. Bien que le film ait le but d’amuser et de faire rire un public très large (autant les grands que les petits), l’avalanche de gags anesthésie totalement l’œuvre. Il reste tout de même un de ces rares films où l’on peut voir un cowboy et un indien jouer au ping-pong sur un chantier de briques. Malgré tout décevant et j’attends impatiemment la fin du film car le couple à ma droite est sur le point de forniquer. Le film terminé, les lumières rallumées, le couple d’à côté d’autant plus exubérants, Stéphane Aubier arrive au devant de la scène pour répondre aux questions du public. Ce que nous retiendrons est le fait qu’une journée de tournage équivalait à environ 30 secondes d’images, ce qui explique que le projet s’était étalé sur cinq années. Nous retiendrons aussi l’intimidation du co-réalisateur face à une salle remplie.

Le festival touche à sa fin et l’équipe semble un peu plus soulagé, mais propose, à 22h15 (en réalité 22h45), une séance de rattrapage de Pique-nique à Hanging Rock de Peter Weir avec lequel je ne suis pas aussi enthousiaste que notre ami Greg Lauert. Mais cette journée ô combien épuisante et une forte envie d’uriner ne m’a pas permis d’apprécier le film à sa juste valeur…

Rock Brenner

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4 Réponses to “Journal d’un CUTien à l’Etrange (Saison 2, ép.5)”

  1. Greg LAUERT lundi 26 octobre 2009 à 130108 #

    bravo pour ton assiduité mon cher Rock, mais on veut des arguments maintenant !!! qu’est ce qui ne va pas avec Picnic at Hanging Rock ?

  2. rock lundi 26 octobre 2009 à 130141 #

    Comme dit, j’étais dans un état second, alors mes arguments ne valent pas grand chose…

  3. Jerome jeudi 29 octobre 2009 à 111121 #

    Je n’ai pas vu Panique au village mais les quelques extraits m’ont fait ressentir la même chose que toi.
    Je crois que je préfère les courts-métrages originaux qui avaient le mérite d’être très courts.

  4. rock jeudi 29 octobre 2009 à 111144 #

    En fait, je n’ai jamais vu les courts, mais je pense que j’aurai mieux supporté et apprécié « Panique au village » dans une version d’environ 10 minutes… Mais dans cette version d’1h15 – même si la forme est très bien fichue – j’ai fini par me demander sérieusement vers quoi d’autre le film va me mener s’il ne me fait pas sourire… Je n’ai pas trouvé de réponse.

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