[cinéphilie :] Alain Cavalier

28 Oct

Irene

Alain Cavalier (filmeur) était à Strasbourg pour présenter son nouveau film, Irène (sortie en salles le 28 octobre). Seul avec sa caméra, quelques objets, l’intérieur et l’extérieur, Alain Cavalier conte la vie et la mort. Bouleversant.

Alain Cavalier s’est prêté avec joie à l’exercice de la cinéphilie…

LA PEAU DOUCE (François Truffaut)

Un hôtel, oui, à Paris, près du théâtre de l’Odéon où monsieur universitaire a rendez-vous avec une femme plus jeune que lui. Oui, voilà, très bien. Ce sont des images très fortes, ce qui prouve que je me souviens très bien du film, qu’il a été très fortement imprimé dans ma mémoire. Une femme entre dans un restaurant avec un fusil de chasse et descend son bonhomme qui l’a trahie. Elle a un visage de corse, de méditerranéenne, c’est un souvenir très fort, très violent même. D’ elle et d’un crime passionnel.

LES PLAGES D’AGNES (Agnès Varda)

Comme je connais bien la vie d’Agnès, ce qu’il y a de merveilleux c’est qu’il y a tout Agnès dans ce film, toute une vie se trouve là. Elle a ce côté communautaire, familial et puis il y a Jacques Demy qui a été un de mes grands camarades de jeunesse. Voilà.

TARNATION (Jonathan Caouette)

Oui, OUI ! Ça je l’ai vu. Je l’ai même très très bien regardé. C’était chez des amis. Et c’était extraordinaire, il avait tourné un film simplement. Et puis il l’avait passé à la moulinette de tous les effets spéciaux de son ordinateur de l’époque. On essayait de faire de l’archéologie, c’est à dire de récupérer le film original, avant qu’il soit travaillé par les effets. C’était un grand plaisir que de reconstituer, avec trois colonnes, le temple.

LA BOUM (Claude Pinoteau)

C’est une grande histoire entre moi et Sophie Marceau. D’abord en tant que spectateur puis en tant que metteur en scène. C’est à dire que je l’ai vu dans La boum et je me suis toujours dit que je souhaitais profondément faire un film avec elle. Et puis ça ne s’est jamais passé, pour mille et une raisons. Je ne l’ai jamais rencontrée. Je l’ai entr’aperçue une fois dans un endroit où il y avait des salles de montage. Elle était très loin, de profil et enceinte et elle parlait avec la monteuse de son premier film en tant que réalisatrice. Et puis j’ai fini par faire un film avec elle, une photo d’elle, un instantané, un 24ième de seconde. Voilà, j’ai fait ce film.

LA CHAMADE (Alain Cavalier)

La chamade c’est une personne éblouissante, de 25 ans, avec laquelle je bavardais le matin à partir de 10h pendant la longue préparation du maquillage, pour qu’elle se présente devant la caméra, parée pour le spectateur. C’est pendant le tournage de ce film que je me suis dit que je pourrais filmer d’autres femmes magnifiques mais avec elle, j’avais touché le haut. J’avais touché à la beauté et à l’intelligence : Catherine Deneuve. La musique est là, la sienne, ça a été un enchantement.

Puis l’exercice de la cinéphilie glisse vers l’entretien…

CUT : Est ce que l’extrait de La chamade, que l’on voit dans Irène, est le pivot du film. Car voilà un pont gigantesque entre deux films, comme une musique qui ne s’arrête jamais…

ALAIN CAVALIER : Oui, entre 1968 et 2008. J’avais demandé à Irène, avec qui je vivais au moment du tournage de La chamade, de m’écrire un petit texte sur un couple où il y avait un petit problème. Pas psychologiquement, mais dans une petite action très précise. Et elle m’avait apporté ce texte-là et qui était une image de ce que je vivais avec elle et qui collait parfaitement à La chamade. En même temps elle m’envoyait un message et en même temps c’est une très belle scène pour La chamade. Donc on peut dire qu’il y a une vraie passerelle, c’est vrai. On peut utiliser des formes différentes, des outils différents mais soi-même on est un peu… permanent.

Une question se pose après Irène : que faut-il regarder ? L’invisible et le visible, le champ et le hors champ, le dehors et le dedans…

Quand vous tournez comme je le fais, vous savez au bout d’un certain temps que le spectateur identifiera le narrateur comme étant le cinéaste. Celui qui tient la caméra, le filmeur. Alors le souhait de celui qui fait ce travail est que le spectateur se mette de temps en temps dans le cerveau du film. Même si la vie du regardeur et du filmeur est différente. Le souhait d’un petit croisement. La possibilité d’ouvrir le regard sur certains angles sur certaines choses de sa vie. Ce qui est le degré suprême de la prétention ! C’est vrai que c’est un travail subjectif mais tout le travail du montage consiste à pouvoir aller vers celui qui regarde, pour échanger. Et je sais qu’un spectateur, pour ce type de film, a 1h30 maximum à donner, et moi à lui offrir. Puis c’est aussi que par la passé, les spectacles duraient 1h30 parce que les chandelles duraient 1h30. Il y avait une raison (un rire joyeux clôt l’entretien).

Propos recueillis par Romain Sublon

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4 Réponses to “[cinéphilie :] Alain Cavalier”

  1. Reda vendredi 30 octobre 2009 à 80840 #

    Fou rire, rire fou… On ne sait plus.

  2. Jakuts dimanche 1 novembre 2009 à 121232 #

    Despotio, je vois qu’en toutes circonstances tu te réserves le meilleur? Le rire joyeux qui clôt l’entretien, ne serait-ce pas le son cristallin de la tyrannie du rédac chef?

  3. Romain lundi 2 novembre 2009 à 01208 #

    Chère Jakuts,
    Tu lis en moi comme dans un livre ouvert…
    Mon rire de tyran est mon rire préféré.

  4. Boyan mardi 3 novembre 2009 à 221031 #

    Despotio !??
    :-0

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