[dvd :] L’AUTRE – Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic

2 Nov
L'autre

l'Autre (Ed. MK2)

L’Autre est un film somptueux sur la solitude – solitude qui, de façon paradoxale, se manifeste dans la multiplication. Marie-Anne jalouse la nouvelle compagne de son amant, une femme comme elle à bien des égards. Elle lui prête son propre visage, s’épie dans les reflets. C’est dans le dédoublement fantasmé que sa solitude devient  insoutenable. A voix basse, avec une sorte de tendresse, Marie-Anne parle se parle à elle-même, pensant parler à sa rivale, tandis qu’elle la traque sur internet.

Sous couvert de se livrer à une radiographie de la perte et de la jalousie, le film joue avec les codes du fantastique pour renouveler entièrement le thème du double. Dominique Blanc est parfaite dans ce jeu de faux-semblants, de fissures masquées, de présences fantasmées. Son détachement apparent, la maîtrise parfaite qu’elle conserve de sa voix, la chaleur même qu’elle y met, se retournent contre elle – elle devient progressivement la chose de l’Autre, le masque de l’Autre – l’autre salope, pourrait-elle dire à son miroir dans l’une des scènes les plus marquantes du film. Marie-Anne perd la tête, rarement la face. Sa voix reste charnelle, le reste se délite lentement, s’abstrait, se flétrit : elle est l’ombre d’elle-même, le fantôme de l’autre. Cette hantise contemporaine a pour cadre des espaces communs : immeubles sans charme, résidences modernes, gares de RER, bus de la grande couronne. Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic (ré-)inventent le gothique périphérique.

En prime, un long entretien (27 mn) avec Annie Ernaux, auteur de L’Occupation, roman dont L’Autre s’inspire. Telle une Dominique Blanc moins apprêtée, la romancière se livre à une cinéphilie : Boulevard du Crépuscule la séduit par son titre, L’Année dernière à Marienbad par tout le reste. L’entretien est visuellement un peu austère : on peut s’amuser à décompter les différences physiques entre l’écrivain et le personnage interprété par Dominique Blanc, comme Ernaux elle-même analyse les écarts entre film et roman, les éloignements, les espaces de créativité cinématographique – infidèle au texte, fidèle à l’essence de ce cas inquiétant de possession contemporaine.

Jakuts

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