[cinéphilie :] Jean-Pierre Jeunet

27 Oct

Jean-Pierre Jeunet

Jean-Pierre Jeunet (réalisateur) était à Strasbourg pour présenter son film, Micmacs à tire-larigot (sortie le 28 octobre 2009). Le fil rouge de cette histoire explosée se prénomme Bazil (Dany Boon). Enfant, il a perdu son père à cause d’une grenade ; adulte il s’est retrouvé à la rue après avoir pris une balle dans la tête. Conséquence : Bazil est fâché contre les marchands d’armes. Avec ses nouveaux copains marginaux Bazil va en faire baver à deux grands patrons de l’industrie de l’artillerie, voisins et rivaux…
Nous parlerons probablement de Micmacs à tire-larigot dans la prochaine émission de Cutlaradio (en ligne le 31 octobre) et si vous le souhaitez vous pouvez en écouter l’entretien minuté sur le site des cinémas Star. En attendant Jean-Pierre Jeunet nous livre ses souvenirs et impressions des films suivants –à commencer bien sûr par les deux titres les plus fréquemment proposés dans les Cinéphilies du temps de Cut la revue en version papier : Irréversible et Le fabuleux destin d’Amélie Poulain

IRREVERSIBLE (Gaspar Noé) :
Irréversible c’est la folie de Gaspar Noé qui est quelqu’un que je connais depuis très longtemps. Il était un jeune groupie, quand je l’ai connu, qui aimait notre premier court-métrage, à Caro et moi, Le bunker de la dernière rafale. Je comprends qu’il l’adorait parce que c’était complètement cinglé aussi… Gaspar est quelqu’un de très spécial, je peux le dire parce qu’il s’en vante assez, c’est quelqu’un qui est capable d’aller en Amérique du Sud consommer des champignons, comme dans Blueberry, et c’est ça qui développe son imaginaire. Mais ça fait du bien d’avoir des films de cinglés parce que souvent, le cinéma français est quand même très sage et lui, c’est l’opposé. Il y a toujours des moments extraordinaires dans ses films, dans Irréversible entre autres. On a beaucoup reproché, ou ça a beaucoup frappé : le viol de Monica Bellucci dans ce souterrain. Et moi, je dois dire que c’est la première fois que j’ai pris vraiment conscience de l’horreur d’un viol. Parce qu’il le représente de manière tellement réaliste et spectaculaire que maintenant, quand j’entends le mot viol, je sais ce que c’est.

LE FABULEUX DESTIN D’AMELIE POULAIN (Jean-Pierre Jeunet) :
Là c’est un piège parce que là je vais vous en parler pendant trois jours. Et trois nuits… Pour faire simple, je dirais que c’est mon film le plus personnel. Je me revois en train de chercher le concept, d’écrire. J’avais toutes ces petites idées, mais je n’arrivais pas à les réunir, je me disais : mais ça va intéresser qui ce truc ? Et puis finalement ça a fait 32 millions de spectateurs dans le monde. Et ça demeure le plus grand succès (français) sur le monde : mmmmmieux que Les ch’tis de mon ami Dany Boon ! Donc pour moi, ça a été une année absolument extraordinaire qui a suivi la sortie du film : une espèce de rêve, un tsunami de positivisme. Que ce soit les prix, les critiques et le public surtout. J’ai reçu 3000 lettres, enfin ça a été un truc absolument invraisemblable. Alors beaucoup de gens me disent : ça doit être dur après Amélie et tout ça. Ben non, parce que moi j’ai la chance d’avoir connu le film d’auteur personnel qui a un succès planétaire. C’est génial.

LE GRAND SOMMEIL (Howard Hawks) :
C’est pas particulièrement un film que j’adore, mais j’avais besoin pour Micmacs d’utiliser un polar pour pouvoir placer un gag que j’aime beaucoup : c’est que le film commence par « The end »… Je ne devrais pas le raconter ça… Donc, je cherchais un polar propice à ça, avec vous savez, les doublages des années 50 complètement approximatifs et où les voix françaises sont totalement ringardes. J’avais besoin de ça et j’ai choisi Le grand sommeil et ça tombait bien c’était un film Warner (NDLR : comme Micmacs à tire-larigot), ça facilitait les choses.

DOCTEUR FOLAMOUR (Stanley Kubrick) :
Alors ce n’est pas forcément le Kubrick que je préfère parce que, je ne sais pas, je ne suis pas sûr que Kubrick ce soit la comédie son truc favori. Peter Sellers qui joue plusieurs rôles c’est drôle et en même temps ça me dérange un peu. Mais il y a forcément, quand même, des bons moments… Je me souviens du mélange de styles aussi quand la base est attaquée par les marines Américains : ça devient comme s’il se préparait à faire plus tard Full metal jacket… Il y a quand même des moments formidables.

ANGELIQUE MARQUISE DES ANGES (Bernard Borderie) :
Ooof. Ça, je voyais ça à Gueugnon quand j’étais gamin et alors il y avait deux écoles. Il y avait les garçons qui allaient voir OSS 117, mais l’original –encore que je suis un fan du remake de Michel Hazanavicius, je l’ai vu quatre fois, je me suis battu, non je n’ai pas eu à me battre d’ailleurs pour qu’il ait le grand prix à Tokyo où j’étais président du jury… Et donc, quand j’étais à Gueugnon : il y avait OSS 117, c’est les garçons qui y courraient ou bien il y avait Angélique marquise des anges et c’est les filles qui étaient contentes. Voilà. On y allait quand même, mais on s’ennuyaient un peu parce que c’était plus pour les filles.

PLAYTIME (Jacques Tati) :
Tati… Tati c’est quelqu’un que je devrais aimer à 100% parce que c’est un cinéma graphique, visuel, qui joue beaucoup avec les effets sonores. Et je souffre beaucoup parce que je n’arrive pas à l’aimer complètement. À chaque fois je le regarde et je me dis qu’en fait ce n’est pas très drôle. C’est des situations plus que des gags et je n’arrive pas vraiment à adhérer complètement… Si, il y a toujours un moment, comme chez Buster Keaton, un moment fabuleux. Mais aussi des moments un peu pénibles. Et Playtime est un de ceux-là. C’est un de ses films les plus difficiles je dirais. Et à la fin, Tati avait des difficultés pour faire ses films et quand ils sont ressortis, j’ai vu que beaucoup de gens quittaient les salles… Tati est un cinéaste un peu difficile. Mais c’est évidemment pétri de qualités et c’est surtout un auteur très spécial, très unique. Je recommande de lire le très très beau livre Etaix dessine Tati où on découvre que Pierre Etaix a eu un rôle extrêmement important dans la carrière de Jacques Tati.

BRAZIL (Terry Gilliam) :
C’est sans doute le meilleur Terry Gilliam, en tout cas moi, c’est celui de je préfère, qui nous a tous influencé. Cette idée géniale de faire un futur rétro, cette fantaisie, cet humour mélangé avec cette vision apocalyptique. Ça manque un peu d’émotion, comme tous les films de Terry Gilliam –on peut dire la même chose souvent de mes films aussi… Mais formidable visuellement, plein d’inventivité, vraiment le meilleur Terry Gilliam. Qui est un ami. Terry Gilliam, il était présent à Toronto pour la présentation de Micmacs et il m’a dit… Comment il m’a dit ça ?… Ça va paraître prétentieux, mais il m’a dit « t’es plus intelligent que moi ». Mais ça ne voulait pas dire que j’étais intelligent, ça voulait dire que je suis plus malin pour faire des films qui touchent le public, j’ai senti ça comme ça, parce qu’avec ses derniers films, il a du mal un peu à trouver du public, Terry Gilliam.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

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