[cinéphilies :] Edouard Molinaro

22 Nov

Édouard Molinaro était à Strasbourg pour présenter son livre de souvenirs, Intérieur soir (paru aux éditions Anne Carrière) où, en une succession de courts chapitres, il campe des situations allant de son enfance à la fin de son parcours télévisuel en passant bien sûr par le cinéma. On apprend ainsi que ses grands succès comiques (Oscar, Hibernatus, L’emmerdeur, La cage aux folles…) sont généralement assez loin de ce qu’il avait envie de faire, son goût le portant davantage vers les films qu’il a eu l’occasion de tourner à la fin de sa carrière cinématographique : Le souper et Beaumarchais, l’insolent. On croise aussi rapidement, aux détours des pages, Brigitte Bardot, Jacques Becker, Jacques Brel, Alain Cavalier, Louis de Funès, etc. C’est très vite lu, peut-être un peu superficiel, mais agréable car écrit par un heureux homme.
Édouard Molinaro a accepté de se prêter au jeu de la cinéphilie, il réagit aux films suivants…

L’ENFER D’HENRI-GEORGES CLOUZOT (Serge Bromberg et Ruxandra Medrea) :
Je vais aller le voir ! J’ai bien connu Clouzot pour lequel j’avais beaucoup d’admiration. C’était un homme assez bavard et sur la fin de sa carrière, on se retrouvait dans un petit restaurant, rue Marboeuf à Paris, et je l’écoutais pendant des heures me raconter ses problèmes et ce qu’était le cinéma à son époque. J’étais évidemment tout jeune et tout à fait fasciné. Je n’ai pas vu L’enfer, j’ai vu le remake qu’avait fait Chabrol –qui est un film qui me laisse un peu sceptique-, mais j’ai sur mon bureau deux billets pour aller voir L’enfer et je vais aller voir L’enfer !

LE TROU (Jacques Becker) :
Le trou de Jacques Becker, 1960… Jacques Becker est quelqu’un qui a compté énormément pour moi parce que c’est le premier cinéaste professionnel qui a vu mes films d’amateur et qui m’a dit comme ça, avec son accent parisien hérité de Renoir, il m’a dit : bah, c’est un peu mal foutu, mais j’crois qu’vous êtes un cinéaste. Et ça, ça m’a boosté. J’avais quoi, 19 ans… Je lui serai éternellement reconnaissant. Il s’est déplacé, à l’époque, dans une toute petite salle des boulevards qui était équipée de 9,5mm et de 16mm : c’était LE grand cinéaste de l’époque et il s’est déplacé pour venir voir mes petites oeuvrettes et c’était bouleversant pour moi. Il m’a encouragé d’une manière extraordinaire. Et puis j’étais un fan de ses films. Pour moi, Goupi mains rouges, c’était le chef-d’œuvre absolu. Ça avait bercé mes années de guerre… Donc pour moi c’était très important. D’ailleurs, je suis resté proche de la famille Becker puisque Sophie Becker, sa fille, a été mon assistante dans le film que j’ai fait d’après Simenon, La mort de Belle, et que je suis resté très ami avec Jean Becker, avec son fils, qui est chef opérateur. Et son frère qui est malheureusement décédé, qui était modéliste comme moi. Je suis resté très proche de la famille Becker : c’est quelqu’un qui a été très important pour moi.

IRENE (Alain Cavalier) :
Ah. Vous tombez sur LE film qui m’a bouleversé ces dernières années. Alain, vous avez lu le livre, vous savez qu’il a été mon assistant dans les courts métrages, c’est quelqu’un que je respecte et que j’aime beaucoup. Je l’ai rencontré peu de temps avant la sortie d’Irène, depuis je lui ai envoyé le livre et un mot sur son film, sur Irène. Irène Tunc que j’ai connu d’ailleurs, c’est aussi pourquoi le film m’a bouleversé… C’est un cinéma qui est très loin de ce que j’ai fait puisque j’ai toujours essayé de faire un cinéma pour le grand public, mais j’ai beaucoup de respect pour ce cinéma intimiste qui est presque plus proche de la littérature que du cinéma. Ces espèces de carnets intimes… D’ailleurs plusieurs de ses films sont construits comme ça, ce sont des films tournés avec une petite caméra vidéo et puis avec une voix off très importante qui est la voix d’Alain lui-même. Je trouve que c’est un cinéma courageux et je suis absolument admiratif de ce parcours tellement austère, refusant les facilités de l’argent, du vedettariat, etc. Alors qu’il a fait, en début de carrière, des films tout à fait inclus dans le système, des films « normaux » si j’ose dire, il est capable de faire ce cinéma là et Irène reçoit un accueil critique magnifique. C’est un film qui m’a personnellement bouleversé et pour lequel j’ai beaucoup d’admiration.

LE FABULEUX DESTIN D’AMELIE POULAIN (Jean-Pierre Jeunet) :
C’est un film, comme tous les films de Jeunet, qui est magnifique sur la forme. C’est un film qui m’avait beaucoup plu, mais je crois que j’étais plus proche d’Un long dimanche de fiançailles qui, lui, m’avait bouleversé. Le fabuleux destin d’Amélie Poulain est un film que je trouve plus décoratif, j’y suis resté plus extérieur, mais c’est un film magnifiquement fait. Je n’ai pas vu le dernier film de Jeunet, mais effectivement, c’est l’inverse du cinéma de Cavalier. Jeunet apporte beaucoup d’attention à la forme qui est aussi importante que le fond dans ses films, c’est le contraire de l’austérité de Cavalier. Mais c’est un cinéma qui me plaît infiniment aussi.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

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